29/09/2009

Le FMI, un ami qui vous veut du mal!

logo_attac(Source de cet article: ATTAC France)

À l’agonie il y a deux ou trois ans, ne trouvant plus d’emprunteurs, le Fonds monétaire international (FMI) apparaît pour l’instant comme le principal bénéficiaire de la crise globale. Le G20 lui accorde des fonds supplémentaires, on lui promet un champ d’action plus vaste, et à nouveau les pays emprunteurs sont contraints de passer sous les fourches caudines de ses plans d’ajustement structurel. Mais les choses ne sont pas si simples, car désormais un vent de fronde souffle au sein de l’Organisation des Nations unies dont, on a trop souvent tendance à l’oublier, le FMI est une agence. Et si l’ensemble des pays riches et pauvres s’entendent pour juger nécessaire une réforme du FMI, les uns et les autres ont une conception totalement différente de celle-ci. Reste à savoir si une telle réforme est souhaitable, et s’il ne vaut pas mieux carrément repartir de zéro.

Rappel historique et fonctionnement du FMI

Le FMI est né des accords de Bretton Woods, signés le 22 juillet 1944 par la plupart des nations alliées, soit quarante-quatre États sur quarante-cinq, l’URSS s’étant contentée d’un rôle d’observateur. Les mêmes accords créaient la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), principale institution financière de l’actuelle Banque mondiale. Il s’agissait alors de garantir la stabilité du système monétaire international (rôle du FMI) et de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre (rôle de la BIRD). Dès la création de l’Organisation des Nations unies, les deux institutions en sont devenues des agences, mais elles ont réussi, grâce à leurs statuts et à la pression des États-Unis, à échapper à tout réel contrôle de l’ONU, et s’apparentent plus à des sociétés par actions qu’à des institutions démocratiques.

En effet, à la Banque mondiale et au FMI, le principe n’est pas un État = une voix, mais, comme on a coutume de le dire, un dollar = une voix. La répartition des droits de vote au FMI est le résultat d’une savante alchimie tenant compte pour l’essentiel des quotes-parts versées par chaque État membre. Ainsi, avec une quote-part de 17,09 %, les États-Unis disposent de 16,77 % des droits de vote, ce qui leur assure un droit de veto au sein de l’institution, car aucune décision importante ne peut y être prise si elle ne recueille pas au moins 85 % des voix. Plus généralement, la disproportion est flagrante entre les pays industrialisés (63,7% des droits de vote en 2000) et les pays en développement (29,3 %), les 7 % restants allant aux pays producteurs de pétrole, en particulier l’Arabie saoudite (3,3 %).

Chacun des 186 États membres est représenté au FMI par un gouverneur, qui est en général son ministre des finances (Christine Lagarde pour la France en 2009) ou le gouverneur de sa banque centrale. Mais le Conseil des gouverneurs n’a qu’un rôle très limité, puisqu’il ne se réunit qu’une fois par an. La gestion au jour le jour est confiée à un directoire de vingt-quatre personnes, appelé en français Conseil d’administration, en anglais Executive Board, composé de façon totalement antidémocratique : huit États privilégiés ont droit à leur propre administrateur (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Arabie saoudite, Chine et Russie), tandis que tous les autres sont forcés de constituer des groupes respectant un découpage géopolitique parfois assez étrange. Ainsi, le groupe représenté par l’Espagne comprend le Mexique, les États d’Amérique centrale et le Venezuela. On se demande quels intérêts communs peuvent avoir ces pays avec l’Espagne, dans un tel groupe aux relents colonialistes ! Chaque administrateur dispose du total des droits de vote attribués à son pays ou à son groupe. Ainsi, le groupe du Rwanda, composé de vingt-trois pays africains parmi les plus pauvres, dispose en tout et pour tout de 1,35 % de droits de vote.

Au sommet de la pyramide se trouve le directeur général, nommé pour cinq ans. Une règle tacite veut que ce poste soit occupé par un Européen, tandis que le président de la Banque mondiale est désigné par les États-Unis. Depuis sa création, le FMI a vu se succéder dix directeurs généraux, dont quatre Français : Pierre-Paul Schweitzer (1963-1973), Jacques de la Rosière (1978-1987), Michel Camdessus (1987-2000) et Dominique Strauss-Kahn depuis le 1er novembre 2007. Soit près de trente-cinq ans de présidence française (et ce n’est pas fini !), dont une vingtaine marquée par la tyrannie de l’ajustement structurel et ses conséquenes catastrophiques.

Les objectifs du FMI et ses échecs

À en croire son site Internet, le principal objectif du FMI est « d’assurer la stabilité du système monétaire et financier international ». Dans la même veine, le site précise qu’il s’agit de « promouvoir la stabilité économique et prévenir les crises ; contribuer à la résolution des crises, lorsqu’elles se produisent ; promouvoir la croissance et alléger la pauvreté ». Autant dire que le FMI a tout faux : il n’a jamais su prévenir les crises, en particulier celle que nous traversons, n’a jamais su les résoudre, n’a promu qu’un seul type de croissance (celui des pays riches que les pays pauvres devaient imiter, au détriment de leurs propres besoins ainsi que de l’environnement) et a alourdi la pauvreté au lieu de l’alléger. Quant à la stabilité du système monétaire et financier, il y a belle lurette que le FMI a échoué à la garantir.

Revenons en 1944 : la création du FMI avait pour but principal d’éviter que se produise une grande crise semblable à celle de 1929, avec son avalanche de dévaluations, de désordres économiques et de tensions politiques ayant entraîné la guerre. Pour cela, trois grandes règles avaient été fixées : chaque État devait définir sa monnaie par rapport à l’or ou au dollar américain, lui-même convertible en or ; la valeur des monnaies sur le marché des changes ne devait fluctuer que de 1 % par rapport à leur parité officielle ; pour défendre cette parité, chaque État avait pour mission d’équilibrer sa balance des paiements, le FMI pouvant lui prêter de l’argent à court terme pour qu’il parvienne à cet équilibre.

Ces règles, inspirées par le négociateur américain Harry Dexter White, ne plaisaient pas vraiment à John Maynard Keynes, représentant du Royaume-Uni, qui aurait préféré la création d’une banque centrale mondiale et d’une monnaie unique, qu’il appelait le bancor. Elles n’auraient pu fonctionner que si les États-Unis n’avaient pas abusé de la « planche à billets », entraînant le doute et la spéculation à l’encontre de leur monnaie. À la fin des années 1960, la tension était telle que le FMI décida en 1969 de créer sa propre monnaie, les droits de tirage spéciaux (DTS). Mais on retiendra surtout la date du 15 août 1971, à laquelle le président Nixon annonce la suppression totale de la convertibilité du dollar en or. C’est la fin des accords de Bretton Woods et le début du flottement des monnaies, entériné par les accords de la Jamaïque de janvier 1976. C’est peut-être aussi la fin du FMI, qui n’a apparemment plus guère de raison d’être, puisque deux de ses trois grandes règles viennent d’être enterrées.

Le FMI et les États endettés

Mais il reste la troisième règle, celle qui veut que les États fassent tout leur possible pour équilibrer leur balance des paiements. Or, l’augmentation des taux d’intérêt initiée par le gouvernement américain en 1979 pour vaincre l’inflation provoque une « crise de la dette » qui touche de plein fouet les pays du Sud. Ils avaient largement emprunté lors des deux décennies précédentes, à des taux raisonnables qui se trouvent brusquement multipliés par trois ou quatre, situation d’autant plus insoutenable que les cours des matières premières s’effondrent, accentuant le déséquilibre de la balance des paiements. Le paroxysme est atteint en 1982, lorsque le Mexique se déclare insolvable, suivi par l’Argentine et le Brésil. Que faire pour que les créanciers soient malgré tout remboursés ? Prêter, prêter encore, rééchelonner la dette, mais en imposant aux pays endettés les conditions draconiennes de plans d’ajustement structurel qu’ils devront réaliser par étapes, faute de quoi les prêts seront interrompus. C’est le FMI qu’on charge de la besogne, même si la Banque mondiale n’est pas en reste pour lui venir en aide. Contrairement à ce qu’on pense parfois, le FMI ne prête pas des sommes considérables. Par contre, c’est lui qui se charge des montages financiers, c’est donc lui qui décide si un prêt peut être accordé, mettant ainsi en confiance les autres bailleurs.

Damien Millet et Éric Toussaint (voir bibliographie) distinguent dans l’ajustement structurel des mesures de choc, à mettre en œuvre à très court terme, et des mesures structurelles à plus long terme. Parmi les premières, l’abandon des subventions aux produits et services de première nécessité, avec pour conséquence une hausse des prix insupportable pour les populations ; la réduction impitoyable des budgets sociaux, accompagnée de baisses de salaires et de licenciements dans la fonction publique ; la dévaluation de la monnaie locale (l’exemple le plus connu est celle de la dévaluation de 50 % du franc CFA en 1994) ; l’augmentation des taux d’intérêt, destinée à attirer les capitaux étrangers, mais qui ruine les petites et moyennes entreprises.

Les mesures structurelles sont constituées notamment par : le développement des exportations, condition nécessaire au remboursement de la dette, avec l’exploitation d’un ou deux produits au détriment de l’agriculture vivrière ; l’ouverture totale des marchés par la suppression des barrières douanières ; la libéralisation (ouverture à la concurrence) de l’économie, l’abandon des contrôles de mouvements de capitaux et la suppression du contrôle des changes ; une fiscalité aggravant encore les inégalités (baisses d’impôts sur les hauts revenus et développement de la TVA) ; les privatisations massives et le désengagement de l’État dans les secteurs concurrentiels.

L’ensemble de ces mesures, toutes inspirées de la pensée néolibérale, a été baptisé « consensus de Washington » par l’économiste John Williamson en 1989. Elles ont parfois réussi à rééquilibrer la balance des paiements, mais au prix de quels sacrifices pour les populations ! Elles ont surtout abouti à des échecs mémorables, l’un des plus spectaculaires étant la ruine de l’Argentine au début des années 2000, alors que le pays était considéré comme le meilleur élève du FMI. L’exemple argentin a conduit bon nombre de pays à rembourser leur dette au plus vite, afin de ne plus jamais avoir affaire au FMI et à ses remèdes de cheval. Et ainsi le Fonds, qui tire une grande partie de son budget de fonctionnement du service de la dette, s’est trouvé dans une situation financière bien inconfortable.

Mais la crise actuelle a ruiné en quelques mois bon nombre de pays qui avaient connu une croissance aussi spectaculaire qu’artificielle. C’est en particulier le cas de plusieurs nouveaux membres de l’Union européenne, qui avaient adhéré en 2004 ou 2007, ou encore de pays comme l’Islande, l’Ukraine, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie, qui tous ont dû faire appel aux bons offices du FMI, dont les méthodes n’ont quasiment pas changé malgré les échecs précédents. Et donc, l’octroi des prêts est toujours soumis à ce qu’on appelle « conditionnalité » dans le langage du FMI, autrement dit à des mesures de choc censées assainir le budget des États emprunteurs. À titre d’exemple, le gouvernement letton a pris en juin 2009 toute une série de mesures que le Parlement a été contraint d’approuver : diminution de presque 25 % du salaire minimum, diminution de 35 % des dépenses liées aux salaires dans les ministères, baisse des retraites, augmentation des impôts. Ces mesures, qui s’ajoutent à celles prises quelques mois plus tôt (notamment la diminution de 15 % du salaire des fonctionnaires), ne satisfont pourtant pas le FMI, qui estime que les choses ne vont pas assez vite et refuse d’accorder la deuxième tranche du prêt promise à la Lettonie. Pendant ce temps, le chômage a augmenté de 150 % dans le pays !

Les bons conseils du FMI : l’exemple de la France

On aurait tort de croire que le rôle du FMI se cantonne à l’octroi de prêts. D’abord, il met à la disposition de ses États membres une « assistance technique », dont le Fonds nous précise qu’elle est destinée prioritairement aux pays à faible revenu et qu’elle est pour eux gratuite. De quoi s’agit-il ? Le site du FMI nous le précise : « L’assistance technique du FMI favorise la mise en valeur des ressources productives des pays membres en les aidant à gérer efficacement leur politique économique et leurs affaires financières. Le FMI aide les pays à renforcer leurs ressources tant humaines qu’institutionnelles et à formuler des politiques macroéconomiques, financières et structurelles adaptées. » Nul besoin d’être grand clerc pour deviner ce que peuvent être, pour les économistes du FMI, des « politiques macroéconomiques, financières et structurelles adaptées », et pour comprendre tous les avantages que le capitalisme néolibéral pourra tirer de cette prétendue générosité.

