29/07/2010

Médiamensonges : Lorsque CNN fait dire le contraire...

Silvio Rodriguez aux États-Unis
Pascual SERRANO (Extrait de "LE GRAND SOIR")

arton11113-19394.jpgEn juin dernier, le chanteur, auteur, compositeur cubain, Silvio Rodríguez, a fait une tournée à travers les États-Unis. Au cours d’une interview avec la presse, alors qu’on l’interrogeait à propos des prisonniers cubains, tant ceux qui sont actuellement incarcérés à Cuba, accusés d’avoir conspiré au service d’une puissance étrangère, que ces cinq Cubains, prisonniers aux USA, accusés d’espionnage, il a textuellement répondu ceci :

« Nos héros, parce que pour nous, ces cinq Cubains qui se trouvent ici, aux États-Unis, sont des héros, ils devraient être libres ; ça fait plus de dix ans qu’ils sont en prison suite à des condamnations absurdes ; ces cinq Cubains sont venus ici pour espionner les terroristes qui nous envoyaient des bombes et qui conspiraient pour causer des souffrances physiques à Cuba. Moi, je ne peux pas les comparer avec des gens qui ont conspiré au service du gouvernement (des États-Unis) ou d’une partie de ce gouvernement qui, de tous les gouvernements, est celui qui veut nous nuire le plus. Pour moi, ce sont deux choses très différentes. Je pense que ceux qu’on appelle les prisonniers politiques cubains ont violé les lois cubaines et c’est pour cette raison qu’ils ont été sanctionnés ; je pense que les sanctions ont été trop dures et je pense qu’ils devraient être libres, peut-être pas tous, mais une bonne partie d’entre eux et, bien entendu, ceux d’entre eux qui ont des problèmes de santé ».

La journaliste de CNN mélange tout et présente ainsi les déclarations de Silvio Rodríguez :

« Et quant aux dissidents, quant aux prisonniers politiques cubains, il a dit qu’il respectait leur cause ; il parle aussi des espions cubains prisonniers aux États-Unis, accusés d’espionnage, et il dit que comme ils ont violé les lois, ils est juste qu’ils soient en prison, mais que leurs condamnations sont trop sévères ».

Exactement tout le contraire.

Les vidéos des deux déclarations peuvent être vues (en espagnol) :


25/07/2010

L'origine des guerres (reflexion de Fidel Castro)

La Havane. 12 Juillet  2010

(Article extrait de "GRANMA.CU")

L’origine des guerres

Fidel Alejandro Castro Ruz (2).jpgJ’AI affirmé le 4 juillet que les Etats-Unis ne céderaient pas, et l’Iran non plus: «…les uns, par arrogance de puissants; l’autre, par la résistance au joug et par la capacité de combattre, comme cela est arrivé si souvent dans l’histoire de l’homme.»

Dans presque toutes les guerres, une des parties souhaite l’éviter, et parfois les deux. En l’occurrence, celle-ci éclaterait, même si l’une de parties ne le désire pas, comme cela arriva lors des guerres mondiales de 14-18 et de 39-45, séparées par vingt-cinq ans à peine.

La boucherie fut effroyable. Ces guerres n’auraient pas éclaté sans des erreurs de calculs préalables des deux parties qui défendaient des intérêts impérialistes et croyaient pouvoir atteindre leurs objectifs sans de si terribles coûts.

Dans le cas présent, l’une des parties défend des intérêts nationaux absolument justes; l’autre poursuit des visées illégitimes et des intérêts bassement matériels.

Quand on analyse toutes les guerres qui se sont déroulées dans les annales de l’Histoire, on constate que l’une des parties a toujours visé ces objectifs-ci.

L’illusion qu’il soit possible de les atteindre en l’occurrence sans la plus terrible de toutes les guerres est absolument vaine.

Dans l’un des meilleurs articles publiés sur le site web Global Research, le 11 avril 2010,  Rick Rozoff apporte de nombreux critères incontestables sur les visées des USA. Toute personne qui se veut bien informée doit les connaître.

Selon cet auteur, les USA pensent qu’«une guerre peut être gagnée sans même avoir été lancée. Il est possible de remporter la victoire si l’adversaire sait qu’il est vulnérable à une attaque instantanée et non détectable, écrasante et dévastatrice, sans qu’il puisse se défendre ou exercer des représailles».

C’est «un pays qui aspire à rester le seul Etat dans l’histoire à exercer une domination militaire complète sur terre, dans les airs, sur les mers et dans l’espace.»

«Qui maintient et étend des bases militaires et des troupes, des groupes de bataille formés de porte-avions et de bombardiers stratégiques sous presque toutes les latitudes et longitudes. Qui possède pour ce faire un budget de guerre record depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale: 708 milliards de dollars pour le prochain exercice fiscal»

«…le premier pays à avoir mis au point et utilisé des armes atomiques.»

«…les USA conservent 1 550 ogives nucléaires déjà déployées et 2 200 (ou 3 500 selon certains calculs) de plus entreposées, et une triade de vecteurs de lancement terrestres, aériens et sous-marins».

«Leur arsenal non nucléaire utilisé pour neutraliser et détruire les défenses aériennes et stratégiques, potentiellement toutes les forces militaires importantes d’autres nations, sera constitué de missiles balistiques intercontinentaux, de missiles balistiques adaptés pour être lancés à partir de sous-marins, de missiles de croisière et de bombardiers hypersoniques, et de bombardiers stratégiques "super-furtifs" non détectables par les radars et donc capables de déjouer les défenses terrestres et aériennes.»

Rozoff énumère les nombreuses conférences de presse, réunions et déclarations de ces derniers mois en provenance des chefs de l’état-major interarmes et de hauts fonctionnaires de l’administration étasunienne.

Il explique les engagements des USA envers l’OTAN et leur coopération renforcée avec leurs alliés du Proche-Orient, autrement dit, en premier lieu, Israël. Il écrit:

«Les USA intensifient aussi leurs programmes de guerre spatiale et cybernétique afin d’être en mesure de paralyser les systèmes de surveillance et de commandement militaires, de contrôle, de communications, d’informatique et de renseignement d’autres nations, les laissant absolument sans défense sauf au niveau tactique le plus élémentaire.»

