SOCIALISME - SOLIDARITE
Socialisme et solidarité, deux mots-clés essentiels! Dans le contexte de société actuel, l'information est primordiale dans la lutte contre la domination capitaliste des peuples. L'exploitation est avilissante. L'esclavagisme et la féodalité sont à nos portes. La régression sociale est voulue par la minorité exploiteuse, cette poignée de méga-super-riches spéculateurs qui se croient tout permis. Soyons donc tous solidaires, en faveur d'un renouveau socialiste. Pour une société juste et équitable.
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19-11-2009 Société
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... Le temps accordé aux putschistes est du temps perdu pour le Honduras

Mario Casasús*    (source: Investig'Action, le site de Michel Collon)

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Au moment de publier cette interview, le 22 octobre 2009, les négociations étaient paralysées à cause du boycott de Micheletti et du régime de facto, qui essaient de gagner du temps afin de ne pas céder le pouvoir (Investig'Action).
De l’ambassade du Brésil, le président du Honduras, Manuel Zelaya, salue la véhémence du Front national de résistance contre le coup d'Etat (Frente Nacional de Resistencia contra el Golpe de Estado), défend l’ALBA et plaide en faveur de la candidature d’Evo Morales au prix Nobel de la paix.


Il confirme par ailleurs le refus du parti Unification démocratique (Unificación Democrática) à participer aux élections de novembre si l’ordre constitutionnel n’est pas rétabli et évite la polémique sur la classification du Honduras à la Coupe du monde de football 2010, en Afrique du Sud.

A Mexico, nous avions discuté de manière informelle. Etant donné la possibilité d’une issue à la crise du Honduras, je lui ai demandé de bien vouloir m’accorder un entretien. Aux alentours de 16 heures, et après plusieurs problèmes « techniques » – interférences et interruption de la liaison téléphonique –, nous parvenons finalement à communiquer. Le processus de dialogue est indéniablement entravé par l’absence de volonté politique de la part du régime de fait.

Dans son communiqué, le président Zelaya dit: « Nous n’allons plus nous réunir aussi longtemps que nous ne recevrons pas de proposition sérieuse et constructive. Le temps accordé aux putschistes est du temps perdu pour le Honduras”.

Le nouveau délai est fixé au mercredi 21 octobre, date de la réunion de l’Organisation des Etats Américains.
 
–Bonjour Monsieur le Président.
–Bonjour. Comment allez-vous ?

–Bien, merci. Et vous-même?
–Ici, je suis confronté aux problèmes que vous savez, mais nous restons déterminés à restaurer le système démocratique du Honduras.

–C’est la semaine décisive? Le dialogue a-t-il avancé, lundi?
–Les commissions sont encore en réunion. D’ici la fin de la journée, je pourrai en savoir plus.

–Le 7e sommet de l’ALBA vient de se terminer. L’adhésion du Honduras constitue-t-elle une des raisons du coup d’Etat ? Pour vous, que représente l’Alternative bolivarienne?

–Attaquer l’ALBA fait partie de la campagne menée par les milieux putschistes en Amérique latine. Je salue les présidents ainsi que tous les délégués des organisations solidaires comme l’ALBA. Ils savent qu’ils peuvent compter sur mon soutien. Le Honduras a participé à ce processus solidaire. Nous en sommes très fiers et très satisfaits.

–Dans ses réflexions, le Comandant Fidel Castro s’est intéressé au prix Nobel de la paix 2009 et a proposé le président Evo Morales pour l’édition de 2010. Comptez-vous entreprendre des démarches pour que le Front national de résistance contre le coup d'Etat soit nominé?

–Le prix Nobel de la paix est une distinction que mériterait à juste titre le président de la Bolivie. Mais vous le présentez comme s’il s’agissait d’un concours. Dans ce cas, je crois que mon devoir est de répondre à la première question. Evo Morales est une personnalité qui donne du relief à l’histoire latino-américaine, aux groupes qui de tout temps ont luté contre l’oppression. Il mérite tout notre soutien, sans pour autant que cela dévalorise d’autres propositions.

–Monsieur le Président Zelaya, quand raconterez-vous les détails de votre parcours clandestin? Ecrivez-vous vos mémoires?

–(Rires). En ce moment, au Honduras – vous êtes bien informé à ce sujet –, étant donné l’actuel régime totalitaire, donner des détails pourrait mettre en danger les personnes qui m’ont aidé.

–115 jours après le coup d’Etat, quelle différence peut-on relever dans le comportement du peuple et des artistes en résistance, en comparaison avec l’apathie observée lors d’autres coups d’Etats et d’autres crises que le Honduras a connus?

–Dans ce coup d’Etat, le plus poignant, c’est que pour la première fois, les Honduriens se rendent compte que quelqu’un leur vole un droit. Ils sont sortis et se sont manifestés très énergiquement. Aujourd’hui, le parti Unification démocratique (UD) a annoncé publiquement son retrait des élections si le président constitutionnel n’était pas rétabli dans ses fonctions, une attitude qui reflète très bien celle d’un peuple courageux, qui lutte et travaille sans crainte, se confronte aux baïonnettes et suit sa vocation pacifique en manifestant son rejet du militarisme afin d’éviter que ne revienne dans notre pays les mouvements armés et la violence.

–Vous réunirez-vous avec la délégation du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, qui est arrivé à Tegucigalpa?

–Nous allons essayer, mais souvenez-vous que je suis encerclé par un dispositif militaire, que je n’ai pas le droit de recevoir de visites et que je suis totalement isolé. Comme vous avez pu le constater, mes communications téléphoniques sont coupées ou truffées d’interférences. Nous rencontrons toute sorte d’obstacles, dressés pour nous empêcher d’entrer en contact avec le peuple hondurien et la communauté internationale.

–Votre restitution sera-t-elle la première victoire du Front national de résistance contre le coup d'Etat?
–La première victoire, mon retour pacifique au Honduras, a déjà été remportée. La deuxième victoire consistera à maintenir la résistance sur la base d’une lutte politique à large échelle, nationale et internationale. Nous espérons ainsi obtenir la victoire finale, à savoir la restauration de l’ordre constitutionnel.

–La communauté internationale s’est trouvée plongée dans l’ambiguïté de l’information avec la prétendue dérogation instaurée par le décret sur la suspension de garanties individuelles. Si vous êtes réhabilité, commencerez-vous par annuler la loi de censure et par mettre un terme à l’état de siège?

–Aujourd’hui, après 22 jours, la dérogation a été publiée. Radio Globo et Canal 36 ont recommencé à émettre. Nous espérons qu’il ne s’agisse pas d’une mesure d’exception avant la visite du Haut Commissaire aux droits de l'homme, mais d’une décision définitive. Nous verrons si nous pourrons défendre cette position.

–Que souhaitez-vous dire aux lecteurs d’Amérique du Sud ?
–Je souhaite remercier tous les Sud-Américains pour leur soutien et les féliciter parce qu’ils ont reconnu à sa juste valeur la démocratie qui s’étend au-delà de nos frontières.

–Finalement, le régime de fait a manipulé le peuple hondurien en emmenant la sélection nationale auprès du dictateur Micheletti. Quelle lecture faites-vous de la classification du Honduras à la Coupe du monde de football 2010?

– Mon gouvernement compris, nous avons travaillé durant trois ans et demi avec la sélection nationale du Honduras dans son ensemble, laquelle a obtenu sa qualification lorsque les Etats-Unis ont battu le Costa Rica. Nous sommes parvenus à décrocher notre ticket pour le Mondial en Afrique du Sud et je félicite très chaleureusement la sélection pour la victoire qu’elle a offerte au peuple hondurien. Les intrigues et tout le reste font partie du folklore politique; il faut laisser le football en-dehors de tout ça.

–Merci Monsieur le Président.
–Merci à vous.

*Journaliste

Traduit par Chloé Meier pour Investig'Action.


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19-11-2009, 19:30:44 Socialisme-Solidarité
Amérique_latine   Honduras   Putsch   Zelaya  
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18-11-2009 Société
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... Coup d'Etat au Honduras: histoire et perspectives

Coup d'Etat au Honduras: histoire et perspectives

Toon Danhieux (source: Cubanismo.net)

Il y a quelques semaines, les militaires et bureaucrates honduriens catapultaient leur pays à la une des journaux. Se faisant, ils nous rappelaient pourquoi leur Etat a enrichi naguère notre langage en y introduisant le concept de "république bananière".

Ces hommes voulaient rétablir "l’ordre constitutionnel". Ils sont parvenus à leurs fins en offrant à leur président, Miguel Zelaya, avant son petit-déjeuner dominical, une salve de tirs de mitraillettes, en s’introduisant chez lui par la force et en l’embarquant en pyjama dans un avion en partance pour le Costa Rica. Selon Roberto Micheletti, le nouveau président par intérim, la Cour Suprême a donné l’ordre d'intervenir afin "de restaurer la démocratie". Miguel Zelaya est accusé d’avoir violé la constitution. Pourtant, il a seulement voulu soumettre la population à une enquête non contraignante afin de savoir si un referendum pouvait avoir lieu en novembre 2009 et éventuellement engager le Honduras dans un processus de révision de sa constitution.

Vous avez bien lu. Pourtant, selon leurs dires, les putschistes ont agit pour défendre la démocratie et non pas parce que Miguel Zelaya cherchait à prolonger son mandat, comme l'ont annoncé tous les média belges sous la houlette de CNN. Si tel avait été le cas, son initiative était beaucoup trop tardive. En novembre prochain se tiendront de nouvelles élections aux Honduras et selon la constitution de ce pays, le président ne peut pas se représenter au terme de son mandat. Lors de ces élections également communales et parlementaires, Miguel Zelaya voulait seulement donner aux Honduriens la possibilité de se prononcer sur une éventuelle révision de la constitution, ce qui aurait permis au nouveau parlement de s'y atteler.

Vous froncez probablement les sourcils. Suis-je bien informé? Les hommes politiques honduriens sont-ils fous?, …. Sur ce dernier point, l’histoire jugera, mais de toute façon, ils ont peur. La caste politique sait qu’elle est très privilégiée par la démocratie représentative hondurienne et ce depuis 1982. Tous les 4 ans, le pouvoir change de mains entre deux partis qui partagent en fait les mêmes intérêts, ceux des citoyens les plus riches, soit 20% de la population. Les “Bleus” du parti nationaliste représentent plutôt les vieilles fortunes : les propriétaires terriens et les exportateurs de produits agricoles. Les “Rouges” du parti libéral rassemblent davantage les nouveaux riches que sont les industriels et les négociants internationaux. Depuis 25 ans, ces politiciens se partagent le pouvoir et voient avant tout, dans ce système politique le moyen de s'assurer des revenus et d'en assurer à leur famille et amis : la garantie de pouvoir s’enrichir tranquillement.

Tous les 4 ans, les 70% de pauvres que compte le pays (dont une grande partie pour ne pas dire tous sont analphabètes) sont invités à cocher le petit point bleu ou rouge de leur bulletin de vote. Ils y sont encouragés lors de festins locaux et pendant la campagne des partis politiques. Mais entre deux élections, ils ne doivent quasi rien espérer du gouvernement et lutter seuls, pour assurer leur sauvegarde et de celle de leurs enfants.

Un président reconverti?

Miguel Zelaya lui-même, riche négociant en bois était féru de ces roadshows politiques. Il était un fervent adepte de l’accord de libre-échange signé avec les Etats-Unis. Mais, durant son mandat, il a subitement changé son fusil d'épaule. Il a pris un certain nombre de mesures sociales telles que l’augmentation du salaire minimum légal (60%) et du salaire des enseignants. Il a aussi décidé de consacrer plus d’argent public à la lutte contre la pauvreté, à la protection du milieu …

Simultanément, il a essayé de se rapprocher de l’ALBA (l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique). Après le Venezuela, Cuba, la Bolivie et le Nicaragua, le Honduras a intégré cette structure qui vise à favoriser la coopération entre les gouvernements populaires d'Amérique latine. l’Equateur a rejoint l'ALBA, juste avant le coup d’état au Honduras.

Cette nouvelle collaboration internationale a un peu bénéficié aux Honduriens. Par le biais de contrats signés avec la firme Petrocaribe (une alliance de 19 pays de la région), Miguel Zelaya a pu sensiblement faire pression sur le prix de l'essence à la pompe. Par ailleurs, il a reçu des donations sous la forme entre autres de tracteurs, d'aide médicale (grâce aux Cubains) et de soutien pour mener à bien une campagne d'alphabétisation.

Si les syndicats de paysans et les organisations populaires ont salué ces initiatives, Zelaya n’était pas largement soutenu par sa population. Ses mesures sociales étaient plutôt perçues comme des initiatives personnelles et le mouvement populaire demeurait très partagé entre autres à cause de la répression qu'il a subie pendant des années. Zelaya a néanmoins suscité l’espérance. Peut-être était-il possible de passer d'une représentation élitiste de la population telle qu'elle existait dans la Grèce antique (1) à une représentation telle qu'elle existe au Venezuela. Une démocratie qui consulte et agit pour toute la population et donc aussi pour une majorité de gens pauvres.

C'est la grande peur des Rouges, des Bleus et des autres politiciens honduriens car les revenus de l’Etat ne leur seraient plus exclusivement réservés, mais seraient davantage consacrés à la satisfaction des besoins de la population. Leurs privilèges seraient menacés et le prix du travail pourrait augmenté. L’establishment judiciaire, directement tributaire du parti au pouvoir et les églises tant protestante que catholique ont également tiré la sonnette d’alarme. Ainsi, le cardinal Oscar Andrés Rodriguez a appelé Zelaya à quitter le pouvoir pour ne pas provoquer d’effusions de sang. Depuis des années, ce nonce reçoit 375 000 euro par mois du parlement. Il n'est pas étonnant qu'il soit monté au créneau.

Un bon vieux coup d'Etat!

Puisque le président élu n’était subitement plus capable de garantir le statu quo, les militaires ont été appelés à la rescousse. Durant la décennie précédente, ils s’étaient passablement ennuyés dans leur caserne. Depuis la chute des sandinistes au Nicaragua, les budgets faramineux venant des Etats-Unis avaient considérablement fondus. Avec l'argent subsistant de ces "généreuses donations" et par désoeuvrement, les officiers s'étaient constitués un empire commercial et industriel. Ils n'ont donc pas vu d'un bon oeil "les frasques sociales" de Zelaya. Le coup d’Etat s'apparente à une attaque désespérée de la bourgeoisie contre la nouvelle vague de démocratie qui a aussi atteint le Honduras.

Contrairement à Miguel Zelaya qui n'a pu s'en occuper, le leader putschiste Roberto Micheletti a favorisé la réunification du mouvement populaire. Depuis une quizaine de jours, ce dernier remplit les rues des grandes villes et n’accorde aucun répit à la junte. Les putschistes ont dès lors déployé tous les registres de la répression. Ils ont déjà emprisonné des centaines d’opposants, instauré un couvre-feu, imposé aux Honduriens une interdiction de se rassembler même dans les habitations privées, fermé des stations de radio et des chaînes de télévision, arrêté des journalistes, molesté des coopérants cubains,….et désigné comme conseillé ministériel Billy Fernando Joya. Billy est une vieille connaissance des Honduriens. A la fin des années 1970, il a entraîné le bataillon 3-16, qui a perpétré des dizaines d’assassinats politiques.

Que penser de l'oncle Sam et de son neveu Obama?


Chef de l’armée, figure de proue du coup d’Etat et Sauveur de la démocratie comme il aime à se qualifier, Roméo Vasquez Vélasquez a fréquenté comme tous les officiers supérieurs honduriens la l'U.S. Army School of the Americas. Cette institution a formé des centaines de meneurs de coups d’Etats et de tortionnaires en Amérique latine et au Honduras. Un de ces anciens élèves, l'ex-chef des forces armées honduriennes, le général Gustavo Álvarez Martínez était si brutal que ses  officiers ont fini par l'éjecter en 1984.

Dans les années 1970 et 1980, ce n'est pas un hasard si le Honduras était surnommé le "porte-avions des Etats-Unis". La CIA y entraînait et approvisionnait les contras qui terrorisaient le gouvernement sandiniste et les Nicaraguayens. C'est aussi au Honduras que les USA ont établi la base de Palmerola, une de leurs plus grandes bases qui leur a pemis de soutenir des actions contre-révolutionnaires au Salvador, au Guatemala et au Nicaragua. A ce jour, 600 militaires américains stationnent toujours sur la base de Soto Cano et plus de 50 exercices rassemblent annuellement les forces armées américaines et honduriennes, alors que ces dernières continuent de recevoir d'importants subsides du Pentagone.