Mais la générosité du Fonds ne s’arrête pas là. Il dispense aussi annuellement ses conseils à tous les États membres, y compris les plus développés. Ses économistes visitent le pays, pointent du doigt les « bonnes mesures » et les insuffisances, et rendent publique une déclaration de fin de mission. Concernant la France, depuis quelques années le FMI est globalement satisfait des réformes « courageuses » entreprises par les gouvernements de droite successifs, même s’il regrette que ces réformes ne soient ni assez rapides, ni assez radicales. C’est ce que dit entre autres la déclaration de 2005 : «  Même si la détermination des autorités à avancer dans les réformes est courageuse, compte tenu en particulier du contexte difficile dans lequel elles s’inscrivent, il sera essentiel de renforcer encore davantage la dynamique des réformes. Dans le cas contraire, leurs bénéfices en termes de croissance et de création d’emplois risqueraient de rester limités ou de tarder à se concrétiser. » La même déclaration se termine par une recommandation qui, avec le recul, montre l’impéritie du FMI en matière de prévention des crises : « Les marchés hypothécaires devraient être encore développés, comme cela est prévu, en autorisant l’hypothèque rechargeable et en diminuant les coûts de transaction et de procédure légaux et réglementaires. » La déclaration de 2007 déborde d’enthousiasme, après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République : « L’élection d’un nouveau président et la nomination d’un gouvernement ouvertement réformateur offrent à la France l’occasion historique de renouer avec une croissance soutenue où chacun verrait ses opportunités accrues. » Elle évoque aussi un problème cher au FMI, celui du salaire minimum, qui devrait être, sinon supprimé, au moins très éloigné du salaire médian : « La hausse tendancielle du SMIC, en renchérissant le coût du travail, a évincé les jeunes et les non-qualifiés du marché du travail. Elle a par ailleurs comprimé l’échelle des bas salaires et découragé le travail. Enfin, la politique des baisses de charges sociales, accordées pour tenter de compenser ces effets négatifs, a pesé lourdement sur les finances publiques. Par conséquent, nous saluons la décision de ne pas accorder de coup de pouce au SMIC en 2007 et suggérons qu’elle soit pérennisée. » Et puis, au cas où Nicolas Sarkozy n’y aurait pas pensé, le FMI l’encourage à une vraie rupture : «  Un élément essentiel des réformes menées en France doit être de rompre avec la tendance consistant à résoudre les difficultés économiques à l’aide des deniers publics. »

En 2008, la crise tempère l’enthousiasme du rapporteur, mais lui apporte un souffle poétique inattendu : « La France est bel et bien en mouvement, mais les vents contraires de la conjoncture internationale ont pris de l’ampleur. L’heure est venue d’accélérer encore la mise en œuvre d’une stratégie ambitieuse qui placera le pays sur un sentier de croissance plus élevée, tout en prenant des mesures décisives pour préparer les finances publiques à l’avenir. » Quant à la déclaration de 2009, rendue publique fin juin, elle estime que la France a mieux résisté que ses voisins à la crise (ce qui reste à prouver), mais s’inquiète de la flambée de la dette publique et suggère de nouvelles économies dans les dépenses publiques, par exemple en étendant aux collectivités locales la règle de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Et puis, preuve que les récentes déclarations de François Fillon ne tombent pas du ciel, elle propose de relever l’âge de départ à la retraite : « Nous encourageons le gouvernement et les partenaires sociaux à considérer sérieusement le relèvement de l’âge légal de la retraite, qui, à 60 ans, reste considérablement inférieur à celui des autres pays européens. »

Quel avenir pour le FMI ?

À la lecture de ce qui précède, on ne peut qu’être inquiet, voire révolté, lorsqu’on apprend que le G20 de Londres, en avril 2009, a proposé d’étendre les pouvoirs du FMI et de faire de lui le superviseur de la finance et de l’économie mondiales. Non seulement le FMI a toujours été incapable de prévenir les crises, mais il les a en grande partie provoquées, par exemple en encourageant les prêts hypothécaires ou en imposant la libre circulation des capitaux aux pays endettés, contrairement à ses propres statuts. Depuis quelques années, Joseph E. Stiglitz a mis en lumière les innombrables échecs du FMI, mais il a trop souvent le tort d’imputer ces échecs à des erreurs d’appréciation. Non, l’échec du FMI n’est pas dû à des erreurs ponctuelles, mais à une stratégie dûment préméditée, celle du capitalisme néolibéral, pour qui l’accroissement des profits de quelques-uns ne peut se faire qu’au prix de l’appauvrissement de tous les autres, et qui compte bien profiter de la crise pour resserrer l’étau sur les peuples du monde. C’est ce que Naomi Klein appelle la stratégie du choc.

Alors, réformer le FMI, est-ce possible ? L’Organisation des Nations unies veut y croire, et compte pour cela sur une redistribution des droits de vote au sein de l’institution. Ainsi, la déclaration finale de la Conférence de l’ONU sur la crise, tenue en juin 2009, souligne «  qu’il importe de réformer d’urgence la gouvernance des institutions de Bretton Woods, sur la base d’une juste et équitable représentation des pays en développement, afin d’accroître la crédibilité et d’élargir la responsabilité de ces institutions. Ces réformes doivent refléter fidèlement les réalités nouvelles et renforcer le point de vue, la voix et la participation des marchés émergents dynamiques et des pays en développement, notamment les plus pauvres d’entre eux. » Mais c’est sans compter sur les États-Unis et sur leur droit de veto au sein du FMI (droit de veto qui arrange d’ailleurs bien les autres grandes puissances). Le délégué américain John Sammis l’a d’ailleurs clairement dit à cette occasion : « Toute décision sur une réforme des institutions financières internationales ou de leur mode de fonctionnement est l’apanage de leurs actionnaires et de leurs conseils d’administration respectifs. » Ou encore, enfonçant le clou, il a indiqué que Washington ne considérait pas le document final comme « conférant aux Nations unies un rôle formel dans des décisions affectant les institutions financières internationales » (source : AFP, 27/06/09).

De toute façon, la seule réforme des droits de vote envisageable consisterait à adopter, aussi bien au FMI qu’à la Banque mondiale, le principe « un pays = une voix ». Et on n’en prend visiblement pas le chemin, ce qui rend impossible toute réforme profonde du FMI et de ses orientations. Dans ces conditions, ne faudrait-il pas abolir immédiatement le FMI (et aussi la Banque mondiale, n’en déplaise à J.-E. Stiglitz), et le remplacer par une institution mettant au premier rang la satisfaction des besoins humains fondamentaux, et non la recherche frénétique des profits financiers ?

Des conclusions inquiétantes

Le 29 juillet 2009, le Conseil d’administration du FMI a publié une « note d’information au public » concernant la France. Le dernier paragraphe, reproduit ci-dessous, trace une voie pour le moins inquiétante, d’autant qu’elle est en tous points identique à celle proposée par le gouvernement français : « Les administrateurs préconisent de poursuivre de manière soutenue le calendrier de réformes. Ils notent avec satisfaction que les autorités, tout en agissant à court terme pour combattre la crise, sont déterminées à s’attaquer aux faiblesses structurelles qui existent de longue date, en mettant l’accent particulièrement sur les réformes des marchés du travail et de produits. Pour stimuler la compétitivité et la croissance, préserver la viabilité des finances publiques et rehausser le niveau de vie, les administrateurs recommandent de prendre des mesures favorisant la création d’emplois, en particulier pour les jeunes, les travailleurs peu qualifiés et les seniors. Il s’agirait entre autres de continuer de faire preuve de modération dans l’établissement du salaire minimum, de mener des politiques actives telles que la formation des travailleurs et de relever l’âge légal du départ à la retraite pour promouvoir l’emploi des seniors. Les administrateurs saluent la mise en place récente d’une autorité unique en matière de concurrence et recommandent de s’inspirer de la directive de l’UE sur les services pour déréglementer certaines professions libérales. »

Lien internet : http://www.imf.org/external/french/...

Bibliographie sommaire :

- Attac, Que faire du FMI et de la Banque mondiale ?, Mille et une Nuits, 2002.
- Attac, Le Petit Alter, Dictionnaire altermondialiste, Mille et une Nuits, 2006.
- Damien Millet, Éric Toussaint, 60 Questions, 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, CADTM et Syllepse, 2008.
- Joseph E. Stiglitz, La Grande Désillusion, Fayard, 2002.

Site internet :
- Le site du FMI, dont sont extraites la plupart des citations contenues dans cet article, notamment celles des déclarations de fin de mission. http://www.imf.org/external/french/...

11:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fmi, exploitation, capitalisme, societe |  Facebook |

27/09/2009

N)87 d'Etudes Marxistes - 20 ans après la chute du mur. Bilan et perspectives du socialisme.

cover87

 

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, l’Union européenne s’apprête à de multiples festivités commémorant l’événement. Mais qu’y a-t-il à fêter pour la population de l’est de l’Europe ? Le taux de croissance exceptionnel dont ces pays ont bénéficié pendant quelques années était essentiellement basé sur un endettement sans précédent auprès des banques occidentales et s’est effondré avec la crise. Partout, le chômage croît. Des coupes sombres dans les budgets sociaux augmentent les inégalités et provoquent des manifestations.


Angela Barthes démontre comment les pays d’Europe postsocialiste sont également soumis, depuis la chute du mur, à une perte de population, pouvant atteindre près de 20 % dans certains pays.


Ce numéro comporte en plus des contributions de A. Mironov et V. Fedorov sur les conséquences désastreuses de la restauration du capitalisme en Russie et en Lettonie pour les jeunes et l’emploi.


La situation déplorable des pays de l’Europe de l’Est doit être imputée en premier lieu au renversement du socialisme dans la région. Même parmi les communistes, on entend plusieurs explications de ce renversement. Les thèses du 18e congrès du Parti communiste de Grèce sur le socialisme analysent comment au fil des années l’abandon des principes socialistes dans l’économie a pu préparer la naissance d’une couche privilégiée. Pour les communistes grecs, cette évaluation critique ne remet nullement en question la nécessité et l’actualité du socialisme. Au contraire.


La crise aidant, le moment est venu de relancer la discussion sur toutes les leçons à tirer des expériences passées, mais aussi actuelles. Pol De Vos livre ainsi une analyse du processus de transformation au Venezuela et de ce que Hugo Chávez appelle « le socialisme du 21e siècle ». (lire plus et commander ce numéro)

 

17:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marxisme, analyses, philosophie, economie |  Facebook |

26/09/2009

Un patron tué par des ouvriers en colère

Des ouvriers en colère ont tué le patron d'une entreprise automobile indienne située à Tamil Nadu, dans le sud de l'Inde. Ils ont ainsi réagi au licenciement de plusieurs collègues, rapporte mercredi une chaîne de télévision.
 
Roy George, vice-président de Pricol, l'un des plus importants producteurs indiens de pièces de voitures, est décédé mardi après avoir été attaqué par les ouvriers près d'une des usines de l'entreprise située dans la périphérie de la ville industrielle Coimbatore, selon la chaîne NDTV. Neuf ouvriers ont été arrêtés.
 
Les problèmes ont débuté lundi après le licenciement de 42 ouvriers de l'usine pour manque de discipline. En réaction, un groupe d'ouvriers en colère ont commencé mardi à démolir du matériel de l'entreprise, comme des ordinateurs et des meubles. M. George et 3 autres membres de l'équipe dirigeante ont alors tenté d'intervenir mais ils ont été attaqués avec des bâtons et des barres de fer.
 
Roy George, âgé de 46 ans, a été emmené, grièvement blessé, dans un hôpital local. Il a succombé mardi soir à ses blessures, selon la chaîne de télévision. (belga/th)
23/09/09

(Source: 7/7 Monde)

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La détresse provoquée chez les travailleurs peut en arriver à des limites barbares. L'utilité des syndicats parait évidente pour éviter ce genre d'incidents.

Mais lorsque le droit de grève est touché, les pouvoirs syndicaux amoindris, le désespoir provoqué par la précarisation du travail peuvent amener à de telles extrêmités.

Nos patrons devraient bien plus s'en soucier, lorsqu'ils mènent leur croisade antisociale contre tous les droits acquis des travailleurs, pour leur unique profit personnel!

Le blogueur

25/09/2009

Potosi: les riches s'enrichissent, les mineurs se défoncent!

Info (sur Wikipédia): Potosí est une ville de Bolivie et la capitale du département de Potosí. Son nom vient du quechua Potojsi qui signifie « tonnerre ». Elle se trouve à une altitude de 4 070 m et comptait environ 164 480 habitants en 2007. C'est une des villes les plus hautes du monde, construite au pied du Cerro Rico (« Montagne riche »), une montagne de minerai d'argent qui domine la ville de ses 4 824 m.

La vieille ville fait partie de la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

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(Article paru sur le blog de Rafik et Line,à découvrir)


Potosi: les riches s'enrichissent, les mineurs se défoncent!


Casa_de_la_moneda[1]Potosi est une ville minère anciennement aussi riche et peuplée que Paris, Londres ou New York grâce à l'exploitation des mines d'argent par les conquistadors espagnols. Nous arrivons en fin d'après-midi sous une bonne drache qui nous rappelle le plat pays ;-) Nous nous installons dans le Hostal Felcar, un chouette petit hotel bien propre avec de l'eau bien chaude et une petite cours fort agréable par beau temps on l'imagine :-) (50 Bs seulement!!!) Nous réservons notre visite des mines pour le lendemain auprès de l'agence Koala Tours (Merci Riet pour le conseil) et allons manger un bout dans un des restos conseillés par le Lonely Planet, le 4060 ( c'est l'altitude de la ville).

Le lendemain à 8.30, nous voilà partis dans le minibus qui nous emmène au Cerro Rico ( la montagne de toutes les richesses de la ville). Après avoir enfilé une petite combinaison et un casque muni d'une lampe, nous voilà dans une sorte de quicaillerie pour mineurs. Notre guide francophone, Mabel, nous explique les différents matériaux et matériels utilisés dans la mine: les bâtons de dynamite, le marteau-piqueur (on dirait que ça ne pèse pas grand chose mais une fois dans les mains c'est autre chose), les tuyaux d'air comprimé, les pelles, les grandes vasques pour transporter le minerai, les bois pour consolider les puits et les tunnels. Après nous avoir présenté tout cela, Mabel nous dit cette phrase que l'on ne comprend pas tout de suite "Finalement pas grand chose a changé depuis le servage à l'époque coloniage". Avec nos nombreuses questions, Mable nous explique alors l'organisation sociale dans les mines.