Il rappelle que la Russie et les USA ont signé à Prague, le 8 avril dernier, le nouveau Traité START qui «ne contient aucune contrainte sur la capacité actuelle ou planifiée des USA en matière d’attaque conventionnelle globale rapide.»

Il rapporte de nombreuses nouvelles à ce sujet et donne un exemple éloquent sur les visées des USA:

« Le département de la Défense explore actuellement toute la gamme de technologies et de systèmes concernant la capacité d’attaque conventionnelle globale rapide qui pourrait offrir au président des choix plus crédibles et techniquement viables pour faire face à de nouvelles menaces en évolution.»

Je suis d’avis qu’aucun président, voire le chef militaire le plus expert, n’aurait un instant pour savoir quoi faire si cela n’était pas déjà programmé dans les ordinateurs.

Rozoff, imperturbable, rappelle l’analyse faite par Elaine Grossman sur Global Security Network dans un article intitulé  «Les essais concernant le missile d’attaque globale pourraient coûter 500 millions de dollars»:

«L’administration Obama a demandé 239,9 millions de dollars au profit des services militaires à des fins de recherche-développement sur une attaque globale instantanée pour l’exercice fiscal 2011…. Si le financement se maintient au niveau prévu dans les années à venir, le Pentagone aura dépensé quelque 2 milliards de dollars pour cette capacité d’attaque globale instantanée d’ici la fin de l’exercice fiscal 2015, selon les documents budgétaires soumis au Capitole ce dernier mois.»

«Un scénario tout aussi horrifiant au sujet des effets d’une attaque conventionnelle globale rapide, cette fois en version maritime, est apparu voilà trois ans dans la revue Popular Mechanics:

«Un sous-marin atomique classe Ohio émerge dans le Pacifique, attendant l’ordre de tir du président. Quand celui-ci arrive, le sous-marin tire un missile balistique Trident-II de 65 tonnes qui atteint en deux minutes plus de 22 000 km/heure. Il accélère au-dessus des océans et dans l’espace extra-atmosphérique sur des milliers de kilomètres.

«Au sommet de la parabole, en suspension dans l’espace, les quatre ogives du Trident se séparent et commencent à redescendre vers la planète.

«Les ogives, qui voyagent à près de 21 000 km/h, sont remplies de tringles de tungstène, un métal deux fois plus résistant que l’acier.

«Les ogives explosent juste au-dessus de l’objectif, répandant sur la zone des milliers de tringles, dont chacune est douze fois plus destructrice qu’une balle calibre 50. Tout ce qui se trouve dans un rayon de 280 m2 autour de ce tourbillon métallique est anéanti»

Rozoff explique ensuite la colonne écrite le 7 avril, sous le titre: «La surprise nucléaire d’Obama», par l’ancien chef de l’Etat-major interarmes russe, le général Leonid Ivachov, qui, après avoir fait référence au discours prononcé par le président étasunien à Prague, un an avant – «l’existence de milliers d’armes nucléaires est l’héritage le plus dangereux de la Guerre froide» – et à sa signature de START II dans cette même ville, le 8 avril dernier, affirme:

«L’histoire des USA durant le siècle dernier n’offre aucun exemple que les élites étasuniennes aient fait le moindre sacrifice pour l’humanité ou pour les peuples d’autres pays. Serait-il dès lors réaliste d’attendre que l’arrivée à la Maison-Blanche d’un président afro-étasunien change la philosophie politique de ce pays traditionnellement axée sur la domination mondiale? Ceux qui croient à quelque chose de pareil devraient alors se demander pourquoi les USA – le pays dont le budget militaire dépasse déjà celui de tous les autres pays du monde réunis – continuent de dépenser des sommes d’argent énormes pour se préparer à la guerre.»

Le général russe affirme:

«Le concept d’Attaque globale immédiate implique une frappe concentrée par des milliers d’armes conventionnelles de précision durant deux à quatre heures, qui détruirait complètement les infrastructures vitales du pays cible et le forcerait donc à capituler.»

«Le concept d’Attaque globale immédiate vise à maintenir le monopole des USA dans le domaine militaire et à creuser l’écart entre eux et le reste du monde. De pair avec le déploiement de missiles de défense censés blinder les USA face à des frappes de représailles russes et chinoises, l’initiative d’Attaque globale immédiate est en train de faire de Washington le dictateur mondial de l’ère moderne.»

«Par essence, la nouvelle doctrine nucléaire est un élément de la nouvelle stratégie de sécurité étasunienne qu’on pourrait mieux décrire comme stratégie de l’impunité totale. Les USA dopent leur budget militaire, lâchent les rênes de l’OTAN comme gendarme mondial et planifient des manœuvres réelles en Iran pour tester dans la pratique cette initiative d’Attaque globale immédiate. Entre-temps, Washington parle d’un monde absolument exempt d’armes nucléaires.»

Au fond, Obama prétend leurrer le monde en parlant d’une humanité exempte d’armes nucléaires, lesquelles seraient remplacées par d’autres extrêmement destructrices, mais mieux adaptées à la volonté de terroriser les dirigeants des Etats et de garantir cette nouvelle stratégie d’impunité totale.

Les Yankees croient que la reddition de l’Iran est proche. Dans ce sens, on s’attend à ce que l’Union européenne fasse connaître son propre train de sanctions le 26 juillet.

Les 5+1 se sont réunis la dernière fois le 2 juillet, après que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a affirmé que «son pays reprendrait les négociations fin août avec la participation du Brésil et de la Turquie».

Un haut fonctionnaire de l’UE «a averti que ni le Brésil ni la Turquie ne seront invités à ces conversations, du moins pas à ce niveau».

«Le ministre des Affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, s’est déclaré partisan de défier les sanctions internationales et de continuer d’enrichir l’uranium.»

