28/02/2010

Une analyse marxiste de la crise

Jeudi 4 mars 2010, 19 h.


Une analyse marxiste de la crise
Par Henri Houben, docteur en économie (UCL), économiste d’Attac, chercheur au Gresea, auteur de plusieurs études sur la crise.
 
15 septembre 2008 : la faillite de la banque américaine Lehman Brothers est le signe le plus retentissant de la crise financière mondiale née de la crise des subprimes. Les conséquences de cette crise sont énormes, à l’échelle mondiale. Mais s’agit-il simplement d’une crise financière ?
Pour les analystes libéraux purs et durs, la crise est une sorte de cataclysme naturel imprévisible qu’il faut simplement laisser passer. Pour d’autres, elle est la conséquence des excès du monde financier, que l’on peut circonscrire en limitant le processus de dérégulation à outrance. L’analyse marxiste va beaucoup plus loin, en disséquant les fondements du système capitaliste qui ont conduit à cette crise. Une crise dont les soubresauts financiers ne forment que la pointe immergée de l’iceberg.
 
 
A La Braise, rue de Bouvy 65, 7100 La Louvière.
PAF : 2 euros.

 

Limace

17:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Philo Marxiste-léniniste | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : marx, crise, economie, formation, limace |  Facebook |

27/02/2010

Crise économique: le pourquoi du comment


Jo Cottenier (Article original: source: "INVESTIG'ACTION"

capitalismecriseIl y a peu, des journalistes économiques ont vu « les premiers signes de rétablissement ». Mais, les bourses dégringolent à nouveau. Et ensuite ?


INTERVIEW: RUBEN RAMBOER

Fin 2008, on pensait la crise actuelle comparable à celle des années 30. Depuis peu, on parle de « vive relance économique ». Et, aujourd’hui, les économistes parlent de « double creux de vague », d’une nouvelle récession à cause des dettes des États. Qu’en est-il ?

Le capitalisme a perdu le nord. En septembre 2008, éclatement de la crise des banques et du crédit, tout le système financier s’effondre. Comme en 1929, c’était le signal de départ d’une crise profonde et sans doute longue de l’économie réelle. Fin 2009, les économistes et hommes politiques annonçent une reprise :nous, nous pensions qu’elle serait de courte durée. Aujourd’hui,c’est évident; l’État a guéri le système financier et, maintenant, c’est lui qui est gravement malade. Les marchés financiers doutent que les États puissent rembourser leurs dettes et les obligent à des efforts budgétaires extrêmes qui à leur tour hypothèquent la croissance. Ils ont aussi entamé une vague de spéculation contre quelques pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal pour les forcer à faire des efforts budgétaires et l’Union européenne (UE), elle aussi, impose des économies pour sauver l’euro. Au total, cette grosse vague d’économies va à son tour hypothéquer la fragile reprise. Et cette crainte du « deuxième creux de la vague » deviendra peut-être réalité.

Pourquoi une crise économique a-t-elle suivi une crise financière ?

En fait, c’est l’inverse.

Comment ça ?

La cause est à chercher dans la sphère de la production. À la base de toute crise, il y a un problème de surproduction. Le capitalisme, veut toujours s’accaparer les parts de marché des concurrents en produisant à meilleur marché. Ce n’est possible qu’en comprimant les coûts de production ou avec moins de main-d’œuvre, plus de machines. Inévitablement, on coupe dans le pouvoir d’achat. Ainsi naît une contradiction entre une capacité de production en hausse et un pouvoir d’achat en baisse à l’échelle mondiale. On crée une surproduction.

Pendant un temps, le crédit et la spéculation peuvent créer une demande artificielle et camoufler la crise dans la sphère de production. Mais quand le fossé entre le rêve et réalité devient trop large, les bulles financières explosent. Ceux qui prétendent qu’il ne s’agit que d’une crise financière ne vont pas au cœur du problème. Si on considère cela à plus long terme, nous voyons qu’il y a eu surcapacité et surproduction depuis la crise économique des années 1970. Et, par conséquent, le capital entame maintenant une grande « période d’assainissement », avec une destruction massive de capacité.


À partir de la fin 2009, on croyait que l’économie sortait du gouffre. La croissance économique est même redevenue positive ?

On a fait beaucoup de bruit autour de la résurrection, mais c’est surtout du blabla visant à restaurer la confiance.

Il y a eu une légère reprise en raison des plans de relance. Partout dans le monde, les gouvernements ont injecté de l’argent dans l’économie pour stimuler la demande : 800 milliards aux États-Unis, 500 milliards en Chine, 200 milliards dans l’Union européenne. Le plan allemand des vieux fers, par exemple, a stimulé la demande d’automobiles.

Mais la plupart de ces plans arrivent à leur fin et cela n’a rien d’une vraie résurrection. Celle-ci doit venir d’une réelle augmentation de la demande de marchandises et de services. Et cette demande n’existe pas. Le chômage augmente très rapidement et le pouvoir d’achat baisse. Les paiements en souffrance augmentent. Les gens sont inquiets pour l’avenir et ils économisent.


Qu’est-ce qui rend cette crise si exceptionnelle ?

Le capitalisme fonce dans une impasse et il ne trouve pas d’issue. Dans aucun secteur, il ne pointe une réelle restauration de la demande.Le secteur industriel est dans l’impasse : pas de nouveaux investissements, mais des restructurations et des licenciements, ce qui fait encore baisse le pouvoir d’achat de la population. Pendant un temps, la crise a été compensée grâce à l’emplâtre du chômage économique, mais, maintenant, nous en sommes vraiment à la phase de l’amputation. Dans le monde entier, on voit les grands monopoles utiliser la crise pour « assainir ». Le superflu doit disparaître pour pouvoir repartir avec un appareil dégraissé mais rentable. Les licenciements tombent non seulement dans les entreprises déficitaires, mais aussi dans les bénéficiaires, comme AB InBev ou encore DHL à l’aéroport. Entre faillites et reprises, les plus faibles disparaissent et les plus forts se renforcent.

Le secteur du crédit lèche ses plaies et veut accroître encore ses bénéfices. Les difficultés d’une partie de l’industrie menacent à leur tour les banques car les entreprises en faillite ne remboursent pas leurs dettes. De ce fait, les banques sont très avares dans leur crédit à l’industrie. Et, vu les dettes des gouvernements, on ne doit pas s’attendre à plus de largesse de ce côté-là.

Le capitalisme cherche de nouveaux débouchés pour croître à nouveau. L’économie verte ne peut-elle devenir le moteur d’une reprise réelle de la demande ?

C’est le deus ex machina actuellement : l’économie verte comme solution à la crise écologique et économique. À peu près tous les partis politiques, ainsi que les institutions internationales comme les Nations unies, se passionnent pour le Green Deal : donner un coup de pouce au capital afin qu’il produise durable et vert et, du coup, l’économie déniche une nouvelle locomotive. Mais c’est loin d’être aussi simple que ça.

Pourquoi pas ?

Personne ne niera que le passage à une économie durable et pauvre en carbone comporte un bouleversement phénoménal du mode de production. Pour réduire les émissions de CO2 de 30 à 40 % en 2020 et de 95 % en 2050, une réorientation gigantesque de l’économie est nécessaire. Ce sont des perspectives pour une relance, mais il ne faut rien exagérer.

Jusqu’à présent, l’emploi dans l’industrie verte est limité. L’éco-industrie et les éco-services représentent 2,2 % du PIB des 25 pays de l’Union européenne (UE). Les emplois verts sont souvent simplement le remplacement d’emplois disparus dans d’autres secteurs. Le syndicat européen a fait une étude et prévoit, par l’éco-industrie, une croissance de l’emploi de 1 à 2 %.


L’écologique, ça rapporte ?

Jouets, shampooing, panneaux solaires… Ce que produit le capitaliste et comment il le produit dépend des possibilités de profit. Le capitaliste se fout des problèmes climatiques de l’avenir. Ce qui l’intéresse, c’est le profit maintenant. Bien sûr, certains se rendent compte qu’en prenant des risques, ils s’accapareront peut-être le marché demain. Ainsi, on assiste à un certain rush du capital vers les « niches » du capitalisme vert : éoliennes, cellules solaires, voiture électrique, instruments en vue d’économiser l’énergie.

Mais sur le plan écologique, on reste loin en dessous des possibilités et besoins, car la chasse au profit est parfois un stimulant, mais peut aussi être un frein. Les inventions technologiques sont aux mains de monopoles privés et les brevets, cachés aux concurrents. La question n’est donc abordée de façon globale et efficace. Si le capital lorgne en direction de nouvelles sources d’énergie, il ne choisit pas la plus respectueuse de l’environnement, mais la plus rentable. Aujourd’hui, on reactive des centrales au charbon, vraiment très polluantes, avec la promesse que le CO2 sera stocké dans le sous-sol. Autre exemple, l’exploitation d’énormes gisements de sable bitumeux au Canada, lesquels constituent une très lourde surcharge pour l’environnement.

L’économie verte durable est très risquée pour le capital privé et, sans soutien de l’État, moins rentable que l’économie polluante. Si on ne compte que sur le capital privé pour effectuer le passage, ce passage ne se fera alors qu’au compte-gouttes.


L’État ne doit-il pas encourager d’urgence l’économie verte ?

Dans le monde entier, c’est ce que l’État essaie de faire. La stratégie 2020 de l’UE et des plans fédéraux et régionaux belges aussi. Sous la menace des catastrophes climatiques, de grosses montants des impôts seront transférés vers le capital privé. Une approche erronée car les émissions de CO2 réclame une approche globale et planifiée et ne doit donc surtout pas être géré par les lois du marché et du profit.

D’après les Nations unies, c’est en Chine qu’on trouve l’approche la plus cohérente des problèmes environnementaux. L’emprise de l’État socialiste sur les investissements verts n’y est pas étrangère. Ici, le capital décide presque seul des investissements. Les entreprises ne font du vert que lorsque ça rapporte gros et qu’elles en ont envie. Et encore, elles le font alors l’une à côté de l’autre au lieu de le faire de concert. On peut difficilement parler de cohésion.


Environnement et emploi ne vont pas toujours main dans la main. Des normes environnementales ne sont-elles pas un danger pour le secteur pétrochimique en Flandre et la sidérurgie en Wallonie ?

Lors du sommet de Copenhague, les patrons du secteur pétrochimique flamand ont sorti un manifeste disant que des normes sévères seraient une ruine pour la chimie, le port et l’économie flamande. Ils font du lobbying pour maintenir les normes des émissions le plus bas possible et avoir des réglementations les plus souples. Souvent, ils agitent la menaces de l’emploi. Mais les deux peuvent aller de pair. Une économie pauvre en carbone est parfaitement possible sur le plan technologique. Ce n’est pas un problème technique mais un problème de société. Si on laisse la reconversion au privé, cela ira de pair avec des licenciements, des fermetures et des délocalisations vers des régions où les entreprises pourront encore polluer.

Dans une approche dirigée par l’État, chaque secteur devrait fournir sa quote-part nécessaire. Progressivement, on pourrait évoluer vers une économie durable. Dans ce cas, il faudra bien la planifier et investir dans des entreprises publiques, dans l’éco-secteur et l’énergie. Au lieu de cela, on s’imagine avoir découvert l’œuf de Colomb : le commerce de CO2.


Concernant le climat, on voit aussi le marché comme LA solution ?

Ce commerce des droits d’émission est l’ultime preuve qu’on refile le problème climatique aux mains du marché. Comment cela fonctionne-t-il ? Les États reçoivent des droits d’émission qu’ils ventilent entre leurs industries les plus polluantes. Une aciérie qui a plus rejet qu’elle n’en a le droit peut faire deux choses : assainir ou acheter des droits d’émission auprès d’entreprises qui se situent sous la norme des rejets. Ainsi naît un marché des droits d’émission de CO2, dont le prix est déterminé par l’offre et la demande sur le marché. Pour l’instant, ce prix est très bas car la crise et la production plus faible créent un excédent de droits sur le marché. Les industries très polluantes accèdent ainsi aux droits à très bas prix et peuvent donc continuer à cracher leur CO2 en toute quiétude. C’est bel et bien un frein à une réduction planifiée des rejets.

Ce commerce déplace également le problème car il y s’étend aux pays en voie de développement. On peut aider à limiter les émissions là-bas – ce qui coûte moins – et recevoir en échange des droits d’émission. Et je ne parle pas des phénomènes pervers propres à de nombreux marchés. Et tout cela au détriment d’un problème grave : le réchauffement climatique.


De quels phénomènes pervers voulez-vous parler ?


La spéculation, par exemple. Le commerce des certificats carbone se mue en nouveau marché financier. Les certificats carbone sont comme des actions sur lesquelles on peut spéculer. Certains disent que ça va devenir la nouvelle bulle de savon, que ces certificats vont devenir les nouveaux crédits camelote. Le marché du carbone s’élevait à 125 milliards de dollars en 2008 et l’on prévoierait 3 000 milliards de dollars d’ici 2020.

Les marxistes pensent que le capitalisme est en train de sombrer suite à ses propres contradictions. Toutes ces crises sont-elles un signe fatidique ?