Malgré tout, Washington a condamné le coup d’Etat, après que le reste du monde l’ait fait. Obama n'a pas voulu recevoir Miguel Zelaya qui a finalement été invité par Hillary Clinton à prendre le café. Elle l'a renvoyé à des "négociations" sous la houlette du président costaricain : Oscar Arias. Comme il fallait le prévoir, celles-ci n'ont jusqu'à présent rien donné.
Hier, les républicains critiquaient les agissements d’Obama au Congrès en prétendant qu'il se liait aux présidents Chavez et Ortega. Pour eux, ces hommes sont des communistes. Il faut donc les éviter. Les démocrates ont défendu Obama lorsque ce dernier a désapprouvé le coup d’Etat. Peut-être tout ceci démontre que les forces de droite dont la CIA fait partie, frustrées par la faiblesse des Etats-Unis dans la région, ne sont pas totalement sous contrôle. Peut être voyaient-elles le Honduras comme le détonateur d'une série de réactions visant à réinstaurer la droite dans les tous les pays de l’ALBA? A cet égard, l'entrée de l’Equateur dans l’ALBA, la veille du coup d’Etat serait assez révélatrice. Si ces hypothèses devaient se confirmer, on peut dire que "la répétition hondurienne" est faible, comme le prouve le fait d'exhiber une fausse lettre de démission, de commettre des actes brutaux dans la demeure présidentielle devant la presse internationale et de nommer un tortionnaire comme conseiller ministériel, … Les réactions n’ont pas été justement estimées car même le Guatemala et la Colombie, les alliés les plus fidèles des Etats-Unis ont immédiatement et catégoriquement condamné le coup d Etat et exigé le retour du président Miguel Zelaya.

Hugo Llorens, l’ambassadeur des Etats-Unis au Honduras a reconnu s’être allié aux putschistes quelques semaines avant la concrétisation du coup d'Etat. Selon ses dires, il voulait les empêcher de mener à bien leur projet. Mais pourquoi n’a-t-il pas dévoilé leurs plans, lorsqu’il a compris qu’il n'y parviendrait pas?

L'USAID, l'Agence des Etats-Unis pour le développement international finance à concurrence de 50 millions de $ par an des groupes de la soi-disant société civile hondurienne. L'institution républicaine NED (National Endowment for Democracy), verse elle aussi plusieurs millions de dollars à des groupes comme "Paix et Démocratie" grands promoteurs ses dernières semaines, des manifestations pro-Micheletti. Elle rassemble des messieurs et des dames très convenables et richement vêtus. Signalons que c'est l’ex-candidat républicain à la présidence, John Mc Cain qui a organisé la visite des Etats-Unis par une délégation de la junte.
Il n'est pas impossible que ce coup d’Etat soit une tentative de déstabiliser Obama, lui-même, orchestrée par les vautours du Pentagone. L'objectif serait de le pousser dans un conflit avec les gouvernements de gauche latinos-américains afin qu'il abandonne l'attitude teintée de prudence qu'il a adopté à leur égard et que l'on a pu observer en avril 2009, lors du cinquième Sommet des Amériques.

Que faire après les négociations?

Les négociations au Costa-Rica sont peut-être un enfant mort-né. Si jamais elles aboutissent, ce serait toujours au détriment des droits des Honduriens. Ces pourparlers permettent à la junte de gagner du temps et d'afficher sa "bonne volonté". Le Bloc Populaire et tous les mouvements populaires honduriens, prétendent à juste titre qu’il est impossible de négocier le retour du président Miguel Zelaya. Or, la seule solution envisageable est que Micheletti et sa junte quittent définitivement le pouvoir.

Puisque Zelaya ne peut pas compter sur le soutien de l’armée, un contre coup d’Etat est improbable. En fait, seuls les Etats-Unis sont capables de contraindre les troupes de Romeo Vasquez à réintégrer leur caserne. Jusqu‘à présent, la Maison Blanche n’a pas officiellement reconnu le coup d’Etat au Honduras. Si elle s'y résout cela signifierait que les crédits, les facilités financières, les approvisionnement en pétrole ... accordés à la junte devraient immédiatement cesser et que les putschistes seraient dès lors bien inspirés de faire leurs valises. Où pourraient-ils ensuite les déposer? La question reste posée et mérite qu'on s'y attarde. Ce qui est sûr, c'est que l'action du Bloc Populaire et de tous ceux qui veulent le soutenir ne sera efficace qu'en faisant pression sur la Maison Blanche - directement ou via l’Europe – afin de boycotter au plus vite la junte de Roberto Micheletti.

(1) qui ne prenait pas en considération les esclaves alors qu'ils représentaient 80% de la population.


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18-11-2009, 15:30:40 Socialisme-Solidarité
Honduras   putsch   Zelaya  
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16-11-2009 Société
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Le dessous du prix Nobel de la paix 2009
Thierry Meyssan (source: Voltairenet.org

Si l’attribution du prix Nobel de la paix a donné lieu à un concert de louanges parmi les dirigeants de l’alliance atlantique, elle a aussi suscité le scepticisme dans le monde. Plutôt que de débattre des bonnes raisons qui pourraient a posteriori justifier ce choix étonnant, Thierry Meyssan expose la corruption du Comité Nobel et les liens unissant son président, Thorbjørn Jagland, aux collaborateurs d’Obama.

« Ce matin, en écoutant les nouvelles, ma fille est entrée et m’a dit : “Papa, tu es Prix Nobel de la paix” » [1]. Telle est la touchante histoire que le président des États-Unis a raconté à des journalistes complaisants pour attester qu’il n’avait jamais souhaité cette distinction et en était le premier surpris. Sans chercher plus loin, ceux-ci ont immédiatement titré leurs journaux sur « l’humilité » de l’homme le plus puissant du monde.

À vrai dire, on ne sait ce qui doit le plus surprendre : l’attribution d’une si prestigieuse distinction à Barack Obama, la mise en scène grotesque qui l’accompagne, ou encore la méthode utilisée pour corrompre le jury et détourner ce prix de sa vocation initiale.

En premier lieu, rappelons que, selon le règlement du Comité Nobel, les candidatures sont présentées par des institutions (des parlements nationaux et des académies politiques) et par des personnalités qualifiées, principalement des magistrats et les anciens récipiendaires. En théorie, une candidature peut-être présentée sans que le candidat en ait été averti. Cependant, lorsque le jury prend sa décision, il établit un lien direct avec l’impétrant de sorte qu’il en soit informé une heure avant la conférence de presse. Pour la première fois de son histoire, le Comité Nobel aurait omis cette courtoisie. C’est, nous assure son porte-parole, qu’il n’osait réveiller le président des États-unis en pleine nuit. Peut-être ignorait-il que des conseillers se relayent à la Maison-Blanche pour recevoir les appels d’urgence et réveiller le président si nécessaire. Au demeurant, le comité Nobel avait au moins informé le journaliste Gerhard Helsok qui avait annoncé la nouvelle la veille sur la chaîne norvégienne TV2.

La gentille saynète de la petite fille annonçant le Prix Nobel à son papa ne suffit pas à dissiper le malaise provoqué par cette distinction. Selon le vœux d’Alfred Nobel, le prix récompense « la personnalité ayant [au cours de l’année précédente] le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Dans l’esprit du fondateur, il s’agissait de soutenir une action militante et non de décerner un brevet de bonnes intentions à un chef d’État. Les lauréats ayant parfois bafoué le droit international postérieurement à la réception de leur prix, le Comité Nobel a décidé, il y a quatre ans, de ne plus récompenser un acte particulier, mais de n’honorer que des personnalités ayant consacré leur vie à la paix. Ainsi, Barack Obama aurait été le plus méritant des militants de la paix en 2008 et n’aurait commis aucune atteinte majeure au droit international en 2009. Sans parler des personnes toujours détenues à Guantanamo et Bagram, ni des Afghans et des Irakiens confrontés à une occupation étrangère, qu’en pensent les Honduriens écrasés par une dictature militaire ou les Pakistanais dont le pays est devenu la nouvelle cible de l’Empire ?

Venons-en au cœur du propos, à ce que la « communication » de la Maison-Blanche et les médias anglo-saxons veulent cacher au public : les liens sordides entre Barack Obama et le Comité Nobel.

En 2006, l’European Command (c’est-à-dire le commandement régional des troupes US dont l’autorité couvrait alors à la fois l’Europe et l’essentiel de l’Afrique) sollicita le sénateur d’origine kenyane Barack Obama pour participer à une opération secrète inter-agences (CIA-NED-USAID-NSA). Il s’agissait d’utiliser son statut de parlementaire pour mener une tournée en Afrique qui permettrait à la fois d’y défendre les intérêts des groupes pharmaceutiques (face aux productions hors brevets) et de repousser l’influence chinoise au Kenya et au Soudan [2]. Seul l’épisode kenyan nous intéresse ici.

La déstabilisation du Kenya

Barack Obama et sa famille, accompagnés d’un attaché de presse (Robert Gibbs) et d’un conseiller politico-militaire (Mark Lippert), arrivent à Nairobi dans un avion spécial affrété par le Congrès. Leur appareil est suivi d’un second avion, celui-ci affrété par l’US Army, et transportant une équipe de spécialistes en guerre psychologique commandée par le général prétendument à la retraite J. Scott Gration. 
Le Kenya est alors un plein boom économique. Depuis le début de la présidence de Mwai Kibaki, la croissance est passée de 3,9 à 7,1 % du PIB et la pauvreté a reculé de 56 à 46 %. Ces résultats exceptionnels ont été obtenus en réduisant les liens économiques post-coloniaux avec les Anglo-Saxons et en leur substituant des accords plus équitables avec la Chine. Pour casser, le miracle kenyan, Washington et Londres ont décidé de renverser le président Kibaki et d’imposer un opportuniste dévoué, Raila Odinga [3]. Dans cette perspective, la National Endowment for Democracy a suscité la création d’une nouvelle formation politique, le Mouvement orange, et complote une « révolution colorée » à l’occasion des prochaines élections législatives de décembre 2007.

Le sénateur Obama est accueilli comme un enfant du pays et son voyage est hyper-médiatisé. Il s’ingère dans la vie politique locale et participe aux meetings de Raila Odinga. Il appelle à une « révolution démocratique », tandis que son « accompagnateur », le général Gration, remet à Odinga 1 million de dollars en liquide. Ces interventions déstabilisent le pays et suscitent les protestations officielles de Nairobi auprès de Washington. 
À l’issue de cette tournée, Obama et le général Gration vont au rapport chez le général James Jones (alors patron de l’European Command et suprême commandeur de l’OTAN) à Stuttgart, avant de retourner aux États-unis.

L’opération continue. Madeleine Albright, en qualité de présidente du NDI (la branche de la National Endowmement for Democracy [4] spécialisée dans le traitement des partis de gauche) fait le voyage de Nairobi où elle supervise l’organisation du Mouvement orange. Puis John McCain, en qualité de président de l’IRI (la branche de la National Endowmement for Democracy spécialisée dans le traitement des partis de droite) vient compléter la coalition d’opposition en traitant de petites formations de droite [5]. 
Lors des élections législatives de décembre 2007, un sondage financé par l’USAID annonce la victoire d’Odinga. Le jour du vote, John McCain déclare que le président Kibaki a truqué le scrutin en faveur de son parti et qu’en réalité, c’est l’opposition conduite par Odinga qui a gagné. La NSA, de concert avec des opérateurs locaux de téléphonie, adresse des SMS anonymes à la population. Dans les zones peuplées par des Luos (l’ethnies d’Odinga), ils disent « Chers Kenyans, les Kikuyus ont volé l’avenir de nos enfants… Nous devons les traiter de la seule manière qu’ils comprennent… la violence ». Tandis que dans les zones peuplées par des Kikuyus, ils sont rédigés ainsi : « Le sang d’aucun Kikuyu innocent ne sera versé. Nous les massacrerons jusqu’au cœur de la capitale. Pour la Justice, établissez une liste de Luos que vous connaissez. Nous vous enverrons les numéros de téléphone où transmettre ces informations ». En quelques jours, ce pays paisible sombre dans les violences communautaires. Les émeutes font plus de 1 000 morts et 300 000 déplacés. 500 000 emplois sont détruits. 
Madeleine Albright est de retour. Elle propose sa médiation entre le président Kibaki et l’opposition qui tente de le renverser. Avec finesse, elle s’écarte et place sur le devant de la scène l’Oslo Center for Peace and Human Rights. Le directoire de cette ONG respectée est nouvellement présidé par l’ex-Premier ministre de Norvège, Thorbjørn Jagland. Rompant avec la tradition d’impartialité du Centre, il dépêche deux médiateurs sur place, dont tous les frais sont pris en charge par le NDI de Madeleine Albright (c’est-à-dire in fine sur le budget du département d’État des États-Unis) : un autre ancien Premier ministre norvégien, Kjell Magne Bondevik, et l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan (le Ghanéen est très présent dans les États scandinaves depuis qu’il a épousé la petite nièce de Raoul Wallenberg). 
Obligé pour rétablir la paix civile d’accepter le compromis qu’on lui impose, le président Kibaki accepte de créer un poste de Premier ministre et de le confier à Raila Odinga. Celui-ci entreprend immédiatement de réduire les échanges avec la Chine.

Petits cadeaux entre amis


Si l’opération kenyane s’arrête là, la vie des protagonistes continue. Thorbjørn Jagland négocie un accord entre la national Endowment for Democracy et l’Oslo Center, qui est formalisé en septembre 2008. Une fondation jointe est créée à Minneapolis qui permet à la CIA de subventionner indirectement l’ONG norvégienne. Celle-ci intervient pour le compte de Washington au Maroc et surtout en Somalie [6]. 
Obama est élu président des États-Unis. Odinga proclame plusieurs jours de fête nationale au Kenya pour célébrer le résultat de l’élection aux États-Unis. Le général Jones devient conseiller de sécurité nationale. Il prend Mark Lippert comme chef de cabinet et le général Gration comme adjoint. 
Durant la transition présidentielle aux USA, le président de l’Oslo Center, Thorbjørn Jagland, est élu président du Comité Nobel, malgré le risque que représente pour l’institution un politicien aussi retors [7]. La candidature de Barack Obama au Prix Nobel de la paix est déposée au plus tard le 31 janvier 2009 (date limite réglementaire [8]), soit douze jours après sa prise de fonction à la Maison-Blanche. De vifs débats animent le Comité qui ne parvient toujours pas à s’accorder sur un nom début septembre, comme le prévoir le calendrier habituel [9]. Le 29 septembre, Thorbjørn Jagland est élu secrétaire général du Conseil de l’Europe à la suite d’un accord en sous-main entre Washington et Moscou [10]. Ce bon procédé en appelait un autre en échange. Bien que la qualité de membre du Comité Nobel soit incompatible avec une fonction politique exécutive majeure, Jagland ne démissionne pas. Il argue du fait que la lettre du règlement interdit le cumul avec une fonction ministérielle et ne dit rien du Conseil de l’Europe. Il rentre donc à Oslo le 2 octobre. Le jour-même, le Comité désigne le président Obama, Prix de la paix 2009.

Dans son communiqué officiel, le Comité déclare sans rire : « Il est très rare qu’une personne, à l’instar d’Obama, ait réussi à captiver l’attention de tous et leur donner l’espoir d’un monde meilleur. Sa diplomatie est basée sur le concept que ceux qui dirigent le monde doivent le faire sur un socle de valeurs et de comportements partagés par la majorité des habitants de la planète. Pendant 108 ans, le comité du prix Nobel a cherché à stimuler ce type de politique internationale et ces démarches dont Obama est le principal porte-parole » [11].

De son côté, l’heureux lauréat a déclaré : « Je prends la décision du comité Nobel avec surprise et une profonde humilité (…) J’accepterai cette récompense comme un appel à l’action, un appel lancé à tous les pays pour qu’ils se dressent face aux défis communs du XXIe siècle ». Ainsi donc, cet homme « humble » estime incarner « tous les pays ». Voilà qui n’augure rien de pacifique.