Depuis le mardi 5 juillet où l’Union européenne a réitéré qu’elle prendrait de nouvelles mesures, l’Iran a répondu qu’il ne négociera pas avant septembre.

Les possibilités de surmonter cet obstacle insurmontable diminuent de jour en jour.

Ce qui va se passer est si évident qu’on peut le prévoir d’une façon quasi exacte.

Je dois de mon côté faire mon autocritique: j’ai commis l’erreur d’affirmer dans mes Réflexions du 27 juin que le conflit éclaterait le jeudi, le vendredi ou, au plus tard, le samedi. On savait alors que des bâtiments de guerre israéliens naviguaient vers l’Iran aux côtés des forces navales yankees, et que l’ordre d’arraisonner les cargos iraniens avait déjà été donné.

J’avais toutefois négligé une étape préalable: que l’Iran refuse concrètement l’inspection de ses cargos. Analysant le langage tortueux de la résolution du Conseil de sécurité imposant des sanctions à ce pays, je n’ai pas fait attention à ce détail sans lequel le mandat de perquisition ne pouvait être pleinement valable. C’était tout ce qu’il manquait.

Le délai de soixante jours fixé par le Conseil de sécurité le 9 juin pour recevoir des informations sur la mise en œuvre de sa Résolution prendra fin le 8 août.

Mais il s’est passé en fait quelque chose de plus lamentable. J’ai travaillé à partir du dernier document élaboré sur ce thème épineux par notre ministère des Relations extérieures, lequel ne contenait pas deux paragraphes cruciaux, les derniers de cette Résolution, que voici:

«36.  Demande au Directeur général de l’AIEA de présenter dans les 90 jours au Conseil des gouverneurs de l’AIEA et parallèlement, pour examen, au Conseil de sécurité un rapport concernant la suspension complète et durable par l’Iran de toutes les activités mentionnées dans la résolution 1737 (2006) et l’application par ce pays de toutes les mesures prescrites par le Conseil des gouverneurs et des décisions énoncées dans les résolutions 1737 (2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et dans la présente résolution;

«37.  Affirme qu’il examinera les mesures prises par l’Iran au vu du rapport demandé au paragraphe 36 ci-dessus, qui doit être présenté dans un délai de 90 jours, et: a) qu’il suspendra l’application des mesures susmentionnées si l’Iran suspend, et aussi longtemps qu’il suspendra, toutes les activités liées à l’enrichissement et au retraitement, y compris la recherche-développement, sous vérification de l’AIEA, pour ouvrir la voie à des négociations de bonne foi permettant de parvenir rapidement à un résultat mutuellement acceptable; b) qu’il mettra fin aux mesures visées aux paragraphes 3, 4, 5, 6, 7 et 12 de la résolution 1737 (2006), aux paragraphes 2, 4, 5, 6 et 7 de la résolution 1747 (2007), aux paragraphes 3, 5, 7, 8, 9, 10 et 11 de la résolution 1803 (2008) et aux paragraphes 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23 et 24 ci-dessus dès qu’il aura constaté, après réception du rapport visé au paragraphe précédent, que l’Iran respecte pleinement les obligations que lui imposent ses résolutions pertinentes et se conforme aux exigences du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, et que celui-ci l’aura confirmé; c) que, au cas où  il ressortirait du rapport demandé au paragraphe 36 ci-dessus que l’Iran n’a pas appliqué les dispositions des résolutions 1737 (2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et de la présente résolution, il adoptera, en vertu de l’Article 41 du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, toutes autres mesures qui pourraient être requises pour  persuader l’Iran de se conformer à ces résolutions et aux exigences de l’AIEA, et  souligne que de nouvelles décisions devront être prises si de telles mesures additionnelles s’avéraient nécessaires…»

Un compagnon du ministère, sans doute épuisé par le travail de nombreuses heures consistant à faire des copies de tous les documents, s’est endormi. Si j’ai pu découvrir cet oubli, c’est parce que je désirais avoir toute l’information possible et échanger des vues sur ces questions délicates.

A mon avis, les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont dit leur dernier mot. Deux puissants Etats dotés d’autorité et de prestige n’ont pas exercé leur droit de veto pour bloquer cette résolution perfide de l’ONU. C’était pourtant là la seule possibilité de gagner du temps à la recherche d’une formule pour sauver la paix, un objectif qui leur aurait procuré plus d’autorité pour continuer de se battre en sa faveur.

Aujourd’hui, tout est suspendu à un mince fil.

J’ai cherché avant tout à mettre en garde l’opinion publique internationale sur le cours des événements.

J’y suis arrivé en partie en observant ce qu’il se passait, en ma qualité de dirigeant politique qui a affronté pendant de longues années l’Empire, ses blocus et ses crimes inqualifiables. Mais je ne le fais pas par esprit de vengeance.

Je n’hésite pas à courir le risque de compromettre ma modeste autorité morale.

Je continuerai d’écrire plusieurs autres Réflexions sur ce point en juillet et en août pour aller plus loin, sauf incident qui déclenche les armes meurtrières braquées les unes sur les autres.

J’ai beaucoup apprécié les derniers matchs de la Coupe du monde de football et les matchs de volley-ball de la Ligue mondiale où notre courageuse équipe s’est qualifiée à la tête de son groupe.

Fidel Castro Ruz

Le 11 juillet 2010

20 h 14

(Traduction ESTI)

21/07/2010

A NE PAS RATER! : MANIFIESTA, le 25 septembre 2010 à bredenne (B).

Peut-être connaissez-vous, ou avez-vous entendu parler de "la fête de l'HUMA" qui se tient régulièrement en France.

La Belgique ne veut pas être en reste, elle a décidé d'organiser sa fête, rassemblant des milliers de socialistes de tous pays, de gens engagés, gens désireux d'une société plus humaine, plus sociale, plus conviviale. Tous les courants de gauche y seront rassemblés et bienvenus.