Attention, le capitalisme ne va pas s’effondrer tout seul ! La crise va laisser de lourdes traces et une période de grande incertitude nous attend car les différentes crises se renforcent l’une l’autre : financière, économique, climatique, énergétique, démographique. Ce n’est pas parce qu’il y a crise qu’il ne pourra plus y avoir de périodes de reprise. Le capitalisme cherche toujours des issues, même si, pour cela, des guerres sont nécessaires.

Les rapports de force dans le monde ont changé. La suprématie des États-Unis en a pris un coup, le dollar titube, il y a une redistribution du pouvoir à l’échelle mondiale. Nous l’avons également vu nettement au sommet de Copenhague où la Chine, l’Amérique latine et l’Afrique se sont rebiffées et ne se sont pas soumises à l’agenda de l’Occident. L’évolution de ce changement contribue également à déterminer l’issue de la crise.

C’est la force des travailleurs qui détermine l’avenir de ce système. Un signe d’espoir, en ce sens, c’est que la prise de conscience que ce système doit disparaître et faire place à une économie planifiée. Car, où que l’on se tourne, on voit clairement maintenant les ravages de la chasse au profit, le noyau même du capitalisme.

25/02/2010

Pourquoi la propagande l’emporte sur la vérité


Paul CRAIG ROBERTS (Origine de l'article: "Le grand soir")

Propagande contre véritéUn article paru dans le journal Sociological Inquiry, Il doit y avoir une raison : Oussama, Saddam, et la justification induite, Vol. 79, N° 2, (2009), pp. 142-162, jette la lumière sur l’efficacité de la propagande. Les chercheurs ont examiné pourquoi les énormes mystifications réussissent là où les petites balivernes échouent. Les régimes peuvent s’en tirer avec de grandes impostures, mais les politiciens ne le peuvent pas avec la bagatelle.

Les chercheurs expliquent pourquoi tant de gens croient encore que Saddam Hussein était à l’origine du 11/9 des années après qu’il est devenu évident que l’Irak n’avait rien à voir avec ces événements. Les gens ont développé des rationalisations élaborées qui se sont profondément accrochées à leurs convictions induites par la propagande du régime Bush sur la présumée implication irakienne. L’implication émotionnelle de la propagande s’est intégrée à leur identité personnelle et à leur sens moral. Ils ont cherché les informations qui soutenaient leurs croyances et évité celles qui les démentaient, sans tenir compte des faits de l’affaire.

Dans Mein Kampf, Hitler explique la crédibilité en d’énormes mensonges par rapport au petit bobard : « Dans la simplicité de leur esprit, les gens tombent plus facilement victimes d’une monstrueuse fiction que d’un petit boniment, car eux-mêmes se laissent souvent aller à de petites contrevérités peu importantes, mais auraient honte de recourir à de grosses mystifications. Il ne leur viendrait jamais à l’esprit de fabriquer une énorme imposture, et sont incapables de croire qu’un autre pourrait avoir pareil toupet. Même si des faits prouvant qu’il en est ainsi sont portés de manière claire à leur connaissance, ils continuent de douter et pensent qu’il pourrait y avoir une autre explication. »

Ce que les sociologues et Hitler nous disent, c’est que, avec le temps, les faits devenant évidents, les gens tiennent absolument sur le plan émotionnel aux croyances implantées par la propagande et trouvent que s’en libérer est une expérience déchirante. Il est plus confortable de dénoncer celui qui révèle la vérité plutôt que le menteur.

La psychologie de l’adhérence à des convictions, même injustifiées, est un pilier de la cohésion et de la stabilité sociale. Ça explique pourquoi, dès que le changement est réalisé, même un gouvernement révolutionnaire devient conservateur. Le revers de la médaille de ce travers, c’est d’empêcher la reconnaissance des faits. Dans l’Union soviétique, cela rendit le système incapable de s’adapter à la réalité économique, et l’Union Soviétique s’effondra. Aujourd’hui, aux États-Unis, des millions de gens trouvent plus facile de scander « USA, USA, USA, » que d’accepter les faits montrant la nécessité du changement.

L’inertie de l’effroyable imposture constitue la barrière qu’a du mal à abattre le mouvement pour la vérité sur le 11/9. Le racontar selon lequel ce mouvement se compose de théoriciens de la conspiration et de cinglés est évidemment absurde. Les dirigeants du mouvement sont des professionnels hautement qualifiés, comme des experts en démolition, des physiciens, architectes en construction, ingénieurs, pilotes, et anciens hauts fonctionnaires du gouvernement. Contrairement à leurs détracteurs qui répètent comme des perroquets l’histoire du régime, ils savent de quoi ils parlent.

Voyez cet exposé de l’architecte [*] Richard Gage devant un public d’universitaires canadiens. La vidéo de la présentation dure deux heures et semble avoir été adaptée pour ne pas dépasser cette durée. Gage est flegmatique, mais ce n’est guère une personnalité éblouissante, ni un présentateur très clair. Peut-être est-ce parce qu’il s’adresse à un public d’universitaires et tient pour acquis qu’ils connaissent les termes et les concepts.

Ceux qui croient en l’histoire officielle du 11/9 et traitent d’énergumènes les sceptiques peuvent tester la validité du constat des sociologues et l’observation d’Hitler en regardant la vidéo et en observant leurs réactions devant les évidences qui mettent leurs croyances en question. Êtes-vous capable de regarder la présentation sans railler quelqu’un qui en sait bien plus long que vous à ce sujet ? Quelle est votre réaction en sentant que vous ne pouvez plus défendre vos convictions devant les preuves présentées ? Vous raillez davantage ? Vous devenez furieux ?

Une autre difficulté face au mouvement pour la vérité sur le 11/9, c’est que peu de gens sont formés pour comprendre les aspects techniques et scientifiques. Le camp qu’ils croient leur dit une chose, le camp qu’ils ne croient pas leur en raconte une autre. La plupart des gens n’ont pas les rudiments leur permettant de juger de la valeur des arguments.

Par exemple, prenons le cas de l’attentat de Lockerbie. Une pièce à conviction utilisée pour condamner Magrahi consistait en un morceau de circuit imprimé de l’appareil qui aurait contenu le Semtex qui a fait exploser l’avion de ligne. Pas une personne vraiment très convaincue de la culpabilité de Magrahi et de la Libye et offensée par les autorités écossaises libérant Magrahi pour des motifs prétendument humanitaires, ne savait que les circuits imprimés à cette époque avaient une température d’inflammation très basse et partaient facilement en fumée. Le Semtex produit une très haute température. Il ne serait rien resté de l’appareil contenant le Semtex. Il est évident pour un expert que le bout de circuit imprimé a été posé après l’événement.

J’ai demandé à plusieurs reprises, et n’ai jamais obtenu de réponse, ce qui ne veut pas dire pas qu’il n’y en ait pas, comment des millions de pages non brûlées, provenant de la destruction des tours du WTC, pouvaient planer dans l’air au-dessus de Manhattan, alors que l’explication officielle de la destruction raconte que les incendies étaient si chauds et si uniformément distribués qu’ils ont provoqué l’affaiblissement des structures d’acier massif et leur effondrement simultané, faisant s’écrouler les bâtiments dans les temps d’une chute libre, comme ils l’auraient fait s’ils avaient été abattus par une démolition contrôlée.

Comment expliquer des incendies si chauds que l’acier cède, mais qui ne brûlent pas les pages de papier ?

Les gens ne remarquent même pas les contradictions. Récemment, une équipe internationale de scientifiques, qui étudie depuis 18 mois des échantillons de poussière de la destruction des Tours Jumelles collectés par trois sources distinctes, a déclaré avoir découvert de la nano-thermite dans la poussière. Le gouvernement étasunien avait ses propres scientifiques pour discréditer la trouvaille, au motif que le bien-fondé de l’origine des échantillons n’a pu être vérifié. En d’autres termes, quelqu’un a trafiqué les échantillons et ajouté de la nano-thermite. C’est tout ce qu’il a fallu pour discréditer la découverte, malgré le fait évident que l’accès à la nano-thermite est strictement contrôlé et personne, à part l’US Army et, éventuellement, Israël, ne peut y accéder.

Le physicien Steven Jones a produit des preuves accablantes du recours à d’explosifs pour abattre les bâtiments. Son témoignage n’est pas entendu, examiné, testé ou réfuté. Il est tout simplement ignoré.

L’expérience du Dr Jones me rappelle celle de mon professeur d’Oxford, le distingué physicien chimiste et philosophe Michael Polanyi. Polanyi est l’un des plus grands scientifiques du 20ème siècle. À un moment tout président de section de la Société Royale a été son étudiant. Pour leurs travaux scientifiques, nombre de ses élèves ont obtenu un prix Nobel, comme Eugène Wigner à Princeton et Melvin Calvin à l’UC de Berkeley, et son fils, John Polanyi, de l’Université de Toronto.

Jeune homme, dans les premières années du 20ème siècle, Michael Polanyi découvrit les explications de l’adsorption chimique. Les instances scientifiques jugèrent que la nouvelle théorie mettait trop en question les croyances existantes et la rejetèrent. Bien qu’éminent scientifique du Royaume-Uni, Polanyi fut dans l’impossibilité d’enseigner sa théorie. Un demi-siècle après, sa trouvaille a été redécouverte par des scientifiques de l’UC de Berkeley. La découverte a été encensée, mais ensuite les scientifiques les plus âgés ont dit que c’était une « vieille erreur de Polanyi. » Il se trouve que ce n’est pas une erreur. Polanyi a demandé de s’adresser aux scientifiques au sujet de ce demi-siècle de manquement de la science pour qu’ils reconnaissent la vérité. Comment fait la science, qui repose sur l’examen des évidences, pour marcher aussi mal. La réponse de Polanyi, c’est que la science est un système de croyances, exactement comme toute chose, et que sa théorie était en dehors du système de croyances.

C’est ce que nous observons autour de nous, pas seulement au sujet de la perfidie des musulmans et du 11/9.

En tant que spécialiste en économie j’ai passé un moment très difficile à faire le point sur l’économie soviétique, sur les théories de Karl Marx, et sur l’impact fiscal de la politique économique de l’offre. Aujourd’hui, certains de mes lecteurs deviennent furieux parce que mes écrits rapportent des choses qui sont en dehors de leur système de croyances. Ces lecteurs pensent que je devrais éliminer ce qui est incompatible avec leurs convictions et m’orienter sur le travail de terrain. Jamais ils n’ont eu quelque compréhension du sujet. Ils sont tout simplement offensés sur le plan émotionnel.

Ce que je trouve curieux, ce sont ces gens que je connais, qui ne croient rien de tout ce que raconte le gouvernement, sauf sur le 11/9. Pour des raisons qui m’échappent, ils pensent qu’un régime, qui les mystifie sur tout, leur raconterait la vérité sur le 11/9. Comment cela pourrait-il être, je leur demande. Le gouvernement ferait parfois des bourdes et dirait la vérité ? Ma question ne les incite guère à repenser leur croyance en l’histoire du 11/9 du gouvernement. Ils se mettent plutôt en colère avec moi parce que je doute de leur intelligence ou de leur intégrité ou de quelque trait béni, par exemple [le discernement n’est pas donné à tout le monde, certains ont arrêté leur initiation à la vie après le choc d’avoir appris que le Père Noël n’existe pas, ndt].

Le problème devant la vérité, ce sont les besoins affectifs des gens. Dans le cas du 11/9, de nombreux individus pensent devoir croire leur gouvernement pour ne pas faire l’effet d’être peu coopératifs ou mauvais patriotes, et ils ont très peur d’être stigmatisés « sympathisants terroristes. » Ceux de l’extrême gauche ont le besoin affectif de croire qu’il s’agissait d’un « retour de flamme » des peuples opprimés par les États-Unis. Certains gauchistes pensent que les États-Unis méritent ce genre de retours de manivelles et croient pour cela la propagande du gouvernement sur les musulmans qui les auraient attaqués.

Des gens naïfs pensent que, si l’explication sur le 11/9 du gouvernement était fausse, les physiciens et les ingénieurs prendraient tous la parole. Certains l’ont fait (voir ci-dessus). Seulement, pour la plupart des physiciens et des ingénieurs ce serait un acte suicidaire. Les physiciens doivent leur carrière à des subventions gouvernementales, et leur service est fortement tributaire du financement public. Pour l’essentiel, en prenant la parole, un physicien met fin à sa carrière universitaire. S’il est professeur titulaire, pour apaiser Washington l’université rachètera son poste, comme BYU l’a fait dans le cas de l’honnête Steven Jones.

Une firme d’ingénierie qui oserait parler ne se verrait plus jamais accorder de contrat du gouvernement. Par ailleurs, ses clients patriotes cocardiers considéreraient la société comme une apologiste du terrorisme et arrêteraient de faire du business avec elle.

À New York, il y a aujourd’hui une poussée énorme des familles victimes du 11/9 en faveur d’une enquête réelle et indépendante sur les événements. Des dizaines de milliers de New-yorkais ont fourni les signatures nécessaires aux pétitions exigeant que l’État propose de voter pour l’instauration d’une commission indépendante. Seulement, jusqu’ici l’État ne se conforme pas à la loi.