Au début, à lire le routard, le mot "coopérative" revient souvent et sonne comme une avancée sociale pour les mineurs. On a l'impression que les mineurs s'auto-organisent et que la solidarité est plus grande. En réalité, l'état bolivien, voyant la production chutter, a encouragé les mineurs à se mettre en "coopérative" pour ne pas devoir fermer un trop grand nombre de mines. L'état donne des concessions - des droits d'exploitation - d'un ou de plusieurs puits/tunnels de la montagne à des groupes de mineurs. L'état est représenté par une "grande coopérative" (la COMIBOL) à la quelle chaque petite coopérative - groupe de mineurs - paye un montant fixe par mois comme un loyer. Comment sont organisés ces "petites coopératives", ces groupes de mineurs?Potosi_Mines_(71625784)
Les mineurs qui ont pu épargner (accumuler du pognon) et s'acheter leurs propres outils ont pu être à la tête d'une "petite coopérative" et s'acheter le service d'autres mineurs sans-outils, sans autres outils que la force de leurs bras! Dans ces "petites coopératives" travaillent entre 20 et 50 mineurs. Le mineur qui possède la coopérative, appelons-le patron, paye en général 40% de ses rentrées à la grande coopérative, 40% pour l'achat de matériel et de salariés et 20% pour sa retraite et sa cotisation à la caisse d'invalidité-santé. De temps en temps, nous dit Mabel, il offre à 2 ou 3 mineurs le luxe de payer leur épargne retraite et santé mais vous devinez sans doute à quoi servent ces deux ou trois "contre-maîtres"
A côté de cela, il y a encore ce qu'on appelle ici les "socio-coopératives". Ce sont des "entreprises familiales" de 5 mineurs maximum qui exploitent un puits et qui doivent acheter tout leur matériel (On dirait en Belgique les "indépendants"). Evidemment ceux-là ne peuvent pas s'acheter des marteaux-piqueurs ni même de la dynamite de manière régulière. Résultat: ils produisent du minerai de troisième qualité. Bref, ils ne peuvent pas concurrencer "les grands". Ici aussi "l'indépendance" est un mirage qui casse beaucoup de dents.
Mabel nous résume la situation: "il y a trois catégories de mineurs: Les Riches, ils sont une quinzaine à Potosi. Ce sont ceux qui possèdent les "petites coopératives' et ils continuent à s'enrichir. Ceux de classe moyenne, ce sont les rares contremaîtres et certains socio-coopérativistes et puis la grande majorité, les pauvres. Ce sont ceux qui n'ont que leurs biceps pour se défoncer à la mine et gagner quelques bolivianos par jour.

Après ces explications, nous nous trouvons au marché des mineurs. Là, avant d'aller travailler, les mineurs s'achètent quelques feuilles de coca, des cigarettes et de l'alcool quasi pur (98%). Les feuilles de coca, c'est pour macher au fond de la mine tout au long de la journée. Ca stoppe la sensation de soif et de faim grâce à l'anesthésie de l'estomac. L'alcool c'est pour se rincer la gorge :-) et surtout pour el Tio, le diable qui veille sur le Cerro Rico et qui offre de bons filons aux meilleurs donateurs. Nous faisons quelques courses et nous voilà dans le fonds de la mine à quatre pattes.
Après quelques secondes, on pense déjà à la mort. L'air est étouffant et la chaleur insupportable. On se sent oppressé par le sol pourtant friable et par les odeurs de souffre. On pense qu'on ne va pas se sortir de cet enfer. Mais heureusement, tout cela vous passe par la tête qu'une fraction de seconde et vous pensez juste à trouver le chemin dans ce dédale de tunnels et de puits encombrés. Souvent, j'ai pu tester la solidité de mon casque. Mais ça va. Après coup, on pense à ceux qui doivent "vivre" là-dedans et on se dit qu'on peut aussi y "survivre" quelques heures. A l'intérieur nous rencontrons quelques mineurs. Certains commençaient journée. Le père avait prit ses enfants avec : il peut pendant les vacances scolaires. Les 8000 à 12000 mineurs qui vivent de Cerro Rico ont vraiment beaucoup de courage. Germinal continue à exister en Bolivie, espérons que ça change!
Justement à propos de changement, je pose encore une dernière question à Mabel: "est qu'avec Evo ça risque de changer?" et là Mabel a un grand soupir et me dit:" Les Riches ne veulent pas!"

Je vous laisse conclure ...

06:05 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : precarite, exploitation, riches, pauvres, capitalisme, travailleurs, pauvrete |  Facebook |

24/09/2009

La mondialisation de la pauvreté - 3 vidéos

 

(Notez bien: Ne lancez qu'une seule vidéo à la fois, ou mettez en pause celle que vous ne lisez pas, dans le cas contraire le son de chaque vidéo intérfèrerait l'une sur l'autre.)

Remarquez également, dans ces reportages, le profit engrangé par tous les intermédiaires dans la chaîne de production du café, donc jusqu'au consommateur, votre tasse à vous, engendre une pauvreté extrême des cultivateurs dans les pays d'origine. Le système capitaliste est à l'origine de ce phénomène, car l'économie dans laquelle nous vivons ne se soucie nullement de la détresse qu'elle peut provoquer, du moment que certains peuvent "s'en mettre plein les poches" (du fric bien sûr).

Chez nous, le problème du café fait étrangement penser à ce qui se passe chez les fermiers pour le lait. Multipliez ce phénomène par autant de matières premières existant dans le monde, par autant d'artisans et de travailleurs manipulant ces matières pour en arriver aux produits finis (méthodes de production), et vous aurez compris que tous, nous sommes pris dans un engrenage qui ne va que dans le sens de notre misère certaine. Vous y penserez lorsque vous verserez votre nuage de lait dans votre café. Et vous vous demanderez combien de gens s'appauvrissent, juste pour que votre café au lait enrichisse la minorité exploiteuse du système capitaliste!

 

 

09:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pauvrete, mondialisation, capitalisme, exploitation |  Facebook |

23/09/2009

Quand les privatisations ne sont pas une fatalité.

Priorité de gauche recto(Extraits de « Priorité de gauche – Pistes rouges pour sortie de crise » de Peter Mertens et Raoul Hedebouw, paru aux éditions ADEN en mars 2009, pages 15 à 21).

Quand les privatisations ne sont pas une fatalité.

Dans de nombreux Delhaize ou Carrefour du pays, il y a désormais un point Poste au comptoir d’accueil. A côté des bouteilles consignées de lait Joyvalle ou de Jupiler, on peut y retirer ses envois recommandés. Si l’envoi n’a pas été mal classé, bien sûr. On n’y paie pas les retraites. Ce serait difficile, car entre les bouteilles, il y a peu de place pour la discrétion. Pour la retraite, on doit se rendre dans l’un des bureaux de poste qui n’a pas fermé. Et c’est loin, parfois. Pour toucher sa retraite, il arrive que l’on doive faire un trajet d’une heure.

Plus d’un million de personnes sont titulaires d’un compte de la Banque de la Poste. Depuis la nuit des temps, les bureaux de poste ont toujours été des lieus de rencontre, propices aux histoires de voisinage. Pour  les personnes seules, c’est l’occasion d’établir des contacts. Mais c’est fini. Plus de cinq cent bureaux de poste ont fermé leurs portes.

Pour connaître le montant de votre facture, tapez quatre.

La poste suit la tendance à la privatisation de ces dernières années. C’était déjà écrit dans le premier manifeste du citoyen du jeune Verhofstadt (pas encore premier ministre à l’époque) : « Nous devons sérieusement revoir le rôle de l’Etat. Bon nombre de services publics doivent être supprimés, faussent la concurrence et desservent le consommateur. A supprimer donc. »
Toutes sortes de penseurs libéraux ont prétendu que « les consommateurs » bénéficieraient des privatisations : une offre plus grande, un meilleur service et des prix plus bas. Le contraire est arrivé. Pas uniquement en Suède mais également chez nous. Lorsque la Poste, qui est déjà privatisée pour plus de la moitié, sera libéralisée entièrement en 2011, il y aura moins de bureaux de poste. Il y aura également moins de personnel au guichet. Et le prix du timbre augmentera pour le citoyen ordinaire, comme l’a déjà admis l’administrateur délégué Johnny Tijs.

Moins d’offre, moins de service, des prix plus élevés : ce bilan ne concerne pas seulement la Poste. Depuis le 1er janvier 2007, les marchés de l’énergie wallon et bruxellois ont été libéralisés. Il fallait de la concurrence. Cela ne veut pas dire que le courant électrique a été modifié, ou que la production d’énergie a changé. Rien de tout cela n’a changé, tout le monde le comprend. Si chaque entreprise ouvrait les rues pour son propre réseau, ce serait complètement absurde. La libéralisation ne concerne donc que l’entreprise qui envoie les factures pour la même électricité, qui est transportée par les mêmes câbles électriques pour venir jusque chez vous. On colle tout simplement une autre étiquette. Une étiquette qui, au lieu de garantir l’efficacité tant promise, provoque au contraire une confusion inimaginable. Le client s’empêtre dans les innombrables formules des différents distributeurs, un imbroglio invraisemblable. Ceux qui transfèrent tout le temps leur compte vers le distributeur le moins cher du moment doivent surtout avoir beaucoup de temps pour comparer toutes les offres, et une patience sans bornes pour régler toutes les paperasses. Le service fourni par le libre marché est celui des touches anonymes à choix multiples au téléphone. « Pour connaître le montant de votre facture, tapez quatre ». Vous pouvez déjà vous estimer heureux lorsqu’un être vivant vous répond. Les bâtiments d’Electrabel n’ont plus de guichets pour le public. Ils ont tout simplement été transférés à un guichet énergie à.... La Poste, où on ne vous aide pas beaucoup plus. La libéralisation du marché de l’énergie ne connaît qu’un gagnant. Et ce n’est pas le client. Au bout de 247 fusions et reprises, le marché en Europe a donné naissance à cinq géants privés de l’énergie : E.on, GDF Suez –la maison d’Electrabel-, EDF, RWE et ENEL. Le marché appartient à ces cinq groupes, qui se font deux milliards d’euros de bénéfices nets par mois.

Comme dans une boîte à sardines

Il n’existe aucun exemple réussi de privatisation des chemins de fer. Nulle part dans le monde entier. La Suisse l’un des meilleurs réseaux ferroviaires. Le chemin de fer y appartient entièrement à l’Etat. Il n’empêche que l’Etat Suisse paie moins pour ses chemins de fer que les subventions injectées par l’Etat dans son réseau ferroviaire privatisé. L’idée que la privatisation diminue les dépenses publiques n’est qu’un leurre. Entre-temps, les opérateurs ferroviaires et les propriétaires du matériel roulant  réalisent de grands bénéfices. Et pourquoi les grands actionnaires seraient-ils plus intéressés par le confort de voyageurs ou par la sécurité que par les taux de leurs actions ? Les libéraux préfèrent ne pas répondre à une question aussi simple. Et en matière d’investissements et de sécurité, les chasseurs de rendement n’ont aucun scrupule. Pendant dix ans, les voyageurs et le personnel des chemins de fer britanniques  ont réclamé le système ATP, qui actionne les freins lorsque le train brûle un feu. Celui-ci coûtait « trop cher » aux yeux des actionnaires de Railtrack. Après la grande catastrophe ferroviaire de Paddington en 1999, qui n’était déjà pas la première... l’Etat qu’on avait tellement vilipendé a fini par intervenir.

Les navetteurs britanniques voyagent dans des wagons pleins à craquer, serrés comme des sardines. S’ils ont de la chance. Car souvent, le train est annulé. La Grande Bretagne détient le record européen du nombre d’annulations de trains. Les réclamations fusent concernant les retards, les trains supprimés à la dernière minute, la mauvaise information, la sur-occupation, le chauffage défectueux, la saleté des wagons, des toilettes et des gares. Et le prix des billets ? Il a grimpé au point de compter parmi les plus élevés d’Europe. Il n’est pas étonnant que trois quarts des Britanniques réclament la renationalisation du chemin de fer. Take back the track. (Littéralement, « rendez-nous le rail »)
L’Etat européen tire une toute autre conclusion de l’histoire de Railtrack. La phase suivante de la libéralisation du chemin de fer est annoncée pour 2010. Sans vergogne, l’Europe veut continuer à attribuer les avantages au privé et les désavantages à l’Etat. Désormais, les entreprises privées ne se chargeront que de l’exploitation des lignes ferroviaires, c’est-à-dire des parties rentables. Le développement coûteux et l’entretien du réseau seront à la charge de l’Etat.

Pourquoi donc ? Il n’y a qu’une seule réponse. Les bénéfices privés supplantent l’intérêt général. A partir de 1973, le monde des affaires a commencé à convoiter le grand secteur des services publics. On pouvait y gagner beaucoup d’argent. Pourquoi ne mettrions-nous pas la main sur les secteurs qui, jusque là, nous ont échappé, se sont demandé les capitaines d’industrie européens. Ils se sont mis à faire pression sur la Commission européenne jusqu’à ce qu’elle accepte d’élaborer une nouvelle législation. Terminées les subventions aux institutions publiques. Terminés les transferts entre sections rentables et moins rentables –par exemple : utiliser le rendement de la livraison du courrier pour aider à financer l’exploitation des bureaux de poste. L’une après l’autre, les institutions publiques ont été démantelées afin de mettre en vente les parties les plus rentables.