Téléchargez le tract PDF en cliquant sur l'image ci-dessous, et visitez le site prévu à cette occasion, pour tout renseignement et billets en prévente sur:


http://manifiesta.be/fr

 

Tract Manifiesta001.JPG

08:56 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/07/2010

Petit manuel de contre-propagande économique (Erik Rydberg)

Petit manuel de contre-propagande économique

Erik Rydberg (Ed. "COULEURLIVRES")


petit-manuel-cover1L’économie est sans doute le domaine qui admet le moins de discussions et de débats publics. Domaine réservé, affaire d’experts.

La raison tient en quatre lettres. TINA, l’abréviation proclamant l’impossibilité de toute réflexion critique en matière de projet de société : There Is No Alternative, il n’y a pas d’alternative. TINA, c’est fondamental. Car l’absence d’alternative, l’interdiction de penser auxquelles ce mot d’ordre renvoie portent très précisément sur notre système économique. Pas négociable.
Tabou absolu. Afin que personne ne remette en cause l’ordre – le désordre – établi, le chômage, la déshumanisation des conditions de travail, les inégalités, la course morbide à la compétitivité,
il faut que ces “évolutions” soient perçues comme “inéluctables” et “naturelles”, le résultat
de “lois économiques éternelles” qu’on présentera comme “scientifiques”. Réinstaurer
la contradiction, après plus d’un quart de siècle de domination unilatérale du néolibéralisme, suppose un travail patient d’éducation populaire.

Ce petit manuel entend y contribuer en passant en revue quelques “superstitions” marquantes répandues de l’obscurantisme contemporain, par exemple, la productivité (es-tu rentable ?), le taux d’emploi (as-tu un bon job MacDo ?) ou le libre-échange (es-tu un citoyen mondialisé ?)...

Journaliste, Erik Rydberg travaille au Groupe de recherches pour une Stratégie économique alternative (Gresea, www.gresea.be). Il est également membre fondateur d’Econosphères,
un réseau d’économistes entré en dissidence contre la pensée unique dans les sciences économiques (www.econospheres.be).

12:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, economie, manuel |  Facebook |

07/07/2010

Bientôt 10 ans d'austérité de plus?

1982-1992 : dix ans d’austérité, qui en préparent dix de plus ?

(Article "ECONOSPHERE")

Cet article, publié pour la première fois en 1992, fait le bilan des politiques d’austérité menées par les gouvernements belges à partir de 1982. L’austérité ou la rigueur budgétaire, c’est selon, refont surface aujourd’hui pour freiner la dérive des finances publiques. A-t-on cependant tiré tous les enseignements de l’histoire économique récente ?

par Gabriel Maissin
6 juillet 2010

« Dénoncez toutes les vraies injustices de cette société pour que le citoyen voit la réalité en face » Philippe Busquin, Le Soir du 26.4.92.

« Habillement présentées comme des »lois économiques« , comme des choses »allant de soi« , comme »ce qui est normal", les thèses néo-libérales pénètrent aussi dans les milieux socialistes... Ces thèses libérales du capitalisme social, nos militants doivent les dénoncer comme non socialistes. Ils doivent pouvoir les reconnaître. Ils doivent savoir ce qu’elles ont de faux." André Renard, Le socialisme par l’action, septembre 1958.

La dévaluation du franc, en 1982, a ouvert un cycle de dix années de « redressement » dont on peut faire aujourd’hui un bilan. La mise en place de la politique budgétaire et sociale du gouvernement Dehaene indique-t-elle une rupture ou une continuité avec « la décennie Martens » ?

Les premières mesures d’économies budgétaires se chiffrent à un montant de 141 milliards. Avec en prime, l’annonce par Madame Officiers, Ministre du Budget, de mesures structurelles lors du conclave budgétaire de l’été [1]. Mais la véritable indication pour l’orientation de la politique future se situe ailleurs. Une « nouvelle machine à la belge » se met en place que certains ont voulu baptiser avant les élections : « pacte fiscal-social » [2].

Après dix ans de coupes sombres dans tous les budgets et après avoir reporté sur d’autres niveaux de pouvoirs (Communautés et Régions) la gestion de nombreuses matières (enseignement, tutelles des communes, politique économique...) une donnée devient incontournable, les recettes de l’État doivent progresser [3]. Le couplement du budget de l’État à celui de la sécurité sociale, un nouveau volet fiscal et une privatisation rampante viendront compléter le dispositif.

Cette nouvelle politique n’est pas le cheval de bataille de la droite conservatrice, ni des libéraux. Ceux-là sont davantage partisans d’un assainissement budgétaire « jusqu’à l’os » et d’une politique de privatisation radicale [4]. Par contre, dans les milieux sociaux-démocrates ou démocrates-chrétiens, l’idée qu’une hausse des recettes (donc de la fiscalité) a fait son chemin [5]. Les arguments ne manquent pas pour plaider un « effort fiscal des plus favorisés » pour redonner des moyens à l’État, aux services publics.

Simultanément à ce débat budgétaire, il y va aussi de la nécessité de retrouver une certaine image, une certaine crédibilité pour l’action publique.
Mais, ce n’est pas dans cette voie que s’engage la nouvelle politique budgétaire et sociale. Pour mesurer les enjeux des décisions qui risquent d’être prises sous couvert de ce fameux pacte fiscal-social, il est utile de dresser un état des lieux.
L’impôt des sociétés

Les comptes nationaux montrent que si en 1981, le rapport entre le total des bénéfices déclarés et l’impôt des sociétés effectivement payé était de 67 %, celui-ci est devenu en 1989 de 28 % [6]. Autrement dit, plus la somme des bénéfices augmente, moins l’État touche d’impôt sur ces bénéfices. Cette situation est le résultat du soutien accordé par l’État à l’amélioration des marges bénéficiaires. La part que les entreprises peuvent déduire de leurs bénéfices avant impôt n’a cessé d’augmenter : entre 1982 et 1989, les déductions fiscales sont passées de 106 milliards à 319 milliards. Le transfert de bénéfices vers les réserves immunisées (sans tenir compte des banques et des assurances) est passé de 9,3 milliards à 28,6 milliards. En 1982 (sous Martens-Gol) le taux d’imposition effectif pour les sociétés était de 37,5%. En 1987 (début de Martens-Moureaux) il était encore de 31,2% et il est passé à 25 % en 1989 !