[1] « Déclaration de Barack Obama à l’annonce du prix Nobel de la paix 2009 » , Réseau Voltaire, 9 octobre 2009.
[2] Sur le détail de cette opération, voir Le Rapport Obama, par Thierry Meyssan, à paraître.
[3] Raila Odinga est le fils de Jaramogi Oginga Odinga, qui eut pour principal conseiller politique le père de Barack Obama.
[4] « La NED, nébuleuse de l’ingérence "démocratique" », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 janvier 2004.
[5] Jadis les États-Unis avaient créé un parti à eux au kenya, dirigé par Tom Mboya. Il s’agissait à l’époque de lutter contre l’influence russe et —déjà— chinoise.
[6] L’Oslo Center a également participé à la déstabilisation de l’Iran, lors de l’élection présidentielle, en acheminant des fonds vers l’ancien président Khatami.
[7] Vice-président de l’Internationale socialiste, Thorbjørn Jagland est un fervent partisan de l’OTAN et de l’entrée de la Norvège dans l’Union européenne. Il fréquente les élites mondialistes et a participé aux travaux du Council on Foreign Relations, de la Commission trilatérale et du Groupe de Bilderberg. Son bilan politique a été entaché par plusieurs scandales de corruption touchant ses proches, notamment son ami et ministre du Plan Terje Rød Larsen (l’actuel coordinateur de l’ONU pour les négociations au Proche-Orient).
[8] 205 candidatures ont été déposées. Mais, conformément au règlement seules 199 ont été jugées recevables. Ce chiffre ayant été atteint, le Comité Nobel n’avait pas la possibilité d’ajouter des noms supplémentaires au cours de ses délibérations.
[9] Le prix devait être décerné le 9 octobre. Pour des raisons d’organisation, le lauréat aurait dû être déterminé au plus tard au 15 septembre.
[10] Bien que les États-Unis ne soient pas membres du Conseil de l’Europe, ils y ont une grande influence. Moscou ne tenait pas à Jagland, mais voulait faire barrage au Polonais Wlodzimierz Cimoszewicz.
[11] « Communiqué du Comité Nobel norvégien sur le prix de la Paix 2009 », Réseau Voltaire, 9 octobre 2009.


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16-11-2009, 15:15:30 Socialisme-Solidarité
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13-11-2009 Société
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«Marx n’a jamais été aussi utile»
Samir Amin   (source: Investig'Action, le site de Michel Collon)

La crise économique mondiale est une crise du capitalisme. Ce n'est pas la première, bien sûr, mais pour l'économiste Samir Amin, elle pourrait être l'occasion de remettre en cause les fondements-même du capitalisme. Pour sortir, non pas de la crise du capitalisme, mais du capitalisme en crise.

LE CAPITALISME, UNE PARENTHÈSE DANS L’HISTOIRE

Le principe de l’accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l’avait compris, imaginait qu’un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l’un ni l’autre n’était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s’imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait par contre imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd’hui dans les mains de l’oligarchie.

L’accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s’exprime principalement par le contraste grandissant entre l’opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l’axe central de l’alternative « socialisme ou barbarie ».

Le capitalisme historique « réellement existant » est associé à des formes successives d’accumulation par dépossession, non pas seulement à l’origine (« l’accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l’a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système.

Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s’imposer d’une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l’histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l’Asie et de l’Afrique qui ont fait l’histoire du XXème siècle – la première vague de luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.

L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.

Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIème siècle.  La dépossession des paysanneries (d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l’accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro-carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l’avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l’humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.

Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale.  Dans cet esprit la « crise de l’énergie » n’est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates. Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l’impérialisme collectif de s’assurer le monopole de l’accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s’approprier la rente impérialiste, quand bien même l’utilisation de ces ressources demeurerait ce qu’elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.

D’UNE LONGUE CRISE À L’AUTRE

La crise actuelle n’est donc ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.

Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l’initiative au capital des oligopoles ?

Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXème siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.

Le capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s’effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d’expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus-value générée par l’exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d’une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l’époque font l’éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social-démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.

Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le «  maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l’origine de l’effondrement financier de 1929 et de la dépression qu’elle va entraîner jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Le « long XXème siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant ( au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d’une première vague triomphante de révolutions anti-capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique.

La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971, avec l’abandon de la convertibilité or du dollar, presqu’exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d’investissement, et de croissance s’effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. Mêmes discours d’accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c’est la « fin de l’histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s’est accompagnée dès le début par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990.  Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné 1929, la seconde a produit 2008. Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D’autant que les pouvoirs en place n’envisagent rien d’autre que la restauration du système tel qu’il était avant son effondrement financier.

L’analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.

SORTIR DE LA CRISE DU CAPITALISME OU SORTIR DU CAPITALISME EN CRISE?

Derrière la crise financière, la crise systémique du capitalisme des oligopoles.

Le capitalisme contemporain est d’abord et avant tout un capitalisme d’oligopoles au sens plein du terme (ce qu’il n’était qu’en partie jusqu’ici). J’entends par là que les oligopoles commandent seuls la reproduction du système productif dans son ensemble. Ils sont « financiarisés » dans le sens qu’eux seuls ont accès au marché des capitaux. Cette financiarisation donne au marché monétaire et financier – leur marché, celui sur lequel ils se concurrencent entre eux – le statut de marché dominant, qui façonne et commande à son tour les marchés du travail et d’échange de produits.

Cette financiarisation mondialisée s’exprime par une transformation de la classe bourgeoise dirigeante, devenue ploutocratie rentière. Les oligarques ne sont pas russes seulement, comme on le dit trop souvent, mais bien davantage étatsuniens, européens et japonais. Le déclin de la démocratie est le produit inévitable de cette concentration du pouvoir au bénéfice exclusif des oligopoles.

La forme nouvelle de la mondialisation capitaliste, qui correspond à cette transformation, par opposition à celle qui caractérisait la première « belle époque », est elle également importante à préciser. Je l’ai exprimé dans une phrase : le passage de l’impérialisme conjugué au pluriel (celui des puissances impérialistes en conflit permanent entre elles) à l’impérialisme collectif de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon).

Les monopoles qui émergent en réponse à la première crise du taux de profit se sont constitués sur des bases qui ont renforcé la violence de la concurrence entre les puissances impérialistes majeures de l’époque, et conduit au grand conflit armé amorcé en 1914 et poursuivi à travers la paix de Versailles puis la seconde guerre jusqu’en 1945. Ce que Arrighi, Frank, Wallerstein et moi même avons qualifié dés les années 1970 de « guerre de trente ans », terme repris depuis par d’autres.

Par contre la seconde vague de concentration oligopolistique, amorcée dans les années 1970, s’est constituée sur de toutes autres bases, dans le cadre d’un système que j’ai qualifié « d’impérialisme collectif » de la triade ( Etats-Unis, Europe et Japon). Dans cette nouvelle mondialisation impérialiste, la domination des centres ne s’exerce plus par le monopole de la production industrielle (comme c’était le cas jusqu’ici), mais par d’autres moyens (le contrôle des technologies, des marchés financiers, de l’accès aux ressources naturelles de la planète, de l’information et des communications, des armements de destruction massive). Ce système que j’ai qualifié « d’apartheid à l’échelle mondiale » implique la guerre permanente contre les Etats et les peuples des périphéries récalcitrantes, guerre amorcée dès 1990 par le déploiement du contrôle militaire de la planète par le Etats-Unis et leurs alliés subalternes de l’OTAN.

La financiarisation de ce système est indissociable, dans mon analyse, de son caractère oligopolistique affirmé. Il s’agit là d’une relation organique fondamentale. Ce point de vue n’est pas celui qui domine, non seulement dans la littérature volumineuse des économistes conventionnels, mais encore dans la plupart des écrits critiques concernant la crise en cours.

C’est ce système dans son ensemble qui est désormais en difficulté.

Les faits sont déjà là : l’effondrement financier est déjà en passe de produire non pas une « récession » mais une véritable dépression profonde. Mais au-delà, d’autres dimensions de la crise du système ont émergé à la conscience publique avant même l’effondrement financier. On en connait les grands titres – crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques – et de nombreuses analyses de ces aspects des défis contemporains sont produites quotidiennement, dont quelques unes de la plus grande qualité..

Je reste néanmoins critique à l’endroit de ce mode de traitement de la crise systémique du capitalisme, qui isole trop les différentes dimensions du défi. Je redéfinis donc les « crises » diverses comme les facettes du même défi, celui du système de la mondialisation capitaliste contemporaine (libérale ou pas) fondé sur la ponction que la rente impérialiste opère à l’échelle mondiale, au profit de la ploutocratie des oligopoles de l'impérialisme collectif de la triade.

La vraie bataille se livre sur ce terrain décisif entre les oligopoles qui cherchent à produire et reproduire les conditions qui leur permettent de s’approprier la rente impérialiste et toutes leurs victimes – travailleurs de tous les pays du Nord et du Sud, peuples des périphéries dominées condamnées à renoncer à toute perspective de développement digne de ce nom.

Je proposais donc une conceptualisation des formes nouvelles de domination des centres impérialistes fondée sur l’affirmation de modes nouveaux de contrôle se substituant au monopole ancien de l’exclusive industrielle, ce que la montée des pays qualifiés depuis « d’émergents » a confirmé. Je qualifiais la nouvelle mondialisation en construction « d’aparheid à l’échelle mondiale », appelant la gestion militarisée de la planète, perpétuant dans des conditions nouvelles la polarisation indissociable de l’expansion du « capitalisme réellement existant ».

LA SECONDE VAGUE D’ÉMANCIPATION DES PEUPLES: UN «REMAKE» DU XXÈME SIÈCLE OU MIEUX?

Le monde contemporain est gouverné par des oligarchies. Oligarchies financières aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, qui dominent non seulement la vie économique, mais tout autant la politique et la vie quotidienne. Oligarchies russes à leur image que l’Etat russe tente de contrôler. Statocratie en Chine. Autocraties (parfois cachées derrière quelques apparences d’une démocratie électorale « de basse intensité ») inscrites dans ce système mondial ailleurs dans le reste de la planète.

La gestion de la mondialisation contemporaine par ces oligarchies est en crise.

Les oligarchies du Nord comptent bien rester au pouvoir, le temps de la crise passé. Elles ne se sentent pas menacées. Par contre la fragilité des pouvoirs des autocraties du Sud est, elle, bien visible. La mondialisation en place est, de ce fait, fragile. Sera-t-elle remise en question par la révolte du Sud, comme ce fut le cas au siècle passé ? Probable. Mais triste. Car l’humanité ne s’engagera sur la voie du socialisme, seule alternative humaine au chaos, que lorsque les pouvoirs des oligarchies, de leurs alliés et de leurs serviteurs seront mis en déroute à la fois dans les pays du Nord et dans ceux du Sud.

Le capitalisme est « libéral » par nature, si l’on entend par « libéralisme » non pas ce joli qualificatif que le terme inspire, mais l’exercice plein et entier de la domination du capital non pas seulement sur le travail et l’économie, mais sur tous les aspects de la vie sociale. Il n’y a pas « d’économie de marché » (expression vulgaire pour dire capitalisme) sans « société de marché ». Le capital poursuit obstinément cet objectif unique. L’Argent. L’accumulation pour elle-même. Marx, mais après lui d’autres penseurs critiques comme Keynes, l’ont parfaitement compris. Pas nos économistes conventionnels, ceux de gauche inclus.

Ce modèle de domination exclusive et totale du capital avait été imposé avec obstination par les classes dirigeantes tout au long de la longue crise précédente jusqu’en 1945. Seule la triple victoire de la démocratie, du socialisme et de la libération nationale des peuples avait permis, de 1945 à 1980, la substitution à ce modèle permanent de l’idéal capitaliste, de la coexistence conflictuelle des trois modèles sociaux régulés qu’ont été le Welfare State de la social-démocratie à l’Ouest, les socialismes réellement existants à l’Est et les nationalismes populaires au Sud. L’essoufflement puis l’effondrement de ces trois modèles a par la suite rendu possible un retour à la domination exclusive du capital, qualifiée de néo-libérale.

Les désastres sociaux que le déploiement du libéralisme – « l’utopie permanente du capital » ai-je écrit – n’allait pas manquer de provoquer ont inspiré bien des nostalgies du passé récent ou lointain. Mais ces nostalgies ne permettent pas de répondre au défi. Car elles sont le produit d’un appauvrissement de la pensée critique théorique qui s’était progressivement interdit de comprendre les contradictions internes et les limites des systèmes de l’après seconde guerre mondiale, dont les érosions, les dérives et les effondrements sont apparus comme des cataclysmes imprévus.

Néanmoins, dans le vide créé par ces reculs de la pensée théorique critique, une prise de conscience de dimensions nouvelles de la crise systémique de civilisation a trouvé le moyen de se frayer la voie. Je fais référence ici aux écologistes. Mais les Verts, qui ont prétendu se distinguer radicalement et tout également des Bleus (les conservateurs et les libéraux) et des Rouges (les Socialistes) se sont enfermés dans l’impasse, faute d’intégrer la dimension écologique du défi dans une critique radicale du capitalisme.

Tout était en place donc pour assurer le triomphe – passager en fait, mais qui s’est vécu comme « définitif » - de l’alternative dite de la « démocratie libérale ». Une pensée misérable – une véritable non pensée – qui ignore ce que pourtant Marx avait dit de décisif concernant cette démocratie bourgeoise qui ignore que ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés par ces décisions. Ceux qui décident, jouissent de la liberté renforcée par le contrôle de la propriété, sont aujourd’hui les ploutocrates du capitalisme des oligopoles et les Etats qui sont leurs débiteurs. Par la force des choses les travailleurs et les peuples concernés ne sont guère que leurs victimes. Mais de telles billevesées pouvaient paraître crédibles, un court moment, du fait des dérives des systèmes de l’après-guerre, dont la misère des dogmatiques ne parvenait plus à comprendre les origines. La démocratie libérale pouvait alors paraître le « meilleur des systèmes possibles ».

Aujourd’hui les pouvoirs en place, qui eux n’avaient rien prévu, s’emploient à restaurer ce même système. Leur succès éventuel, comme celui des conservateurs des années 1920 – que Keynes dénonçait sans trouver d’écho à l’époque – ne pourra qu’aggraver l’ampleur des contradictions qui sont à l’origine de l’effondrement financier de 2008.

La récente réunion du G20 (Londres, avril 2009) n’amorce en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n’est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l’OTAN, le bras armé de l’impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer.

On savait déjà que les gouvernements de la triade – Etats-Unis, Europe et Japon – poursuivent l’objectif exclusif d’une restauration du système tel qu’il était avant septembre 2008. Plus intéressant est le fait que les leaders des « pays émergents » invités ont gardé le silence. Une seule phrase intelligente a été prononcée au cours de cette journée de grand cirque, par le Président chinois Hu Jintao, qui a fait observer « en passant », sans insister et avec le sourire (narquois ?), qu’il faudra bien finir par envisager la mise en place d’un système financier mondial qui ne soit pas fondé sur le dollar. Quelques rares commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement  - correct – avec les propositions de Keynes en 1945.

Cette « remarque » nous rappelle à la réalité : que la crise du système du capitalisme des oligopoles est indissociable de celle de l’hégémonie des Etats-Unis, à bout de souffle. Mais qui prendra la relève ? Certainement pas « l’Europe » qui n’existe pas en dehors de l’atlantisme et ne nourrit aucune ambition d’indépendance, comme l’assemblée de l’OTAN l’a démontré une fois de plus. La Chine ? Cette « menace », que les médias invoquent à satiété (un nouveau « péril jaune ») sans doute pour légitimer l’alignement atlantiste, est sans fondement. Les dirigeants chinois savent que leur pays n’en a pas les moyens, et ils n’en ont pas la volonté. La stratégie de la Chine se contente d’oeuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable.

Les chances donc d’un développement possible allant dans ce sens reposent encore intégralement sur les pays du Sud. Et ce n’est pas un hasard si la Cnuced est la seule institution de la famille des Nations Unies qui ait pris des initiatives fort différentes de celles de la commission Stiglitz. Ce n’est pas un hasard si son directeur, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, considéré jusqu’à ce jour comme un parfait libéral, ose proposer dans le rapport de l’organisation intitulé « The Global Economic Crisis », daté de mars 2009, des avancées réalistes s’inscrivant dans la perspective d’un second moment de « l’éveil du Sud ».