C’est effectivement ce qui est arrivé. La privatisation a entraîné la réduction du service postal, la hausse faramineuse des factures énergétiques et la surcharge d’occupation des trains. Petit à petit, le virus pénètre également le secteur social. La santé publique, l’accueil de l’enfance et les soins aux personnes âgées, les prisons et les maisons de repos figurent sur la liste. Elles sont dans le viseur de la Commission européenne pour sa prochaine vague de libéralisation.

Mais les privatisations ne sont pas une fatalité. Il s’agit de décisions prises par des gens, et qui peuvent être annulées par d’autres gens. A l’autre bout de la planète, dans les années 80, une grande vague de dérégulations et de privatisations a submergé la Nouvelle Zélande. On a même trouvé un mot pour désigner ce phénomène, « Rogernomics », d’après le nom de l’homme-clé derrière ces mutations, le ministre des finances de l’époque Roger Douglas, un homme du Labour (parti travailliste). Deux décennies plus tard, le transport public se trouvait dans un état tellement déplorable que le gouvernement a été obligé de le racheter. En juillet 2008, le chemin de fer a été renationalisé. Le nouveau chemin de fer public a été baptisé Kiwirail. Plus tôt, le gouvernement avait également repris Air New Zealand, au bord de la faillite.

Ceux qui pâtissent le plus des privatisations sont ceux qui n’ont pas beaucoup les moyens. C’est logique. Ils n’ont pas assez d’argent pour payer le service qui, avant, était public. Rien que pour cela, la privatisation est moralement condamnable.
Les entreprises publiques et les services et établissements d’utilité publique ont une fonction dans la société que l’on ne peut mesurer selon les critères de la rentabilité capitaliste. L’enseignement, la santé, le transport, les crèches, l’approvisionnement en énergie et en eau, les soins aux personnes âgées, le logement, les bibliothèques publiques : ces services doivent être gérés par l’Etat, et rien que par l’Etat. Et il faut que les habitants aient leur mot à dire pour pouvoir exercer un contrôle public sur le servie commun.

21/09/2009

PRIVE DE PUBLIC

Privé de publicExtraits choisis du livre "Privé de public" de Gérard de Selys, paru aux éditions Aden, en 1995.
(Notez la justesse des propos qui, malgré la publication de l'ouvrage en 1995, ont une faculté analytique qui est encore actuelle telle que présentée, quinze ans plus tard, démonstration que les choses ne sont pas prêtes de changer dans cette société basée uniquement sur l'exploitation des travailleurs, dans le contexte public/privé. Le livre contient beaucoup d'exemples d'époque, auxquels depuis le temps, nous pourrions en ajouter une multitude, ce qui, plus que certainement, doublerait actuellement le volume de l'ouvrage.  Notez bien, les [ ] contiennent des éléments ajoutés par le blogueur à des fins soit d'actualisation des propos à notre époque, soit pour des précisions de compréhension, ces mots ne figurent donc pas dans l'édition originale.)

En couverture: "Les privatisations ne sont pas l'effet du hasard. C'est au début des années quatre-vingt que les grandes multinationales, conscientes de la gravité de la crise et effrayées par les perspectives de guerre concurrentielle ont commencé à lorgner en direction du secteur public. S'approprier ce secteur, assurant parfois jusqu'au cinquième  du produit intérieur brut d'un pays, était leur seule chance d'expansion. Une véritable guerre de conquête  a suivi, mûrement réfléchie et minutieusement préparée par les dirigeants de multinationales soutenues activement par les grandes institutions internationales."

Public ou privé, le profit d'abord.

Avant de se demander pourquoi ce gigantesque mouvement a lieu aujourd'hui et par qui il a été lancé, il faut comprendre pour quelles raisons, depuis deux siècles, l'économie capitaliste, l'économie qualifiée aujourd'hui "d'économie de marché" par pudibond néologisme, a régulièrement eu recours au processus inverse, c'est-à-dire la nationalisation. On ne peut répondre à cette question qu'en invoquant la première loi du capitalisme: le profit. Que l'on nationalise ou que l'on dénationalise, le but est toujours d'accroitre le profit. Contrairement à ce qui se passe dans une économie de type socialiste "planifiée" dans laquelle il s'agit de collectiviser  tous les moyens de production pour les placer au service de l'amélioration des conditions de vie et de travail de la population et sous le contrôle de celle-ci, les nationalisations opérées sous "économie de marché" ont pour but essentiel d'améliorer les possibilités d'augmentation de profit exigées par les, néologisme honteux oblige, "propriétaires privés des moyens de production" (autrement dit: les capitalistes).

Contrairement à ce qu'ils affirment, les propriétaires privés des moyens de production craignent prendre des risques. Surtout lorsqu'il s'agit de mettre en œuvre des nouvelles technologies requérant d'importants investissements de lancement. Des technologies promettant toutefois un développement de la production et du commerce. ….

…. De même qu'ils répugnent de prendre des risques en investissant dans de nouvelles technologies, les propriétaires privés des moyens de production peuvent confier à l'état qu'ils contrôlent la mission de gérer temporairement de vastes secteurs de l'économie nationale pour faire face à des situations de crise et mobiliser plus intensément l'effort de production. C'est dans ce cas, par exemple, en temps de guerre. ….

…. En outre, très conscients des limites et des dangers de l'économie de marché, les propriétaires privés des moyens de production (au 19ème siècle, grâce au suffrage censitaire, ils s'accordaient à eux seuls les instruments de la démocratie) ont toujours attribué un rôle de garde-fou aux institutions de leur état. ….

…. Les mêmes propriétaires des moyens de production répugnent à investir leurs profits dans des secteurs dont la rentabilité est lente, aléatoire et médiocre et confient à l'impôt public, c'est-à-dire la collectivité, le soin de financer, d'entretenir et de faire fonctionner les grandes infrastructures dont ils sont pourtant les premiers bénéficiaires. ….

…. Parfois, c'est la complète et très coûteuse désorganisation provoquée par la concurrence, ou les abus générés au contraire par la disparition de toute concurrence, auxquels il s'agit de mettre fin par la nationalisation. ….

…. Il arrive aussi qu'on nationalise un secteur connaissant un déficit chronique, donc non générateur de profits pour le secteur privé, mais dont la suppression poserait des problèmes économiques graves à ce même secteur privé. C'est le cas des chemins de fer à la fin du XIXème siècle. C'est le cas des mines de charbon en Grande-Bretagne et en France après la seconde guerre mondiale. C'est le cas aussi de la sidérurgie en Belgique. Ce sont parfois des mesures transitoires. On injecte des capitaux publics, on rationalise la production, on remet en état et on cède à nouveau au secteur privé.
Il arrive qu'on nationalise pour assurer des services bon marché aux entreprises privées. …..

C'est la crise. Sus au public!


Si la nationalisation et le secteur public ne sont pas incompatibles avec l'économie de marché, si même souvent ils ont été utiles aux propriétaires privés des moyens de production et le sont encore, il n'est pas inintéressant de constater que la même raison fondamentale qui les poussait à nationaliser les incite aujourd'hui à dénationaliser ou privatiser. Il s'agit toujours d'augmenter leurs profits. Quatre raisons essentielles expliquent leur changement de stratégie.

Premièrement: la crise. La crise entraîne une chute du taux de profit des entreprises dont les productions trouvent moins d'acquéreurs et dont les capacités de production sont donc sous-utilisées. ….
Deuxièmement, les progrès technologiques spectaculaires en matière de télécommunications et d'ingénierie financière. Les découvertes et l'application de nouvelles technologies (transistors, satellites, puces, circuits intégrés, fibre optique, ordinateurs, etc.…) simultanément dans les domaines de l'informatique et des télécommunications vont littéralement faire exploser les transactions financières et boursières spéculatives.  ….
Troisièmement, dans la foulée de l'acquisition de leur indépendance, payée souvent dans le sang, puis plus tard, dans le cadre de l'organisation des pays non alignés ou du "groupe des 77", les pays du tiers-monde avaient nationalisé leurs ressources naturelles, mines et gisements, et comptaient bien, à l'instar des pays exportateurs de pétrole, en revoir les prix à la hausse. Quelle présomption! On chargera donc le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM), USAID, le Fonds Européen de Développement (FED) et d'autres organismes de leur faire entendre raison. ….
Quatrièmement, les entreprises et services publics emploient de grandes quantités de travailleurs bien organisés syndicalement et ayant obtenu, grâce à leur poids,  leur force sociale et leur combativité, mais aussi en échange de salaires moindres, de meilleurs statuts et de meilleures conditions de travail que dans le secteur privé. Le monde entier avait les yeux rivés sur la grande grève déclenchée par les postiers et les cheminots belges contre la "loi unique" en hiver 1960-1961. Et ni les patrons ni les gouvernants n'ont oublié que, malgré la mobilisation des réservistes de l'armée, la grève générale avait fait tomber le gouvernement et reculer l'application de cette "loi inique" profondément antisociale. ….

…. Les travailleurs des entreprises publiques représentent donc une force considérable. Or, la guerre concurrentielle que se livrent les entreprises des trois grands pôles économiques mondiaux devant mobiliser le plus de revenus possibles pour le secteur privé, il s'agit aussi de réduire le plus possible les coûts du travail et les budgets publics affectés à la sécurité sociale tout en introduisant de nouvelles formes de travail particulièrement pénibles et sous-payées: le travail dit "flexible", les emplois dits "atypiques", le travail partiel, le travail précaire, le télétravail.
Pas question d'appliquer ces panacées aux secteurs publics. Les syndicats veillent (…). Veillent du moins à ne pas perdre l'essentiel. Privatiser, c'est-à-dire appliquer la filialisation systématique et la sous-traitance, ce n'est pas seulement briser les statuts de fonctionnaires ou d'agents de l'état, c'est aussi diviser les travailleurs en unités plus petites, moins soudées, moins facilement mobilisables. C'est démanteler les puissants derniers bastions qui pourraient s'opposer à trop de destruction sociale, aussi bien dans les secteurs publics que privés. ….

La propagande [patronale] mine la lutte [ouvrière].

La propagande massive assénée par les milieux patronaux et par une partie majoritaire du personnel politique des pays occidentaux ainsi que le matraquage continu de la plupart des médias en faveur du secteur privé et de l'économie de marché ont eu raison de beaucoup. Aussi bien dans le public qu'au sein de nombreuses organisations syndicales, on a fini par intégrer ce discours et par croire qu'effectivement, la dette de l'état et le déficit public étaient à mettre sur le compte d'un "Etat providence" qui aurai gaspillé follement ses ressources à choyer des hordes de travailleurs fainéants, ire-au-flanc, profiteurs ou incompétents et qu'il fallait rembourser la première et réduire le second au plus vite au prix d'"inévitables" sacrifices. Très souvent on a fini par accepter, pièce par pièce, tous les éléments mis en place par les "propriétaires privés des moyens de production" pour mettre la main sur le gâteau public: signatures de "contrats de gestion" ou de "contrats de plan", transformation des services publics en "entreprises publiques autonomes", conclusions d'alliances "stratégiques", filiations, sous-traitance, remplacement de la notion de service public par celle de "service universel", augmentation de productivité des travailleurs, changement des statuts de personnels ou "adaptation" des règlements de travail. Le discours dominant a eu l'effet pervers de faire croire à de nombreux dirigeants syndicaux, en toute bonne foi, que l'autonomie de gestion qu'on proposait aux services publics permettait aux travailleurs de ceux-ci de prouver enfin qu'ils étaient en mesure de faire concurrence efficacement au secteur privé. Que les "contrats de gestion" leur permettaient de mettre en valeur leur saine gestion. C'était, dans leur esprit, le meilleur moyen de mettre un terme aux privatisations. ….

…. [Les exemples vécus depuis les années quatre-vingt] montrent que les syndicats ont, pour la plupart, intégré les critiques du patronat selon lesquelles les services publics fonctionnement mal, coûtent cher, sont peu "performants" et que seul le secteur privé peut rendre de meilleurs services à la société. La plupart des syndicats sont tombés dans le panneau du "contrat de gestion" et de "l'autonomie" des services publics. Aucun, ou presque, n'y a vu une tactique patronale soigneusement élaborée avant d'être appliquée dans le monde entier. ….

Les luttes [ouvrières] minent la propagande [patronale].

Les possédants ont peur de ceux qu'ils exploitent. Ils ont peur des travailleurs. Ils ont peur de la grève. [Les exemples historiques ne manquent pas pour le démontrer]. ….