Pourquoi les dizaines de milliers de New-yorkais qui demandent une véritable enquête sont-ils considérés comme des théoriciens de la conspiration ? Les sceptiques en savent bien plus sur les événements du 11/9 que les gens mal informés qui les qualifient de ce nom. La plupart des gens que je connais, qui se contentent de l’explication officielle, n’ont jamais examiné les preuves. Pourtant, ces nullités conspuent ceux qui ont étudié la question de près.

Il y a évidemment quelques énergumènes. Je me suis souvent demandé s’ils sont ridicules intentionnellement, pour discréditer les sceptiques bien informés.

Un autre problème auquel fait face le mouvement pour la vérité du 11/9, c’est que ses alliés naturels, ceux opposés aux guerres des Bush-Obama et les sites Internet soutenus par le mouvement pacifiste, craignent d’être accusés de traîtres et d’anti-étasuniens. Il est assez difficile de s’opposer à une guerre pour ceux que le gouvernement étasunien a réussi à diaboliser. Les sites pacifistes pensent qu’en permettant de remettre en question le 11/9, ils pourraient être étiquetés « sympathisants terroristes » et que cela discréditerait leur opposition à la guerre. Information Clearing House est une exception.

Les sites pacifistes ne réalisent pas que, en acceptant l’explication officielle sur le 11/9, ils ont sapé leur propre mouvement d’opposition à la guerre. Dès que vous admettez que des terroristes musulmans l’ont fait, il est difficile de s’opposer à les punir pour cela. Ces derniers mois, d’importants sites pacifistes, comme antiwar.com, ont eu des difficultés, leurs campagnes de levée de fonds prenant beaucoup plus de temps qu’auparavant. Ils ne comprennent pas qu’en admettant les prémisses du gouvernement pour ses guerres, il est impossible de s’opposer aux guerres.

Autant que je sache, la plupart des gens ont bien plus confiance en leur gouvernement qu’en la vérité. Durant la Grande Dépression, avec leur « New Deal » les libéraux réussirent à inculquer aux Étasuniens la confiance en leur gouvernement comme en un protecteur. Cela marcha avec la gauche et la droite. Les extrémités de l’éventail politique sont elles aussi incapables d’une remise en cause fondamentale du gouvernement. Cela explique la facilité avec laquelle notre gouvernement embobine systématiquement les gens.

La démocratie repose sur l’idée que les gens sont des êtres rationnels, qui examinent les faits et les arguments et ne sont pas faciles à manipuler. Les études ne trouvent pas que ce soit le cas. Dans ma propre expérience universitaire, en politique publique et en journalisme, j’ai appris que tout le monde, depuis le professeur jusqu’à étudiant du secondaire, a des difficultés avec les faits et les analyses qui ne collent pas à ce qu’ils pensaient déjà. L’idée selon laquelle « nous n’avons pas peur de suivre la vérité partout où elle pourrait conduire » est une notion extrêmement romantique et idéaliste. J’ai rarement vu un esprit ouvert, même en dissertation académique ou aux strates les plus hautes du gouvernement. Dans le grand public, la capacité à suivre la vérité partout où elle pourrait mener est quasi inexistante.

La réponse du gouvernement au 11/9, indépendamment de qui en est responsable, a changé notre pays pour toujours. Nos libertés civiques ne seront jamais plus aussi solides qu’elles l’étaient. La capacité financière des États-Unis et leur niveau de vie sont réduits pour toujours. Le prestige de notre pays et son leadership mondial sont à tout jamais compromis. La première décennie du 21ème siècle a été dilapidée en guerres inutiles, et il semble que la deuxième décennie sera aussi perdue dans la même quête inutile et ruineuse.

Le plus inquiétant de tous reste le fait que la responsabilité des événements hostiles du 11/9 n’a fait l’objet d’aucune enquête.

Paul Craig Roberts

Paul Craig Roberts fut ministre adjoint des Finances dans l’administration Reagan. Il est coauteur de The Tyranny of Good Intentions. Il peut être contacté à l’adresse : PaulCraigRoberts@yahoo.com

23/02/2010

Opel Anvers : " jetés comme des vieux débris " !

(Source: "GRESEA", lire l'article original)

gm-schrapt-47-000-jobs-antwerpen-blijft-open_5_460x0Un an après avoir mis dans un plan qu’elle tenait à fermer son usine anversoise, la direction de General Motors confirme officiellement ce choix. Non seulement les 2.377 salariés devraient être licenciées durant l’été 2010, mais 5.700 emplois devraient être perdus dans le reste de l’Europe… sauf si les syndicats parviennent une nouvelle fois à infléchir la décision patronale.

« Nous comprenons pleinement l'impact que cette annonce aura sur nos employés à Anvers, et sur leurs familles, et nous sommes de tout cœur avec eux. »1 Il ne manque pas de toupet le nouveau patron de GM Europe, Nick Reilly. Présentant le nouveau plan de restructuration de la filiale européenne du constructeur américain, il annonce : suppression de 8.300 emplois sur un total actuel de 48.000 et fermeture définitive du site anversois.

2.377 salariés travaillent encore sur celui-ci. Avec la sous-traitance, 5.000 postes seraient menacés dans le nord du pays2 . Les autres usines du groupe ne seraient pas épargnées : les effectifs de Bochum devraient être réduits de 1.800 personnes, Rüsselsheim  de 860, Eisenach de 300, Kaiserlautern (qui fabrique des moteurs) de 300, Saragosse de 900 et Luton de 3703 . En tout, c’est 20% de l’équipement industriel et du personnel de GM Europe dont le conseil d’administration à Detroit veut se débarrasser.

En même temps, des équipes de nuit (un système en 3x8h) seraient introduites à Gliwice en Pologne à la mi-2010 et à Ellesmere Port, près de Liverpool, à la mi-2011. Ce qui, en fait, ne diminuera pas les capacités de 20%, mais bien l’emploi. Le résultat en sera donc une hausse de la productivité. Ainsi, les travailleurs paieront un lourd tribut à ce plan: à la fois en pertes d’emploi et en flexibilité horaire. Sans compter la « modération salariale » que le constructeur essaie d’imposer.

Une pilule difficile à faire passer aux métallurgistes et à leurs délégués. Cela n’empêche pas la direction de se déclarer solidaire du malheur de ces travailleurs qu’elle vient de mettre à la porte. Comme si elle n’avait joué aucun rôle dans la situation de crise que connaît l’entreprise.

Une crise venue d’une autre planète

Pour les dirigeants des firmes automobiles – mais on pourrait retrouver cette même perception chez les responsables politiques ou les médias traditionnels -, la récession est une sorte de cataclysme venu d’ailleurs, une sorte de météorite économique tombée par inadvertance sur la terre. Et cela apporte inévitablement des effets indésirables à ce monde, en fait sur tout le monde, car « on serait tous sur le même bateau ».

Dans le cas présent, on peut même accuser la finance débridée, les Etats-Unis en mal de régulation ou les paradis fiscaux qui accueillent tous ces fonds qui veulent échapper à la surveillance macroéconomique… tout sauf le secteur automobile ou l’industrie manufacturière. L’économie « réelle » (par opposition à la « sphère financière pure ») serait fondamentalement saine.

En fait, comme nous l’avons montré dans un article précédent4 , la situation actuelle du secteur est marquée par une compétition intense entre constructeurs. Ce qui a pour effet que les entreprises construisent de nouvelles unités pour conquérir de nouveaux marchés, que ce soit géographiquement (l’Europe de l’Est, la Russie, les pays dits « émergents ») ou industriellement (auparavant monospaces, vans, 4x4 ; aujourd’hui véhicules hybrides, électriques, minis). Sans voir que les rivaux pratiquent de même : tout le monde se rue donc sur la Russie5 quasi en même temps pour profiter de ces ventes jugées très lucratives.

Le problème est que le marché est nécessairement limité par les revenus disponibles des ménages et ceux-ci n’augmentent pas à la vitesse à laquelle les nouvelles installations sont mises en place. Pour saturer cet équipement, les firmes se lancent dans une bataille de prix6 et donc de coûts : il faut pouvoir produire aux moindres frais pour pouvoir tenir la bataille. Il y a ceux qui peuvent et ceux qui se retrouvent rapidement en difficultés.

C’est cette guerre qui se transforme en crise économique. Parce que les premiers deviennent de plus en plus agressifs pour arracher des parts de marché et que tous limitent les engagements de personnel pour être encore plus productifs. Comme cela ne se passe pas que dans le secteur automobile, mais partout dans l’économie, la production de marchandises devient excédentaire par rapport à ce que les citoyens peuvent acheter en fonction de leurs revenus.

Il suffit d’un événement, d’une étincelle pour allumer le baril de poudre. Aujourd’hui, ce fut les problèmes des subprimes. Cela aurait pu être autre chose. En Europe (pour les dix-huit pays occidentaux), le niveau des ventes atteint un maximum de 15 millions de voitures particulières vendues en 1999. Depuis lors, il se situe sous cette barre. Même avec l’Est, le marché s’établit à 16 millions de voitures en 2007, mais à seulement 14,5 millions en 20097 . Même situation aux Etats-Unis : les ventes de voitures particulières et véhicules utilitaires légers (vans, 4x4, etc.) ont atteint leur sommet en 2000 avec 17,3 millions d’automobiles écoulées ; depuis lors, c’est la baisse et la chute depuis 2007 ; en 2009, les constructeurs fournissent à leurs clients autant de véhicules qu’en… 19688 . Au Japon, c’est pire encore, puisque les ventes ont culminé en 1990 à 7,8 millions de véhicules9 et qu’en 2009 elles sont tombées à 4,6 millions.

Ce ne sont ni les subprimes, ni la finance qui peuvent expliquer cette situation. Ce sont des éléments déclencheurs, mais nullement explicatifs. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

En outre, dans ce contexte, General Motors a pris des décisions désastreuses depuis des années. Confrontée aux premiers effets de la crise dans les années 70 et à la concurrence japonaise sur le marché américain, la direction du constructeur a réagi tardivement. Elle n’a pas restructuré rapidement ses activités comme ont dû le faire Chrysler (en faillite en 1979) et Ford. Le PDG des années 80, Roger Smith – celui qui est dénoncé dans le premier documentaire de Michael Moore, « Roger and Me » - a lancé un vaste programme d’innovations technologiques qui se sont avérées autant de catastrophes, parce que la technologie (comme frais fixes) coûte d’autant plus que l’entreprise ne vend pas ses produits. Résultat : la firme qui avait encore une part de marché aux Etats-Unis de 46% en 1978 va voir celle-ci fondre inexorablement à 35% en 1987, à 28% en 2003 et à peine 20% en 200910 . Sur ce plan, la mise en faillite ne va pas redorer le blason de l’ancien numéro un du secteur.

Ce sont les travailleurs qui ont surtout fait les frais de cette déplorable gestion. C’est ce que montre le tableau suivant qui reprend l’évolution du personnel travaillant dans le secteur automobile pour General Motors en Amérique du Nord et en Europe. Pour conserver une base comparable, nous sommes remontés à 1995.

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09:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exploitation, opel, licenciements, economie, capitalisme |  Facebook |

21/02/2010

Buizingen :: Des vies qu’on aurait pu épargner


« Nous n'en sommes plus aux réalisations prestigieuses, nous devons garantir le confort de tous, dans le train comme dans les gares. La sécurité me préoccupe depuis longtemps.» Ce genre de déclarations vous l’entendez tous ces jours-ci de la part de nos ministres après la catastrophe de Buizingen.

David Pestieau (Aller à l'article original)

Seulement, celle-ci date du 19 avril 2001.

Elle est de la bouche de la ministre des Transports de l’époque, Isabelle Durant, au lendemain de la catastrophe ferroviaire de Pécrot. Elle fait référence à l’administrateur délégué SNCB de l’époque, Etienne Schouppe. Qui est aujourd’hui secrétaire d’Etat à la Mobilité CD&V.

Relire ce qui a été écrit et dit à l’époque est particulièrement confrontant pour ministres et dirigeants de la SNCB. Car les constats sont les mêmes aujourd’hui qu’en 2001, mais en pire. Car qu’a-t-on fait pour la sécurité des voyageurs et cheminots en neuf ans ? Equiper toutes les lignes et les locomotives d’un système automatique de freinage avait été exigé en 2001. Cela aurait coûté 200 millions d’euros. Mais c’était « trop cher », apparemment.

Les réalisations prestigieuses ? Elles se sont enchaînées : nouvelles gares à Anvers, Liège (437 millions d’euros), et maintenant Mons, Gand ou la gare du Midi à Bruxelles. Le confort de tous ? En dégradation pour les usagers, tandis que le personnel roulant dénonce des conditions de travail stressantes.