 

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06/07/2010

Profil d'entreprise: Nestlé - La multinationale aux 1000 visages

(Article de Lise Blanmailland, extrait de "GRESEA")

netsle-poisonOmniprésentes, les multinationales font partie de notre quotidien. Parmi elles, Nestlé. Rare est le caddy qui, dans un supermarché classique, ne compte aucun produit d'une marque appartenant à la compagnie. Pour donner une idée, citons entre des centaines d'autres, Nesquik, Chocapic, Vittel, Perrier, Friskies, Kit Kat, Häagen-Dazs, Maggi, Smarties, Buitoni, Herta,…

C'est en 1866 qu'est fondée l'entreprise par un pharmacien suisse d'origine allemande Henri Nestlé, inventeur du lait en poudre destiné à nourrir les nouveau-nés que les mères ne peuvent allaiter. Au fil du temps sont venus s'ajouter les produits laitiers, le chocolat, les eaux, les boissons instantanées, les aliments pour animaux, les produits pharmaceutiques, etc.

Devenu la plus grande société agroalimentaire au monde, son chiffre d'affaires annuel dépasse aujourd'hui la cinquantaine de milliards d'euros. Près de 500 usines fournissent pour Nestlé des millions de consommateurs dans le monde.

Mais encore? Tout comme les personnes physiques, les entreprises, qui sont des personnes morales, ont leurs comportements, leur personnalité en quelque sorte. Dressons-en les principales caractéristiques.

Côté pile, antisyndical

Contourner les obligations en matière de droit du travail est pratique courante dans la politique des multinationales. Nestlé ne fait pas exception en la matière. Le groupe de défense des droits du travail ILRF a notamment, au nom de trois enfants maliens, introduit une action en justice pour  avoir importé, contrairement à leurs engagements, du cacao de plantations exploitant le travail des enfants en Afrique de l'Ouest. Les enfants auraient été victimes, au terme de sévices corporels et de mesures de coercition, d'un trafic visant à fournir des plantations de Côte d'Ivoire1 .

Autre cas de figure, la Colombie. Nestlé y est présente depuis les années quarante, et a étendu son empire jusqu’à développer une situation de quasi-monopole. C’est dans ce contexte que MultiWatch, une association suisse regroupant ONG et syndicats organise en 2005 une commission d'enquête extraparlementaire. Ce dispositif mettra notamment en évidence l'assassinat de dix travailleurs colombiens (pour la plupart, des leaders syndicaux) dans des circonstances troubles. Si l’entreprise ne sera pas directement tenue pour responsable de ces meurtres, il est indéniable qu'elle a de tout temps pratiqué une politique clairement antisyndicale. Au cours de l’année 2002, neuf représentants syndicaux ont été licenciés à l’usine de CICOLAC pour avoir milité contre le démantèlement par la multinationale des acquis sociaux relatifs aux salaires et aux services médicaux. 175 ouvriers ont également perdu leur emploi à l'automne 2003 et ont été remplacés par des travailleurs intérimaires, payés à la moitié du tarif normal.2

En France, le climat syndical étant jugé trop inflexible et remuant, l'entreprise est allée jusqu'à menacer de délocaliser, par exemple en République tchèque, la production de Perrier qu'elle avait achetée pour 2 milliards d'euros en 1992. Appuyés par l'administration locale, les travailleurs français ont trouvé la parade. Ils ont rebaptisé leur or bleu en "Source Perrier-Les Bouillons", du nom exact de la localité, une sorte d'appellation contrôlée qui empêchera quiconque de vendre une eau Perrier extraite d'un autre endroit. Nestlé a tenté d'attaquer ce coup bas en justice, sans succès jusqu'ici, les tribunaux ayant par deux fois donné raison à l'irréductible "petite tribu de Gaulois" du village de Vergèze (3.643 habitants), au sud de la France…3

Côté face, anti-mamans

"Nestlé tue les bébés". Le slogan est encore tout frais dans nos mémoires. C'était il y a près de quarante ans. C'est une brochure publiée par des militants en Grande-Bretagne, puis en Suisse, qui portait ce titre et qui a constitué le point de départ d'une grande campagne de boycott lancée par l’International Nestlé boycott committee, composé alors d'une trentaine d'ONG et d'églises. Deux ans plus tard se créait l'International Baby Food Action Network (IBFAN) qui depuis ne cesse de dénoncer la promotion de substituts au lait maternel dans les pays du Tiers-monde.

Et pour cause.

Selon Unicef, un million et demi de nouveaux nés meurent chaque année des effets directs ou indirects de l'allaitement artificiel. Dans le Tiers-monde, seuls 44% des femmes allaitent aujourd'hui au sein leurs enfants. Il n'est pourtant plus à démontrer que le lait maternel contient non seulement des anti-corps destinés à protéger l'enfant de quantité d'infections, mais également l'intégralité des éléments nutritifs dont l'enfant a besoin. Le lait en poudre, par contre, requiert par définition de l'eau, rarement pure dans les pays du Sud. De plus, le prix des boîtes de lait pousse les plus démunis à diluer la poudre plus que nécessaire, engendrant ainsi des maladies liées à la malnutrition. Pour convaincre les mères de la supériorité de l'allaitement artificiel, Nestlé fait le siège des hôpitaux et maternités du Tiers-monde et habille d'une blouse blanche des représentants de commerce. Pourtant l'entreprise a signé en 1984 le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel introduit trois ans plus tôt par l'Organisation mondiale de la santé et qui interdit toute forme de publicité incitant à la substitution du lait en poudre au lait maternel. Mais Nestlé, qui contrôle 40% du marché des aliments pour bébé (marché estimé à 17 milliards de dollars), n'en a cure et poursuit d'année en année son marketing lucratif.4  

Côté marketing, le potentiel "tiers-mondiste"

Nestlé a des soucis. La dénatalité dans nos pays causerait selon la multinationale un fâcheux ralentissement de la progression des ventes pour le géant suisse (environ 1,5% par an). Or, Nestlé table sur une croissance oscillant entre 5 et 6%. Pour combler l'écart, il faut donc trouver de nouveaux clients. C'est vers les populations pauvres des Etats du Sud, qui représenteraient selon son département recherche "un marché potentiel de près de 10 milliards de dollars", que Nestlé lorgne désormais.