…. S'il faut s'opposer aux privatisations ou dénationalisations, ce n'est pas parce que les nationalisations ou le maintien des entreprises et des services publics nous rapprochent d'une société dans laquelle appareils de production et services appartiendraient à la collectivité et seraient utilisés pour accroître le bien-être du plus grand nombre. On a vu que les propriétaires privés des moyens de production pouvaient eux-mêmes confier à leur Etat la gestion de services, d'infrastructures ou d'entreprises pour leur seul profit. La mainmise de l'Etat sur tout ou partie de certains secteurs de production ou de services ne signifie nullement que cet Etat ait des buts sociaux. Tout dépend de qui dirige l'Etat. Le plus grand nombre ou le plus petit. S'il faut s'opposer aux privatisations, c'est d'abord parce qu'elles signifient destruction sociale, appauvrissement général, misère, anéantissement culturel et, à terme, aggravation de la crise économique avec risque de guerre. Il faut s'y opposer parce que les privatisations constituent une arme redoutable contre les syndicats, c'est-à-dire contre les acquis, la culture, la solidarité et les capacités de mobilisation des travailleurs, aussi bien dans les secteur public que dans les secteur privé. [Plusieurs centaines de milliers d'emplois ont été perdus en Europe depuis les années quatre-vingt, par les privatisations].
Cela fait autant de travailleurs désormais isolés et dans l'incapacité de se mobiliser. Les luttes que mènent les agents ou employés des entreprises et services publics pour la sauvegarde de l'emploi sont aussi justifiées que celles qui se mènent pour la même raison dans une entreprise privée. Il faut s'opposer aux privatisations, enfin, parce qu'elles constituent un vol de ce qui appartient à la collectivité au seul profit de l'enrichissement rapide des nantis dans un monde déjà profondément inégalitaire. Il ne faut pas seulement s'opposer aux privatisations. Il faut exiger la restitution immédiate de ce qui a été accaparé. La reconstruction de ce qui a été détruit. Il faut revendiquer la renationalisation des entreprises et services publics privatisés.

Pour mener la lutte déterminée et difficile que demandera la défense des entreprises et services publics, l'information et une arme essentielle. Savoir quels sont exactement les mécanismes mis en place, quelles est exactement la stratégie cynique déployée méthodiquement depuis bientôt trente ans [comptés depuis nos jours, en 2009] par les nantis pour s'approprier les biens publics jusqu'au dernier sou, connaître le rôle tenu par chacun, y compris par les médias, est indispensable pour s'opposer avec succès au processus de privatisation.

20/09/2009

Et si les riches payaient la crise?

Récupération d'une revendication du Parti du Travail de Belgique?

On dirait bien, car un article publié dans le dernier n° du télémoustique fait mention d'une meilleure taxation des super-riches. Serait-elle donc enfin envisageable dans un avenir proche ? Prendrait t'on enfin conscience, dans cette société capitaliste, à fortiori essentiellement basée sur l'exploitation des travailleurs, que rétablir un équilibre dû à l'exagération spéculative de la minorité profiteuse, permettrait à la majorité de la population de ne pas plonger dans la précarité et la pauvreté ?

Alex

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(Extrait de l'article paru dans le magazine télémoustique, semaine du 16/09/2009)


cover_4364_small_rdax_142x193Les responsables du krach sont les premiers à renouer avec les bénéfices. Pendant ce temps le déficit se creuse et le chômage explose.
En 2010, alors que d'autres commenceront à se relever, la Belgique commencera à souffrir.

Première loi de l'économie: "Pour tout économiste, il existe un économiste d'avis contraire." Seconde loi de l'économie: "Ils ont tous les deux tort." Ce qui suit serait donc une bonne nouvelle: depuis le début du mois de septembre - soit très exactement un an après le krach du siècle -, les experts sont unanimes. Nous entrevoyons la fin du tunnel, la reprise s'annonce, le plus fort de la crise est derrière nous.

A la Sonaca aussi, on est unanime, quoique moins enthousiaste. Ici, la reprise, on n'en verra pas la couleur. Environ 440 employés de la société aéronautique viennent de s'entendre dire qu'ils seront bientôt virés. Malentendu ou mauvais timing, sans doute. A la faveur de ce rebond économique, leur direction devrait décider de ne pas leur envoyer leurs C4. Ou, au pire, les réengagera bientôt. Non? Non. Reprise ou pas, ils rejoindront les 125.000 Belges promis au chômage d'ici fin 2011, si on en croit le Bureau du Plan. Troisième loi de l'économie: "Pour un économiste, la vie réelle est une exception statistique."

Blague à part, cette crise va définitivement nous fâcher avec les chiffres. Il y a un peu plus d'un an, la maison Fortis évoquait des pertes "virtuelles". Quelques semaines plus tard, l'épargnant était réellement ruiné. Aujourd'hui, la presse financière titre: "Les Bourses en pleine euphorie." Car, c'est vrai, comme l'ont observé les experts, plusieurs indicateurs ont repris des couleurs: depuis l'été, la croissance renoue avec des chiffres positifs. Faibles, mais positifs. En Bourse, les titres du Bel 20 repartent. Ils ont gagné plus de 50 % ces derniers mois, à mi-chemin des cours record de l'été 2007. Dans les banques, l'octroi de crédit - le nerf de la guerre - est reparti à la hausse. Globalement, donc, cela va mieux que prévu. Et pourtant, c'est pire.

La reprise bikini
Cette reprise est en fait une reprise bikini. Elle suscite quelques ardeurs, mais elle cache l'essentiel: pour la plupart, le plus dur reste à venir. Pour l'instant, les chiffres du chômage n'ont pas encore explosé. Entre 2008 et aujourd'hui, ils ont progressé d'un seul pour cent. Attention, c'est une nouvelle ruse. Plus que d'autres, la Belgique est exposée à "l'effet retard". Le paradoxe sera cruel. Cette année, au plus fort de la crise, nous avons pu en limiter les effets. En 2010, alors que d'autres commenceront à se relever, nous commencerons à souffrir.

Pourquoi cette exception belge? Dans un pays comme le nôtre, où l'emploi est relativement protégé, le gouvernement a pris des mesures pour élargir le chômage dit "économique" aux employés, histoire qu'ils ne perdent pas leur emploi. Du moins pas tout de suite. Ensuite, quand bien même les entreprises finissent par renvoyer du personnel, les préavis et autres procédures légales postposent le moment où les infortunés s'inscrivent réellement au chômage, bons pour l'inventaire. Bref, des mauvaises nouvelles, il y en aura. Mais nous les apprendront plus tard que d'autres.
[...]

Une révolution manquée
Faire banquer les nantis suffira-t-il à les assagir? On peut ne pas partager l'optimisme tout neuf de Didier Reynders. Avant tout le monde, la finance a déjà renoué avec les profits, comme le prouvent les milliards actuellement provisionnés par les banques pour offrir de faramineux bonus à leurs dirigeants (voir ci-dessous). Chez ceux qui criaient au naufrage il y a quelque mois encore prévaut aujourd'hui le "tout va bien", drapé dans un sentiment d'impunité.

"Les banquiers ont fini par croire qu'on leur viendrait toujours en aide, quelles que soient les bêtises qu'ils puissent commettre, se désole Eric De Keuleneer, professeur à Solvay. Les banques belges appliquent très bien le principe du "too big to fail" ("trop grand pour échouer"). Elles savent que, à la moindre difficulté, elles peuvent prendre les pouvoirs publics en otage en leur faisant craindre la faillite." De l'autre côté de l'Atlantique, le prix Nobel d'économie Paul Krugman tire le même constat: "Tout va recommencer." Peut-être avons-nous sauvé l'économie trop tôt, "avant qu'une volonté politique en faveur d'une réforme fondamentale n'ait été suffisamment forte pour susciter des changements". Malheureusement, ce n'est sans doute pas la crise, mais la révolution qui est déjà derrière nous.
Jean-Laurent Van Lint

Taxer les grandes fortunes?
Le trou budgétaire de l'Etat belge frôle les 25 milliards €. Où les trouver? Pourquoi ne pas s'inspirer des derniers pays européens à encore appliquer l'impôt sur la fortune (France, Liechtenstein, Norvège et certaines régions suisses)? D'après une récente estimation, la Belgique compterait 59.000 millionnaires. C'est 13.000 de moins que l'année précédente, la crise a frappé partout. En moyenne, ils détiendraient chacun 2,2 millions €. Soit un total d'environ 130 milliards €. Ensemble, nos millionnaires ont donc de quoi combler plus de cinq fois le déficit de l'Etat belge. On peut rêver. Mais eux, qu'en pensent-ils?

Laurence - Fortune: entre 2,5 et 3 millions €
Un impôt exceptionnel de crise sur la fortune de Laurence (par exemple 10 %)? "Je vais répondre non. Lorsque j'étais adolescente, la mort de mes parents m'a causé énormément de difficultés. Je n'ai pas fait les études qui me permettraient d'avoir un travail intéressant financièrement. De plus, je dois "tenir" avec ce patrimoine. D'autres "riches" hériteront encore au décès de leurs parents, moi pas. Ceci étant, je suis d'accord que les très nantis contribuent plus, voire beaucoup plus. J'en connais certains qui, même si vous leur prélevez 40 % de leur patrimoine, ne verront aucune différence dans leur niveau de vie. Il y a riches et riches."

Jean-Pascal - Fortune: plusieurs dizaines de millions €
Très riche, Jean-Pascal vit entre le Brabant wallon et le sud namurois, où il possède un château. Grâce surtout à la famille de son épouse, actionnaire d'une holding de référence, ses avoirs se comptent en "plusieurs dizaines" de millions. Imposer fortement son patrimoine? La réponse à notre question est brutale: "Mais enfin non! Et l'année prochaine, et l'année suivante, si l'Etat est en déficit, on nous demandera encore de payer, si la crise est toujours là? Moi je travaille dur dans la holding, et nos filiales donnent du travail à beaucoup de gens. Et puis, toucher au patrimoine, non!"

(source: site du télémoustique)

18/09/2009

France Télécom prié de s'expliquer après une série de 23 suicides

France Télécom prié de s'expliquer après une série de 23 suicides

14/09/2009

Le gouvernement français a décidé d'intervenir dans la crise que traverse le géant des technologies France Télécom, frappé par une série de 23 suicides en 18 mois parmi ses salariés, attribuée par les syndicats au stress et à la dureté des restructurations.

Le PDG du groupe Didier Lombard a été convoqué par le ministre du Travail, Xavier Darcos. Il sera reçu mardi, et le gouvernement lui a demandé de convoquer un conseil d'administration consacré à cette série de suicides, "incroyable dans une seule entreprise", selon l'expression du ministre du Budget Eric Woerth.
Une "scène d'une violence absolue".

Lundi, une minute de silence devait être observée sur tous les sites de France Télécom à la mémoire d'une salariée qui s'est jetée vendredi de la fenêtre de son bureau. Elle est décédée après deux heures d'agonie, une "scène d'une violence absolue", selon le syndicat CGC-UNSA.

Selon la direction de France Télécom, la jeune femme "venait d'apprendre qu'elle changeait de chef d'équipe".

Les syndicats imputent la série de suicides aux méthodes de management dans ce groupe, géant mondial des technologies et employant environ 100.000 personnes dans le pays. Avec une participation de 26%, l'Etat est le principal actionnaire du groupe privatisé en 1997.

Ceux qui étaient salariés au moment de l'ouverture du capital ont conservé leur statut de fonctionnaire. Ils représentent aujourd'hui 65% des effectifs d'un groupe devenu en quelques années un géant de la technologie, après avoir été pendant des décennies le monopole public du téléphone.

Les 23 suicides de salariés "c'est 23 histoires individuelles certainement, mais c'est dans une même entreprise et bien souvent avec l'expression d'un grand désarroi et d'une grande solitude dans l'entreprise", a estimé la ministre de l'Economie Christine Lagarde.

Il faut "tout mettre en oeuvre pour aller à la racine de ces problèmes et comprendre si ce sont les restructurations, les changements de métier" qui en sont à l'origine, a-t-elle insisté.

Les 23 cas, "ce n'est pas que des drames personnels", a répondu le secrétaire général du syndicat CFDT, François Chérèque car "le suicide, c'est tout un certain nombre de difficultés personnelles, mais passer à l'acte sur son lieu de travail, c'est un appel sur un problème qui est directement lié au lieu où on passe à l'acte". Il a demandé un moratoire sur les restructurations.
Le malaise au travail et la pression sur les salariés.

Depuis plusieurs années, les syndicats déplorent le malaise au travail et la pression sur les salariés, notamment pour les inciter à partir dans le cadre d'un plan de départs volontaires qui a permis de se séparer en trois ans de 22.000 salariés (pour 5.000 embauches).

Pour eux, ce sont les méthodes de management qui sont à l'origine de la série de suicides observée depuis février 2008, soit une moyenne de 5,4 suicides par an pour 100.000 salariés contre 1,6 pour 100.000 pour le reste de la populaton active en France.

Le suicide est une "affaire trop grave, trop personnelle pour qu'on puisse réduire ce phénomène que l'on constate chez France Télécom à un problème d'organisation de l'entreprise", a estimé de son côté le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, plus proche collaborateur du président Nicolas Sarkozy. Mais il a appelé France Télécom à venir "au secours de ceux qui sont dans la difficulté".

La direction du groupe a proposé la semaine dernière de suspendre provisoirement les mobilités au sein du groupe. Elle a aussi annoncé des négociations sur le stress dès le 18 septembre et le recrutement de 100 spécialistes des ressources humaines de proximité ainsi que de médecins du travail.