La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’OTAN.

L’assemblée de l’OTAN, réunie dans la même foulée en avril 2009, a entériné la décision de Washington, non pas d’amorcer son désengagement militaire, mais au contraire d’en accentuer l’ampleur.

UN NOUVEL INTERNATIONALISME DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES EST NÉCESSAIRE ET POSSIBLE

Le capitalisme historique est tout ce qu’on veut sauf durable. Il n’est qu’une parenthèse brève dans l’histoire. Sa remise en cause fondamentale - que nos penseurs contemporains, dans leur grande majorité, n’imaginent ni « possible » ni même « souhaitable » – est pourtant la condition incontournable de l’émancipation des travailleurs et des peuples dominés (ceux des périphéries, 80 % de l’humanité). Et les deux dimensions du défi sont indissociables. Il n’y aura pas de sortie du capitalisme par le moyen de la seule lutte des peuples du Nord, ou par la seule lutte des peuples dominés du Sud. Il n’y aura de sortie du capitalisme que lorsque, et dans la mesure où, ces deux dimensions du même défi s’articuleront l’une avec l’autre. Il n’est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la planète. Le scénario d’un « remake » possible du XXème siècle restera donc en deçà des exigences d’un engagement de l’humanité sur la longue route de la transition au socialisme mondial. Le désastre libéral impose un renouveau de la critique radicale du capitalisme. Le défi est celui auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique.

La construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant la perspective d'un dépassement du capitalisme.

Dans les pays du Sud le combat des Etats et des nations pour une mondialisation négociée sans hégémonies – forme contemporaine de la déconnexion – soutenu par l'organisation des revendications des classes populaires peut circonscrire et limiter les pouvoirs des oligopoles de la triade impérialiste. Les forces démocratiques dans les pays du Nord doivent soutenir ce combat. Le discours « démocratique » proposé, et accepté par la majorité des gauches telles qu’elles sont, les interventions « humanitaires » conduites en son nom comme les pratiques misérables de « l'aide » écartent de leurs considérations la confrontation réelle avec ce défi.

Dans les pays du Nord les oligopoles sont déjà visiblement des « biens communs » dont la gestion ne peut être confiée aux seuls intérêts particuliers (dont la crise a démontré les résultats catastrophiques). Une gauche authentique doit avoir l'audace d'en envisager la nationalisation, étape première incontournable dans la perspective de leur socialisation par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies en place.

La première vague de luttes pour le socialisme, celle du XXème siècle, a démontré les limites des social-démocraties européennes, des communismes de la troisième internationale et des nationalismes populaires de l'ère de Bandoung, l'essoufflement puis l'effondrement de leurs ambitions socialistes. La seconde vague, celle du XXIème siècle, doit en tirer les leçons. En particulier associer la socialisation de la gestion économique et l'approfondissement de la démocratisation de la société. Il n'y aura pas de socialisme sans démocratie, mais également aucune avancée démocratique hors de la perspective socialiste.

Ces objectifs stratégiques invitent à penser la construction de « convergences dans la diversité » (pour reprendre l'expression retenue par le Forum Mondial des Alternatives) des formes d'organisation et de luttes des classes dominées et exploitées. Et il n'est pas dans mon intention de condamner par avance celles de ces formes qui, à leur manière, renoueraient avec les traditions des social-démocraties, des communismes et des nationalismes populaires, ou s'en écarteraient.

Dans cette perspective il me paraît nécessaire de penser le renouveau d'un marxisme créateur. Marx n’a jamais été aussi utile, nécessaire, pour comprendre et transformer le monde, aujourd’hui autant et même plus encore qu’hier. Etre marxiste dans cet esprit c'est partir de Marx et non s'arrêter à lui, ou à Lenine, ou à Mao, comme l'ont conçu et pratiqué les marxismes historiques du siècle dernier. C'est rendre à Marx ce qui lui revient : l'intelligence d'avoir amorcé une pensée critique moderne, critique de la réalité capitaliste et critique de ses représentations politiques, idéologiques et culturelles. Le marxisme créateur doit poursuivre l'objectif d'enrichir sans hésitation cette pensée critique par excellence. Il ne doit pas craindre d'y intégrer tous les apports de la réflexion, dans tous les domaines, y compris ceux de ces apports qui ont été considérés, à tort, comme « étrangers » par les dogmatiques des marxismes historiques du passé.

Note

Les thèses présentées dans cet article ont été développées par l'auteur dans son ouvrage sur la crise, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).

Samir Amin Samir Amin dirige le Forum Tiers Monde : http://www.forumtiersmonde.net/fren/index.php


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13-11-2009, 06:00:17 Socialisme-Solidarité
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10-11-2009 Philo Marxiste-léniniste
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... Préface du livre « trotskisme ou léninisme » de Harpal Brar (Présenté lors du précédent message de ce blog).

Tract PTB compL’un des mythes lancés par les trotskistes –avec l’aide considérable de la bourgeoisie impérialiste- c’est que le léninisme et le trotskisme sont synonymes ; qu’après Lénine, Trotski était le bolchévik le plus brillant et le plus important (certains vont même jusqu’à dire que Lénine fut un grand trotskiste) ; que Trotski était le véritable héritier du léninisme et un digne successeur de Lénine, mais qu’il fut –hélas- privé de la place qui lui revenait par las manœuvres d’un homme médiocre de troisième ordre doublé d’un despote oriental, à savoir Joseph Staline. Ce mythe anticommuniste, ressassé jusqu’à l’indigestion d’une décennie à l’autre sur un mode goebbelsien (ndlr : relativement à Joseph Goebbels, chef de la propagande sous le troisième Reich, en Allemagne nazie), non seulement dans les publications trotskistes, mais aussi dans les classes des professeurs et enseignants petit-bourgeois d’histoire et de sociologie –sans parler de la presse impérialiste et des médias électroniques- ce mythe, donc, a acquis la force d’une véritable nuisance publique.
Celle-ci est le produit d’une distorsion et d’une falsification délibérées du marxisme-léninisme par le trotskisme et ses alliés bourgeois, de tromperies, d’insinuations, d’omissions, ainsi que d’interprétations tendancieuses de l’histoire de la grande Révolution d’Octobre, de la pratique et du rôle révolutionnaire de l’U.R.S.S., d’une part, et de l’ignorance des personnes à qui sont adressées ces tromperies, ces distorsions et ces falsifications directes, d’autre part. Quiconque a, un tant soit peu, étudié –et, à plus forte raison, beaucoup étudié- le sujet ne peut qu’être conscient du mensonge total que constitue ce mythe. Le but de l’ouvrage présenté (ndlr : « trotskisme ou léninisme », d’Arpal Brar) est de dénoncer ce mythe et d’exposer l’essence réellement réactionnaire, contre-révolutionnaire de l’idéologie petite-bourgeoise que représente le trotskisme, aussi inconciliablement hostile au marxisme-léninisme que ne l’est la bourgeoisie au prolétariat –et ce, en dépit de sa terminologie pseudo-marxiste, ultra-« gauchiste » et ultra-« révolutionnaire ».
La tâche de cet ouvrage consiste à montrer que le léninisme et le trotskisme s’excluent mutuellement ; que le trotskisme est inconciliablement opposé au léninisme ; que ceux qui se veulent marxistes-léninistes ont le devoir impérieux, dans l’intérêt du prolétariat, de mener une lutte impitoyable et sans compromis contre le trotskisme ; qu’ils doivent enterrer le trotskisme en tant que courant idéologique au sein de la classe ouvrière. En outre, je vise à démontrer qu’après la mort de Lénine, en janvier 1924, du fait que le léninisme avait été confirmé par le Parti bolchévik désormais sous la direction de Staline, le trotskisme poursuivit ses incessantes attaques contre ce même Léninisme, après avoir rapporté quelques modifications tactiques à ses attaques.
Dorénavant, il fallait attaquer le léninisme et la politique léniniste du Pari en feignant de s’en prendre au « stalinisme » au nom du léninisme. Pour y arriver, le trotskisme poursuivit sa lutte contre-révolutionnaire contre le léninisme révolutionnaire, sans toutefois jamais citer ouvertement ni spécifiquement le léninisme en tant que cible. Mentionnons –et c’est tout à l’honneur du Parti bolchévik, et de son dirigeant Staline- que le trotskisme reçu des coups aussi violents que ceux qu’il avait déjà reçus du vivant le Lénine, coups qui allaient se solder par son ignominieuse défaite. J’insisterai tout particulièrement sur trois caractéristiques du trotskisme, des caractéristiques qui le mettent en contradiction irréconciliable avec le léninisme.


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10-11-2009, 16:45:39 Socialisme-Solidarité
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08-11-2009 Philo Marxiste-léniniste
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... Trotskisme ou léninisme (Harpal Brar)

 

Tract PTB

 

Les organisations trotskistes ne cessent de proclamer que trotskisme et léninisme sont synonymes. Que Trotski était le véritable héritier de Lénine, son successeur désigné… Pourtant, le trotskisme ne s'est pas imposé au temps de Lénine, ni après la mort de celui-ci. Pourquoi?

Les partis et mouvements d'obédience trotskiste n'ont jamais pris la tête d'aucune révolution dans l'histoire. Pourquoi?

Les leaders politiques du trotskisme se sont mis au service de la contre-révolution pendant la guerre froide, déstabilisant les pays qui construisaient le socialisme au nom d'une « lutte contre le bureaucratisme », applaudissant les « révolutions démocratiques » d’Eltsine et consorts. Pourquoi ?

Alors qu’en France, en Grande-Bretagne et d’autres pays encore, des tendances trotskistes, divisées entre-elles, disposent d’une audience certaine suite à la disparition des partis communistes révolutionnaires, il était important de faire parler les faits, de replacer Léon Trotski, sa politique et son idéologie devant l’histoire. L’impossibilité de la construction du socialisme dans un seul pays, la défaite annoncée face à l’Allemagne nazie, la guerre civile en Espagne, le testament de Lénine, la lutte de classe dans les campagnes soviétiques, les procès de Moscou…

A travers de nombreuses citations de Trotski lui-même, les luttes au Comité Central avec Lénine et de sources inédites, et dans un système sans fard, Harpal Brar nous livre ici un document fondamental pour l’avenir du mouvement communiste international.

En effet, cette analyse méticuleuse démasque les imposteurs réactionnaires au verbiage révolutionnaire qui l’ont toujours divisé et veut ainsi contribuer à la réunification, sur une base marxiste-léniniste conséquente, des communistes du monde entier.

Harpal Brar dédie cet ouvrage à tous les jeunes révolutionnaires.

N° spécial d’ETUDES MARXISTES, paru chez EPO (suivre le lien).


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08-11-2009, 13:30:06 Socialisme-Solidarité
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05-11-2009 Economie-politique
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... Investissement, compétitivité, libre-échange, flexibilité : les quatre principes idéologiques de la régression sociale

Investissement, compétitivité, libre-échange, flexibilité : les quatre principes idéologiques de la régression sociale

 

Corinne Gobin (directrice du GRAID-Institut de Sociologie, ULB)

 

Comprendre les enjeux socio-politiques liés à des débats qui a priori paraissent très techniques, (les débats liés à la liberté de l'investissement et au libre-échange commercial et financiers), c'est avant tout comprendre que l'on se trouve dans une situation de confrontation idéologique très rude entre conceptions du monde diamétralement opposées : d'une part, une vision de libéralisme économique où l'économie est la fin de l'activité humaine et  n'a pas d'autre objectif que de chercher par tous les moyens à amplifier les rapports de domination politique et économique d'une branche très aisée de propriétaires financiers sur le reste de la population; d'autre part, une vision où les droits collectifs pour la réalisation de l'émancipation et du bien-être des populations font de l'économie un moyen parmi d'autres pour réaliser ces fins.

Or cette confrontation a beaucoup de mal à s'inscrire dans le débat démocratique  car tout est fait pour que le vocabulaire mobilisé dans la mise  en œuvre du projet néo-libéral soit banalisé et considéré par tous comme relevant de l'évidence et de la nécessité -et l'action quotidienne des grands médias  détenus par les grands groupes mondiaux financiers a, à ce titre, un rôle central pour nous habituer peu à peu à penser avec en tête des références saturées par l'idéologie néo-libérale.

Ainsi, les termes mobilisés pour faire ratifier des accords de libre-échange par les Parlements peuvent paraître tout à fait "normaux" et "naturels", faisant partie du vocabulaire économique banal : ils ne le sont pas! Parce que, en tant qu'outils au service de la diffusion d'une manière unique de penser la société, ils prennent sens, non pas séparément, mais à l'intérieur d'un réseau de significations  et de représentations particulières du monde où chaque mot se trouve en résonance avec les autres pour s'attacher à banaliser la même idée : toute l'énergie et les ressources de la société doivent être mobilisées au service de la constitution d'une rente de plus en plus élevée pour ceux qui détiennent le pouvoir financier.

Le néo-libéralisme hypertrophie la place de l'économie dans la société en vue d'imposer et de démultiplier le pouvoir des propriétaires de capitaux.

Pour que, collectivement, il nous soit possible de remettre l'économie à sa "juste place", celle de moyen au service de la réalisation des valeurs démocratiques (accès égal à tous aux droits sociaux individuels et collectifs : enseignement, santé, logement, sécurité sociale, environnement protégé et non dégradé,…), il nous faut au préalable démystifier ensemble  ce vocabulaire au service de l'idéologie de la rente dont on voudrait nous nourrir et nous pétrir comme s'il était immanquablement notre pain quotidien.

 

Le dogme du libre-échange

 

Dans le mode de pensée néo-libérale, liberté de l'investissement, liberté des échanges (commerciaux et financiers), compétitivité et flexibilité sont inextricablement liés; la grande force de la droite politique depuis près de 25 ans est d'avoir réussi à nous les présenter non comme la base d'un programme politique de droite, nécessairement régressif sur le plan de la sauvegarde et de l'extension du progrès social collectif, mais comme les mots d'ordre nécessaires au fonctionnement normal de toute économie. Ils ont même peu à peu été intégrés comme tels dans les programmes des partis sociaux-démocrates et des organisations syndicales.

Ces mots forment un système sémantique  qui avalise le dogme du libre-échange. En tant que dogme, celui-ci s'inscrit nécessairement dans une logique d'intolérance où tout ce qui concourt à la réalisation du projet néo-libéral est nécessairement positif, sur la voie de la raison, du progrès et de la modernité alors que ce qui s'y oppose est présenté comme périlleux, rétrograde et intolérable. Certains mots, qui expriment un projet contraire, deviennent dès lors "tabous" et chargés d'une charge négative tellement puissante qu'il devient impossible de les mobiliser dans un débat libre et démocratique. Il est de notre tâche collective  d'aider à libérer ce débat à travers une invitation à interroger le sens des mots.

Libre-échange est ainsi opposé à protectionnisme : on voit tout de suite le jeu idéologique sous-jacent. Un des termes est positivé par son association à libre (qui pourrait être contre la liberté?) tandis que l'autre renvoie à l'idée d'un repli négatif et égoïste sur soi-même (qui assumerait cette image égoïste?). Construire un modèle alternatif qui affronte le néo-libéralisme passe dès lors par la nécessité de renverser cette échelle de valeurs qui nous est imposée et donc de désigner les choses d'une autre façon, de sortir des carcans lexicaux qui nous sont imposés.

Le libre-échange n'est rien d'autre que l'imposition d'une économie déréglementée, désignons-le comme tel tandis que le protectionnisme recouvre en fait souvent le droit pour chaque Etat démocratique à exprimer son indépendance dans ses choix d'organisation de la société (le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes).

Renverser les valeurs c'est dès lors considérer qu'un Etat sur le plan économique doit essentiellement se consacrer à produire des biens et des services nationaux qui seront essentiellement échangés sur les marchés nationaux, l'échange international de biens n'étant valorisé et envisagé que si et seulement si il ne vient pas perturber les grands équilibres nationaux sociaux (emploi, redistribution des richesses, réalisation des droits sociaux collectifs) et environnementaux (lutte contre le gaspillage de l'énergie et des ressources naturelles, limitation  maximale des pollutions). En quelques mots, l'économie nationale doit être l'essentiel et le commerce international, l'accessoire.