Mais il y a pire. En 2001, la SNCB était encore une seule entité. Nos partis traditionnels ont voté les directives de libéralisation de l’Union européenne. Et nos ministres ont imposé ces directives européennes à la SNCB. Des directives qui interdisent de subsidier des entreprises publiques, qui poussent à la réduction des coûts. Qui ont obligé la scission de la SNCB en trois morceaux : SNCB holding (gares), SNCB voyageurs et Infrabel (infrastructure). Afin de pouvoir ouvrir à la concurrence la filiale chargée du trafic voyageurs. Conséquence : ces trois entités travaillent l’une à côté de l’autre avec leurs propres objectifs dans une logique de profit. Ce qui amène à des décisions contradictoires et qui explique qu’un système de freinage automatique peut être installé sur les voies par Infrabel mais dans seulement 1 % des locomotives (dépendant de la filiale voyageurs).

Chacun s’était insurgé contre les conséquences dramatiques de la privatisation du rail en Grande-Bretagne quand deux trains de deux compagnies privées étaient entrés en collision à Paddington (Londres) le 5 octobre 1999, provoquant 31 morts. En cause : un feu rouge brûlé. Le manque d’un système automatique de freinage avait déjà été pointé.  N’avait-on pas juré qu’on n’irait pas aussi loin ici ?

Le drame de Buizingen impose des mesures immédiates : l’introduction directe et généralisée d’un système de freinage automatique, un engagement massif de conducteurs pour alléger la charge de travail. Mais elle doit aussi amener à revenir sur une libéralisation qui tourne au désastre.

17:01 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : securite, trains, voyageurs, navetteurs, sncb, catastrophe, ferroviaire |  Facebook |

20/02/2010

Alerte : les banques pillent !

Marco Van Hees    (Article extrait du site "MichelCollonInfo")

imagesÀ la RTBF, sur Télémoustique, à La Libre Belgique, puis sur Mise au point, Marco Van Hees est désormais bien connu en Belgique. L’ « inspecteur atypique », journaliste à Solidaire, raconte à ses collègues ce qu’il n’a pas dit aux autres à propos de son dernier livre : Banques qui pillent, banques qui pleurent. Enquêtes sur les profits et crises des banques belges

Interview par Lizz Print, suivi d'un extrait du livre

On est collègues… Je vous tutoie ?

Allons-y !

Tu as été pas mal sollicité dans la presse ces derniers jours… Et on t’a donné plusieurs surnoms : chevalier blanc, Don Quichotte, un air de Cohn-Bendit… Un préféré ?

(Il rit, hésite). Quelqu’un m’a parlé récemment des « donneurs d’alerte » aux Etats-Unis, des gens qui donnent l’alerte, signalent les dérapages. Ils ont un statut spécial, sont protégés pour ça. Il faudrait que je me renseigne, ça me conviendrait bien…

On a déjà pu te lire dans Solidaire sur Lippens, les fraudes des banques, leurs arnaques proposées aux clients, les conditions de travail dans le secteur bancaire. Ton livre, c’est une bonne compil’ ou… ?

(sourit). Pas seulement. Ça dépend évidemment de ce que chaque lecteur connait. J’ai déjà raconté pas mal de choses sur Lippens, mais ici, par exemple, je reviens sur son parcours. Celui de quelqu’un qui est toujours dans la logique de manger plutôt que d’être mangé. C’est la logique du capitalisme : toujours absorber de nouveaux concurrents, de nouveaux marchés. C’est sa ligne de conduite. Il entre aux assurances AG dont sa famille est actionnaire en 1981 pour succéder à son oncle. Très rapidement, il a de grandes ambitions, de grands appétits. Il prend les rennes de la société, qui se développe, rachète, troque. Jusqu’à récemment, ou avec ABN Amro, ça a été l’indigestion. Je ne m’attaque pas à sa personne, ni à d’autres, mais à sa fonction dans la société, aux actions qu’il mène.

Tu affirmes que non seulement les banque fraudent, mais également qu’elles organisent la fraude. Des preuves ?

La preuve est simple. Il suffit regarder les travaux de la Commission d’enquête parlementaire sur la grande fraude fiscale en 2008-2009. Trois grandes affaires de fraude ont été analysées. La première concerne la KBLux, qui offrait à ses riches clients des formules pour frauder le fisc. La seconde concerne des sociétés de cash, construction frauduleuse qui concerne des grands groupes en premier lieu mais où les banques ont joué un rôle crucial. Et la troisième est l’affaire « QFIE » pour « quotité forfaitaire d’impôt étranger ». J’y consacre un chapitre dans mon livre. Là, les banques ont été les principales organisatrices de la fraude. Elles ont trouvé puis profité d’une faille dans la législation fiscale. Elles se sont d’abord servies elles-mêmes, pour leur propre profit, puis elles ont commencé à l’utiliser comme un service à offrir, à proposer à leurs riches clients. Et elles leur ont proposé à tour de bras. Logique, car pour eux, les banques sont celles qui s’occupent de leurs affaires d’argent. Et elles s’en occupent plutôt bien… Elles s’occupent bien des riches clients, mais pas de tous ses clients.

Tu remets en cause le mythe du « client est roi », et vas jusqu’à affirmer que « les clients ne sont pas de numéros, mais des tirelires » !

J’ai dit que si le client est roi, les banquiers sont des républicains convaincus : cette logique est institutionnalisée dans le fonctionnement bancaire. Il y a des catégories de clients. Chez Fortis par exemple, il y a des noms pour chacune de ses catégories, selon le niveau du montant des avoirs. Ce sont des gens différents qui s’occupent de clientèles différentes. Et cela va de l’employé ordinaire d’une agence pour le client ordinaire, le « bas peuple », jusqu’à la filiale privée, le private banking, pour les super riches. À Bruxelles, il y a ce genre de salon, dans des bureaux décentralisés. C’est un peu comme le train : il y a des compartiments par classe. Sauf qu’ici, il y a jusqu’à 5 classes. Enfin même 6. Car il y a celle du démarkéting : les gens dont on veut se débarrasser, des clients qui ne rapportent rien. Ils ont des techniques spéciales pour ça : lors de séminaires, on apprend à se débarrasser de ces clients. C’est une employée qui m’a raconté ça. Elle a subi une formation, avec des jeux de rôle et échanges d’expériences sur « comment gérer un mauvais client ? ». Et comble, les banques sont payées avec de l’argent public pour assurer ces formations !


Après avoir été sauvées, les banques se font plus d’argent qu’avant la crise…

Elles ont eu et ont encore un grand rôle dans la crise. Les banques ont bénéficié, justement à cause de la crise, d’une diminution des intérêts sur leurs emprunts à la banque centrale européenne. Cela a permis de nouveaux crédits, de relancer l’économie et la consommation. Mais si les taux ont diminué de plus de moitié pour les banques, ils ont à peine diminué pour les clients. J’ai eu accès à une note interne d’un responsable de Fortis, Peter Vandekerckhove, où il met noir sur blanc que la marge bénéficiaire sur les crédits a doublé.

Autre révélation surprenante, notre banquier, celui derrière le guichet, n’a pas la vie facile…

Un syndicaliste m’a dit : « Il faut toujours se rappeler que le type que le client a en face de lui a un fusil derrière le dos, celui de sa direction. On l’oblige à faire ça. » Certains employés le vivent plutôt bien. Sans état d’âme. Mais d’autres vivent ça très mal. C’est pousser loin cette logique du profit : apprendre des techniques pour faire ça, trier les clients, essayer d’en pousser à la porte… La pression psychologique est très forte sur le personnel. Une partie des employés était dans une notion de service : maîtrise des produits bancaires, proposer des crédits, des épargnes,… Avec un profil de bon technicien mais pas de requin commercial. Ces gens là ne se sont plus retrouvés dans la nouvelle approche des banque : fini le service à la clientèle, bonjour le « refourguage » de produits à tout prix. Une logique où on a des objectifs commerciaux à atteindre, ce qui profite le plus à la banque. Je cite des témoignages de gens qui, avec la pression de la hiérarchie, se retrouvent sous antidépresseurs, des gens qu’on change d’agence, qui ont des signalements négatifs, avec conséquence sur leur rémunération (car elle est variable selon les objectifs commerciaux), des gens qui ont constamment peur d’être virés, même si ils sont là depuis longtemps.

Pourquoi revenir sur la privatisation de la CGER ?

Avec cette affaire, on est au cœur du sujet. Ici, le but est de voir comment les banques font la chasse au profit, toutes leurs techniques, et comment l’Etat intervient non pas pour contrôler les banques mais pour satisfaire leur soif de profit. Et c’est d’autant plus intéressant d’y revenir au moment où l’Etat « nationalise » Fortis pour la sauver ! Pendant 128 ans, la CGER a fonctionné sans problème. Et il suffit de 10 ans, intégrée à Fortis, pour qu’elle s’écroule. Alors quand j’entends Reynders, ministre des Finances, dire que « l’Etat n’a pas vocation à gérer une banque », je me dis qu’il doit souffrir d’amnésie pour dire des bêtises pareilles.

Tu ne l’oublies pas, ton vieil « ami » Reynders.

Non. J’ai voulu montrer l’obstination du gouvernement, et en partie de Didier Reynders, celui qui a porté toute l’affaire de banques depuis 2008. Du jour au lendemain, en septembre 2008, il a fallu sauver Fortis, prendre l’option BNP Paribas, sur les bons conseils d’Albert Frère, grand ami de Reynders, mais aussi, partenaire financier de BNP Paribas. Ils ont maintenu ce cap coûte que coûte, quitte à en faire une confrontation avec les actionnaires, quitte à tenter de manipuler la justice. C’est fou de voir, primo, comment on a donné les pleins pouvoirs à l’homme qui est le plus proche des banques, et deuxio, à quel point on peut mener cette politique, au nom de la démocratie, alors qu’on en viole les règles.

Tu n’es pas tendre avec Reynders et le MR. Mais tu égratignes aussi le CDH et Maystadt, ainsi que le PS pour son rôle dans la privatisation de la CGER.

Je me suis notamment entretenu avec Jean-Pierre Genbauffe, dirigeant de la CGSP (centrale FGTB des services publics) de l’ancienne banque publique, qui était en même temps président de la section d’entreprise du PS. Il obtient en 1993, juste avant la privatisation une entrevue secrète avec Lippens. « Quand j’ai compris que le PS ne s’opposerait plus à la privatisation, il s’agissait de chercher des garanties pour le personnel. », a-t-il dit. Lippens, lui, voulait s’assurer qu’il ne subirait pas des grèves à répétition. Avec le recul, Jean-Pierre Genbauffe dit qu’il savait que ça n’était pas une bonne idée de privatiser. Alors pourquoi ne pas avoir organiser la grève, la résistance contre la privatisation ? Il est aussi au PS. Et le PS a soutenu la privatisation. Philippe Busquin assurait que c’était nécessaire pour sauver la sécurité sociale. Alors, Genbauffe ne se bat pas contre la privatisation, mais seulement pour le personnel : transformer les statutaires en contrats de travail avec des avantages pour compenser. Du moins, pour le personnel de l’époque. Car les nouveaux engagés n’en ont pas bénéficié.

A l’époque, c’est une coalition sociale-chrétienne-socialiste qui est au gouvernement. Le ministre des Finances est un social-chrétien, Philippe Maystadt, et celui des Entreprises publiques est un socialiste, Guy Coëme – emporté par l’affaire Agusta, il est remplacé par un certain… Di Rupo. Les dernières étapes de la privatisation ont eu lieu sous Di Rupo comme vice-premier ministre. Au départ, les socialistes disent qu’ils ne s’agit pas vraiment d’une privatisation, mais de céder la moitié au privé : l’Etat garde le verrou de 50 %. Avec l’argument de Busquin que c’est nécessaire pour sauver la sécu. Peu après, Maystadt, considéré comme à gauche au sein de son parti, fonce sans état d’âme pour la privatisation : il faut sauter le verrou des 50 %, les socialistes doivent suivre. Après des exercices de contorsion où divers socialistes font des déclarations contradictoires, ils acceptent finalement, en disant « on laisse la possibilité, légalement, de donner plus de 50 % au privé, mais on ne le fera pas. On a juste besoin de le faire pour attirer les sociétés privées ». Mais quelques années plus tard, on déborde tout de même des 50 %. Bref, une célèbre technique du « saucissonnage », morceau par morceau, et en faisant pression sur les syndicats. En gros, les socialistes ont fait passer les mêmes mesures que la droite, mais juste un peu moins rapidement.


A écouter nombre de déclarations de ces dernières années, on croirait que les méchants responsables de la crise sont les banquiers, les capitalistes financiers, mais que les capitalistes industriels sont des gentils, soucieux du développement de la société ?

C’est ce que Di Rupo m’a dit lorsque je l’ai rencontré, suite à la sortie de mon livre sur la politique fiscale de Reynders. Sa thèse est que le capitalisme financier et industriel sont deux choses différentes. Mais ça ne tient pas la route. Prenons l’exemple d’Albert Frère, une des plus grosse fortune de Belgique. Est-ce un financier ou un industriel ? D’un côté, c’est un industriel. Il détient des parts dans des holdings de l’énergie (Total), du ciment, de l’alimentation (Ricard, Havana Club). Mais il reste un patron de holding. Ces domaines sont totalement imbriqués, on ne peut pas les séparer. La logique et les techniques sont les mêmes : la recherche permanente de plus gros profits, l’exploitation des travailleurs.