Levif.be avec Belga

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Suicide au travail, un véritable symptôme d'échec de l'exploitation capitaliste

Le suicide au travail, un phénomène récent et symbolique de la souffrance des salariés
Source, Yahoo infos 14/09/2009

Face à la multiplication des suicides sur le lieu de travail, à l'image de Renault ou de France Télécom, dont le patron sera reçu mardi par le ministre du Travail Xavier Darcos, médecins et experts de la santé au travail s'interrogent sur les moyens de lutter contre ce phénomène social récent, lié au changement de méthodes de management et aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Lire la suite l'article

Discussion: Secteur automobile

"C'est un problème énorme" avec "une situation qui s'est dégradée", en particulier pour les personnels de l'encadrement pris "entre le marteau et l'enclume", avec un "management qui isole les personnes", analyse Bernard Salengro, médecin du travail et membre de la CGC, interrogé par l'Associated Press.

Depuis quelques années, "en gros la fin des années 90, le monde du travail a été bouleversé par la révolution liée aux nouvelles technologies de l'information et de la communication", qui a provoqué "une révolution industrielle comparable à celle du siècle dernier", souligné M. Salengro. "Ces niveaux de productivité extraordinaire ont un coût humain".

"On trouve toujours des problèmes personnels" pour justifier les suicides, mais "c'est symbolique de se suicider sur son lieu de travail", martèle-t-il, en regrettant "l'inertie" des autorités sur le sujet.

Pour Jean-Claude Delgenes, spécialiste dans la prévention des risques psycho-sociaux en entreprise, les "outils nomades", tels que le Blackberry, l'ordinateur portable font qu'"on peut revenir sur l'affectation du temps professionnel", plaçant "les gens tout le temps sous tension", même en dehors du temps de travail.

De plus, les salariés sont soumis à "des réorganisations incessantes qui (les) usent" avec des "évolutions professionnelles insuffisamment préparées", ajoute-t-il. Les méthodes de gestion des ressources humaines, conjuguées à des "contraintes financières très fortes pèsent continuellement sur l'entreprise sur tous les niveaux".

Christophe Dejours, psychiatre spécialiste de la psychodynamique du travail, auteur de "Suicide et travail: quoi faire?", confirme à l'AP que "c'est un phénomène assez récent (...) qui correspond à des changements importants dans l'organisation du travail".

"Ce qui est en cause fondamentalement dans ces nouvelles formes d'organisation du travail, c'est l'introduction d'une méthode qui s'appelle 'l'évaluation individualisée de performance', visant à mettre les gens en concurrence un peu les uns avec les autres pour améliorer la productivité", explique-t-il. "Les gens sont en lutte les uns contres les autres. Très vite, ils perdent la confiance les uns dans les autres parce qu'ils font la rétention d'information. Ils font des coups bas, des coups dans le dos et du coup, la méfiance remplace la confiance".

"Le monde du travail a été complètement transformé par l'introduction de ces nouvelles méthodes. Quand quelqu'un va mal, quand quelqu'un commence à être débordé par la surcharge de travail, ce qui est nouveau est que vous êtes harcelé tout seul, les autres vous laissent tomber", souligne-t-il. "C'est comme ça que les gens en viennent jusqu'à se suicider. Le vrai problème, c'est le solitude".

Si les suicides au travail ne sont pas officiellement recensés, l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents au travail et des maladies professionnelles (INRS) constate que les cas de suicides sur les lieux du travail "ont commencé à être rapportés par les médecins du travail vers la fin des années 1990 (...) dans un contexte où les indicateurs de stress au travail se détérioraient".

Une étude menée en 2003 en Basse-Normandie "apporte un éclairage à l'échelon régional: 107 cas de suicides ou tentatives de suicide qu'ils estimaient liés au travail entre 1997 à 2001", avance l'INRS dans son rapport.

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17/09/2009

De plus en plus de suicides sur le lieu de travail!

De plus en plus de suicides sur le lieu du travail
10.09.09 - Source RTBf

La journée mondiale de prévention du suicide ce jeudi est l'occasion de lever le voile sur un phénomène qui prend de l'ampleur: le suicide au travail. Chez France Telecom par exemple, 22 personnes se sont donnés la mort depuis février 2008.

Dernière tentative en date: mercredi, un employé s'est blessé d'un coup de poignard lors d'une réunion de travail. Il avait été informé d'un changement de secteur d'activité récemment. Mais, selon la direction, rien ne laissait présager cet acte désespéré. A aucun moment, l'employé n'avait manifesté son désaccord.

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à faire appel à des associations spécialisées dans la prévention du suicide.

Le nombre de cas de suicides au travail est en augmentation. C’est la loi des séries dans plusieurs entreprises: un opérateur français de téléphonie, un constructeur automobile français, certaines zones de police en Belgique.

Le passage à l'acte résulte non pas d'un, mais le plus souvent de plusieurs facteurs, personnels, professionnels. Le responsable, c'est l'acteur lui-même. La question est cependant posée: l'entreprise elle a-t-elle sa part de responsabilité?

6 suicides par jour en Belgique

Beatrix Lequeux, qui travaille au centre de prévention du suicide et répond aux appels de collaboration des sociétés, explique que l’entreprise est responsable des conditions de travail qu’elle offre à son employé: "elle ne va pas être responsable du suicide directement, mais elle aura une responsabilité dans ce qu’elle aura mis en place".

Dans 85% des cas, la tentative de suicide est annoncée, au détour d'une conversation et souvent dans le milieu professionnel. Au Centre de prévention du suicide, Paulette Duhaut accompagne la personne qui a survécu à une tentative de suicide. Selon elle, "c’est évident que si l’entourage direct, par exemple au travail, est rejetant, ridiculise ou n’entend pas, ça va ajouter à la détresse de la personne".

Le Centre de prévention installe le suicide comme un enjeu majeur de santé publique: six Belges se suicident chaque jour, pour des tentatives vingt fois plus nombreuses.

(D. Delhalle)

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15/09/2009

L'exploitation, le mode d'emploi pour faire tourner le Monde-marchandise



Le monde actuel ne peut qu'être marchandise dans la mesure où il est dominé par les capitalistes. Leur premier objectif est d'obtenir toujours plus de rendement de la force de travail, une marchandise qu'ils espèrent obtenir au prix le plus bas. Ce calcul et ces profits se font à l'échelle de la planète.

la division internationale du travail

Les travailleurs de l'entreprise Thomson d'Angers faisaient un téléviseur en 20 heures en 1967. En 1992, ils n'avaient plus besoin que de 2 heures, ce qui représente de nombreuses heures de travail économisées pour les actionnaires. Dans la même période, la part de la force de travail dans le prix du téléviseur est passée de 20-30 % à 10 %. Mais cela ne suffisait pas, et, poussée par la concurrence, Thomson a délocalisé sa production dans des pays à plus faibles coûts salariaux, afin de faire baisser encore cette « variable d'ajustement », comme disent les économistes, qu'est le salaire. Et ce mouvement de délocalisation a concerné de nombreux secteurs de production.

On estime que les stocks d'investissements directs des capitalistes étrangers dans les pays pauvres représentaient 2,3 % de la richesse mondiale en 1980, 2,4 % en 1990, 6,2 % en 2000. En 1997, les investissements des entreprises américaines dans ces mêmes pays pauvres représentaient 7,6 % de leurs investissements aux États-Unis mêmes. Bien sûr cela ne représente pas un gros pourcentage dans l'absolu. Il n'empêche : ce pourcentage est près de 10 fois supérieur à ce qu'était la part de ces mêmes investissements en 1985.

Dans ces pays, les firmes cherchent avant tout une main d'oeuvre bon marché. Les biens fabriqués sont ensuite réexportés vers les pays riches, là où il y a un marché solvable. 100 % des voitures Volkswagen produites en Slovaquie étaient, en 2000, réexportées vers l'Europe de l'Ouest. C'est le cas aussi pour 100 % des Audi fabriquées en Hongrie, et de 80 % des General Motors-Opel produites en Pologne. Dans l'usine de Mlada Boleslav de République tchèque, le salaire ouvrier moyen n'est que 12 % du salaire ouvrier moyen en Allemagne (chiffre de 1999).

Mais la réalité c'est qu'en produisant des automobiles à faible coût, le patronat de ce secteur entend les vendre en occident à des prix relativement modestes (quoiqu'encore inaccessibles pour de nombreux salariés) et lutter ainsi contre l'inflation, qui entraîne souvent une hausse des salaires. Ainsi donc produire dans les pays pauvres entraîne davantage de chômage dans les pays riches, mais provoque aussi une tendance au maintien des bas salaires. Avec pour conséquence le phénomène des travailleurs pauvres.

La division internationale du travail se fait en fonction des salaires, de la technologie des outils de production, ainsi que des marchés locaux. Les télécopieurs hauts de gamme sont produits au Japon, les bas de gamme en Chine. Les téléviseurs grand écran avec magnétoscope incorporé sont produits au Japon, ceux de moyenne taille sont produits à Singapour, ceux de petite taille en Malaisie. Néanmoins, les ouvriers chinois produisent de plus en plus de téléviseurs hauts de gamme.

Volkswagen a annoncé qu'elle allait doubler ses capacités de production en Chine, sans doute pour vendre aussi à une mince fraction d'autochtones ; mais une mince fraction peut permettre à l'entreprise de doubler ses ventes. Progrès ou pas ? Là n'est pas la question pour les travailleurs, qui exécutent les ordres dans un monde où ils ne comptent qu'en fonction des profits qu'ils peuvent rapporter. Et puis Volkswagen s'apprête sans doute aussi à poursuivre, comme General Motors, son alliance avec le chinois Baosteel, numéro trois mondial de la sidérurgie, qui fait de fabuleux profits et licencie jusqu'à 10 000 salariés par an.

Parfois, il arrive que des pays pauvres connaissent un certain développement en matière technologique, mais les technologies les plus développées ne peuvent donner un revenu à tous les travailleurs non qualifiés qui se concentrent de plus en plus dans les mégapoles du tiers monde. Une étude des Nations unies estime que 70 % de la population mondiale, soit 5 milliards de personnes, habiteront dans les grandes villes pauvres en 2025.

Aujourd'hui, l'objectif des capitalistes n'est pas de former ces milliards d'hommes et de femmes en vue de leur donner un emploi. Personne ne le prétend, pas même eux. Ils sont uniquement attachés à cibler leurs investissements internationaux, à calculer leurs profits dans le court terme. D'ailleurs seul 1 % des salariés des pays pauvres sont embauchés par les 36 000 multinationales au monde. Et le flux réel de ces capitaux en direction de pays pauvres est restreint à un tout petit nombre de pays. Huit pays seulement ont attiré, entre 1989 et 2002, 84 % des flux nets de portefeuille d'actions : la Chine, le Brésil, le Mexique, l'Afrique du sud, l'Inde, la Thaïlande, la Malaisie et la République tchèque.

Les capitaux occidentaux

Les capitaux occidentaux en direction de cette petite dizaine d'États viennent d'entreprises industrielles mais aussi de compagnies d'assurance, de fonds de pension, ou de mutual funds, qui sont des fonds d'investissement tirés de l'épargne individuelle de particuliers riches, en particulier des Américains du nord. Ces mutual funds s'élevaient à 4 470 milliards de dollars en 1994, à 10 938 milliards de dollars en 2000.

Ces milliards se placent surtout dans la spéculation boursière et monétaire. Très peu en définitive servent à la modernisation des industries, même d'exportation. On constate que les vrais investissements sont bien minuscules quand on les compare aux investissements du temps de la guerre froide dans certains pays d'Asie, à une époque où les États impérialistes choisissaient de soutenir militairement et financièrement des États comme la Corée du sud. Aujourd'hui les flux de capitaux auraient plutôt tendance à risquer d'entraîner la Corée du sud dans la faillite.

Toutes ces sommes d'argent peuvent donc stimuler les marchés boursiers locaux, mais ne favorisent pas le développement. Ce ne sont pas des capitaux qui s'investissent dans les transports en commun, les équipements, la santé ou l'éducation. Même si de nombreux fonds de pension sont constitués des retraites d'enseignants américains ! Le fonds de pension Ohio State Teachers avait en 2002 pour plus de 2,6 milliards de dollars placés dans les pays « émergents », plus que l'entreprise General Motors.

Les guillemets pour le mot « émergents » sont là pour rappeler que ces pays n'émergent pas ailleurs que dans l'intérêt que leur portent les entreprises, les banques et les États impérialistes. Sinon, ce sont des pays qui comme les autres pays du tiers monde ont une vaste partie de leur population pauvre. 53,7 % des Chinois, 28 % des Brésiliens, 42,5 % des Mexicains, 35,8 % des habitants d'Afrique du sud, 86,2 % des habitants de l'Inde vivaient en 2000 avec moins de deux dollars par jour. Soit dit en passant, ce chiffre est typique des chiffres donnés par les Nations Unies. Pourquoi fixer la barre de la pauvreté à deux dollars par jour, lorsqu'on sait qu'avec quatre dollars il n'est pas d'avantage possible de satisfaire les besoins en matière d'éducation, de santé, d'alimentation, de logement et de transport ? Et quel pourcentage de la population de ces pays « gagne » entre deux et quatre dollars par jour ?

Le « libre échange » entre la misère et le capital

Voilà pourquoi les flux de capitaux en direction de certains pays pauvres croisent sur leur chemin des jeunes, des travailleurs issus de ces pays pauvres, mais qui cherchent, eux, à les fuir. Preuve que le commerce mondial ne propose aucun avenir pour les peuples. On estime que des millions d'habitants des régions pauvres cherchent à fuir leur misère. 500 000 femmes et enfants venues d'Europe de l'est, d'Afrique, d'Amérique du sud, d'Asie du sud est, arrivent chaque année en Europe, grâce à des passeurs, et se retrouvent sur le trottoir à se prostituer. Plus de 15 000 médecins arabes ont quitté le Maghreb entre 1998 et 2000 pour chercher du travail dans les pays plus riches. Eux non plus ne voyaient aucun avenir dans leur pays.