Si ce genre de proposition tend aujourd'hui à paraître insensée et iconoclaste tant nous avons été habitué à "macérer" par la voie des médias dans la banalisation du libéralisme économique, rappelons qu'il n'y a pas de cela si longtemps, cette pensée était un des axes-clé des analyses proposées par l'économiste John Maynard Keynes : "Je suis donc de ceux qui veulent minimiser les imbrications économiques des nations. Les idées, le savoir, l'art, l'hospitalité, le tourisme : voilà des choses internationales par nature. En revanche, laissons les biens à leur place chaque fois qu'il est raisonnable, commode et possible de les y laisser; notamment confinons la finance au secteur national".[1]

Ce droit des peuples à disposer de leur économie nationale repose sur un projet qui défend la valorisation des droits socio-politiques démocratiques et l'action collective pour sauvegarder les équilibres écologiques comme principes premiers du fonctionnement d'une société :

-une production nationale, c'est avant tout un débat politique national pour discuter des priorités de développement et un contrôle socio-politique national sur l'organisation de la production et donc du travail (et des emplois) ainsi que de la redistribution des richesses nationales. Plus la production est locale et plus il est démocratiquement possible d'en débattre et de la contrôler collectivement. Dans l'histoire du développement du capitalisme industriel des pays d'Europe occidentale, le renforcement de la dégradation des conditions de vie et de travail de la main-d'œuvre ouvrière est toujours allée de pair avec l'accroissement de l'ouverture internationale du commerce et des finances;

-un constat est à faire : plus de la moitié du commerce international est composé d'échanges simultanés de mêmes biens (les Français consomment de l'eau en bouteille italienne et les Italiens de l'eau française). La situation est encore plus absurde dès que les distances d'échanges s'accroissent (entre les Américains et les Européens par exemple). Le savoir et le savoir-faire peuvent devenir internationaux (échanges des pratiques, des techniques et des "recettes") mais les biens matériels qui en sont issus, principalement, nationaux. Il faudrait en effet enfin prendre la mesure de cet invraisemblable gaspillage d'énergie et de ressources inutile (transport et frigorification de ces biens) dans ce projet du "tout-échange" extrêmement coûteux pour chaque collectivité nationale (l'énergie n'est jamais payée au prix coûtant par les industriels mais subventionnée par l'Etat) et in fine pour la collectivité internationale (l'accroissement des échanges et donc de l'utilisation des transports participe à un degré élevé à la production des pollutions atmosphériques, terrestres et aquatiques).

Ce contrôle démocratique national de l'économie ne signifie en aucune façon le retour à de dangereux penchants nationalistes teinté de chauvinisme belliqueux et/ou d'attitudes xénophobiques lorsqu'il s'insère dans une valorisation de l'échange international des cultures et des savoirs où les êtres humains seraient au contraire amenés à circuler librement.

Remarquons encore le paradoxe de l'association entre "libre" et "échange" dans ce modèle de libéralisme économique  : tant l'histoire de ces rapports économiques que son actualité  s'appuient sur l'imposition de rapports de domination explicites ou implicites (le colonialisme et l'impérialisme sous ses formes anciennes et modernes), la liberté n'étant celle que des plus forts.

 

Le dogme de la liberté de l'investissement

 

Ce modèle des biens qui circulent sans aucune entrave s'accompagne aujourd'hui d'un discours sur la promotion de la liberté de l'investissement. Au moins deux manipulations sémantiques sont à relever dans ce discours légitimateur du libre-échange financier.

En premier lieu, la notion d'investissement aujourd'hui prônée ne correspond pas à ce que le sens courant à l'habitude d'entendre par ce terme, se reposant encore sur l'imaginaire des années soixante où l'investissement économique était envisagé sous l'aulne keynésien comme une mise en œuvre directe de capitaux en vue d'accroître la production de biens matériels (développement ou création des activités de production). Le sens d'investissement est en effet aujourd'hui contaminé par le terme anglo-saxon investment qui en français était anciennement rendu par "placement financier", le fait de disposer de son capital en vue de le faire fructifier[2].

Dès lors, lorsque les accords bilatéraux sur la liberté des investissements sont promus par la Belgique, cette promotion laisse supposer l'idée que l'on va aider à accroître la capacité d'un autre pays à développer de la richesse nationale (investissement productif) alors que ce qui est réellement en jeu est tout autre. Ce type de traité bilatéral promeut en effet l'idée qu'un Etat doit intervenir pour consacrer  un droit privé sur tous les autres droits publics élaborés par l'autre Etat : le droit de la défense et de la protection de la rente privée, c'est-à-dire le droit pour n'importe quel individu propriétaire de tout type de placement (fonds, brevet dont les brevets sur les OGM, actions,…) de faire primer son droit de propriétaire sur toute autre réglementation publique. Ce type de traité nous replonge ainsi directement en plein 19ème siècle où l'activité de l'Etat bourgeois était principalement assimilée à la promotion des "affaires" (commerciales, financières, …) et à leur protection.

Une autre manipulation sémantique provient du fait que ces traités sont présentés comme défendant et protégeant les capitaux nationaux (dans notre cas, belges) investis à l'étranger. Deux remarques sont à faire devant ce type de déclaration : premièrement, l'intrication actuelle des capitaux étrangers dans la constitution des actifs des entreprises et des groupes financiers situés sur le territoire belge est aujourd'hui telle que la notion de "capital national" à protéger, pour un pays comme la Belgique, devient surréaliste; deuxièmement, à l'inverse de la logique du développement et du contrôle national de l'économie,  un capital qui va s'investir à l'étranger se place dans une logique de délocalisation qui s'appuie le plus souvent sur la volonté de fuir les contraintes nationales de respect des droits sociaux et environnementaux. Ce type de traité valorise ainsi une attitude générale de contournement des droits collectifs, au détriment en premier lieu de l'emploi national.

 

 La compétitivité et la flexibilité

 

Ce rapide tour d'horizon des mots qui participent à la constitution du dogme du libre-échange doit servir aussi à rappeler, qu'à contre-courant du sens construit par les médias, la "compétitivité" d'une entreprise n'est pas synonyme de sa "rentabilité" et que la flexibilité imposée au salarié(e) dans ses conditions de travail n'est aucunement la possibilité qui lui est offerte pour accéder enfin à la liberté.

Compétitivité et flexibilité (qu'elle soit négociée ou non, peu importe) sont partie intégrantes du dogme du libre-échange. Ce dogme, comme nous venons de l'expliquer, étant centré sur la consécration du droit privé du propriétaire du capital à produire de la rente comme primant  sur toute autre considération, la compétitivité s'assimile à la recherche de la maximisation de cette rente. Soit à travers l'idéologie de l'exportation à tout pris (le "tout-échange" vu précédemment  qui conduit à la recherche incessante de nouvelles parts de marché sur un marché mondial et par conséquent à la concentration économique sur le plan mondial); soit à travers l'idéologie de la flexibilité qui fait reporter la contrainte et les risques de ce système instable (la conquête de nouvelles parts de marché à tout prix) sur le collectif des travailleurs par un abaissement des salaires (le niveau de la masse salariale calculée en pourcentage du PIB est aujourd'hui largement inférieure à celle qu'elle était en 1960 dans les pays d'Europe occidentale), par une détérioration de leur droits et statuts (contrats précaires et statuts individualisés, diminution des droits de prestation sociale) et par une dégradation de leurs conditions  de travail (augmentation de la durée du travail, de l'intensité de travail, perte d'autonomie dans les tâches,…).

 

Libre-échange, liberté de "l'investissement" privé, compétitivité et flexibilité constituent le noyau idéologique du néo-libéralisme qui offrent aux propriétaires de capitaux le droit privé, de plus en plus construit comme inviolable par la protection d'une prolifération de traités économiques, de ponctionner individuellement, en court-circuitant toute délibération socio-politique collective, une part de plus en plus élevée de la richesse produite par le collectif des salariées et salariés.



[1] Cité par l'économiste Herman Daly, in "Les périls du libre-échange", in Pour La Science, n°195, janvier 1994, article qui a, notamment, inspiré ce texte.

[2] Cf Jean-Claude Deroubaix, "Le vocabulaire de la mondialisation. L'exemple des accords de protection des investissements", à paraître dans la revue MOTS pour un dossier spécial sur le vocabulaire de la mondialisation.


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05-11-2009, 15:15:07 Socialisme-Solidarité
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03-11-2009 Proverbes, citations
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"Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"
Karl Marx & Friedrich Engels

"Par l'amélioration rapide de tous les instruments de production, par les communications rendues infiniment plus faciles, la bourgeoisie entraîne toutes les nations, jusqu'aux plus barbares, dans le courant de la civilisation. Le bas prix de ses marchandises, est son artillerie lourde, avec laquelle elle rase toutes les murailles de Chine, avec laquelle elle contraint à capituler les barbares xénophobes les plus entêtés. Elle contraint toutes les nations, sous peine de courir à leur perte, à adopter le mode de production bourgeois ; elle les contraint d'importer chez elles ce qui s'appelle la civilisation, autrement dit : elle en fait des nations de bourgeois. En un mot, elle crée un monde à son image."
Karl Marx & Friedrich Engels

"Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire."
Ernesto "Ché" Guevara

"Si le communisme ne devait pas conduire à la création d'un homme nouveau, il n'aurait aucun sens."
Ernesto "Ché" Guevara

"Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte."
Confucius

"Quiconque souhaite le renforcement de la démocratie devra souhaiter également le renforcement et non pas l'affaiblissement du mouvement socialiste ; renoncer à la lutte pour le socialisme, c'est renoncer en même temps au mouvement ouvrier et à la démocratie elle-même."
Rosa Luxembourg

"Là où il y a une volonté, il y a un chemin."
Vladimir Illich Oulianov (Lénine)

"Dans une société fondée sur le pouvoir de l'argent, tandis que quelques poignées de riches ne savent être que des parasites, il ne peut y avoir de "liberté", réelle et véritable."
Vladimir Illich Oulianov (Lénine)

"Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander les autres."
Denis Diderot

"Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience."
Karl Marx

"Le domaine de la liberté commence là où s'arrête le travail déterminé par la nécessité."
Karl Marx

"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre."
Karl marx

"Le capital est semblable au vampire, il ne s’arrime qu’en suçant le travail vivant et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage."
Karl marx

"Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation."
Karl marx

"L’histoire de toute société se résume dans le développement des antagonismes de classes, antagonismes qui ont revêtu des formes différentes à de différentes époques."
Karl marx

"Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton."
Albert Einstein

"Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue."
Albert Einstein

"Le mot progrès n'aura aucun sens tant qu'il y aura des enfants malheureux."
Albert Einstein

"L'existence sociale des hommes détermine leur pensée."
Mao Tsé-toung

"En fin de compte, le régime socialiste se substituera au régime capitaliste ; c’est une loi objective, indépendante de la volonté humaine. Quels que soient les efforts des réactionnaires pour freiner la roue de l’histoire dans son mouvement en avant, la révolution éclatera tôt ou tard et sera nécessairement victorieuse."
Mao Tsé-toung

"Le but de la révolution socialiste est de libérer les forces productives. La transformation de la propriété individuelle en propriété collective socialiste dans les domaines de l’agriculture et de l’artisanat, et celle de la propriété capitaliste en propriété socialiste dans l’industrie et le commerce privés aboutiront nécessairement à une libération considérable des forces productives. Et les conditions sociales seront ainsi créées pour un énorme développement de la production industrielle et agricole."
Mao Tsé-toung


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03-11-2009, 06:45:09 Socialisme-Solidarité
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01-11-2009 manipulation
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Ricardo ALARCÓN DE QUESADA

I. Les héros interdits

« Dans ce pays-ci, mets-toi ça dans la tête, tu dois courir aussi vite que tu peux pour rester à la même place »

Lewis Carroll
Alice au pays dess merveilles

Vous souvenez-vous d’Elián ?

L’affaire Elián González, un garçon de six ans, retenu par la force par des inconnus contre la volonté de son père, dans un défi ouvert à la loi US et à la décence, avait été largement rapportée par les médias dans le monde entier. Miami, le lieu de la séquestration, s’était transformée en une sorte de ville sécessionniste US, lorsque le maire, le chef de la police, les politiques, tous les quotidiens et les commentateurs de radios et de télévisions, de concert avec les institutions religieuses et patronales, s’étaient unis avec certains groupes violents des plus notoires obéissant aux ordres des groupes terroristes et violents pour s’opposer à l’ordre des tribunaux et du gouvernement de libérer le garçon.

Il avait fallu envoyer une équipe des forces spéciales de Washington DC, pour lancer une opération secrète et rapide afin d’occuper plusieurs maisons, désarmer les individus qui étaient fortement armés et cachés dans le quartier, sauver le garçon et restaurer la loi. Tout le monde avait suivi l’information. Jour après jour.

Mais presque personne ne savait, qu’au même moment, exactement au même endroit – à Miami- cinq autres jeunes Cubains avaient été arbitrairement privés de leur liberté et subissaient une grande injustice.

Gerardo Hernández, Ramón Labañino, Antonio Guerrero, Fernando González et René González avaient été arrêtés très tôt le matin du samedi 12 septembre 1998, et emprisonnés pour 17 mois, seuls, dans des cellules punitives. Depuis le début de l’instruction jusqu’au jugement, le principal chef d’accusation qu’avaient retenus les procureurs et le juge, était que les cinq jeunes Cubains avaient infiltré, pacifiquement et sans armes les groupes terroristes anti-Cubains dans le but d’informer Cuba sur leurs plans criminels.

Avec ce genre d’accusation, était-il concevable que qu’un quelconque révolutionnaire cubain puisse obtenir un jugement objectif à Miami ? Cela aurait-il été possible pendant la séquestration d’Elián, dans l’ambiance de violence, de haine et de peur qui régnait ?

Pour les services du Procureur, c’était parfaitement possible. Selon ses termes, « Miami est une communauté très grande, diverse et hétérogène » capable de traiter n’importe quel sujet sensible, y compris ceux qui impliquent la révolution cubaine. C’est cette phrase que les procueurs ont répété pour rejeter plus de dix motions présentées par les avocats de la défense demandant de délocaliser le procès.

Le même gouvernement qui avait été obligé de traiter Miami comme une sorte de ville rebelle et d’envoyer secrètement des forces pour restaurer la légalité, a menti plusieurs fois sur la question du lieu du procès en refusant aux prévenus le droit que les Usaméricains respectent tant, il a rejeté la requête de délocalisation du procès vers la ville voisine de Fort Lauderdale, située à une demi-heure de Miami. Ironiquement, quelques années après, en 2002, quand le gouvernement avait été poursuivi au civil pour une affaire administratif de moindre importance, résolue par la suite par un accord hors du tribunal, et liée indirectement au cas d’Elián, le gouvernement demanda un changement de lieu vers Fort Lauderdale, en affirmant qu’à Miami, il était impossible de juger avec objectivité une quelconque affaire en relation avec Cuba (Ramírez vs. Ashcroft, 01-4835 Civ-Huck, 25 juin 2002).

Cette contradiction flagrante, qui est la preuve claire d’un mauvais comportement du tribunal, d’un réel abus , a été l’un des facteurs principaux sur lesquels a été fondée la décision unanime de la Cour d’Appel, en 2005, pour annuler les condamnations des Cinq et décider un nouveau jugement (Court of Appeals for the Eleventh Circuit, No. 01-17176, 03-11087).

Cette décision historique fut ensuite infirmée par la majorité du tribunal sous la pression du Procureur Général (ministre fédéral de la Justice) Alberto Gonzales dans une action contraire à ce que supposerait la pratique courante du droit aux USA. Le succès de cette manœuvre de M. Gonzales, démonstration de sa philosophie juridique particulière, rendit impossible une résolution juste de cette affaire qui aurait honoré les USA.

La décision de la cour, un document solide de 93 pages qui décrivait des faits irréfutables de la guerre terroriste menée depuis un demi-siècle contre Cuba, reste un document extraordinaire l’histoire US et qui restera un texte que les professeurs et les étudiants en droit analyseront avec respect.

Mais ceci est un autre chapitre dans la longue saga des Cinq.

Quant à Elián González, il est sur le point d’achever son lycée et continue d’attirer l’attention des médias étrangers et des visiteurs qui se rendent à Cárdenas, le joli village dans lequel il vit. Lorsqu’ils se endent à la maison d’Elián, ils sont surpris par des affiches qui réclament la liberté des Cinq jeunes dont les visiteurs n’avaient certainement pas entendu parler jusqu’alors.