Le Brésil, 2ème marché mondial de la compagnie, est un exemple révélateur. Dans le Nordeste du pays, taille comparable à la France, la croissance de Nestlé est supérieure de 20% à la moyenne nationale. Il a fallu, pour cela, étudier les habitudes alimentaires des "moins-de-dix-dollars", recruter 3.800 vendeuses pour du porte-à-porte dans les quartiers pauvres, produire des aliments "enrichis", pallier l'absence d'infrastructure par des chariots à bras, etc. Et tout cela, naturellement, on n'est pas là pour faire de la charité, "en conservant les mêmes marges [bénéficiaires] grâce à un contrôle rigoureux des coûts".5 Elles sont payées combien, les "ambassadrices" du porte-à-porte Nestlé? Mystère.

Pourtant, selon Peter Brabeck, président de Nestlé, "Dans une compagnie multinationale, il existe des tensions entre les fondamentalistes de la finance, qui n'envisagent que les profits à court terme, et les fondamentalistes de l'éthique, qui pensent que nous ne devrions pas faire de profit du tout"6 . Venant de lui, c'est rassurant. Nous ignorions l'existence de philanthropes intégristes de l'éthique sur le payroll de la multinationale suisse.

Côté nature, l'eau marchandisée

On boit, mondialement, quelque 180 milliards de litres en bouteille, contre 78 milliards il y a dix ans. C'est tout profit pour Nestlé, numéro un dans le domaine par l'intermédiaire de sa société Perrier-Vittel.

Dans le sud-est du Brésil, à São Lorenço, qui se trouve dans la région considérée comme la plus riche zone d'eaux minérales au monde, Nestlé a foré illégalement un puits de plus 150 mètres duquel elle puise plus de 30.000 litres d'eau par jour pour la vendre sous le nom de "Pure Life". La compagnie en puisera un deuxième quelques années plus tard pour pouvoir pomper le double.

En 1999, une enquête est lancée après que des habitants se soient plaints du changement de goût de l'eau et du risque de tarissement d'une de leurs sources due à la surexploitation de la compagnie. En résultera que Nestlé traite chimiquement l'eau du parc en la déminéralisant, alors que la loi brésilienne l'interdit.7

Notons par ailleurs qu'embouteiller de l'eau dans des contenants en plastique (dérivé du pétrole), les transporter sur route et, ensuite, grossir la montagne des déchets (2 millions de tonnes de bouteilles non recyclées en 2005), ce n'est pas très écologique. En plus, ce n'est même pas une garantie de qualité. En 1990, Perrier a détruit 160 millions de bouteilles contenant du benzène, solvant inflammable et toxique classé cancérogène par l'Union européenne. Une certaine prise de conscience vient compliquer les choses. Aux Etats-Unis, la municipalité de San Francisco a banni l'eau en bouteille, idem à Liverpool, et des groupes de pression tels que Food and Water Watch et Corporate Accountability International en appellent à "penser hors de la bouteille", à en revenir au robinet.8 Si cette prise de conscience venait à s'étendre, vendre du vent, même lorsque ce n'est que de l'eau, deviendrait plus compliqué.

Côté santé, un  business

De nombreuses études ayant démontré le rôle néfaste du surpoids sur l'espérance de vie, certaines firmes du secteur agroalimentaires sont pointées du doigt. En réaction, avec "Ensemble, mieux manger, mieux vivre" pour mot d'ordre, Nestlé s'est convertie en spécialiste du bien-être et de la nutrition.

C'est ainsi qu'en 2006, elle rachète pour 2,5 milliards de dollars la division Nutrition Médicale de Novartis (2.000 salariés dans 40 pays et un chiffre d'affaires annuel de 950 millions de dollars) et devient le numéro deux, derrière Abbott, de ce secteur décrit comme "très lucratif et riche en potentiel de croissance"9 .

Outre les produits destinés aux hôpitaux, la transnationale a également acheté la même année la marque d'aliments de régime Jenny Craig et les barres de céréales Uncle Toby's.10

Nestlé s'est également associée avec Coca-cola pour lancer une boisson "anti-obésité" sous le nom d’Enviga. Ce breuvage à base de thé vert et de caféine, déjà commercialisé aux Etats-Unis, entraînerait une hausse de l’activité métabolique et permettrait donc de brûler plus de calories... sans lever un doigt: trois canettes du breuvage permettraient d’éliminer 80 calories en moyenne.11

Et quel que soit le côté, c'est éthique

Beaucoup de scandale pour une entreprise qui se veut l'incarnation du nid familial accueillant la maman qui nourrit ses oisillons. Qu'à cela ne tienne, Nestlé se donnera corps et âme à ce nouveau concept qu'est la "responsabilité sociale des entreprises" seule à même d'améliorer l'image de la multinationale. Nestlé se vante ainsi sur son site officiel de se dédier à la création de valeurs communes pour la compagnie et la société dans son ensemble. Leurs domaines de prédilection sont, disent-ils, les relations avec le consommateur, la santé et le bien-être, mais aussi l'accès à l'eau et la protection de l'environnement, ou encore le développement rural, et les conditions de travail de ses employés12 .
Plus c'est gros, mieux ça passe.

En 2005, la multinationale s'est portée candidate pour recevoir le label Fairtrade pour une nouvelle gamme de café qui, commercialisée en Grande-Bretagne sous le nom de Partner's Blend, sera promue sous le sceau du commerce équitable, une filière qui connaît un essor commercial impressionnant, son chiffre d'affaires étant passé Outre-manche de 30 à 250 millions de dollars en quelques années. L'initiative n'a pas manqué de susciter la controverse dans les milieux du commerce dit équitable. Si certains, comme Oxfam, jugent qu'elle va dans la bonne direction, d'autres, comme la Baby Milk Action ou ActionAid, estiment qu'il s'agit d'une initiative totalement cynique qui risque de semer la confusion dans l'esprit des consommateurs éthiques et de dévaloriser le label Fairtrade13 .