Il arrive aussi, phénomène encore plus circonscrits à quelques pays, que ces capitaux occidentaux en direction des pays dits « émergents » croisent des capitaux issus de ces pays et qui se dirigent vers des banques ou des bourses de pays impérialistes. La Chine, très courtisée par les multinationales occidentales, est le deuxième souscripteur au monde de bonds du trésor américain. Dans le même temps, ce pays n'est pas sûr de nourrir toute sa population, et s'apprête à acheter des produits agricoles aux États-Unis. Preuve que les échanges internationaux de capitaux sont indépendants des besoins réels de la population.


Le capitalisme, c'est le pillage de la force de travail et des matières premières

Partout dans le monde c'est le règne du capital. Et ce règne a pour fondement l'exploitation de la main d'oeuvre salariée. En Ukraine, les mineurs qui travaillent au fond des mines de fer 6 jours par semaine, 8 heures par jour, gagnent 50 euros par mois. Cette somme est inférieure au revenu qui fixe officiellement le taux de pauvreté. Du coup, de nombreux travailleurs ukrainiens tentent leur chance en occident. Dans certains villages d'Ukraine, la moitié de la population en âge de travailler vit à l'étranger, illégalement et avec des salaires toujours de misère. Mais quand même moins miséreux que les salaires en Ukraine.

Au Ghana, dans la mine d'or de Tarkwa, c'est 20 euros par mois que gagnent les mineurs, dans des conditions de travail épouvantables : les mères qui descendent au fond doivent amener avec elles leurs jeunes enfants. Lorsqu'ils entendent au-dessus de leurs têtes le passage d'un train, les mineurs arrêtent le travail et se protègent à main nue des éboulements. Au total, un quart des mineurs meurt écrasé par ces éboulements ; les autres sont menacés par l'empoisonnement au mercure ou l'étouffement à cause des mauvaises conditions de ventilation. À l'autre bout de la machine de l'exploitation il y a les profits des possédants : l'once d'or est à son plus haut niveau depuis 1996. L'indice boursier de l'or Amex Gold Bugs index a augmenté de près de 500 % depuis trois ans.

Partout dans le monde, le capitalisme impose sa loi, étranglant les économies pour en tirer de juteux profits. Des régions entières sont enfoncées dans la misère depuis des générations. C'est le cas de la Guinée Bissau, petit pays d'Afrique de l'ouest qui à la veille de la guerre d'indépendance, après 500 ans d'ère coloniale portugaise, n'avait connu que le pillage et la misère, avec 99  % des habitants analphabètes. La guerre a duré onze ans, aboutissant à l'indépendance en 1974. Dans les décennies qui ont suivi, le pays a connu la pauvreté, puis de nouveau la guerre civile, en 1998-1999. Le FMI a d'ailleurs divisé son aide par deux entre 1996 et 2000, et l'a encore baissé ensuite. En 2000, 88 % de la population vivaient avec moins d'un dollar par jour. Toute l'agriculture du pays est quasiment tournée vers la seule production de noix de cajou pour l'exportation. Les revenus du pays dépendent donc de la valeur du dollar ainsi que de la consommation des Américains et des Européens en noix de cajou, consommation qui précisément a baissé de 30 % en 2001. Le pays ne produit plus assez de riz pour sa propre consommation. Résultat : en 2003, 90 % de la population n'a qu'un repas par jour. Voilà sur quoi reposent l'indépendance et l'économie du pays.

On pourrait tirer le même bilan pour nombre de pays qui sont depuis des décennies « indépendants ». La Côté d'ivoire était décrite dans les manuels scolaires en France dans les années 70 comme un bel exemple à suivre. Aujourd'hui par manque de moyen pour lutter contre le sida 300 instituteurs ivoiriens meurent chaque année. Des milliers d'enfants sont donc privés d'enseignants. Mais la France préfère envoyer dans ce pays à grand frais des soldats et des équipements militaires !

Il n'existe pas de territoire au monde qui échappe à cette emprise du capitalisme. Même la minuscule république Nauru (20 km2, 13 000 habitants), au beau milieu de l'océan pacifique, a été pillée de ses phosphates par les entreprises australiennes prédatrices, avec la complicité de l'élite locale. Celle-ci a aussi goûté au charme de la spéculation dans les années 1990 avec des placements immobiliers en Australie, ou financiers sur le marché japonais. Evoluant avec son temps, elle aurait permis le blanchiment de 7 milliards de dollars américains en provenance de la mafia russe en 1999. C'est à Nauru qu'au début des années 2000, l'Australie a envoyé ses demandeurs d'asile en provenance du Moyen-Orient, moyennant finances. Minuscule îlot, Nauru n'en a donc pas moins, à l'aune de la voracité capitaliste, sa valeur...

Pour donner un avenir à la planète et ses habitants, il faudra renverser le capitalisme

Les pays faussement appelés en « voie de développement » (depuis le temps qu'on emploie cette expression, ça se serait vu si elle était juste !) sont des machines à produire, plus que dans les pays riches, des inégalités. Les 10 % les plus riches dans les pays riches possèdent 29,1 % des revenus. Les 10 % les plus riches en Amérique latine possèdent 48 % des revenus. Les 10 % les plus pauvres dans les pays riches possèdent 2,5 % des revenus. Le pourcentage est de 1,6 % en Amérique latine. Cette présence d'une riche classe dirigeante locale permet de nourrir les bourses locales, pour le plus grand profit des spéculateurs internationaux. La forte proportion de très pauvres permet en même temps de faire pression à la baisse sur les salaires dans ces pays pauvres, avec comme résultat une main d'oeuvre intéressante pour les entreprises multinationales. Et puis cette misère, c'est aussi le poids du passé qui l'explique : le colonialisme, dont l'Amérique latine et l'Afrique ne se sont pas remises en 500 ans, et l'ordre économique capitaliste qui, depuis 150 ans, a favorisé les mêmes États et appauvri les mêmes régions.

Janvier 2004

André Lepic

18:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exploitation, pauvrete, travailleurs, capitalisme |  Facebook |

Michael Moore sort un flm contre le capitalisme!

michael_mooreMichael Moore : Le capitalisme n’est pas une love story !
Présenté à la Mostra de Venise dimanche, le dernier film documentaire de Michael Moore, Capitalism : A Love Story fait sensation à cause du sentiment que le système économique actuel, en pleine crise, n’a pas vocation à s’améliorer : « Le capitalisme, c’est le mal, et vous ne pouvez pas réguler le mal », prétend le réalisateur.

Mélangeant l’humour qui lui est propre avec des témoignages personnels tragiques, des images d’archive et des slogans publicitaires, Capitalism : A Love Story dresse un portrait impitoyable du système capitaliste, pour en arriver à la conclusion qu’il apporte aux riches encore plus d’aisance, et condamne des millions de gens à la pauvreté. « Vous devez l'éliminer et le remplacer par quelque chose de bien pour tout le monde, et ce quelque chose est la démocratie », explique Michael Moore.

Dans ce film documentaire de deux heures, les voyous sont dans l’esprit de Michael Moore les grands établissements bancaires et les fonds d’investissement (hedge funds) qui jouent l'argent investi dans des martingales hasardeuses comparables à celles dont les joueurs de casino sont habitués. Pendant ce temps, les grandes entreprises sont contraintes de licencier leur personnel par milliers à seule fin de revendiquer des bénéfices record.

Le réalisateur observe également la relation de proximité malencontreuse entre les banques, les hommes politiques et les agents du fisc américain, ce qui explique des mesures de sauvetage du système en crise uniquement au profit des financiers de Wall Street sans égard pour la majorité de la population. En incitant les futurs propriétaires à hypothéquer leur bien immobilier, les établissements de crédit ont créé les conditions d’une crise économique sans précédent, avec le chômage et le problème des sans-abri pour corollaire.

Michael Moore trouve même des prêtres pour affirmer que le capitalisme est antichrétien parce qu’il ne protège pas les pauvres gens. « En fait, il existe une loi qui dispose que le jeu est illégal, mais nous avons permis à Wall Street de le faire avec l'argent des gens pour le placer dans ces produits et dérivés complètement fous », fait valoir le cinéaste iconoclaste. À propos de ces as de la finance, « Ce dont ils ont besoin n’est pas juste une régulation. Nous devons nous organiser différemment afin que les finances et l'argent créées soutiennent l’activité et les entreprises ».

Devant ce triste spectacle, Michael Moore voit les prémices d'un mouvement populaire contre le capitalisme débridé, et pense que l’élection de Barack Obama est susceptible de le promouvoir. « La démocratie n'est pas un sport spectacle, c'est un événement participatif », estime-t-il au cours d’une conférence de presse à l’issue de la présentation de Capitalism : A Love Story. « Si nous n’y participons pas, elle cesse d'être une démocratie. C’est pourquoi Obama réussira ou échouera moins sur ce qu'il fait, mais sur ce que nous faisons pour le soutenir ».

Michael Moore met aussi les autres nations en garde en ce qui concerne le modèle éco-politique récent des États-Unis. Son film montre les ouvriers d’une verrerie à Chicago participant à un sit-in parce qu’ils sont licenciés sans ménagement et sans indemnités à cause d’une recommandation de la banque. Le film revient sur certains thèmes précédents du réalisateur, comme dans sa ville natale de Flint, où son père, ouvrier sur une chaîne de montage d’automobiles, a réussi à s’acheter une maison, une voiture, instruire ses enfants et percevoir une pension décente à la fin du compte.

Mais après la crise financière du 15 septembre 2008, rien de cela n’est plus possible. Demandant à une parlementaire spécialiste des affaires financières au Congrès des États-Unis où est passé l’argent des épargnants perdu par les banques, Michael Moore s’entend répondre : « Je ne sais pas » !

Source : Reuters.

12:26 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : moore, film, societe, capitalisme |  Facebook |

14/09/2009

De plus en plus de « travailleurs pauvres »


Il existe de plus en plus de « travailleurs pauvres » qui n’arrivent plus à s’offrir des extras (voyages, sorties, cinéma…) et devenir propriétaires, selon une étude de la FGTB.

Archives Belga

Il existe de plus en plus de « travailleurs pauvres » qui n’arrivent plus à dépenser pour des extras (voyages, sorties, cinéma…) et devenir propriétaires, selon une étude de la FGTB, présentée mardi à Bruxelles. Environ 20 % des travailleurs font partie de cette catégorie de gens, paupérisés malgré une vie active. Le syndicat souhaite débattre de ce dossier lors du dialogue interprofessionnel en réclamant des salaires bruts et des salaires minimums plus élevés. « Nous allons apporter des sérieuses revendications salariales sur la table », a souligné Rudy De Leeuw, président de la FGTB.

Le syndicat socialiste a mené une vaste enquête sur le pouvoir d’achat des travailleurs. Près d’un actif sur 2 (47 %) estime que son pouvoir d’achat est en baisse par rapport à l’année dernière A peine 33 % des sondés estiment que leur pouvoir d’achat est resté stable contre 7 % qui pensent qu’il a fortement augmenté. Quelque 51 % des travailleurs belges ont des difficultés financières et 37 % d’entre eux ne peuvent pas mettre un euro de côté. Le temps du salaire unique est définitivement révolu pour les ménages car près d’un travailleur sur 2 (44 %) juge indispensable que deux salaires soient la règle.

Selon l’enquête, il apparaît que 35 % des sondés ont des difficultés à assurer les coûts d’éducation de leurs enfants, que 37 % n’arrivent pas économiser, que 25 % des actifs ne peuvent pas devenir propriétaires et qu’enfin, 18 % des Belges ne partent en vacances qu’une fois par an et ont des problèmes pour payer leurs frais de transport.

« Travailler plus pour gagner plus », ne semble pas être le remède à l’amélioration du pouvoir d’achat. Si 61 % des travailleurs effectuent des heures supplémentaires (en moyenne 24 heures par mois), à peine 6 % d’entre eux en font un choix personnel pour gagner plus d’argent. 34 % voient leurs heures supplémentaires non payées ou non récupérées.

Les travailleurs se paupérisent et ce phénomène touche selon la FGTB, 20 % des travailleurs. « C’est une nouvelle catégorie qui se développe de plus en plus », a expliqué Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB.

Ces travailleurs arrivent tout juste à satisfaire leurs besoins primaires et ne peuvent pratiquement rien dépenser pour leurs loisirs ou vacances ou pire d’acheter un bien immobilier. Il s’agit surtout d’actifs du secteur public et non-profit. Anne Demelenne estime par ailleurs que la précarité des contrats offerts et la flexibilité à outrance, particulièrement chez les jeunes, favorisent cette paupérisation.

Parallèlement, la FGTB a demandé au CRIOC de réaliser une enquête sur la consommation des ménages à revenu modeste (1.000 euros nets maximum par personne). Selon l’enquête, ces types de personnes vivent sous une pression commerciale, sont moins informés sur ce qu’elles consomment et consomment des produits de moins bonne qualité. Selon le CRIOC, les premiers prix (discount ou marques de distributeurs) sont de moins bonne qualité et posent des problèmes pour ceux qui les consomment.