Commentaire de Leonard Weinglass:
« Le procès a été tenu secret par les médias US. Il est inconcevable que le procès le plus long des USA jusqu’au jour de son verdict, n’ait été couvert que par la presse locale de Miami, alors que notamment des généraux, un amiral ainsi qu’un conseiller de la Maison Blanche avaient été appelés à témoigner par la défense. Où étaient alors les médias US pendant ces six mois ? Non seulement ce procès avait été le plus long, mais il traitait une affaire qui impliquait des questions importantes de politique étrangère et de terrorisme international. C’est aux médias US qu’il faut poser la question, car ils continuent à refuser de couvrir un cas dans lequel il y a eu tant de violations de droits fondamentaux, et y compris des violations des droits humains des prisonniers. » (Réponse de Leonard Weinglass, au Forum organisé par http://www.antiterroristas.cu , le 12 septembre 2003).

Ce qui a sauvé Elián c’est le fait que les Usaméricains étaient a courant de son cas et qu’ils s’étaient impliqués pour que la justice triomphe. Les Cinq sont toujours emprisonnés – cela fera 11 ans en septembre prochain – victimes d’une terrible injustice, car on ne permet pas aux Usaméricains d’en prendre connaissance. Les Cinq sont punis cruellement parce qu’ils ont combattu le terrorisme. Ils sont des héros, mais des héros interdits.


II. La justice aux Pays des merveilles

« La sentence d’abord… le verdict ensuite! »


Lewis Caroll
Alice au pays des merveilles

Une fois écartée la question de la délocalisation du procès, le résultat du procès des Cinq était déjà prédéterminé. Il suivait strictement la prophétie de la Reine.

Les médias US ont joué un rôle très important dans deux directions. En dehors de Miami c’était un silence total ; comme l’avocat Leonard Weinglass l’a très habilement décrit, leur rôle contrastait avec celui qu’ils avaient joué dans le Comté de Dade, offrant tous deux, les médias et la cour, offrant un show impressionnant de discipline.

Les médias locaux ne se sont pas contentés de couvrir intensivement l’affaire , mais ils y sont également intervenus, comme s’ils avaient fait partie de l’accusation. Les Cinq avaient été condamnés par les médias avant même d’être accusés.

Le samedi 12 septembre 1998, très tôt le matin, tous les médias de Miami diffusaient sans discontinuer des flashes sur la capture de « terrifiants » agents cubains, « prêts à détruire les USA » (c’était la phrase que le Procureur adorait et qu’il a répété maintes et maintes fois durant tout le procès). Ce matin-là, le titre de Une fut : « Des espions parmi nous ». Simultanément, et fort à propos, le chef du FBI à Miami recontrait Lincoln Díaz Balart et Ileana Ros-Lehtinen, les représentants de la vieille garde de Batista au Congrès.

Une campagne de propagande sans précédent fut lancée contre cinq individus qui ne pouvaient pas se défendre, car ils étaient totalement isolés du monde extérieur, jour et nuit, pendant un an et demi, dans ce qu’on appelle dans l’argot de la prison « le trou ».

Un cirque médiatique a entouré les Cinq depuis leur arrestation jusqu’à aujourd’hui. Mais seulement à Miami. Sur le reste du territoire des USA, c’est le silence radio sur leur dure situation. Le reste du pays n’est pas très au courant de cette affaire, et on le maintient dans l’ignorance, comme si tout le monde acceptait l’idée que Miami – cette « communauté très diverse et extrêmement hétérogène », selon la description du Procureur – appartiendrait effectivement à une autre planète.

Cela aurait pu être une proposition raisonnable, si quelques faits honteux n’avaient pas récemment été découverts. Certaines personnes des médias impliquées dans la campagne à Miami – « journalistes » et autres – avaient été payées par le gouvernement US, elles figuraient sur leurs listes de personnel en tant qu’employés dans la machine de propagande anti-cubaine à la radio et la télévision, une campagne qui a coûté plusieurs centaines de millions de dollars aux contribuables usaméricains.

De fait, les Usaméricains se sont vus obligés d’être très généreux, sans le savoir. Il y a une longue liste de « journalistes » de Miami qui ont couvert l’intégralité du procès des Cinq, tout en recevant des chèques fédéraux bien juteux (pour en savoir plus sur le « travail » de ces « journalistes », consulter le site web http://www.freethefive.org).

En 2005, La décision de la Cour d’Appel a offert également un bon résumé de la campagne propagandiste, avant et durant le procès. C’est une des raisons pour lesquelles la Cour avait été amenée à « invalider les sentences et ordonner un nouveau jugement ». Miami n’était pas un lieu pour rendre la justice. Comme les juges l’avaient dit « les preuves présentées [devant le Tribunal de Miami] pour appuyer les requêtes de délocalisation étaient massives » (Court of Appeals for the Eleventh Circuit, No. 01-17176, 03-11087).

Clarifions un point. Nous ne parlons pas ici de journalistes, au sens où les Usaméricains en dehors de Miami peuvent l’entendre. Nous nous référons aux « journalistes » de Miami, c’est une chose très différente.

Leur rôle n’était pas de publier des informations, mais plutôt de créer un climat qui assure les condamnations. Ils ont même appelé à des manifestations publiques à l’extérieur des bureaux dans lesquels se réunissait la défense et ont harcelé les membres potentiels du jury pendant la phase précédant le procès. Le tribunal lui-même a exprimé sa préoccupation face la «quantité formidable de demande sà connaître les d’avance les questions qui seraient posées aux candidats-jurés, apparemment afin d’informer les auditeurs et téléspectateurs, et parmi eux les personnes sélectionnées comme candidats, sur les questions que leur poserait le tribunal. »

Nous parlons d’un groupe d’individus qui ont harcelé les jurés, en les poursuivant dans la rue, caméra au poing, filmant leurs plaques d’immatriculation et les montrant à la télévision; Ils les poursuivaient jusqu’à l’intérieur du Palais de Justice, jusque devant la porte de la salle des jurés, et cela durant les sept mois de procédures préliminaires du procès procès, du premier au dernier jour.

Plus d’une fois la juge Leonard a protesté et supplié le gouvernement d’arrêter une mascarade si déplorable. Elle l’avait réclamé du début à la fin du procès et à plusieurs occasions. Elle n’a jamais été entendue (Official transcripts of the trial, p. 22, 23, 111, 112, 625, 14644-14646).

Le gouvernement n’était pas intéressé par la tenue d’un procès juste. Au cours du processus de sélection du juré, le Procureur était avide d’exclure la majorité des membres afro-usaméricains, tout comme il avait exclu les trois individus qui n’avaient pas montré de forts sentiments anticastristes.

À cette date Elián González avait été récupéré, et il occupait toujours l’esprit des jurés. Comme le dit l’un d’eux pendant la procédure de sélection : «Je serais préoccupé par les réactions qu’il pourrait y avoir…je ne veux pas que des émeutes éclatent ou des trucs du genre de ce qui s’est passé dans l’affaire Elián ». Ou bien un autre, je cite : «Pour vous dire la vérité…je deviendrais une vrai loque nerveuse, j’aurais peur pour ma propre sécurité si je ne revenais pas avec un verdict favorable à la communauté cubaine [de Miami] ».

C’est dans cette atmosphère de peur qu’avait débuté le plus long procès à ce jour dans l’histoire des USA, ce procès que les grands médias avaient « choisi » d’ignorer.

Source : Counterpunch Forbidden Heroes & Justice in Wonderland”
Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice
Article original publié les 11 et 12/8/2009

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01-11-2009, 05:45:08 Socialisme-Solidarité
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29-10-2009 Société
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(Extrait du site de Michel Collon)

 

Salim Lamrani    

couverture_salim_lamrani0001-2f0feA l'occasion de la sortie de son cinquième ouvrage, voici une interview exclusive de Salim Lamrani  pour Cuba Sí France suivie d'un chapitre du livre intitulé: "Les mercenaires de la Maison-Blanche".



Cuba Sí : Vous venez de publier un nouveau livre. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Salim Lamrani : Ce livre traite de la désinformation médiatique en Occident au sujet de Cuba et illustre le gouffre énorme qui existe entre la représentation faite de Cuba par notre presse et la réalité de ce pays. Cet ouvrage permet également de questionner le rôle des médias : sont-ils chargés de fournir une information fiable et objective aux citoyens ou bien s’évertuent-ils à défendre l’ordre politique, économique et social établi ?

Cuba Sí : Quels en sont les principales problématiques ?


Salim Lamrani : Il en a plusieurs mais j’évoque surtout celles que les médias occidentaux traitent en général, à savoir la question des droits de l’homme, l’opposition cubaine, l’émigration, et le futur de Cuba.
 
Cuba Sí : Votre ouvrage comporte un prologue de Nelson Mandela.
 
Salim Lamrani : Nelson Mandela est un personnage extraordinaire qui est une source d’inspiration pour tous ceux qui luttent contre l’injustice et en faveur d’un monde meilleur. Il m’a fait l’immense honneur de lier sa plume à mon livre et j’ai à son égard une dette de gratitude infinie.

 


 

Extrait du chapitre 4: "les mercenaires de la Maison Blanche"


La dissidence cubaine jouit d’une couverture médiatique exceptionnelle en Occident, largement disproportionnée par rapport à sa taille et son influence. Aucune opposition latino-américaine n’est autant choyée par les transnationales de l’information. D’après la presse, elle serait sauvagement réprimée par les autorités cubaines et ne disposerait d’aucun espace d’expression. Pourtant, il ne se passe pas une semaine sans que les médias occidentaux ne publient des interviews de ces fameux opposants censés être muselés par le « régime castriste ». Sont-ils représentatifs de la société cubaine ? Sont-ils indépendants de toute influence étrangère ?


1. Les « opposants »


L’opposition cubaine dispose d’un statut particulier. D’une part, elle est extrêmement prisée par la presse occidentale. En effet, aucun groupe d’opposants en Amérique latine, hormis peut-être l’opposition vénézuélienne, ne bénéficie d’une telle aura médiatique. D’autre part, elle reçoit des financements colossaux de la part des Etats-Unis, dont les médias ne disent mot, et jouit d’une liberté d’agir qui scandaliserait les procureurs du monde entier.

Le 21 juin 2007, la Chambre des Représentants étasunienne a décidé de voter le budget de 45,7 millions de dollars pour l’année 2007-2008, présenté par le président Bush, à destination des dissidents cubains. Ainsi, 254 congressistes, dont 66 démocrates, ont approuvé la stratégie de la Maison-Blanche destinée à renverser le gouvernement cubain. Le législateur de Floride, Lincoln Díaz-Balart, descendant direct de l’ancien dictateur Fulgencio Batista, s’est réjoui de cette aide. « Cette victoire constitue un soutien pour l’opposition politique interne » cubaine, a-t-il souligné. « L’aide aux opposants n’est pas symbolique mais concrète », a-t-il ajouté. Il a également rendue publique une lettre de certains éminents dissidents cubains qui affirment que l’aide étasunienne « est un élément vital pour la survie des militants (1) ».

Pour l’année 2007-2008, la Chambre a également alloué une somme de 33,5 millions de dollars (6 millions de plus qu’en 2006) à Radio et TV Martí. Ces deux médias étasuniens diffusent illégalement des émissions subversives en direction de Cuba dans le but d’inciter la population à renverser l’ordre établi (2).

Ce même jour, le 21 juin 2007, le chef de la diplomatie étasunienne à La Havane, Michael Parmly, a reçu en grande pompe les célébrissimes dissidents René Gómez Manzano, Félix Bonne, Martha Beatriz Roque et Vladimiro Roca dans sa somptueuse résidence personnelle. Ces derniers étaient venus remercier leur précieux mécène pour sa générosité (3) .

Les médias occidentaux, pourtant si prolixes à l’égard de Cuba, sont restés étrangement silencieux sur ces deux évènements. Les raisons en sont relativement simples. Les personnages qu’ils s’évertuent à présenter depuis des années comme de valeureux militants à la recherche de la démocratie ne sont en réalité que de vulgaires mercenaires qui se vendent au plus offrant. Le mot mercenaire n’est pas un terme hors de propos ou exagéré. Selon le Littré, il s’agit de tout individu « qui travaille pour de l’argent, à qui l'on fait faire tout ce qu'on veut pour de l'argent (4)». Manzano, Bonne, Roque et Roca entrent pleinement dans cette définition.

Pourtant, il n’y a rien de nouveau à tout cela. Depuis des décennies, les Etats-Unis tentent par tous les moyens de fabriquer et de diriger une opposition interne à Cuba, afin de mettre un terme au processus révolutionnaire cubain. Les archives étasuniennes sont éloquentes à cet égard. Par ailleurs, de nombreux documents étasuniens, officiels et publics, attestent de cette réalité qu’aucun journaliste ou analyste politique digne de ce nom ne peut ignorer. La loi Torricelli de 1992, et plus particulièrement l’article 1705, stipule que « les Etats-Unis fourniront une assistance, à des organisations non gouvernementales appropriées, pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba (5) ». La loi Helms-Burton de 1996 prévoit, à l’article 109, que « le Président [des Etats-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba (6) ».

Le premier rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre, adopté le 6 mai 2004, envisage la mise en place d’un « solide programme de soutien favorisant la société civile cubaine ». Parmi les mesures préconisées, un financement à hauteur de 36 millions de dollars est destiné au « soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante (7) ». Le second rapport de la même Commission, rendu public le 10 juillet 2006, prévoit également un budget de 31 millions de dollars pour financer davantage l’opposition interne (8).

En 2003, la justice cubaine avait condamné 75 personnes stipendiées par les Etats-Unis, suscitant une réprobation médiatique internationale. Dans n’importe quel autre pays du monde, des individus tels que Manzano, Bonne, Roque et Roque se trouveraient actuellement derrière les barreaux (9). Ricardo Alarcón, président de l’Assemblée nationale cubaine a averti les membres de la « dissidence » du fait que ceux qui conspireraient avec Washington et accepteraient ses émoluments devront en « payer les conséquences (10)».

« Tant que cette politique existera, il y aura des personnes qui se trouveront impliquées […]. Elles conspireront avec les Nord-américains [et] accepteront l’argent. Cela est un délit selon les lois cubaines. Je ne connais aucun pays qui ne classe pas une telle activité comme un délit », a souligné Alarcón. « Imaginez que quelqu’un aux Etats-Unis soit soutenu, entraîné, équipé et conseillé par un gouvernement étranger. Cela est un délit en soi. C’est un délit très grave aux Etats-Unis et cela peut coûter de nombreuses années en prison, beaucoup plus que ce que l’on peut risquer ici à Cuba », a-t-il conclu (11).

Il en est de même en France comme le stipule l’article 411-4 du code pénal et une affaire survenue en 2004 illustre éloquemment cette réalité. Le 28 décembre 2004, les autorités françaises ont procédé à l’arrestation de Philippe Brett et Philippe Evanno, deux collaborateurs de M. Julia. Ils avaient été à l’origine d’une tentative infructueuse destinée à libérer les deux otages français en Irak, Christian Chesnot et Georges Malbrunot en septembre 2004. Ces deux personnes ont été mises en examen pour « intelligence avec une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Ils ont été présentés aux juges antiterroristes Jean-Louis Bruguière et Marie-Antoinette Houyvet, qui s’occupent des affaires ayant trait à la sûreté de l’Etat. Ils ont été accusés d’avoir pris contact avec la résistance iraquienne et d’avoir reçu une assistance logistique de la Côte-d’Ivoire. Brett et Evanno étaient passibles de dix ans de réclusion criminelle et de 150 000 euros d’amende. M. Julia a échappé à la justice grâce à son immunité parlementaire. La gravité des charges retenues contre eux n’a suscité aucun émoi au sein de la presse occidentale (12).

Le rapport de 2006 prévoit également 24 millions de dollars additionnels pour Radio et TV Martí, afin d’amplifier les transmissions de programmes subversifs vers Cuba, en violation de la législation internationale. Les membres de la « dissidence » cubaine disposent d’une partie de cette somme pour acquérir et distribuer des équipements radiophoniques et télévisuels permettant de capter les programmes émis depuis les Etats-Unis. D’autres pays sont invités à transmettre des émissions subversives vers Cuba. Le rapport prévoit également « d’entraîner et d’équiper des journalistes indépendants de la presse écrite, radiophonique et télévisuelle à Cuba (13)».