Votre alternative, c’est la Kiwibank, une banque publique. D’autres, comme Eric De Keulenaere, professeur d’économie à l’Institut Solvay, vont dans le même sens… Même combat ?

Non. Au lendemain du sauvetage de Fortis par l’Etat, le PTB a lancé cette proposition d’une banque publique. Depuis lors, d’autres ont soutenu cette idée que l’Etat devait en rester actionnaire, et ne pas re-privatiser comme cela a été fait. Mais cela ne suffit pas. Sinon, on pourrait dire que Dexia, avec ses capitaux publiques, est une banque publique. Mais une banque avec des actions de l’Etat peut néanmoins fonctionner comme une banque privée. C’était d’ailleurs déjà le cas avec la CGER.

L’idée de la Kiwibank, c’est d’avoir un secteur bancaire entièrement public, coupé de la chasse au profit. Une banque au service de la population, des gens, de l’économie qui accomplirait les différentes tâches d’intermédiaire financier sans profit. Puisque finalement, elle met en relation des emprunteurs et des épargnants. Elle n’a pas forcement besoin de se faire du profit là-dessus. Les banques ne sont pas créatrices de richesse, comme l’avait déjà montré Marx. Elles ne font qu’accaparer la plus-value créée par les entreprises industrielles. Mais pourtant, certaines années, elles font autant de profit que toutes les entreprises industrielles ensemble. C’est un secteur tellement important qu’il faut donner l’exemple : non, une banque ne doit pas forcément faire du profit. Et ses rôles sociaux seront d’autant mieux remplis. Dans le livre, je cite 10 avantages d’une banque publique…


Avec tout ce que tu dénonces, tu penses encore pouvoir mourir de mort naturelle ?

(confiant). Si je peux donner un conseil aux tueurs, il vaut mieux viser l’éditeur ou les libraires, car moi c’est trop tard, j’ai déjà tout écrit ! Et je m’attaque d’ailleurs au prochain sujet dès maintenant… top secret !

Marco Van Hees, Banques qui pillent, banques qui pleurent. Enquêtes sur les profits et crises des banques belges, éditions Aden, 2010, 304 pages, 20 €. En vente chez Aden, rue Antoine Bréart, 44, 1060, Bruxelles ou au PTB-shop, 171, Bd Lemonnier à Bruxelles.

Source: Solidaire


 

    Ces juteux financements hauts taux



    Les banques tirent leurs revenus de la différence entre les taux de l’épargne et les taux des crédits qu’elles octroient. Dès lors que la législation plafonne désormais les premiers, on peut se demander pourquoi les seconds ne le sont pas également. Car, pour certains crédits, nous ne dirons pas que les banques vous mènent en bas taux…

    Imaginons que vous demandiez un crédit chez Fortis. Pas un financement auto, pour lequel la concurrence est vive et, donc, les taux relativement réduits. Non, ce bon vieux prêt personnel (également nommé prêt à tempérament) que vous contractez parce que vous êtes acculé, pour lequel vous ne devez même pas préciser à quoi ira l’argent emprunté. Pour un remboursement en 36 mois, le taux affiché est de 12 ,75 %. Mais l’agence est généreuse. « Votre taux : 9,81 % », annonce-t-elle. Pratiquement trois points de moins que le taux affiché. La plupart des clients seront aux anges de pouvoir profiter d’une telle aubaine.

    Mais bon, vous n’êtes pas né de la dernière pluie : vous affirmez que vous avez vu moins cher ailleurs. Les négociations commencent. Si vous poussez votre interlocuteur dans ses derniers retranchements, il pourra descendre jusqu’à 8,31 %. Le taux minimal que puisse accorder l’agence. Là, normalement, vous sortez de la banque en faisant des bonds de joie et en scandant : « On a gagné ! On a gagné ! ».

    Seulement, vous êtes un coriace. Vous faites valoir que vous êtes un très bon client. Effectivement, vous avez tous vos comptes, toutes vos assurances et de gros placements chez Fortis. Vous menacez de délocaliser tout ça chez le concurrent du trottoir d’en face. Branle-bas de combat dans l’agence : le gérant contacte le chef de district, le seul à pouvoir descendre encore plus bas. Et victoire, vous obtenez le nectar suprême : le taux minimal du district : 7,06 %. Cette fois, vous vous dites avec un brin de fierté honteuse que si Fortis fait faillite, ce sera à cause des subprimes et du rachat d’ABN-Amro, mais aussi, pour une petite part, suite à la façon magistrale dont vous les avez roulés dans la farine.

    Sauf que, dès le départ, le commercial qui vous a reçu pouvait lire sur son écran d’ordinateur le transfer price (ou coût de cession) de votre crédit. C’est-à-dire ce que ce crédit coûte à la banque, frais généraux compris. Il s’agit donc du taux auquel le bénéfice de la banque est nul. Ce taux, pour un prêt personnel consenti en 36 mois, est de… 2,56 %. Comme quoi, même vendu au taux minimal de 7,06 %, le profit n’est pas mince.

    À la KBC, le taux d’intérêt pour financer un véhicule d’occasion est de 8,49 %, voire de 7,99 % pour un bon client, mais le taux interne, le transfer price, n’est lui que de 1,99 %.

    Les prêts à tempérament sont également octroyés dans le cadre d’un regroupement de dettes. Le principe est simple. Monsieur Pigeon est engagé dans une multitude de crédits, de différents montants et différentes durées. Sa banque va rembourser elle-même tous ces emprunts et octroyer à Monsieur Pigeon un prêt unique qui reprend le total des dettes. Il n’aura donc plus qu’un prêt à rembourser. Quelle simplification !

    Sauf que « ces regroupements de dettes sont criminels », nous confie un employé de banque. En effet, ils sont généralement octroyés sur une durée plus longue que le terme moyen des crédits qu’ils reprennent. Cela a deux conséquences. Pour la banque, cela augmente la masse d’intérêts qu’elle touchera au final. D’autant que c’est elle qui profite de l’ensemble de ces intérêts et non plus les ex-créanciers. Pour Monsieur Pigeon, cela réduit la charge mensuelle de son remboursement (même si cela lui coûte plus cher en fin de parcours). Avec le risque que, du coup, il soit tenté de contracter de nouveaux crédits et soit pris (encore plus) à la gorge. Car, souvent, les personnes qui recourent à ces regroupements sont justement des victimes potentielles du surendettement.

    Bien sûr, l’employé de banque doit respecter certaines règles avant d’octroyer un crédit. Il doit remplir une grille de credit scoring, c’est-à-dire attribuer une note chiffrée à la capacité de remboursement du client sur base de diverses informations (revenus mensuels, autres dettes existantes). De plus, la banque peut consulter les fichiers de la Centrale des crédits aux particuliers, que gère la Banque nationale. On y trouve tous les crédits contractés par chaque habitant du royaume (afin de pouvoir évaluer leur niveau d’endettement), ainsi que les éventuels défauts de paiement.

    Mais si les banques respectent plus ou moins bien ces règles, les commerces qui vendent à crédit sont beaucoup moins regardants. Si Monsieur Pigeon est fortement endetté et que son agence Fortis lui refuse le crédit qu’il demandait pour acheter le magnifique home cinema dont il rêve, il lui suffira de faire chauffer sa carte Cora. Or, les ventes à crédit conclues via la carte Cora sont financées par Alpha Credit, une filiale de… Fortis.

    Un employé d’une autre grande banque nous explique que lorsqu’un client contracte un prêt hypothécaire, il est obligé de prendre également les assurances qui y sont liées. Sinon il est soumis à un taux d’intérêt plus élevé. Mais à la première occasion, on lui refuse l’assurance – problèmes de santé pour l’assurance vie, trop de bois dans la maison pour l’assurance incendie – si bien que client paye tout de même le taux majoré.

    Avec la crise financière, les banques sont toutefois devenues très frileuses en matière de crédit. Paradoxe : tant que la bulle spéculative gonfle, les banques fourguent des prêts à la pelle, ce qui alimente d’autant plus ladite bulle. Par contre, lorsque celle-ci éclate, que l’on se trouve englué dans une profonde crise et qu’il s’agirait d’accorder des crédits pour favoriser la relance, les banques sont gagnées tout à coup par un excès de prudence.

    « Avant, raconte l’employée d’une grande banque, lorsqu’on accordait un crédit à une entreprise, il y avait une part de confiance. Aujourd’hui, c’est le risque zéro. Nous devons exiger une garantie aussi importante que le montant du prêt. » Certaines professions ne doivent même pas se présenter à l’agence. « Nous ne pouvons pas accorder le moindre prêt dans l’horeca, par exemple. » Et pour les particuliers, la tendance est la même. « Plus question d’accorder un prêt hypothécaire pour un montant comprenant les frais de notaire en plus du prix de la maison. Avant, cela faisait. C’est terminé. »

    Pour favoriser cette relance par le crédit, la Banque centrale européenne (BCE) a fortement réduit son principal taux directeur. Fin septembre 2008, ce taux était fixé à 4,25 %. Il est passé à 3,75 % en octobre, 3,25 % en novembre et 2,50 % en décembre. En 2009, cette politique de baisse s’est poursuivie : 2 % en janvier, 1,50 % en mars, 1,25 % en avril pour atteindre le minimum historique de 1 % en mai.

    En appliquant ces impressionnantes réductions, la BCE rend l’argent moins cher pour les banques. Elle attend donc que celles-ci réduisent elles-mêmes les taux des crédits qu’elles accordent. Mais les banques se font tirer l’oreille.

    Ainsi, pour la Belgique, le rapport 2008 de la Banque nationale indique : « Il importe que cet assouplissement [européen des taux] se traduise par une diminution des taux débiteurs et le maintien d’une offre satisfaisante de crédits bancaires. » Un communiqué du syndicat FGTB va traduire cette prière dans un langage un peu moins diplomatique : « Le rapport [de la Banque nationale] mentionne également que les banques sont, à juste titre, appelées à répercuter effectivement la diminution du taux d’intérêt par la BCE dans les taux réclamés à leurs clients. Il ne doit en effet pas s’agir pour elles de les utiliser en vue du rétablissement de leurs marges bénéficiaires. »

    Pourtant, c’est bien ce qu’elles vont s’obstiner à faire. D’une part, elles continuent à restreindre l’octroi de crédits : par exemple, il est désormais impossible d’obtenir un prêt hypothécaire pour plus de 80 % de la valeur d’achat, alors qu’auparavant, le client pouvait facilement obtenir 100 %, voire 120 % (pour pouvoir payer les frais d’enregistrement et de notaire). D’autre part, la baisse des taux est des plus timides pour les crédits, alors qu’elle est nette quand il s’agit de rémunérer l’épargne de la clientèle.

    Ainsi, côté épargne, le taux des bons de caisse Fortis à un an est passé de 5,10 % en octobre 2008 à 2 % en février 2009. Par contre, côté crédit, Fortis a, sur la même période, réduit le taux de ses crédits de caisse de 9,75 % à… 9,65 %.

    Dans une note interne de mars 2009, le CEO Retail Bank Belgique de Fortis, Peter Vandekerckhove, se réjouit de cette évolution : « La production en crédits habitation est légèrement meilleure que celle de la même période de l’année passée, avec, en outre une marge qui est le double de celle de l’année passée. En PAT [prêts à tempérament], le nombre et les volumes ont augmenté, avec une marge qui a quasiment doublé. » Il poursuit en soulignant que cette marge a également augmenté significativement pour les crédits professionnels et crédits d’investissement (malgré une stagnation ou un recul du volume).

    Bref, alors que la Banque centrale européenne réduit ses taux pour combattre une crise financière dans laquelle les banques portent une responsabilité flagrante, celles-ci détournent la mesure pour augmenter fortement leur marge bénéficiaire, jusqu’à la doubler pour certains crédits. C’est tellement flagrant que l’on se demande si l’humour dont ce cadre de Fortis teinte la conclusion de sa note peut réellement être involontaire : « Nous mettons tous nos moyens en œuvre pour renforcer la confiance de nos clients. »

michelcollon.info 

 
 

17:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : banques, ultra-riches, exploitation, capitalisme, livre |  Facebook |

19/02/2010

Pour la Vème Internationale

Extrait de: "Legrandsoir.info"

arton9936-2dba0Le 20 novembre dernier (2009), lors d’une rencontre internationale des partis de gauche à Caracas, Hugo Chavez a appelé à la constitution d’une Vème Internationale qu’il a définie comme un « espace où les partis, les mouvements et courants à orientation socialiste pourront coordonner une stratégie commune contre l’impérialisme et pour le renversement du capitalisme par le socialisme. »

Selon lui, face aux menaces de guerre et de destruction qu’entraîne la crise du capitalisme, la création de cette Internationale nouvelle est un besoin pour répondre aux attentes des peuples et sauver la « Terre-mère ».

Tirant les leçons de l’histoire des premières Internationales (qui ont joué un rôle si important pour le développement du mouvement ouvrier et révolutionnaire des XIXème et XXème siècles mais n’ont pas accompli le programme initial résumé dans la formule célèbre « prolétaires de tous les pays, unissez-vous »), il préconise une forme d’organisation « sans manuel et sans obligation où les différences seront les bienvenues », une Internationale qui permette l’échange d’informations, la coordination des luttes et des solidarités, et l’élaboration d’un « socialisme du XXIème siècle ».

