24/01/2010

Je n'ai pas été à Gaza mais j'ai vu un drapeau ...

Jean-Pierre Griez

Je n’ai pas été à Gaza mais j’ai vu un drapeau palestinien sur la grande pyramide et j’ai vu le V de la victoire brandi par un Egyptien à la fenêtre du 7ième étage d’un building abritant l’ambassade israélienne au 19ième et j’ai vu ce même homme saluer les manifestants les internationalistes, nous moi criant leur solidarité avec le peuple de Gaza et j’ai vu parmi tous ces gens un juif antisioniste se faire photographier avec un jeune français arabe ou arabe français et j’ai entendu les chants en yddish de juifs pour Gaza et le syndicaliste sud-africain lancer un appel au boycott d’Israël, l’apartheid new look et j’ai vu ces policiers nous entourer et la peur et l’étonnement et parfois la sympathie dans leur regard, j’ai vu leur peau foncée à ces gamins de 20 ans venus tout droit de la campagne pour brûler trois ans de leur jeunesse à opprimer les leurs, j’ai senti notre force, la peur était chez eux autant que chez nous, chez nous c’était la colère et la détermination et la solidarité toujours la solidarité, j’étais fier de réussir à tenir deux heures face au drapeau israélien hissé au sommet d’une forteresse réputée imprenable, un peu gêné aussi, ces photos tous ces autoportraits comme autant de trophées d’actes héroïques et la manif s’est arrêtée et j’ai marché sur le pont du Nil et j’ai vu des policiers nous barrer le passage et j’ai couru, on a couru entre les voitures, Le Caire cet enfer de milliers de voitures se serrant se doublant se frôlant s’insultant s’asphyxiant, ces voitures serrées pour nous protéger d’une pitoyable police, ces voitures assassines pourchassant les piétons et cette collision, de la tôle froissée rien que de la tôle et une police semée désarçonnée et la force de militants aguerris, ces autres, venus de je ne sais où que j’ai suivis ce jour-là et toujours ce sentiment immodeste et pourtant bien là d’être dans l’Histoire avec un grand H, hache qui tue à Gaza au Congo en Afghanistan en Irak à Bruxelles National et j’ai vu aussi des Egyptiens sous la hache, cet enfant qui mendie dans une rue de terre et ce touriste, moi qui regarde droit devant pour ne pas le voir et cette jeune fille voilée qui veut photographier les militants to Gaza sur une place bondée du vieux Caire, une autre action un autre soir et la police qui l’écarte et l’intimide et la fille qui résiste trois secondes, pas plus de trois secondes qui donnent chaud au cœur et cette action-là, nous tous avec une bougie à la main surgis par surprise des terrasses de café et ce silence qui parle dans nos bougies, juste une bougie et nos Free Gaza et nos keffieh et un début d’applaudissement parmi les passants comme un murmure, insupportable pour le cordon de flics et des flics désemparés qui nous isolent avec les barrières touristiques de la place et un autre flic, le- chef- qui- a- toujours- raison qui fait enlever ces barrières-là et un vieux qui passe dans l’espace interdit, un vieux qui résiste qui crie des insanités à la police, un vieux qui fait chaud au cœur et puis la dislocation calme et belle et le retour vers le métro à 5 ou à 10 dans une rue commerçante, les odeurs les gens qui crient les tapis les klaxons les slaloms fous entre les voitures les enseignes surchargées les maïs grillés les lampes néon éblouissante les appels à la prière les gens et les gens et les gens, filles voilées filles tchador, les trottoirs cabossés les immondices, et les policiers à nos trousse where are you going ? et le métro enfin le métro et les billets qu’on avait pris d’avance et nos fins limiers bloqués par la foule au guichet, toujours la foule, la foule qui nous protège qui nous rassure et les gens : To Gaza ? et les sourires complices et les clins d’œil et la fierté, il faudrait nous ériger une statue nous les internationaux et la tristesse aussi, des juristes égyptiens ont été arrêtés et aussi des journalistes, ce n’est pas une rumeur, ces gens nous ont aidés, ils ont mené leurs propres actions aussi, ils prennent des risques quoi ? Moi à Mons et eux en prison ? Qu’est-ce qu’on va faire pour eux ? ces gens nous ont aidés pour avoir des bus, les bus pour aller à Gaza, le gouvernement a interdit d’aller à Gaza il a interdit de louer des bus il a interdit de se rassembler à plus de 6 personnes il a interdit de se rassembler à l’université ou n’importe où ailleurs, il a interdit l’action sur le Nil et celle sur le pont, alors les juristes qui n’aiment pas les interdits ont appelé leurs amis patrons de société de bus qui n’aiment pas les interdits et deux bus sont venus à l’hôtel que l’on a l’appelé bordel palace mais ce n’était qu’une rumeur, peut-être à cause de la danseuse du ventre et à cause des taximan, j’ai vu l’hôtel il y a un portail détecteur de choses interdites et trois policiers en uniforme à l’entrée et parfois cinq et puis les autres sans uniforme on n’arrive pas à les compter et puis le personnel soupçonné d’être des indics et parfois vers la fin du séjour un disque dur d’un militant qui disparaît et qui réapparaît comme par enchantement, après avoir été copié ?

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06:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, egypte, voyage, solidarite, gaza |  Facebook |

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