La presse occidentale, qui a censuré cette réalité, avait stigmatisé l’action des autorités cubaines, en dénonçant les sanctions prises à l’encontre de « militants pacifiques et de journalistes indépendants ». Selon elle, les inculpés auraient été châtiés pour avoir ouvertement exprimé leur désaccord avec la ligne officielle et avoir publié des articles diffamatoires dans la presse d’extrême droite de Miami (14).

Il sied de s’arrêter un instant sur ces accusations. Les deux « dissidents » cubains qui disposent de l’influence médiatique la plus importante au niveau international, qui lancent les invectives les plus acerbes contre la Révolution cubaine et qui jouissent de la bienveillance la plus soutenue auprès des extrémistes d’origine cubaine de Miami sont Oswaldo Payá et Elizardo Sánchez (15). Face à eux, Raúl Rivero passe pour un opposant relativement modéré et frileux (16). Or ce dernier avait été condamné à une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Payá et Sánchez n’ont eu aucun ennui avec la justice, alors que leurs écrits politiques sont beaucoup plus virulents que ceux de Rivero. L’explication est assez simple: Payá et Sánchez ont, jusqu’à présent, toujours refusé le financement généreusement offert par Washington, tandis que Rivero a commis l’erreur de profiter des largesses financières de l’administration Bush. C’est cela qui a été condamné, et non la production littéraire ou politique supposément hétérodoxe.

Intégrer l’univers de la « dissidence » est un juteux commerce. Les avantages économiques de cette profession sont conséquents et attisent la convoitise d’individus peu scrupuleux. Les 75 personnes condamnées n’exerçaient aucun métier et vivaient des émoluments offerts par les autorités étasuniennes, en échange des tâches réalisées. Les appointements considérables pour le niveau de vie de la société cubaine ont conduit certains personnages à amasser de petites fortunes personnelles, s’élevant jusqu’à 16 000 dollars en liquide, alors que le salaire moyen oscille entre quinze et vingt dollars par mois (17). Ils menaient ainsi un train de vie largement supérieur à celui des Cubains, et profitaient également des incomparables privilèges que procure le système social cubain.

Pour évaluer précisément l’importance d’une telle somme, il convient de appeler la valeur du dollar à Cuba. Pour l’équivalent d’un dollar, un Cubain peut s’offrir au choix : cent quatre litres de lait, quarante-cinq kilos de riz, vingt-six tickets pour des matchs de base-ball, entre cinq et vingt-six places de théâtre ou de cinéma, 5200 kilowatts d’électricité ou cinq cours d’anglais télévisés de cent soixante heures chacun. Tous les autres aliments de première nécessité (pain, haricots, huile.) sont dans le même ordre de prix. A cela s’ajoute la gratuité des services d’éducation et de santé. Etant donné que 85% des citoyens cubains sont propriétaires de leur logement, ils ne payent aucun loyer. De plus, l’impôt n’existe pas à Cuba. Autre fait unique au monde : les médicaments achetés dans les pharmacies coûtent deux fois moins cher que ce qu’ils valaient il y a cinquante ans (18). Tout cela est possible grâce aux subventions octroyées annuellement par l’Etat cubain, tant vilipendé par les mêmes « dissidents » qui ne manquent pas de profiter des conditions de vie avantageuses qu’offre la société cubaine.

Suite à l’intervention diplomatique de l’Espagne, plusieurs personnes incarcérées depuis mars 2003, dont Raúl Rivero, ont été libérées fin novembre 2004 pour des raisons humanitaires (19). Il convient de souligner que Rivero a profité d’une médiatisation internationale uniquement parce qu’il était, avec Oscar Elias Biscet, le seul individu écroué sur les 75 à avoir réellement exercé le métier de journaliste. Son cas est intéressant dans la mesure où il jette une lumière sur l’ampleur de la campagne de désinformation lancée contre Cuba. Dans une interview accordée à Reporters sans frontières, Blanca Reyes, femme de Rivero, affirmait que celui-ci se trouvait dans des « conditions de détention infrahumaines et inacceptables ». Elle ajoutait par la même occasion qu’il avait perdu quarante livres (19,5 kilos). « [Il] a faim. Je veux que l’on sache [que] Raúl Rivero souffre de la faim », déplorait-elle dans un élan mélodramatique de circonstances (20). Cette information avait été reprise en grande pompe par l’ensemble de la presse internationale.

Or, lors de sa sortie de prison, Rivero est apparu en excellente santé, avec un embonpoint notable, comme l’illustres les photos prises par la presse et comme n’ont cessé de le clamer les autorités cubaines (21). Alors que Washington et ses relais dénonçaient avec une remarquable répercussion médiatique les « effroyables conditions de vie » des prisonniers, Rivero lui-même avoua avoir eu un accès sans restrictions à la lecture et avoir dévoré avec avidité le dernier roman de l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, Historias de mis putas tristes, ouvrage difficile à trouver dans les librairies françaises à l’époque (22). Rivero n’a pas vécu dans un hôtel quatre étoiles, certes, mais pas dans un « goulag tropical » non plus comme les âmes bienséantes se plaisent à qualifier les prisons cubaines, comme si les pénitenciers du reste du monde étaient des lieux de villégiature (23).

Sans doute, les prisons d’Abu Ghraïb en Irak, où la torture de prisonniers de guerre a été institutionnalisée par Washington, sont-elles plus confortables. Que dire des geôles de Guantanamo, zone de non droit où la torture appliquée aux détenus est telle que de nombreuses tentatives de suicide ont eu lieu chez des personnes très pieuses pour qui le fait de mettre un terme à ses jours constitue le pire des pêchés (24) ? Dans tous les cas, très peu de réclusionnaires peuvent se vanter d’avoir eu accès au dernier roman de García Márquez, avant même certaines librairies européennes spécialisées.

Mais cela n’est guère nouveau. En effet, la transformation de criminels en « dissidents » ne date pas d’aujourd’hui. L’histoire d’Armando Valladares, le « poète paralytique condamné pour délit d’opinion », selon la propagande de Washington, est riche d’enseignements. Arrêté en 1960 pour terrorisme, cet ancien officier de police de la dictature de Batista reçut le soutien d’une grande campagne internationale lancée par l’extrême droite cubaine de Floride au début des années 80. Après des tractations effectuées par le gouvernement français de François Mitterrand, sous l’égide de Régis Debray, le prisonnier fut libéré et perdit, par la même occasion, ses talents de poètes et son hémiplégie. Par contre, il conserva soigneusement ses aptitudes de comédien et, ayant obtenu la nationalité étasunienne, il s’engagea auprès du gouvernement de Ronald Reagan, devenant ambassadeur auprès des Nations unies. Dépité, Régis Debray avait écrit dans son livre Les Masques : « L’homme n’était pas poète, le poète n’était pas paralytique, et le Cubain est aujourd’hui américain (25) ».

Luis Ortega Sierra est un journaliste cubain qui s’est exilé aux Etats-Unis en 1959, au triomphe de la Révolution. C’est un farouche adversaire du gouvernement de La Havane comme l’illustrent ses écrits. Il était lié à l’ancien dictateur cubain Fulgencio Batista qui finançait ses activités. Dans une lettre du 22 septembre 1961 à l’ancien homme fort de Cuba, Ortega avait exprimé sa « sympathie » et son « admiration » à son égard (26).

A propos des opposants cubains, Ortega déclare la chose suivante :

Les dissidents à Cuba sont des gens sans importance politique et tout le monde partage cet avis, même ceux qui vivent à leurs dépens. Ce sont des marionnettes de la mafia de Miami. Ils sont au service de la Section d’Intérêts des Etats-Unis qui les balade d’un endroit à un autre […].
Ce sont des gens qui reçoivent un salaire et une orientation idéologique du gouvernement américain. Cela n’est un secret pour personne. C’est le gouvernement nord-américain qui leur octroie de l’argent pour financer les activités de ces messieurs dans l’île. Penser que cet élément puisse représenter un mouvement puissant d’opposition au gouvernement est une bêtise (27).

Si l’Iran ou la Chine finançaient des opposants aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en France, ces derniers tomberaient immédiatement sous le coup de la loi. Si les médias occidentaux étaient intellectuellement libres, ils n’utiliseraient qu’un seul terme pour se référer à ceux qui se présentent comme des opposants au gouvernement cubain : mercenaires.

Notes

(1) Wilfredo Cancio Isla, « La Cámara da sólido apoyo a la democracia en Cuba », El Nuevo Herald, 22 juin 2007.

(2) Ibid.

(3) Andrea Rodriguez, « Disidentes cubanos usan casa de diplomático de EEUU », The Associated Press, 21 juin 2007.

(4) Le Littré, V. 1.3.

(5) Cuban Democracy Act, Titre XVII, Section 1705, 1992.

(6) Helms-Burton Act, Titre I, Section 109, 1996.

(7) Colin L. Powell, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, mai 2004). www.state.gov/documents/organization/32334.pdf (site consulté le 7 mai 2004), pp. 16, 22.

 

(8)Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 20.

(9) Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006).

(10)BBC, « Cuba Warns Dissidents Over US Aid », 12 juillet 2006.

(11)Ibid.

(12)Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis, op. cit.

(13)Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 22.

(14)Reporters sans frontières, « Un an après l’arrestation de 75 dissidents, Reporters sans frontières mobilise l’Europe contre la répression à Cuba », 18 mars 2004. www.rsf.org/article.php3?id_article=9547 (site consulté le 20 mars 2004).

(15)Oswaldo Paya, « Mensaje de Oswaldo Paya Sardiñas a Vaclav Havel, Presidente de la República checa en su visita a la ciudad de Miami, Florida », 23 septembre 2002. www.pdc-cuba.org/paya_havel.htm (site consulté le 25 septembre 2004) ; El Nuevo Herald, « Piden a Europa más firmeza contra el régimen », 7 octobre 2004. www.miami.com/mld/elnuevo/news/world/cuba/9853178.htm (site consulté le 8 octobre 2004).

(16)Raúl Rivero, « El cartel del queso blanco », Luz Cubana, Janvier/Février 2003, n°1 : 9-10.

(17)Felipe Pérez Roque, « Conferencia a la prensa nacional y extranjera », MINREX, 25 mars 2004 : 5-7.

(18) Gouvernement révolutionnaire de Cuba, « Documents », 18 avril 2003. www.cuba.cu/gobierno/documentos/2003/fra/n180403f.html (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(19) Andrea Rodríguez, « En libertad el poeta y disidente cubano Raúl Rivero », El Nuevo Herald, 30 novembre 2004. www.miami.com/mld/elnuevo/news/world/cuba/10303056.htm (site consulté le 1 décembre 2004).

 

(20) Reporters sans frontières, « La mujer del periodista encarcelado Raúl Rivero denuncia unas condiciones de detención ‘inaceptables’ », 5 août 2003. www.rsf.org/imprimir.php3?id_article=7698 (site consulté le 17 décembre 2004).

 

(21) Nancy San Martin, « Cubans Tell Rivero to Consider Leaving », The Miami Herald, 1 décembre 2004. www.miami.com/mld/miamiherald/10308130.htm?1c (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(22) Nancy San Martin, « Cubans Tell Rivero to Consider Leaving », The Miami Herald, 1 décembre 2004. www.miami.com/mld/miamiherald/10308130.htm?1c (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(23) Olivier Languepin, « Dans les prisons de Castro », Le Monde, 31 décembre 2004.

(24) Robert Scheer, « A Devil’s Island for Our Times », Los Angeles Times, 28 décembre 2004.

(25) Gianni Miná, Un Encuentro con Fidel (La Havane : Oficina de Publicaciones del Consejo de Estado, 1987), pp. 43-60 ; Jean-Marc Pillas, Nos Agents à La Havane. Comment les Cubains ont ridiculisé la CIA (Paris : Albin Michel, 1995), pp. 145-51.

(26) Ivette Leyva Martínez, « Despierta singular interés vida y obra de Batista », El Nuevo Herald, 3 mai 2008.

(27) Luis Ortega Sierra, « Fidel rebasó la historia », in Luis Báez, Los que se fueron (La Havane : Casa Editora Abril, 2008), p. 221.


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29-10-2009, 23:30:14 Socialisme-Solidarité
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28-10-2009 Vie sociale
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"L'homme est égoïste! Il en veut toujours plus pour lui! L'homme est naturellement contre le partage… C'est pour ça que le communisme ne peut marcher!" Voilà ce que j'ai déjà souvent entendu autour de moi. De cette question est née une petite histoire…

Benjamin Pestieau | 30 mars 2007


Pierre et Jacques - deux égoïstes aux destinées différentes…

Par une belle journée ensoleillée, le jour se lève sur la ville Méson-En-Veupluce. Il est 6h00, Pierre et Jacques se réveillent. Pierre habite dans une maison de rangée et Jacques dans une superbe villa. Pierre est ouvrier dans l'usine Onsue. Jacques est patron de la même usine.

Ce matin-là il fait chaud dans la maison de Pierre, très chaud. L'été est particulièrement sec. Pierre voudrait améliorer l’isolation de sa maison pour y garder la fraîcheur. Il voudrait aussi installer une piscine dans son jardin pour que ses enfants puissent profiter des vacances. La voiture de Pierre devient également vieille, surtout que ses enfants ont grandit et qu'il n'est plus possible de partir camper avec la famille dans sa petite Clio 3 portes. L’aîné des enfants doit faire des travaux pour l’école. Tous les jours c’est la même rengaine : «Papa, c’est quand que tu m’achètes un ordinateur? C’est pour l’école je te jure.»

Pierre est également passionné de photo. Il est secrétaire du club de photo de sa commune. La lumière de l'été est particulièrement propice pour qu'il développe tout son talent derrière l'objectif. Récemment, il a vu le dernier réflexe numérique de chez Canon. Un bijou. Accessible financièrement mais pas pour cette année car Pierre doit également profiter de l’été pour réparer le toit de sa maison. Une priorité avant que l'automne et ses pluies abondantes n’arrivent…

"Ah, si je pouvais avoir une augmentation salariale! Ca m'aiderait à répondre à mes besoins. En plus ce serait bien légitime, l'usine a fait des milliards de bénéfices cette année. C'est sûr, dès que j'arrive à l'usine, je vais chez mon patron… Jacques, lui demander une augmentation. Il est sympa Jacques."

Jacques lui ce matin, n'a pas beaucoup dormi. Il a sabré le champagne la veille avec les actionnaires et les cadres supérieurs de la société. Les résultats semestriels sont excellents! Le manque de sommeil ne l'atteint pas tellement, les résultats financiers l'enthousiasment. En effet, grâce à ceux-ci, il recevra une prime alléchante exceptionnelle de 250.000 euros qui lui permettra d'acheter une Ferrari GT. Jacques s'est découvert une nouvelle passion pour la marque au cheval cabré en rencontrant Michaël Schumacher dans les paddocks du grand prix de Francorchamp 2005. Il avait reçu une place VIP parce que les usines Onsue sponsorisaient le Grand Prix.

Ce n'est pas tout, grâce à ces résultats, de belles perspectives de croissance s'ouvre à Onsue. D'un côté, l'entreprise pourra racheter les usines Onap-Erdu. Celles-ci n'ont pas été assez productives et les prix qu'elles pratiquaient sur le marché étaient bien trop hauts. Pas ce problème chez Onsue, grâce au dernier plan de restructuration, ils ont gagné 20% sur la masse salariale et écrasé la concurrence des usines Onap-Erdu. En plus, les beaux résultats actuels permettent à Onsue d'acheter de nouvelles machines qui permettront d'accélérer la chaîne de production…

Arrêtons-nous sur la situation...


- Pierre en veut plus pour lui. Pierre est ouvrier
- Jacques en veut plus pour lui. Jacques est Patron

Un dialogue intéressant...