L’idée d’une Vème Internationale vient de loin… Maïakovski en avait déjà fait le titre, en 1922, d’un de ses poèmes les plus visionnaires... Plus près de nous, ces dernières années, cette idée avait été formulée en divers lieux, et en France même par des militants et des intellectuels, tels l’économiste Samir Amin… L’initiative d’Hugo Chavez qui propose une rencontre internationale pour la constituer, dès avril prochain, lui donne une impulsion décisive.

Les quatre premières Internationales ont vu le jour en Europe. Que la Cinquième soit lancée d’Amérique latine exprime les changements en cours dans le monde et le mouvement réel des peuples.

Nous appelons les organisations du mouvement ouvrier français et européen, les formations politiques qui se réfèrent au marxisme, au socialisme, au combat anticapitaliste, les militants et les intellectuels critiques, progressistes et révolutionnaires à ne pas rester sur le bord du chemin. La pensée politique ne peut pas s’enfermer dans l’eurocentrisme ni l’action dans le jeu électoral et institutionnel. Pour sauver l’avenir démocratique de l’humanité et la planète, il faut construire un autre monde et renouer avec l’internationalisme. Il n’y a d’issue possible que dans la convergence des luttes du Nord et du Sud.

Ce qui nous anime n’est pas la simple nostalgie (même si nous savons que l’imagination du futur ne peut se passer des images et des rêves du passé)… Il s’agit non seulement d’être fidèles à l’Histoire qui est la nôtre, mais aussi et surtout qu’une gauche véritable renaisse de ses cendres, en se montrant enfin à la hauteur des problèmes et des espérances d’aujourd’hui.

premiers signataires :

Francis Combes (poète et éditeur) ; Patricia Latour (journaliste, membre du conseil national du PCF) ; Pascal Acot (Historien de l’écologie scientifique) ; Jean-Louis Lippert (écrivain) ; Yvon Quiniou (philosophe) ; Yves Vargas (philosophe, communiste) ; Jean-Pierre Bastid (écrivain, cinéaste) ; Bertrand Duffort

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18/02/2010

Il n’y a pas de délits mineurs


Article paru dans POLITIQUE Février 2010 (n°63) : Féminisme et multiculturalité - entre malaise et défis, par Mateo Alaluf

Mateoalaluff7f1fIl n’y a pas de délits mineurs : C’est par ces mots que la présidente de la Cour fédérale du travail allemande a justifié ses jugements. De quels jugements s’agit-il ? En février 2009, un tribunal avait confirmé le licenciement d’une caissière de supermarché berlinoise, après 31 années de service, pour avoir encaissé à son profit deux bons de consigne de bouteille pour une valeur de 1,30 euro. En juillet, une secrétaire avait subi le même sort après avoir mangé une boulette de viande lors d’une réception avec des clients. Enfin, au mois d’octobre, c’était le tour d’une aide-soignante de voir son licenciement d’une maison de retraite confirmé par un tribunal pour avoir voulu emporter les restes du repas d’un patient. Ce sont ces jugements que la Cour fédérale présidée par Mme Ingrid Schmidt confirmait en appel le 29 décembre 2009, couronnant ainsi toute une année judiciaire |1|.

Aux protestations de la gauche « de ne pas être dans la réalité » (Gesine Lötzsch, députée de Die Linke) et aux syndicats qui accusent les entreprises « d’utiliser le moindre prétexte en période de crise pour se séparer de leurs salariés », d’autres pouvaient rétorquer qu’aucune indulgence n’était possible « pour les salariés voleurs ». Chacun sait d’ailleurs qu’il n’y a pas de société possible sans le respect des règles. La juge pouvait donc, en toute bonne conscience, répondre à ses détracteurs : « Il n’y a pas de délits mineurs ».

Toujours dans cette fin d’année 2009, nous avons assisté au non-lieu prononcé, à Bruxelles cette fois, en raison d’une irrégularité de procédure à l’égard des dirigeants de la banque KBLux, pour avoir mis en place un système frauduleux ayant permis une vaste entreprise d’évasion et de fraude fiscale. Les déclarations publiques de satisfaction des inculpés désormais blanchis sont particulièrement éclairantes. Justice leur a été rendue puisqu’ils n’avaient rien fait d’autre que ce que font les autres banquiers. L’ingénierie fiscale ne consiste-t-elle pas à s’accommoder des règles tout en les contournant ? Leur pratique ne se distinguant en rien de celle de leurs confrères, le procès instruit à leur encontre ne pouvait résulter que de manipulations. Le monde de l’industrie et de la finance est souvent amené à accommoder les règles. Chacun sait bien en effet qu’en suivant méticuleusement les règles, on est condamné à demeurer boutiquier et non financier. Les vrais entrepreneurs sont précisément ceux qui prennent leurs responsabilités en se libérant des règles pour conduire leurs affaires avec profit.

La chronique judiciaire rend ainsi visible un principe qui régit le fonctionnement de notre société. Les règles sont faites pour être respectées par ceux qui les subissent. C’est pourquoi ils payent toute transgression, si minime soit-elle, d’un prix très élevé. Par contre ceux qui les ont conçues et en tirent le bénéfice ne peuvent se laisser enfermer dans un « carcan de règles ».

Les dominants savent, dit Luc Boltanski |2|, qu’on ne peut rien faire avec les règles qui sont autant d’entraves à leur liberté d’entreprendre. C’est pourquoi ils les contournent, les oublient, ou au besoin en inventent de toutes pièces des nouvelles pour justifier leurs pratiques. Les dominés par contre savent qu’ils ne peuvent jamais transgresser les règles. L’émancipation réside donc bien en conséquence dans l’affranchissement des dominés des règles qui les enserrent.

|1| Le Monde, 1er janvier 2010.

|2| L. Boltanski, De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation, Paris, Gallimard, 2009.

17:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fisc, travail, exploitation, judiciaire |  Facebook |

16/02/2010

Le stress au travail : "une maladie professionnelle" ?


Par Nadia Agsous (article original sur le site "oulala.net")

Qu’est ce que le stress ? (1)

Une transaction particulière entre la personne et l’environnement dans laquelle la situation a été évaluée par l’individu comme excédant ses ressources et pouvant menacer son bien-être (Lazarus et Folkman).

L220xH220_gif_stress-positif1-6-913f9Il intervient lorsque se manifeste un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face, écrit Elisabeth Grebot, psychologue clinicienne et chercheure en psychologie clinique à l’université Paris-Descartes, dans son dernier ouvrage qui traite du stress professionnel, de ses conséquences sur la santé physique et psychologique des salarié(e)s et des traitements adéquats pour gérer voire traiter ce phénomène considéré comme le troisième enjeu de santé au travail.

Dans cette étude documentée et détaillée de 127 pages illustrée par des études de cas, des enquêtes nationales, européennes et mondiales, l’auteure distingue trois notions définies par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (O.S.H.A) : les facteurs stressants, c’est-à-dire les situations contraignantes qui favorisent l’apparition du stress. Les réactions physiques et psychiques aux facteurs de stress. Et les effets « observables » sur les comportements et/ou sur la santé.

Le stress, une « maladie des temps modernes ? »


Selon E. Grebot, le stress n’est pas un phénomène nouveau. En 1823, le britannique Swan a parlé « d’ulcères de stress ». En 1946. le « père du stress », Hans Selve (1907-1982) a utilisé ce terme lors d’une conférence au Collège de France (Paris). En 1950, il établit une distinction entre « l’agent stressant » (« stressor ») et « la réaction d’adaptation » (stress), d’une part. Et d’autre part, entre « l’eustress » (le bon stress) et le distress » ( mauvais stress).

L’idée de bon et de mauvais stress prônée par Hans Steve qui propose une approche biologique du stress a fait l’objet d’une remise en question. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité, ((l’I.N.R.S.), scientifiquement, « il n’y a ni « bon » ni « mauvais » stress mais un phénomène d’adaptation du corps rendu nécessaire par l’environnement ». Et à l’auteure de distinguer deux états de stress : « l’état de stress aigu qui renvoie aux réponses du corps humain à des situations ponctuelles et « l’état de stress chronique » qui correspond aux réactions de l’organisme face à des situations qui s’inscrivent dans la durée.

Le stress, « une nouvelle maladie professionnelle ? »


De nos jours, il semble y avoir une confusion entre maladie et stress, phénomène qui touche de plus en plus de personnes notamment dans les sociétés industrielles. D’une manière générale, le travail est considéré comme un facteur générateur de stress. Le nombre des « fracassés du travail » (Marie Pézé, psychologue) a augmenté et les « patho-logies aiguës, psychiques et somatiques » ont multiplié. Ainsi, pour beaucoup de salarié(e)s, cadres et non cadres, le travail est synonyme de pénibilité devenant ainsi un « instrument de torture », définition qui fait référence à l’étymologie latine du mot travail (« trepalium »).

La pénibilité au travail n’est pas que d’ordre physique. Elle est également mentale, psychologique et émotionnelle. Cette nouvelle donne est la conséquence de la modification de la nature des facteurs de stress. En effet, la surcharge et l’accélération du rythme du travail, la suppression d’emplois avec les nouvelles technologies de l’information, la pression du temps et les nouvelles formes d’organisation du travail impliquent une « responsabilisation » plus importante des salarié(e)s et intensifient la charge mentale du travail engendrant ainsi une « idéologie plus individualiste, une désolidarisation des liens sociaux -et- une solitude accrue » au sein de l’entreprise (pathologie de la solitude). Cependant, il semble important de noter que le travail ne revêt pas systématiquement une connotation négative. Pour certain(e)s, l’entreprise n’est pas synonyme de stress, de souffrance et d’insatisfaction.

« Les raisons de stresser... »

Le management par le stress et la peur : une méthode stimulante ?


Dans beaucoup d’entreprises, pour des raisons d’augmentation de la productivité, les salarié(e)s se retrouvent soumis à des sollicitations de plus en plus croissantes au delà de leurs limites. Le management par le stress et la peur a des effets négatifs sur le bien-être des salarié(e)s et l’ambiance au travail et sur la productivité. Cette méthode managériale engendre une dégradation des conditions de travail, crée de la violence sur le lieu de travail, détériore les relations entre les salariés conduisant peu à peu à un épuisement notamment psychologique.

Certain(e)s sont plus sensibles au stress que d’autres ?

Certains traits de personnalité comme le pessimisme, l’anxiété et l’affectivité négative, c’est-à-dire la prédisposition à être sujet aux émotions négatives telles que la honte, la colère, l’agressivité ont tendance à accentuer la fragilité émotionnelle et le désarroi psychologique. D’autre part, l’optimisme et l’affectivité positive, c’est-à-dire l’aptitude à faire face aux situations difficiles avec vitalité en ayant recours à des stratégies qui s’appuient sur des ressources internes jouent un rôle important dans la prévention et la gestion du stress professionnel.

Selon E. Grebot, le stress, c’est dans la tête. Dit autrement, c’est l’idée que chaque individu se fait d’une situation qui crée le stress ou pas. A la lumière de cette définition, elle distingue, d’une part, « le stress perçu » qui renvoie à l’évaluation subjective d’une situation et ainsi la signification que chaque individu se fait d’un événement donné. Et d’autre part, « le contrôle perçu », c’est-à-dire la certitude qu’un individu contrôle le cours de l’événement qui se présente à lui.

Un sentiment de contrôle élevé est un facteur aidant dans la perception positive d’une situation et la consolidation du sentiment de compétence. Lorsque le sentiment de « soutien perçu » est élevé, il contribue à la diminution du sentiment de stress et de fatigue professionnelle et consolide le sentiment d’appartenance à un groupe solidaire.

Les effets du stress sur la santé physique et psychologique...

Dans cette partie de l’ouvrage, l’auteure souligne l’existence d’un lien entre le stress professionnel et les risques d’accidents cardio-vasculaires. En effet, l’état de stress permanent est susceptible de générer des déréglements métaboliques qui sont autant de risques pour le système cardio-vasculaire.

Les symptômes somatiques et psychologiques liés au travail se manifestent sous diverses formes : maux de tête, migraines, crispations, découragement, douleurs de dos et des membres … Et selon le Ministère du travail, les maladies diffèrent selon l’activité professionnelle. Les agriculteurs, les ouvriers et les artisans ont plus souvent des problèmes musculo-squelletiques. Pour les cadres, le stress professionnel engendre des troubles psychologiques comme la dépression.. Selon l’Organisation de la Santé, la France occupe la troisième place mondiale pour les dépressions liées au travail.

Le « burnout » ou l’épuisement professionnel est définie comme une « pathologie d’allure dépressive qui se manifeste sous forme de lassitude émotionnelle » qui se caractérise par un désinvestissement dans le travail, une perte d’enthousiasme, une fatigue au travail, une perte de confiance en soi, une diminution de l’estime de soi et une hantise du sentiment d’échec. Le lien entre le burnout et le suicide est très étroit. Selon E. Grebot, « c’est le stade final d’une rupture d’adaptation qui résulte d’un déséquilibre à long terme entre les exigences professionnelles et les ressources de l’individu ».

Comment prévenir et traiter le stress professionnel...


Selon le Code du travail (art. L. 230-2), les employeurs ont obligation d’assurer la sécurité physique et mentale des travailleurs de l’établissement. Par ailleurs, les Accords européens sur le stress, le harcèlement et la violence au travail mettent l’accent sur l’obligation de l’employeur de prévoir des mesures préventives sur le lieu de travail. Cependant, ces dispositions réglementaires ne sont pas toujours suivies d’effet. L’auteure note l’existence d’un écart entre l’« intention » et l’« application ».

Afin d’agir efficacement au sein d’une entreprise, E. Grebot préconise l’intervention des professionnels en gestion du stress ayant des compétences en psychologie et en psychologie des organisations. Cette action comprend des mesures préventives qui consistent à faire un diagnostic du stress en procédant à une identification, évaluation et analyse des facteurs stressants. Cette phase de l’intervention organisationnelle doit aboutir à l’élaboration d’un plan d’action. Cette action doit favoriser la participation des salariés. La présence d’un intervenant extérieur est vivement recommandée.

Le second type de mesures d’ordre essentiellement individuel consistent à faire intervenir des psychologues sur le lieu de travail notamment en cas de passages à l’acte suicidaire. Elles visent à prévenir l’apparition des symptômes post traumatiques par des soins « immédiats » « defusing » ou « décrochage » prenant la forme de rencontres proposée aux salariés soit en groupe soit en individuel. Par ailleurs, des actions de prévention primaires « simples » peuvent être organisées. L’objectif étant d’informer sur les signes précurseurs du suicide, privilégier la parole, renforcer le système de solidarité entre collègues et les liens sociaux dans l’entreprise.

Le recours à des techniques de restructuration cognitive permet d’apprendre à s’affirmer, à s’opposer et d’avoir cette « capacité d’exister, de défendre son point de vue sans l’imposer de manière autoritaire… ».

Pour conclure, il semble important de souligner que le travail a tendance a devenir un lieu de souffrance physique et psychologique pour beaucoup. Nous assistons à une multiplication et une diversification des facteurs de stress professionnel : hausse de la pression, augmentation du rythme de travail, diminution des délais, de l’autonomie, gestion par la peur, La somme de ces facteurs ont des répercussions négatives sur la santé physique et mentale des salarié(e)s, sur la productivité, la qualité du travail…

Le stress professionnel touche le secteur privé et le secteur public, les salarié(e)s, les étudian(e), les jeunes, les adultes. Il est cependant plus élevé pour les femmes, les ouvriers et les employés. Pour prévenir le stress, il est important d’ améliorer les conditions de travail, de la communication et de favoriser l’accompagnement individuel par des psychologues. Cette tâche incombe aux employeurs et aux partenaires qui ont la responsabilité d’assurer le bien-être sur le lieu professionnel.

Et si le travail a tendance à être la source majeure du stress dans les sociétés contemporaines, il n’en demeure pas moins que la perte d’emploi, un licenciement et la recherche d’un empoi constituent autant de facteurs générateurs de stress.

A lire cet ouvrage qui intéressera les salarié(e)s, les employeurs et toute personne intéressée par la question du stress professionnel, et d’une manière plus large, par la psychologie sociale et la psychologie de la santé.

Notes

1) Le terme stress est le diminutif du mot « distress » (détresse). En langue latine, le mot « stringere » signifie « mettre en tension », « serrer », « étreindre ».

16:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, maladie_professionnelle, exploitation, corveabilite, stress |  Facebook |

13/02/2010

« Faire travailler les gens 3 années plus longtemps, alors qu’il y a 800.000 chômeurs : où est la logique ? »

Le PTB tient à exprimer son indignation devant la proposition du ministre Daerden de prolonger les carrières des travailleurs de 3 ans. Ce 2ème pacte des générations ne tient pas la route.

Service de presse PTB

Raoul Hedebouw, porte-parole du parti de gauche : «  Alors que la crise bat son plein et que le nombre de sans-emploi explose en Belgique, le gouvernement vient avec une proposition sur la table pour maintenir les gens plus longtemps au travail… c’est vraiment incompréhensible. Il faudrait plutôt inverser la logique et permettre aux personnes qui le désirent de partir en prépension afin de laisser place aux jeunes ».

Le PTB soutient bien entendu les propositions tendant à augmenter le taux d’emploi mais ne comprend pas la logique des partis de la majorité. «  La meilleure manière d’augmenter le taux d’emploi en Belgique … c’est de créer de l’emploi ! Tout comme ce n’est pas en chassant les chômeurs qu’on chassera le chômage, ce n’est pas en gardant les travailleurs les plus âgés au travail, qu’on créera de l’emploi non plus. Si le gouvernement veut assurer une carrière complète aux travailleurs, qu’il empêche d’abord les entreprises en restructuration qui font des bénéfices de casser des milliers de carrières !  » dénonce Raoul Hedebouw.

...Cliquez ici pour lire la suite.

13:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pensions, chomage, social, pacte_des_generations_bis |  Facebook |

12/02/2010

La répression de Haïti par les États-Unis se poursuit

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Project Censored   

(Article original sur le site INVESTIG'ACTION de Michel Collon)

Le gouvernement américain prévoit d’exproprier et de démolir les logements de centaines de Haïtiens dans le bidonville de Cité Soleil afin d’agrandir la base militaire des forces occupantes de l’ONU.


NB: Le Project Censored est un livre reprenant certains articles censurés. "La répression de Haïti par les Etats-Unis se poursuit" fait partie de ce projet. Datant de 2008, l'article qui suit se présente dans son intégralité puis est accompagné de mises à jour.



L’entreprise du gouvernement américain, DynCorp International (DCI), un bras quasi officiel du Pentagone et de la CIA, est responsable de l’expansion de la base. La base hébergera les soldats de la mission de stabilisation de Haïti de l’ONU (MINUSTAH).

Cité Soleil est le champ de bataille le plus truffé de balles de l’occupation militaire étrangère, qui a débuté après que les Forces spéciales américaines ont kidnappé et exilé le président Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004. Depuis lors, des citoyens ont été victimes de massacres réitérés des œuvres de la MINUSTAH.

Les contrats de DCI, portant sur 5 millions de dollars, comprennent l’expansion de la base principale, la reconstruction du poste de police de Cité Soleil et de deux autres postes militaires avancés, de même que l’aide à la formation et la livraison d’équipements.
 Selon le maire de Cité Soleil, Charles Joseph, et un responsable de DCI sur le site, c’est l’US Agency for International Development (USAID) du département d’État se charge du financement de l’expansion de la base – une façon guère orthodoxe de se servir de l’aide au développement.

L’avocat Evel Fanfan, président de l’Action des unités motivées pour une Haïti de droit (AUMOHD) déclare qu’environ 155 constructions seront rasées au moment où l’expansion de la base devra aller de l’avant. En mars 2009, quatre-vingts habitations avaient déjà été démolies. La plupart des bâtiments visés sont des habitations, mais il y a également une église.
 « Ils ont commencé les travaux sans dire quoi que ce soit aux personnes qui vivaient là », a déclaré Fanfan. « Les autorités ne leur ont pas dit ce qu’on allait faire, ni si elles allaient être relogées, ni comment elles allaient être dédommagées ni même si elles allaient être dédommagées du tout. »

Inquiets, des résidents de la zone ont constitué le Comité pour les maisons devant être démolies (KODEL), qui a contacté l’AUMOHD. Fanfan a rédigé un communiqué de presse et le KODEL a tenu une conférence de presse.
 « Les soldats de la MINUSTAH sont venus à notre conférence de presse et nous ont dit d’envoyer un avocat discuter avec l’ambassade des États-Unis, parce que c’est celle-ci qui est responsable des travaux », a déclaré la pasteur auxiliaire Eddy Michel.
 « Légalement, le gouvernement haïtien n’a autorisé personne à faire quoi que ce soit », a expliqué Fanfan. « Le maire de Cité Soleil, est supposé avoir autorisé la construction, mais il n’y a ni papier, ni décret, ni ordre qui l’autorise. »

Le 25 mars 2009, l’ambassadrice des États-Unis à Haïti, Janet Sanderson, a été rejointe par le chef de la MINUSTAH, Hedi Annabi, au cours de la cérémonie d’inauguration de la remise en état de la base, qui hébergera trente-deux policiers haïtiens, y compris une unité de contre-insurrection spécialisée dans la lutte contre les émeutes, de même qu’un contingent plus important de troupes des Nations unies.

Un communiqué de presse de DCI, daté du 31 mars 2008, expliquait : « Conformément au devis  des tâches de l’Initiative de stabilisation de Haïti, DCI fournit une aide à la formation de 444 membres de la Police nationale de Haïti. Le devis comprend la livraison par DCI aux forces de police haïtiennes d’équipements de base et d’équipements spécialisés non mortels, de véhicules et d’appareils de communication. La valeur de ce travail est de 3 millions de dollars. DCI a également été chargé de remettre à neuf le poste de police principal de Cité Soleil. Ce poste fonctionnera en tant que base principale de cette nouvelle unité spécialisée. Les travaux de remise à neuf s’élèveront à plus de 600.000 dollars. »

Des preuves similaires de graves ingérences américaines dans la souveraineté et les processus démocratiques de Haïti ont fait surface le 23 juin 2008 quand les groupes pour les droits de l’homme Zamni Lasante (partenaires du plus important programme de santé à Haïti), le Centre des droits et l’homme et la justice dans le monde et le Centre du Mémorial Robert F. Kennedy pour les droits de l’homme (Centre RFK) ont publié un rapport révélant que l’administration Bush bloquait une aide « potentiellement vitale » à Haïti afin de s’ingérer dans les affaires politiques de cette nation appauvrie.

En plus d’être la nation la plus pauvre de l’hémisphère occidental, Haïti est également l’un des pays les plus pauvres en eau potable dans le monde, et figure même en dernière place de l’Indice de pauvreté en eau.
Le 4 août 2008, le Centre RFK a rendu publics des documents internes du département américain du Trésor, dénonçant ainsi des actions du gouvernement américain, motivées politiquement et visant à bloquer la ventilation de 146 millions de dollars en prêts que la Banque interaméricaine de développement (IDB) avait approuvés pour Haïti. L’IDB avait d’abord approuvé ces prêts en juillet 1998, y compris 54 millions de dollars pour des projets de nécessité urgente tournant autour de l’eau et des conditions sanitaires.

Toutefois, les documents montrent que les responsables de l’IDB et du département américain du Trésor ont cherché des moyens de lier la livraison des prêts à des conditions politiques sans rapport auxquelles le gouvernement américain voulait soumettre le gouvernement haïtien. Cette intervention constituait une violation directe de la charte de l’IDB qui interdit à la banque de faire dépendre ses décisions des affaires politiques de ses États membres.
 « Après plusieurs années d’enquête sur la rétention de ces prêts, nous disposons aujourd’hui de preuves claires et détaillées des interventions remarquables du gouvernement américain et de l’IDB pour bloquer les fonds ‘vitaux’ destinés à Haïti », a déclaré Monika Kalra Varma, directrice du Centre RFK. « Du fait que leurs transgressions ont été rendues publiques, ils doivent tenir compte de l’appel au contrôle et à la transparence.

Nous les pressons de faire appliquer les mécanismes de contrôle nécessaires afin d’empêcher que se reproduisent ces actes malveillants en coulisse et, par-dessous tout, nous les invitons instamment à remplir leurs obligations vis-à-vis du peuple haïtien, »

Mise à jour de Cyril Mychalejkou

Quand l’administration Bush a retenu l’aide à Haïti destinée à financer des projets concernant l’eau potable et les conditions sanitaires et destinés à améliorer « la qualité de la vie – particulièrement pour les femmes et les enfants – et à réduire l’incidence de la maladie et de la mortalité infantile », elle l’a fait dans un pays où, selon International Action, dont le siège est à Washington, DC, « l’eau est la principale cause de la mortalité infantile et des maladies des enfants (…) Haïti a actuellement le taux de mortalité infantile le plus élevé de l’hémisphère occidental (…) et plus de la moitié des décès à Haïti étaient dus à des maladies gastro-intestinales apportées par l’eau. »

En dépit du rapport publié en juin par le Centre RFK et qualifiant l’action comme « l’un des exemples les plus remarquables de malfaisance de la part des États-Unis ces dernières années » et en dépit également des documents du département américain du Trésor rendus publics en août qui prouvent que le blocage du prêt obéissait à une motivation politique, il y a eu un black-out médiatique virtuel sur ces découvertes.

Le New York Times a publié un article de 487 mots (« Des groupes des droits de l’homme attaquent les États-Unis pour avoir retenu l’aide à Haïti pour des motivations politiques », 24 juin 2008) qui couvrait la publication du rapport, mais n’a jamais donné de suivi à la chose. Et en dépit d’avoir reconnu que l’administration Bush n’était pas du tout satisfaite de l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide et que le président Bush avait encouragé le coup d’État qui devait éloigner Aristide du pouvoir en 2004, le NYT a, soit été incapable, soit refusé de reconnaître que le blocage de l’aide aurait pu avoir été une action délibérée en vue de créer un climat susceptible de provoquer des troubles politiques et sociaux – des conditions qui pouvaient encourager certaines parties de la population haïtienne à accepter un renversement de leur gouvernement démocratiquement élu.

Mais ce fut quelque chose que Jeffrey Sachs, ancien conseiller au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale, reconnut bel et bien. Dans un article du Los Angeles Times (« Dès son premier jour au pouvoir, Bush était prêt à déloger Aristide », 4 mars 2004, Sachs écrivait : « Les responsables américains savaient certainement que l’embargo sur l’aide allait se traduire par une crise dans la balances des paiements, une hausse de l’inflation et un effondrement du niveau de vie, et tous ces éléments alimentèrent la rébellion. » (1)


Le fait que l’administration Bush peut avoir causé la mort de milliers de Haïtiens en bloquant l’aide dans des buts politiques cyniques et auto-intéressés n’était pas une histoire digne d’être couverte par les médias traditionnels américains. Pas plus que le rôle de l’administration Bush dans le violent coup d’État qui éloigna la président Aristide ou que le fait qu’octroyer sélectivement ou retenir l’aide est utilisé comme outil en politique étrangère afin d’influencer, de déstabiliser et de renverser des gouvernements.  Mais il y a des organes médiatiques et des organisations auxquels les lecteurs peuvent s’adresser s’ils veulent suivre les développements de ce genre d’affaires.

(Pour lire la suite, cliquez ici)

12:51 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : expropriation, haiti, usa, invasion |  Facebook |

11/02/2010

Immensément riche, il décide de se séparer de sa fortune... pour le bonheur !

Mr Rabeder, 47 ans, un businessman Anglais, a pris une grande décision.

(Origine de l'article: "Yahoo.news")

Il a en effet décidé de se séparer du fruit de ses dures années de labeur, à savoir... sa fortune !

Ainsi, il a mis en vente sa luxueuse villa (avec lac et vue imprenable sur les Alpes) pour 1,6 millions d'euros, ainsi que : sa résidence de 17 hectares en Provence, estimée à 700 000 euros, ses 6 avions planeurs à 400 000 euros et son Audi A8, cotée à l'argus 50 000 euros.

Ces signes extérieurs de richesse, Mr Rabeder n'en veut plus. "Mon idée principale est de ne plus rien laisser derrière moi. Je me suis rendu compte qu'au final l'argent était contre-productif. Et que pire que tout, il ne m'apportait pas du tout le bonheur... au contraire même" a-t-il déclaré au Daily Telegraph.

Il prévoit même de retourner vivre très modestement, dans un petit studio. L'intégralité de l'argent récolté sera reversée à des associations caritatives, en Amérique Latine.

"Pendant très longtemps, j'ai cru que l'argent ne pouvait apporter que du bonheur. Je viens d'une famille très très pauvre où la valeur 'travail' était très importante (...) Mais récemment, j'ai testé un truc fou : dépenser tout ce que je pouvais dépenser pendant trois semaines, dans des voyages à travers le monde. C'est horrible ! Toutes les personnes que j'ai fréquentées n'ont jamais été 'vraies' avec moi. J'avais l'impression que nous étions tous, entre privilégiés, des 'acteurs'. Que rien n'était vrai. Il n'y avait aucune connexion."

Depuis qu'il a pris cette décision, Mr Rabeder se sent aujourd'hui "plus libre".

11:41 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Morale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : luxe, richesse, argent |  Facebook |

07/02/2010

Etats-Unis : la prise de contrôle de la démocratie par les corporations (Noam Chomsky)

7 février 2010
Etats-Unis : la prise de contrôle de la démocratie par les Corporations (In These Times)

Noam CHOMSKY (Article traduit et paru sur le site "LEGRAND SOIR.INFO")


noam_chomsky_human_rightsDésormais les dirigeants des corporations (*) pourront acheter directement les élections sans passer par des intermédiaires. La Cour Suprême des Etats-Unis vient d’augmenter considérablement le pouvoir d’une petite minorité de la population qui contrôle l’économie.

Le 21 janvier 2010 entrera dans l’histoire comme une journée noire pour la démocratie aux Etats-Unis et le début de son déclin.

Ce jour-là, la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu un jugement qui précise que le gouvernement n’a pas le droit d’empêcher les corporations d’investir directement dans les élections – une décision qui affectera profondément la politique du gouvernement, aussi bien intérieure qu’extérieure.

Cette décision annonce un renforcement de la mainmise des Corporations sur le système politique des Etats-Unis.

Selon les éditorialistes du New York Times, la décision « frappe au coeur même de la démocratie » en « ouvrant la voie aux Corporations qui pourront consacrer leurs vastes trésoreries à noyer les campagnes électorales et intimider les élus à défendre leurs intérêts. »

Désormais les dirigeants des Corporations pourront acheter les élections directement, sans passer par des moyens indirects plus compliqués. On sait que les contributions des Corporations, parfois présentées sous des emballages complexes, peuvent faire basculer une élection et décider de la politique. La Cour vient d’augmenter considérablement le pouvoir d’une petite minorité de la population qui contrôle l’économie.

La « théorie d’investissement en politique » de l’économiste politique Thomas Ferguson est un très bon outil de prédiction de la politique à long terme du gouvernement. Cette théorie considère que les élections sont des occasions offertes au secteur privé pour nouer des alliances et investir dans la prise de contrôle de l’état.

La décision du 21 janvier ne fait que renforcer les moyens consacrés au sabotage de la démocratie.

Le contexte est très révélateur. Dans son exposé, le juge John Paul Stevens a admis que « depuis longtemps nous avons reconnu que les Corporations étaient protégées par le Premier Amendement » - l’article de la Constitution qui garantit la liberté d’expression, ce qui inclut le soutien de candidats aux élections.

Au début du 20eme siècle, les théoriciens et les tribunaux ont appliqué la décision de 1886 qui considère que les Corporations – ces « entités légales collectivistes » - ont les mêmes droits que les personnes physiques.

Cette attaque contre le libéralisme classique a été sévèrement condamnée par une espèce de conservatisme en voie de disparition. Christopher G. Tiedeman a décrit ce principe comme « une menace pour les libertés individuelles et pour la stabilité des états américains en tant que gouvernements populaires ».

Morton Horwitz écrit dans son histoire de la justice que le concept de personnification des Corporations a évolué lorsque le pouvoir s’est déplacé des actionnaires vers les dirigeants, pour finalement aboutir à la doctrine selon laquelle « les pouvoirs du conseil d’administration sont identiques à ceux de la corporation ». Quelques années plus tard, les droits des Corporations ont été étendus bien au-delà de ceux des personnes physiques, notamment par les mal nommés « accords de libre échange ». Selon ces accords, par exemple, si General Motors monte une usine au Mexique, elle peut exiger d’y être traitée comme n’importe quelle entreprise mexicaine (« traitement national ») – contrairement à un Mexicain fait de chair et de sang qui chercherait un « traitement national » à New York, ou même un minimum de respect pour les droits de l’homme.

Il y a un siècle, Woodrow Wilson, à l’époque un universitaire, a décrit une Amérique dans laquelle « un petit groupe d’hommes, » des dirigeants d’entreprises, « détiendraient un tel pouvoir de contrôle sur la santé et l’économie de leur pays » qu’ils en deviendraient « les concurrents directs du gouvernement ».

En réalité, ces « petits groupes » sont devenus de plus en plus des maîtres de gouvernements. Le dernier jugement rendu par la Cour Suprême leur offre encore plus de perspectives.

La décision du 21 janvier est tombée trois jours après une autre victoire des riches et puissants : l’élection d’un candidat Républicain Scott Brown en remplacement du feu sénateur Edward M. Kennedy, le « lion libéral » du Massachusetts. L’élection de Brown a été décrit comme un « soulèvement populiste » contre les élites libérales qui dirigent le gouvernement.

L’examen du vote raconte une toute autre histoire.

Le taux de participation a été élevé dans les beaux quartiers et faible dans les quartiers à majorité Démocrate. « 55% des électeurs républicains se sont déclarés « très intéressés » par l’élection, » a révélé un sondage du Wall Street Journal/NBC, « contre 38 % des Démocrates. »

Les résultats constituent donc bien un soulèvement, mais un soulèvement contre la politique du Président Obama : selon les riches, il n’en faisait pas assez pour les enrichir encore plus tandis que selon les pauvres, il en faisait justement trop dans ce sens.

La colère populaire est compréhensible, si on considère que les banques prospèrent, grâce aux sauvetage, alors que le taux de chômage a grimpé à 10%

Dans l’industrie, un travailleur sur six est sans emploi – le même niveau de chômage que pendant la Grande Dépression. Avec une financiarisation croissante de l’économie et un décroissement de l’industrie productive, les perspectives de retrouver les emplois perdus sont faibles.

Brown s’est présenté comme le 41eme vote contre l’assurance santé – c’est-à-dire la voix qui pouvait renverser la majorité du Sénat.

Il est vrai que le programme d’assurance santé d’Obama a été un facteur important dans l’élection du Massachusetts. Les titres des journaux sont corrects lorsqu’ils annoncent une désaffection du public pour ce programme.

Les sondages expliquent pourquoi : la loi ne va pas assez loin. Le sondage Wall Street Journal/NBC a trouvé qu’une majorité d’électeurs désapprouvaient la gestion de la santé à la fois par les Républicains que par Obama.

Ces chiffres confirment ceux de sondages nationaux récents. Respectivement 56% et 64% des sondés se sont déclarés en faveur de deux mesures importantes du projet d’assurance santé, mesures qui ont pourtant été abandonnées (« public option » et « Medicare buy-in at 55 » - NdT).

85% pensent que le gouvernement devrait avoir le droit de négocier le prix des médicaments, comme cela se pratique dans d’autres pays ; Obama a rassuré la Grande Industrie Pharmaceutique qu’il abandonnerait cette mesure.

Des larges majorités se sont déclarées en faveur des réductions de coûts, ce qui est logique : la santé coûte par habitant aux Etats-Unis environ le double que dans les autres pays industrialisés alors que sa qualité se situe tout en bas de l’échelle.

Mais une réduction des coûts ne peut pas être sérieusement envisagée lorsque les compagnies pharmaceutiques bénéficient de telles largesses, et que l’assurance santé se trouve virtuellement entre les mains d’un secteur privé déréglementé – un système coûteux particulier aux Etats-Unis.

La décision du 21 janvier pose de nouveaux obstacles sur le chemin d’une véritable assurance santé, ou d’une véritable politique de l’environnement ou de l’énergie. Le fossé entre l’opinion publique et le monde politique ne fait que se creuser. Et l’ampleur du coup qui vient d’être porté à la démocratie américaine est difficile à imaginer.

Noam Chomsky

08:59 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme, liberalisme, corporatisme, exploitation, chomsky, imperialisme, usa |  Facebook |

05/02/2010

L'argent dette

La dette des gouvernements, des entreprises et des ménages a atteint des proportions astronomiques et enfle de plus en plus démesurément de jour en jour.

D'ou vient tout cet argent ?
Comment peut-il y avoir TANT d'argent à prêter ?

 

17:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, capitalisme, socialisme, argent, economie, exploitation |  Facebook |

02/02/2010

Banques qui pillent, banques qui pleurent



9782805900419Enquêtes sur les profits et crises de BNP-Fortis et des banques
Marco VAN HEES

La débâcle bancaire en a surpris plus d'un. Pas Marco Van Hees, l'auteur de Didier Reynders, l'homme qui parle à l'oreille des riches, pour qui la "crise" est même la conséquence inévitable et prévisible d'une idéologie à l'œuvre, et qu'il détaille ici de manière limpide.
La première partie du livre ("Banques qui pillent") enquête sur les procédés qui ont permis aux banques de réaliser, ces dernières années, des profits gigantesques, bien loin de la bonne gouvernance de façade. Appuyé sur de nombreuses sources, dont des témoignages de première main, Marco Van Hees montre comment cet enrichissement s'est opéré, de façon légale mais aussi, parfois, de façon ourtageusement illégale, au détriment des clients des banques, du personnel des banques et de l'État.
La seconde partie ("Banques qui pleurent") détaille les motifs de ces faillites annoncées. Pourquoi les directions des banques, qui pendant des années ont crié "au moins d'État", ont-elles exigé son intervention providentielle ? Mais aussi : comment cette intervention de la puissance publique s'est-elle faite - et cela doit nous préoccuper - avec un même irrespect des règles de droit et de bonne gestion, qui fait que la perfusion offerte aux vampires bancaires porte en elle les prochaines crises. L'ouvrage dévoile à ce propos les liaisons dangereuses tissées entre le monde politique et le monde bancaire.
Enfiligrane, ce livre est un plaidoyer pour instaurer ce que la réalité impose : une banque publique au service des gens et non au service du fric.
Marco Van Hees est inspecteur à l'impôt des sociétés et l'auteur de plusieurs livres remarqués.

Accéder au site ADEN.

17:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arnaques, capitalisme, exploitation, banques, finance, economie |  Facebook |