L’enquête couvre plusieurs segments de consommation des ménages à revenu modeste. Ainsi, ils consomment beaucoup de plats préparés, optent pour de l’eau en bouteille plus chère et sont en moins bonne santé que les catégories plus élevées. Huit enfants sur 10 sont par ailleurs confiés à des proches plutôt qu’en crèche. Les revenus modestes sont exclus du système de garde d’enfants.

« Le misérabilisme et le paternalisme ne sont pas notre style mais nous voulons la prospérité et la santé pour tous », a déclaré M. De Leeuw en évoquant la problématique des petits revenus.

Enfin, toujours dans le cadre de l’amélioration du pouvoir d’achat, le syndicat socialiste a demandé à nouveau une baisse de la TVA sur le gaz, l’électricité et le mazout, un crédit social de 40 à 80 euros pour les bas revenus, un contrôle des prix, un blocage des loyers et l’accès à des gardes pour enfants accessibles.

(belga)

18:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pauvrete, travailleurs, exploitation, miserables, capitalisme, societe |  Facebook |

13/09/2009

Le syndicalisme actuel peut-il stopper l'hégémonie capitaliste?

Le contexte actuel de crise structurelle du système capitaliste permet sa remise en question, certes. Les économistes de tout poil s'ingénient à publier une multitude d'ouvrages sur la question, se basant entre-autres sur des concepts tantôt marxistes, tantôt keynésiens. Les statistiques viennent aussi en aide, illustrant une analyse détaillée de la situation dans un contexte historique. Le matérialisme dialectique permet aussi un développement qualitatif, s'il est bien interprété.


A la question posée dans le titre de cet article, à savoir si la pratique actuelle du syndicalisme peut modifier favorablement le paysage de notre société actuelle, dont l'économie capitaliste montre un essoufflement, voire des limites encore jamais atteintes jusque maintenant.


Les structures syndicales ont pour but le rassemblement des forces productives, la masse salariale, les travailleurs, le prolétariat. Cela dit, les divisions de ces structures par leur démultiplication, a créé la division des travailleurs eux-mêmes. Et surtout, la collaboration de ces structures avec le politique en place, tant socio-démocrates que les autres, ont provoqué la mutation du combat syndical [de lutte] en combat syndical [de négociation]. Ce qui permet la constatation que d'une structure combattive pure, le syndicalisme est passé dans le mode réformateur, voire même de collaboration [par effet de parlementarisme] avec le patronat. Ne dit-on pas que patrons et syndicats sont des "partenaires sociaux"?


Certes, dans certains pays de l'Union Européenne, çà et là des organisations syndicales se démarquent plus que d'autres, par des actions parfois plus dures. Mais nous ne retrouvons plus ces luttes qui ont fait jadis la gloire des mouvements syndicaux dignes de ce nom (fin du 19ème siècle, années 1930, années 1960). Le mouvement ouvrier est bien loin derrière nous!


Le syndicalisme est-il devenu malade? A proprement parler, non. Mais il s'agit très certainement d'un engourdissement savamment orchestré par le pouvoir politique [soutenant l'économie de marché, donc le capitalisme] sur la chose syndicale.


Le remède, pour en revenir à un syndicalisme globalement plus efficace et digne de ce nom, serait de recréer cette indépendance politique réformatrice, pour en revenir à des concepts plus révolutionnaires (dans le sens péjoratif du terme). C'est-à-dire un syndicalisme qui ose proposer des modifications structurelles profondes, soutenu en cela par la force de travail, la masse des travailleurs, qui constituent la toute grande majorité des populations (lesquelles populations, exploitées par ce système capitaliste décadent). Le syndicalisme doit-il donc se désolidariser de la politique? Non, car un support philosophique à l'origine d'une politique doit être à la base de tout mouvement syndical, afin de pouvoir fédérer les masses tout en ayant une structure homogène le permettant. Et donc plus que certainement, le syndicalisme devrait se tourner vers des politiques plus adaptées aux luttes qu'il devrait mener, qu'il est censé mener.


Ce petit mot ne donne évidemment pas tous les éléments nécessaires, dont l'analyse pourrait faire l'objet de bouquins entiers, mais jette les bases d'une pensée, d'une réflexion, que toutes et tous nous devrions avoir, pour sortir notre société du marasme dans lequel l'économie capitaliste est capable de jeter des peuples entiers, pour la seule satisfaction d'une petite poignée de nantis exploiteurs; ces gens peu scrupuleux, bien capables de provoquer les guerres les plus atroces et les plus destructrices, pour leur seul et unique bonheur égoïste.

Alex 

06/09/2009

Facebook!

Facebook appartient-il à la CIA ?
Ernesto Carmona   

Les grands médias ont célébré Mark Zuckerberg comme l'enfant prodige qui, à l'âge de 23 ans, s'est transformé en milliardaire multimillionnaire grâce au succès de Facebook, mais ils n’ont pas prêté attention à “ l’investissement de capital -risque ” de plus de 40 millions de dollars effectué par la CIA pour développer le réseau social.

Quand le délire spéculatif de Wall Street a fait croire aux imprudents que la valeur de Facebook monterait à 15 millions de dollars, en 2008 Zuckerberg est devenu le milliardaire  “ qui s’est fait tout seul ” le plus jeune de l’histoire du “ ranking ” de la revue Forbes, avec 1500 millions de dollars.

A ce moment, le  capital à -risque investi par la CIA paraissait avoir obtenu de bons  rendements, mais la “ valeur ” de Facebook s’est ajustée à sa valeur réelle en 2009 et Zuckerberg disparut de la liste Forbes.

La bulle Facebook a gonflé quand William Gates, le patron de Microsoft, acquit en octobre 2007 une participation de 1.6% pour 240 millions de dollars. Cette opération mena à spéculer que si 1%  de Facebook coûtait 150 millions de dollars, alors la valeur de 100% monterait à 15 milliards de dollars, mais le subterfuge finit par se dégonfler. La question de fond est que Facebook existe grâce à un investissement de capitaux à risque de la CIA.

En 2009, les grands médias n’ont pas lésiné sur la “ propagande informative ” pour rendre hommage à Zuckerberg comme paradigme du jeune entrepreneur-vainqueur, mais la diffusion réitérée de cette “ nouvelle ” n’a pas réussi à ce que la revue Forbes le maintienne dans la version 2009 de sa liste (1). L’enfant prodige disparut de la liste, malgré l’intensive campagne de CNN et de la grande presse mondiale qui reflète les intérêts de Wall Street. La liste Forbes est comme l’Oscar des grandes affaires et gonfle ou dégonfle la valeur des actions.

La CIA a investi dans Facebook bien avant qu’il ne devienne l’un des réseaux sociaux les plus populaires d’Internet, selon une enquête du journaliste britannique Tom Hodgkinson publiée en 2008 dans le journal  britannique The Guardian (3) et commentée par quelques médias indépendants de langue anglaise, mais sans aucune répercussion dans la grande presse.

La propagande corporative a transformé le portail social en un synonyme de succès, popularité et même de bonnes affaires. Facebook se présente comme un inoffensif site web de réseaux sociaux qui facilite les relations interpersonnelles. Sa popularité a fait spéculer que ses approximativement 70 millions d’utilisateurs augmenteraient en une paire d’années à 200 millions dans le monde entier, parce que dans ses meilleures semaines il est arrivé à recevoir jusqu’à deux millions de nouveaux utilisateurs. Cependant, Facebook ne convainc pas tout le monde.

Critiques et détracteurs

“ Celui qui n’est pas sur Facebook n’est dans rien ou il est hors du système ”, disent certains. C’est comme avoir une nouvelle image mais sans contenu, pour se donner de l’importance dans le méga-supermarché qu’est devenu Internet, comme substitut des anciennes places publiques, disent d’autres. Les plus pragmatiques affirment que c’est un outil pour des retrouvailles avec d’anciens compagnons d’enfance ou de jeunesse perdus dans les mouvements de la vie.

Ses défenseurs de gauche affirment qu’il sert à promouvoir des luttes contre la globalisation et à coordonner des campagnes contre des activités telles que les réunions du G8.

Le journaliste espagnol Pascual Serrano a décrit comment il fut utilisé par le gouvernement de Colombie pour coordonner la journée mondiale contre les FARC qui en 2008 marqua le commencement de l’offensive propagandiste contre la guérilla et qui continue encore. Et il est très évident que Facebook a été instrumentalisé par la CIA. Pour Walter Goobar, de MiradasAlSur.com, “ c’est en réalité une expérience de manipulation globale : [...] c’est un outil sophistiqué financé par l’Agence Centrale d’Intelligence, CIA, qui non seulement l’utilise pour le recrutement d’agents et la compilation d’informations de long en large de la planète, mais aussi pour monter des opérations sous couvert ”.

En gros, Facebook est un outil de communication qui permet de contacter et d’archiver des adresses et autres données de la famille et d’amis. C’est une mine d’informations sur les amitiés de ses utilisateurs pour des entités comme le ministère de Sécurité de la Patrie, des USA, et, en général, pour l’ensemble des appareils de sécurité de l’État, attelées avec pareil enthousiasme à “ l’ennemi ” interne comme externe depuis l’ère Bush.

Des millions d'utilisateurs offrent des informations sur leur identité, des photographies et des listes de leurs objets de consommation préférés. Un message venant d'un ami invite à s'inscrire et à participer à Facebook. Les données personnelles, souvent capturées par toute sorte d'escrocs et clôneurs de cartes bancaires, vont aussi atterrir dans les disques durs des appareils de sécurité des USA. Le système Beacon de Facebook fait des suivis des utilisateurs et associés, incluant ceux qui ne se sont jamais inscrits ou ceux qui ont désactivés leur enregistrement. Facebook s'avère être plus pratique et rapide que les InfraGard (2), qui sont 23.000 micro communautés ou “ cellules ” de petits commerçants-informateurs organisées par le FBI afin de connaître les profils psycho-politiques de sa clientèle.

Depuis décembre 2006, la CIA utilise Facebook pour recruter de nouveaux agents. D'autres organismes gouvernementaux doivent soumettre le recrutement et les engagements à des régulations fédérales, mais la CIA a acquis plus de liberté d’action que jamais sous le gouvernement Bush, même pour torturer sans sauver les apparences. “ Ce n'est pas nécessaire d'obtenir un quelconque permis pour pouvoir nous inclure dans le réseau social ” a dit la CIA.

Capital-risque CIA

Le journaliste britannique Tom Hodgkinson a lancé un très fondé signal d'alerte sur la propriété CIA de Facebook, dans l'article documenté “ With friends like these... ” publié dans le journal londonien The Guardian le 14 janvier 2008 (3). Il a dit qu'après le 11 septembre 2001, l'enthousiasme pour la haute technologie a redoublé. Enthousiasme qui tenait déjà les appareils de sécurité de l’Etat USA depuis qu'ils avaient créé, deux ans auparavant, le fond de capitaux “ In-Q-Tel ”, pour des opportunités d'investissements à risque dans les hautes technologies.

Pour le journaliste Hodgkinson, les liens de Facebook avec la CIA passent par Jim Breyer, un des trois associés clés qui a investi dans ce réseau social 12,7 millions de dollars en avril 2005, associé aussi au fond de capital Accel Partners, membre des directions des géants comme Wal-Mart et Marvel Entertainment et en plus ex-président de National Venture Capital Association (NVCA), caractérisée dans l'investissement sur des jeunes talents.

“ Le plus récent tour de financement de Facebook fut conduite par une compagnie financière appelée Greylock Venture Capital, qui a mis 27,5 millions de dollars ” a écrit Hodgkinson. “ Un des plus grands associés de Greylock s'appelle Howard Cox, qui est un autre ex-président de NVCA qui est aussi dans le conseil de direction de In-Q-Tel ”.

“ Et In-Q-Tel c'est quoi ? ”  se demande Hodgkinson, “ Bon, croyez-le ou pas (et vérifiez sur son site web) c'est un fond de capital à risque de la CIA ”. Crée en 1999, sa mission est “ d'identifier et de s'associer à des sociétés qui sont en train de développer de nouvelles technologies pour aider à apporter des solutions à l'Agence Centrale d'Investigation ”.
La page web de In-Q-Tel (4) recommandée par Hodgkinson est très explicite: “ En 1998, le Directeur d'Intelligence Central (DCI) identifia la technologie comme une propriété stratégique supérieure, directement connectée aux progrès de l'Agence dans les futures technologies pour améliorer ses missions de base, de compilation et d’analyse. Les dirigeants de la Direction de Science et Technologie ont élaboré un plan radical pour créer une nouvelle entreprise qui aiderait à accroître l'accès de l'Agence à l'innovation du secteur privé ”. Même en ajoutant de l'eau cela ne pourrait être plus clair, dit Hodgkinson.

Notes

(1) Rapport Forbes 2009 : http://www.forbes.com/lists/2009/10/billionaires-2009-richest-people_The-Worlds-Billionaires_CountryOfCitizen_18.html.
(2) http://www.infragard.net/
(3) http://www.guardian.co.uk/technology/2008/jan/14/facebook
(4) http://www.iqt.org/about-iqt/history.html

Ernesto Carmona est journaliste et conseiller à la FELAP (Federación Latino Americana de  Periodistas), conseiller du Collège National de Journalistes du Chili et associé au Cercle de Journalistes de Santiago.

Traduit par Karen Bellemans et corrigé par Olivier Vilain pour Investig’Action.

Source: Argenpress

13:25 Écrit par Socialisme-Solidarit dans manipulation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cia, manipulation, tromperie, espionnage, facebook |  Facebook |