Revenons maintenant à Pierre. Il arrive un peu plus tôt ce jour-là à l'usine. Il a décidé d'aller trouver Jacques pour lui demander une augmentation. Jacques est un patron moderne, il reçoit directement Pierre dans son bureau. Il s'en suit le dialogue suivant:

- Ecoute Jacques, je voudrais une augmentation. Je dois faire face à de nouvelles dépenses et une augmentation serait plus que la bienvenue. J’en ai besoin pour moi. Ca ne devrait pas être trop difficile pour toi vu les bénéfices de l’entreprise…
- Ecoute Pierre, je te comprends mais je ne peux t'accorder cela. Si je te donne plus à toi et je voudrais vraiment bien le faire, tes collègues vont rappliquer demain pour avoir plus aussi. Ben oui, à travail égal - salaire égal comme on dit dans ton syndicat. En plus, si je te donne plus pour toi et tes collègues, j'aurai moins pour moi. C'est direct, je te paie plus, je fais moins de profit. C'est aussi fort que les vases communicants. Si je te paie plus et que je ne veux pas perdre, ça veut dire que je dois vendre les produits Onsue plus chers. Or tu sais que notre devise, c'est "Avec Onsue, la qualité au meilleur prix." Si je ne respecte pas notre devise, on perdra des parts de marché et on devra fermer l'usine. Ecoute, Pierre, je ne peux vraiment pas t'augmenter. Si je t'augmente je perds et on ne sera plus au top pour affronter la concurrence…
- Mais mais…
- D'ailleurs, j'allais vous proposer de travailler une heure de plus par semaine sans augmentation salariale pour rester compétitif. Et comme ça les actionnaires et moi, nous aurons des meilleurs dividendes. On aura plus et on investira plus dans l’entreprise. Si on a moins on ne reste pas car on peut avoir plus dans d’autres pays. Tout comme moi, je suis sûre que tu ne voudrais pas non plus que notre usine délocalise dans un autre pays, non?
- Mais mais…
- Pierre, si tu veux vraiment avoir plus, l’usine propose parfois de faire des heures supplémentaires. Profites-en !
- Ecoute Jacques, tu sais bien qu’on travaille déjà à pause à l’usine : parfois le matin, parfois l’après-midi, parfois la nuit. Mon organisme ne me permet pas de faire des heures supplémentaires comme cela. En plus, il faut bien que je puisse voir un peu mes enfants, non ?
- Oui je comprends mais c’est à toi de choisir. Voilà, je te propose de clôturer notre entretien car j'ai du travail. Allez bon boulot…

Pierre est furieux et se sent impuissant. Que peut-il faire? Jacques semble pouvoir ne rien entendre. Mais, mais…Jacques a donné une idée à Pierre….

Pierre a une idée…

Lors de la pause, Pierre discute avec ses collègues sur le fait qu'il n'arrive pas à acheter tout ce dont il a besoin car le salaire ne suit pas. Et ses collègues lui disent: «Mais nous aussi Pierre, on a le même problème. En plus ce n'est pas normal, Jacques, il nous raconte qu'il ne peut pas donner plus mais il se fait des couilles en or pendant qu'on sue à la chaîne. Demander quelque chose tout seul à Jacques, tu ne l'obtiendras jamais, Pierre. Si tu veux avoir quelque chose, il faut faire pression.»

« Oui mais comment ? »


«Il faut menacer Jacques de grève. C'est seulement comme ça que Jacques devra lâcher quelque chose. Ensemble on peut bloquer la production et donc les profits de Jacques. Sans profit, sans nous, Jacques n'est rien et ne gagne rien.» Ainsi l'idée que Pierre avait à la fin de la discussion avec Jacques se confirme: s'il veut plus d'argent pour lui, ça passera par plus d'argent pour lui et tous ses collègues…

Arrêtons-nous sur la situation...

- Jacques en veut plus. Pour avoir plus, il faut que Pierre en ait moins, d'une manière ou d'une autre. Il n'y a pas d'autres possibilités. Pour en avoir plus, il ne faut pas seulement que Pierre en ait moins mais tous les collègues de Pierre. Plus pour Jacques (une personne) c'est moins pour Pierre et tous ses collègues (des milliers de gens).
- Pierre en veut plus. Il a essayé d'aller chez Jacques pour lui demander une augmentation salariale. Il s'est fait jeter. En effet, si Pierre en a plus, Jacques en aura moins. Ce qui n'est pas du tout pour plaire à Jacques.
- Par contre Pierre se rend compte que son SEUL moyen pour en avoir plus, c'est d'en demander plus avec ses collègues. S'il en veut plus pour lui, ça veut dire plus pour ses collègues, ses milliers de collègues et moins pour Jacques et ses quelques actionnaires principaux. Donc plus pour Pierre, c'est plus pour TOUS les collègues de Pierre (des milliers de gens) et un peu moins pour Jacques (une à quelques personnes).
- Il est possible que Jacques arrive à diviser Pierre et ses collègues par le racisme (le problème c’est les étrangers) ou le nationalisme (flamands – wallons). Il est possible que Pierre et ses collègues ne comprennent pas que leur force réside dans leur nombre, dans leur unité et la solidarité. Mais alors, ils seront condamnés à ne rien obtenir.

Morale de l'histoire…

Si Pierre veut assouvir ses besoins personnels, ses besoins comme individu, ses besoins égoïstes… il sera obligé d'agir collectivement. Son bonheur passera par le bonheur de ses milliers de collègues. Il n'y a pas d'autres choix. Son problème, c'est aussi celui de ses collègues. Sa force réside dans la force collective qu'il peut exercer avec ses collègues. Sa force réside dans le fait qu’il contrôle, avec tous ses collègues, la production, source du profit. C'est une réalité objective. Bien entendu Pierre peut décider de ne pas se solidariser avec ses collègues, il peut décider d'agir seul. Mais on a vu qu'il n'obtiendra rien pour lui en suivant cette voie…

Par contre pour Jacques la situation est inverse. S'il en veut plus pour lui, il doit en donner moins à des milliers d'autres. Son bonheur à lui passe par le malheur de milliers d'autres hommes. Son bonheur comme individu passe par le malheur de la collectivité.

En plus s’il veut empêcher que les travailleurs s’unissent, il doit tout faire pour les diviser, d’une manière ou d’une autre : racisme, nationalisme, organiser la production en évitant les contacts entre les travailleurs, etc.

Voilà, Jacques et Pierre ne sont pas nés égoïstes ou généreux. C'est leur position respective dans la société, leur position dans la production qui peut développer en eux des valeurs de solidarité ou d'individualisme. Celles-ci ne leur sont pas venues du néant…


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28-10-2009, 10:45:06 Socialisme-Solidarité
antagonismes   egoïsme   individualisme   morale   philosophie   socialisme   solidarité  
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26-10-2009 Morale
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... .... Pour un peu se dérider.

Une fable moderne....

decoration
Un berger faisait paître son troupeau au fin fond d'une campagne quand, d'un nuage de poussière, surgit une rutilante Range-Rover venant dans sa direction.

Le chauffeur, un jeune homme dans un complet Armani, chaussures Gucci, lunettes Ray Ban et cravate Hermès, se penche par la fenêtre et demande au berger :

Si je peux vous dire exactement combien de moutons il y a dans votre troupeau, m'en donnerez-vous un ?

Le berger regarde le jeune homme, puis son troupeau broutant paisiblement et répond simplement :

- Certainement !

L'homme gare sa voiture, ouvre son ordinateur portable, le branche à son téléphone cellulaire, navigue sur Internet vers la page de la NASA, communique avec un système de navigation par satellite, balaie la région, ouvre une base de données et quelque trente fichiers Excel aux formules complexes.

Finalement, il sort un rapport détaillé d'une dizaine de pages de son imprimante miniaturisée et s'adresse au berger en disant :

- Vous avez exactement 1586 moutons dans votre troupeau.
- C'est exact, dit le berger. Et comme nous l'avions convenu, prenez-en un. Il regarde le jeune homme faire son choix et expédier sa prise à l'arrière de son véhicule, puis il ajoute :

- Si je devine avec précision ce que vous faites comme métier, me
rendrez-vous ma bête ?

- Pourquoi pas ? répondit l'autre.

- Vous êtes Ingénieur Qualité et vous faites des audits, dit le berger.

- Vous avez parfaitement raison, comment avez-vous deviné ?

- C'est facile. Vous débarquez ici alors que personne ne vous l'a
demandé, vous voulez être payé pour avoir répondu à une question dont je connais déjà la réponse et dont tout le monde se fout et, manifestement, vous ne connaissez absolument rien à mon métier.

Maintenant, rendez-moi mon chien...

Conclusion:

C'est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son, que certains ont l'air brillants avant d'avoir l'air con !!!


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26-10-2009, 17:15:09 Socialisme-Solidarité
blague   humour  
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23-10-2009 Economie-politique
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... Qu'est-ce que le PIB ? (Source 6com.be)

Le Produit intérieur brut (PIB)

 
Le produit intérieur brut (PIB) est une mesure de la valeur de l’ensemble des biens et services produits sur le territoire d’un pays donné (ou d’une région) au cours d’une période déterminée - en général une année, parfois un trimestre -, quelle que soit la nationalité des producteurs pourvu qu’ils y soient résidents.
 
Le PIB correspond dès lors à la valeur totale de la production économique interne de biens et services marchands par l’ensemble des agents économiques résidents (ménages, entreprises, administrations publiques, etc.), à l’intérieur du territoire national ou régional.
 
Afin d’éviter que la même production soit comptabilisée plus d’une fois dans le calcul, ne sont intégrés au PIB que les biens et services finaux (de consommation et d’équipement), les biens semi-finis ou intermédiaires de production étant exclus.
 
 
Par exemple, la valeur de la production ou de la transformation des ingrédients nécessaires à la fabrication d’un pain prêt à la consommation - tels que le blé, l’eau, le levain, etc. - n’est pas comptabilisée pour calculer le PIB : seule la valeur finale du pain l’est, donc la somme des valeurs ajoutées des ingrédients et services nécessaires à sa production.
 
Le PIB et la croissance du PIB sont devenus deux des plus importants indicateurs permettant de juger du niveau de l’activité économique d’un pays, d’une région. Croissance économique et croissance du PIB sont devenues synonymes. Inversement, une diminution du PIB correspond à une récession, soit un recul de l’activité économique, de la création de richesse sur le territoire d’un pays ou d’une région.
 
CALCUL DU PIB
 
 
En théorie, le PIB peut être calculé selon trois méthodes : par la dépense, par les revenus ou par la production. Pour des raisons pratiques, on utilise essentiellement cette dernière. Selon cette technique, on additionne toutes les valeurs ajoutées des productions (biens et services) réalisées au cours d’une période déterminée, en se basant sur les résultats et données statistiques fournies par l’ensemble des administrations et entreprises résidentes.
 
 
PIB PAR HABITANT
 
 
Le produit intérieur brut par habitant (ou par tête) est la valeur du PIB divisée par le nombre d’habitants d’un pays (ou d’une région). Cet indicateur économique est plus efficace que le PIB pour mesurer tant le niveau de développement d’un pays (soit sa capacité productive s’il est exprimé en terme de croissance) que le niveau de productivité économique des travailleurs et des entreprises (privées comme publiques).
 
Néanmoins, il reste un indicateur imparfait car exprimé sous la forme d’une moyenne, il ne reflète pas l’état des inégalités parmi la population d’une région ou d’un pays donné. Dès lors, il ne permet pas de se faire une idée précise du niveau de bien-être de sa population ou du degré de réussite d’un territoire en matière de développement humain, socio-économique.
 
Tout comme le PIB par habitant ne montre pas non plus dans quelle mesure les richesses produites par les forces vives d’un pays sont réparties de manière équitable (ou non) entre ses habitants et ne peut donc pas se revendiquer comme étant un indicateur qui garantit la mesure du bonheur ou de la qualité de vie des citoyens habitant un territoire donné !
 
LIMITES ET DEFAUTS DANS LA DETERMINATION DU PIB
 
 
La plupart des critiques à l’égard du PIB (par habitant) mettent le plus souvent en évidence six limites majeures :
 
1.                 Son cloisonnement comptable. Donc son incapacité à chiffrer et comptabiliser les revenus du travail non déclaré (travail au noir), de l’économie souterraine dont la contribution à l’économie d’un pays peut être parfois considérable. C’est également le cas de l’autoproduction (et l’autoconsommation) de certains biens - par exemple, quand il s’agit de consommer les fruits et légumes du potager familial (contrairement au fait de les acheter au supermarché) - ou de certains services. Il s’agit notamment des services domestiques non rémunérés, effectués à titre gratuit au sein des familles (lessiver et repasser le linge, cuisiner, etc.), d’un même quartier ou d’une même communauté d’individus (comme le fait de tondre gratuitement la pelouse d’un voisin âgé de 90 ans ou d’aller faire ses achats au supermarché du village, etc.).
 
Ces services restent cependant indispensables au renforcement de la cohésion sociale, de la solidarité au sein d’un territoire. De toute évidence, ils contribuent au bien-être, à l’amélioration de la qualité de vie des habitants qui en bénéficient.
 
 
2.                 Son ignorance à l’égard de la valeur estimée du patrimoine (mais aussi du niveau d’endettement) des agents économiques. En effet, le PIB (par habitant) ne tient pas assez compte des actifs et passifs des ménages, entreprises et autorités publiques.
                                    
Le PIB ne considère pas l’actif et donc encore moins la qualité de cet actif. Par exemple, les créances douteuses (crédits accordés par les banques, mais dont on sait que l’emprunteur éprouvera des difficultés à les rembourser) ne contribuent pas à déterminer le niveau du PIB. Or quand elles gagnent en importance, ces créances constituent un  danger pour la stabilité de l’économie, surtout dans les pays en voie de développement (ou émergents) où l’euphorie de la croissance économique soutenue a tendance à faire oublier aux banques les règles les plus élémentaires du contrôle des risques financiers.
 
3.                 L’indicateur économique qu’est le PIB (par habitant) ne reflète pas non plus les atteintes causées à l’environnement (comme la pollution) et aux ressources naturelles par les modes de production (ou de transformation de celles-ci).
 
 
Ainsi, dans le cas d’une production polluante, suivie d’un processus de dépollution, deux productions sont comptabilisées (dont une négative pour le niveau de bien-être des résidents de tout ou partie du territoire en question), pour un résultat final ‘nul’ (ou quasi nul). Tout comme le PIB ne comptabilise pas la valeur estimée des ressources naturelles ou minières diverses que peut receler un territoire.
 
 
4.                 Par ailleurs, dans le cas d’une catastrophe naturelle (inondations, ouragan, tremblement de terre, etc.), le produit intérieur brut ne comptabilise les destructions d’actifs (maisons, infrastructures, voies de communication, etc) qu’indirectement, à concurrence de l’impact sur la production. Donc moins que la perte nette d’actifs. Néanmoins, le PIB prend en considération les efforts d’interventions (médicales, sanitaires, etc.) et les reconstructions qui font suite au sinistre. La capacité à faire face à une catastrophe naturelle constitue effectivement une production exceptionnelle de richesse économique, qu’il semble donc normal de comptabiliser.
 
 
5.                 La non-comptabilisation des investissements directs réalisés par un pays à l’étranger. Ainsi, les entreprises belges qui investissent à l’étranger tendent à diminuer le propre PIB de la Belgique au profit des territoires bénéficiaires, tout comme les exportations belges augmentent le PIB des pays où elles y sont consommées finalement.
 
 
6.                 Enfin, il est malaisé de chiffrer la contribution des services non marchands et de l’administration publique à la richesse économique d’un pays (ou d’une région), étant donné que ces institutions ne facturent que très peu souvent leurs prestations aux usagers-consommateurs. Aussi, seuls leurs coûts sont comptabilisés au PIB.
 
 
En raison de ces limites évidentes, de nouveaux indicateurs ont vu le jour ces dernières années pour mieux appréhender, évaluer le bien-être social. C’est le cas notamment de l’Indice de développement humain (IDH) qui prend en considération les paramètres suivants : le PIB par habitant (exprimé en Parité de pouvoir d’achat), l’espérance de vie ainsi que le taux d’alphabétisation de la population d’un pays (ou d’une région).


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23-10-2009, 18:30:08 Socialisme-Solidarité
définition   économie   PIB   politique  
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22-10-2009 Morale
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article... La révolte nait-elle spontanément?

L'expérience de la grenouille

Par Olivier Clerc

 

"Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite. L'eau se chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager. La température commence à grimper. L'eau est chaude. C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille; ça la fatigue un peu mais elle ne s'affole pas pour autant. L'eau est maintenant vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température de l'eau va ainsi monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais s'être extraite de la marmite.

Cette expérience peu recommandable est riche d'enseignements. Elle montre que lorsqu'un changement négatif s'effectue de manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas d'opposition, pas de révolte."

 



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22-10-2009, 14:30:07 Socialisme-Solidarité

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