A la mi-janvier 2010, c'est au tour de Kit Kat de s'"équitabiliser" au Royaume-uni et en Irlande. Quelques mois plus tard, l'ONG Greenpeace lancera une campagne contre Nestlé, leur demandant d’arrêter de se fournir en huile de palme, composant essentiel dans la fabrication de barres chocolatées, issue de la destruction des forêts tropicales et des tourbières indonésiennes.14

Même "équitable" la barre de chocolat reste difficile à avaler…

Cette analyse ainsi que la plupart des références en note de bas de page sont essentiellement tirées de la quinzaine de dépêches réunies sous la rubrique Nestlé sur l'Observatoire des entreprises du Gresea.

05/07/2010

L’Otan avec Israël et contre l’Iran : Un pas de plus vers la guerre

http://www.csotan.org/


otan iran israelUn nouveau pas vient d'être franchi dans la direction de la guerre, avec la résolution 1929 du Conseil de Sécurité de l’ONU décidant d'une 4e vague de sanctions pour tenter d'asphyxier l'Iran.


Elle vient tout juste après l'attaque par Israël en eaux internationales d'une flottille civile, acte de guerre qui, lui, n'a eu droit qu'à une déclaration embarrassée du Conseil de Sécurité, - et quelques semaines après que la conférence du Traité de Non Prolifération ait appelé au démantèlement de l'arsenal nucléaire israélien, estimé à près de 200 têtes nucléaires. Mais ce sont les activités nucléaires civiles - jusqu'à preuve du contraire - de l'Iran que le Conseil de Sécurité sous pression occidentale sanctionne. On a une nouvelle démonstration de l'arrogance avec laquelle la "Communauté Internationale" autoproclamée réaffirme son droit à l'arbitraire – le droit du plus fort.


Et le président bosniaque expliquait sans ambages que son vote au Conseil de Sécurité en faveur des sanctions, était fonction de l'objectif de son pays de devenir au plus vite membre à part entière de l'Otan et de l'Union Européenne !
Contrairement à ce qui a pu être entendu, ces sanctions ne sont pas du tout "symboliques" ; elles visent en particulier à empêcher l'Iran d'acquérir les moyens d'assurer sa propre défense, alors que ce pays est sous la menace explicite d'une attaque de grande ampleur, comme l'avaient été l'Irak et l'Afghanistan avant lui. La possibilité offerte par cette résolution d’arraisonner les navires iraniens en pleine mer est un palier qualitatif très important, ouvrant la porte à toute provocation.


Ces sanctions viennent d'être complétées par l'Union Européenne, qui a voté ce 17 juin, des sanctions unilatérales qui bloquent tout investissement et transfert d'équipement dans les secteurs du pétrole et du gaz. Rien à voir avec les activités nucléaires de l'Iran, mais bien avec la préparation d'une agression, où il est important d'avoir un ennemi le plus faible et désarmé possible. On suit apparemment la stratégie adoptée avec l'Irak, qui, sanction après sanction, avait abouti à l'agression finale de ce pays rendu impuissant, après une décennie d'embargo.


L’Otan est directement partie prenante de cette agression annoncée. L'épouvantail de la menace iranienne est agité à chaque occasion par son secrétaire général, ses porte-paroles et ses "experts". ce n'est pas uniquement dans le but de vendre son projet de 'bouclier anti-missile'. Dans le document préparatoire au « nouveau concept stratégique » devant être adopté au prochain sommet de l'Otan, à Lisbonne, l'Iran figure dans le peloton de tête des "menaces" auxquelles doit se préparer l'Otan : « Les efforts que déploie l’Iran pour enrichir du combustible nucléaire, concevoir des armes nucléaires et constituer des stocks de missiles balistiques à longue portée pourraient faire naître, pour l’Alliance, une menace majeure de type article 5 dans les dix ans qui viennent. », y lit-on notamment.


Dans ce contexte, les velléités que manifeste depuis quelques temps la Turquie, membre essentiel de l'Alliance, à jouer un rôle politique indépendant, et à s'opposer à la marche vers la guerre, doivent représenter une préoccupation particulière pour l'Otan, qui a même été contrainte à un communiqué ambigu mais d'un ton inusuel, envers son allié israélien si privilégié. Il n’est pas impossible que la Turquie ait invoqué à son tour « l’Article 5 » lorsque les bateaux civils turcs ont été attaqués par l’armée israélienne, et qu’elle n’ait pas été entendue.


Pendant ce temps, nos ministres de la Défense et autres en Belgique, multiplient les déclarations de loyauté et de soumission absolue envers l’Otan : il n’est pas question de retirer nos troupes et bombardiers F-16 de la guerre d’Afghanistan ; la participation belge à la formation de l’armée irakienne mise en place par l’occupant n’est même pas un sujet de discussion ; on ne touche pas aux bombes atomiques entreposées sur notre territoire sans les instructions de l’Otan…


N’attendons pas le fait accompli d’une nouvelle guerre et mettons en œuvre une politique belge indépendante et de rupture avec l’Otan-machine de guerre.

21:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, usa, iran, nucleaire, otan, israel |  Facebook |

03/07/2010

Crise financière, les six étapes d’un désastre

(Extrait de "LEMONDEDIPLOMATIQUE")

Des subprimes à l’effondrement des dominos européens
Crise financière, les six étapes d’un désastre


L’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?

Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur permettrait pas d’acquitter leurs engagements. Mais quels facteurs assombrissent ainsi leur horizon économique ? On peut facilement identifier l’un d’entre eux : les coupes budgétaires mises en œuvre sous la pression… des investisseurs et des agences de notation.

La boucle est ainsi bouclée. Avec le recul, les pièces éparses des krachs économiques à répétition survenus ces trois dernières années composent peu à peu le thème d’un puzzle bien connu. Son cadre : la vague de déréglementation financière des années 1980. Son nom : à crise de marché, remèdes de marché.

Première étape : en 2007 les ménages américains, dont les revenus stagnent, notamment sous l’effet de la concurrence internationale, se trouvent dans l’incapacité de rembourser des prêts immobiliers attribués sans souci de garantie par les banques saisies d’ivresse. Depuis l’éclatement de la « bulle Internet » en 2000, la Réserve fédérale américaine maintient en effet des taux d’intérêts très bas, favorisant l’aventurisme des investisseurs.

Deuxième étape : en septembre 2008, la crise des subprime dégénère en crise bancaire, les bilans des établissements financiers se révélant farcis de crédits immobiliers insolvables ventilés aux quatre coins de la planète dans des produits financiers sophistiqués. Lehman Brothers chute ; la panique gagne ; les banques cessent d’accorder du crédit : l’économie est au bord de l’asphyxie.

Troisième étape : plutôt que de placer l’intégralité d’un secteur financier failli sous contrôle public, les gouvernements acceptent de le renflouer en l’état. Les Etats s’endettent hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie. Mais, après vingt ans de baisse continue de la fiscalité, les recettes ne suivent pas. Entre la fin de l’année 2008 et le milieu de l’année 2009, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. Dans les pays occidentaux, le chômage grimpe en flèche.

Quatrième étape. Requinqués par l’afflux d’argent public et la remontée des Bourses, stimulés par des taux d’intérêts quasi-nuls, banques et fonds d’investissements reprennent leurs affaires ordinaires. Pendant la tourmente boursière, beaucoup ont reporté leurs avoirs du marché actions (perçu comme incertain) vers celui des dettes publiques (réputé sûr). Mais celles-ci enflent dangereusement et ne servent qu’un faible taux d’intérêt. Le faire monter : telle est la conséquence de « l’attaque » spéculative sur la dette souveraine des pays « périphériques » de l’Europe entamée après la révélation du maquillage des déficits grecs – carambouille effectuée avec l’aide de la banque d’affaires Goldman Sachs.

Cinquième étape. Dès lors que les puissances publiques se refusent à stopper la spéculation par la loi et par une aide immédiate à la Grèce, un cercle vicieux s’enclenche : il faut emprunter pour payer la dette ; réduire ses déficits pour emprunter ; tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits ; abaisser les salaires, les prestations sociales et « réformer » les retraites pour réduire les dépenses publiques. Autant de mesures qui appauvrissent les ménages, obscurcissent les perspectives économiques et incitent les agences de notation à dégrader les titres de la dette souveraine…

D’abord présentée aux Etats, la facture adressée par les banques pour le prix de leur propre impéritie échoit alors à son destinataire final : les salariés.

Sixième étape. L’effondrement des dominos européens. Nous y sommes. Miroir de la désunion européenne, le plan d’aide à la Grèce entériné le 11 avril tente tardivement de concilier tous les antagonismes : l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) avec le sauvetage des apparences communautaires ; la mise sous tutelle d’Athènes et le principe de souveraineté nationale ; l’intérêt bien compris des banques françaises et allemandes, lourdement exposées à la dette grecque, et le Traité de fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit la solidarité financière avec un Etat membre (articles 123 et 125) ; le montant des prêts initialement prévus (45 milliards d’euros, dont 15 par le FMI) et les sommes désormais jugées nécessaires pour endiguer l’activité spéculative (deux, voire trois fois supérieures) ; le modèle économique rhénan qui comprime les salaires pour dilater les exportations, et les balances commerciales négatives de ses voisins ; l’agenda politique de la chancelière allemande Angela Merkel, confrontée à un important scrutin régional le 9 mai, et celui des dirigeants des pays les plus endettés qui voient l’orage spéculatif aborder leurs rivages.

En vertu de cet arrangement, la Grèce pourra emprunter à des taux moins élevés que ceux du marché (mais infiniment plus que ceux, pratiquement nuls, associés aux sommes débloquées sans limite par la Banque centrale européenne en faveur d’établissements privés en 2008 et 2009). Elle devra en contrepartie réduire de 5, voire de 6 points, un déficit budgétaire estimé à 14 % du produit intérieur brut. Une saignée violente, opérée prioritairement dans les budgets sociaux, mais déjà insuffisante aux yeux Berlin. Moins de dix jours après son annonce, les cortèges hostiles se succédaient dans les rues d’Athènes, le spectre du défaut de paiement planait sur l’Acropole, la crise de la dette souveraine gagnait la péninsule ibérique et les rumeurs d’éclatement de la zone euro se propageaient.

Faite d’improvisation, de crainte et de résignation face aux impositions de la finance, la réaction des Etats, des institutions européennes et du FMI se caractérise par l’absence de stratégie d’ensemble : on se contente de répercuter la contrainte des marchés tout en jurant d’y résister. Elle incite les pays membres à se démarquer mutuellement dans l’espoir d’échapper aux paris des investisseurs. Une fois les « partenaires » placés en situation de concurrence, c’est à qui exhibera le plan d’austérité le plus drastique. A Lisbonne comme à Athènes, à Dublin comme à Madrid, résonne un mot d’ordre unique : « rassurer les marchés » – un an auparavant, les dirigeants du G20 promettaient de les dompter. Au fond, la dynamique réfracte involontairement la logique réelle de l’Union européenne, promise à tous comme un espace de solidarité et finalement livrée au dumping social, salarial, fiscal et maintenant spéculatif… D’autres solutions s’offraient pourtant au choix des gouvernants.

Comme la mer qui se retire, la crise découvre la fragilité d’une construction qui, depuis son origine, repose sur un pari : l’union douanière et monétaire entraînera l’union politique et populaire. C’est peu dire qu’il est perdu.

Pierre Rimbert

01/07/2010

Israël - Michel Collon analyse Libé et Le Monde. 10/06/2010

08:08 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Médiamensonges | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |