31/12/2009

Meilleurs vœux pour 2010

Meilleurs vœux pour 2010


Meilleurs vœux, oui, meilleurs vœux pour une vie meilleure, dénuée de toute forme d’exploitation des uns par les autres. Car tant qu’existera cette constante dans l’humanité, rien ni personne ne pourra  prétendre à une vie idéale, une vie juste.


La neuvième année de ce millénaire fut riche en rebondissements politiques. Le dernier grand moment de l’année fut sans nul doute le sommet de Copenhague. Ce fut un échec, certes, mais pas pour tout le monde. Le discours de Hugo Chavez n’est pas passé inaperçu, car il met l’accent non pas sur les causes matérielles, qui amènent à la détérioration planétaire, mais bien sur LA cause fondamentale, la cause principale, l’impérialisme, le capitalisme. Ce sournois destructeur de la planète et de l'humanité.


La recherche constante du progrès technologique à seule fin d’enrichissement personnel et égoïste affecte l’être humain dans son intégrité, ce qu'il représente, dans son ensemble. La destruction de notre planète est programmée, non pas par le désir d’une majorité de notre société, mais par l’entité se trouvant au fait de l’exploitation de l’homme par l’homme, la classe de ceux qui trouvent un avantage certain à détruire la planète, la classe de ceux qui exploitent, avec le plus grand mépris des humbles, avec le plus grand mépris de ceux qui les enrichissent.


Meilleurs vœux pour 2010 certes, mais la lutte des classes se durcira, et mes meilleurs vœux sont pour la classe des exploités, la classe des travailleurs, la classe des opprimés du système, la classe majoritaire de ce monde devenu fou.


Ensemble, la classe prolétarienne doit faire face, résister, pour un jour vaincre la minorité exploiteuse. Les jours meilleurs sont devant nous, mais il faudra se battre dur, se battre très dur, pour enfin vivre dans un monde meilleur, respectueux de tous et envers tous.
Pour cela, le salut du monde ne viendra uniquement que du socialisme. Toutes et tous, nous devons en être convaincus, si notre désir est de voir un jour naître une société juste et équitable.

 

Alex

24/12/2009

La libéralisation des services publics

Pour en savoir plus sur les véritables tenants et aboutissants de la libéralisation des services publics, power-point du GRESEA, par Xavier Dupret. (cliquez sur ce lien)

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19/12/2009

L’UE et la Hongrie : colonisation, désindustrialisation et déstructuration

(Extrait de: LE GRAND SOIR)

Judit MORVA

arton9650-af2b8Avec l’adhésion des pays d’Europe de l’Est, les dirigeants européens, sans avertissement, ni déclaration formelle, ont modifié le projet d’intégration européenne. Au lieu de mettre en place un programme de développement et d’intégration économique avec un plan de finance à long terme, l’élargissement de l’UE a créé une division territoriale durable entre deux catégories de pays. Les pays d’Europe de l’Est - qui totalisent pourtant 100 millions de personnes - sont pris au piège en tenant le rôle de pays sous-développés.

Sans le dire ouvertement, la Commission a imposé une zone de libre-échange, et ces pays n’ont plus aucun contrôle sur leur propre évolution. Au nom de la concurrence et de l’efficacité, l’Union a exigé une privatisation rapide, l’ouverture des frontières et une politique libérale, bien au-delà de ce qui s’est produit pour les membres historiques de l’UE. Afin de décrire la situation des derniers arrivés, les mots « colonisation », « désindustrialisation » et « déstructuration » ne sont pas trop forts.

En Hongrie, l’agriculture et l’industrie ont été entièrement privatisées. Les nouveaux propriétaires - souvent des multinationales - étaient d’abord intéressés par les opportunités, non pas par la production, ce qui a conduit à la fermeture de nombreuses usines. Prenons l’exemple de la fabrication du sucre : alors que le pays comptait six usines, il n’y en a plus une seule depuis que le secteur a été privatisé. Et tout le sucre doit être désormais importé.

La situation sociale est tout aussi désastreuse. La Hongrie est un pays de dix millions d’habitants, et depuis 1990, 1,4 million d’emplois ont été supprimés, ce qui représente plus d’un quart des emplois réguliers. En retour, le travail non-réglementé représente entre un quart et un tiers de l’activité économique du pays. Des centaines de milliers de travailleurs travaillent au noir, sans aucune protection. Leurs conditions de travail et le nombre d’heures ne sont pas réglementés. Ils ne cotisent pas pour leur retraite, ni pour la sécurité sociale.

La conséquence directe est une baisse des recettes provenant de ces revenus. Le pays est dans une spirale sociale négative. Au nom des budgets équilibrés, l’UE fait pression sur la Hongrie pour réduire drastiquement les avantages acquis sous le régime socialiste et privatiser sans fin tandis que la pauvreté augmente chaque année.

La sous-traitance industrielle, qui crée une concurrence entre les travailleurs d’Europe centrale et orientale avec ceux des pays les plus anciens de l’Union, est basée sur cette combinaison de faibles salaires et de travail illégal. Les multinationales embauchent aux conditions locales, régulières, mais sur un marché du travail non-réglementé. La désindustrialisation, qui a suivi la privatisation et le démantèlement des services sociaux, a créé un environnement économique qui fait de la Hongrie un pays fournisseur de main-d’œuvre bon marché. Cela ne peut pas créer une structure industrielle viable et cohérente. Cela n’offre aucune perspective pour le peuple magyar. C’est une impasse pour le développement.

En Hongrie, l’État providence a disparu ou est en voie de disparition. La structure socio-économique est une source de tension permanente, mais aussi d’instabilité durable car cette dynamique de développement ne peut pas aider le pays sortir de cette impasse. L’écart de niveau de vie entre les deux parties de l’Europe crée des tensions et déstabilise la construction de l’Union. La crise financière aggrave encore la situation budgétaire de chaque pays sans aucune solution en vue, pas même dans le long terme. Cette crise systémique est un appel ouvert à la réflexion sur le projet même de l’Union comme région de stabilité et de bien-être.

Source : Transform Network=hungary]

18/12/2009

La fin de la pauvreté? (Bande annonce en français)

12:26 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La fin de la pauvreté, vraiment ?

(Extrait de: LE GRAND SOIR)

la-fin-de-la-pauvreteLa sortie en France du film « The end of poverty ? » de Philippe Diaz, le 6 décembre, est un évènement majeur pour qui veut mettre en perspective la crise économique et financière actuelle avec cinq siècles de mondialisation.

Voir la bande-annonce

Commencée en 1492 avec l’arrivée des Espagnols en Amérique, cette globalisation a vu au fil des ans l’appropriation mondiale des terres de manière illégitime par les empires européens (espagnol, hollandais, anglais, français…) et l’exploitation effrénée tant des êtres humains que des ressources naturelles du Sud. Le système capitaliste, qui commençait à se développer, a utilisé cette main d’œuvre quasi-gratuite et ces richesses volées aux peuples du Sud pour financer la révolution industrielle du 19e siècle. A partir des années 1850, les puissances dominantes (Europe, Amérique du Nord, Japon) ont imposé la monoculture à leurs colonies et ont brisé net toutes leurs industries, comme celle du textile en Indonésie ou en Inde, rendant toutes ces colonies complètement dépendantes de la métropole. Les produits bruts étaient exportés par les colonies qui devaient importer des produits transformés ailleurs, où la valeur ajoutée créait des profits colossaux. Aujourd’hui encore, le café et le thé produits au Kenya sont vendus à l’état brut pour une bouchée de pain à des transnationales de l’agrobusiness qui les transforment et les revendent partout dans le monde, y compris dans ces pays. Les indépendances officielles, dans les années 1950-1960 pour l’Asie et l’Afrique, n’ont pas apporté la moindre souveraineté économique.

Au contraire, la fin de la seconde guerre mondiale a vu l’instauration d’un ensemble institutionnel qui a réussi à imposer une nouvelle forme de colonialisme aux pays dits « en développement ». En fait, c’est plutôt le néolibéralisme qui y est en développement ! Au cœur de cet ensemble, figurent le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, renforcés en 1995 par la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Leur combat fut d’instaurer une forme plus subtile, mais tout aussi efficace, d’empire global. La dette en a été le ressort essentiel.

Nombre de pays ont hérité d’une dette coloniale au moment de leur indépendance. La Banque mondiale a notamment procédé à de telles manipulations complètement illégales. Cette dette les a poussés à rester connectés à l’économie mondiale et à servir les intérêts des puissances dominantes, dans un cadre de dépendance accrue. La corruption des élites locales a permis que cette transition s’effectue au mieux pour les grands créanciers. Loin d’orienter leur économie selon les besoins des populations, les pays du Sud se sont surendettés pour financer des mégaprojets, comme des grands barrages, destinés à faciliter l’extraction et l’exportation de leurs richesses. Tandis que les grandes entreprises du Nord bénéficient depuis lors de marchandises à très bas coût qui leur génèrent des profits gigantesques reversés à leurs actionnaires, le Sud subit une triple peine : ses richesses lui rapportent très peu alors que la dépendance se perpétue et que le remboursement de la dette provoque une véritable hémorragie de capitaux. La mondialisation néolibérale organise donc l’appauvrissement et la détérioration des conditions de vie du plus grand nombre pour parvenir à l’enrichissement démesuré d’une minorité. En 2008, les pouvoirs publics des pays en développement ont remboursé 182 milliards de dollars au titre de leur dette extérieure, soit 27 milliards de plus que ce qu’ils ont reçu en nouveaux prêts. Pendant ce temps, le nombre de millionnaires en dollars dans le monde s’élevait à 8,6 millions, pour un patrimoine cumulé de 32 800 milliards de dollars. Un prélèvement annuel de 0,25% sur ce patrimoine suffirait à trouver les 80 milliards de dollars nécessaires pour assurer en 10 ans à la totalité de la population les services sociaux essentiels (éducation primaire, santé, eau, assainissement).

Le FMI et la Banque mondiale sont parvenus à leurs fins en forçant les pays surendettés à signer des programmes d’ajustement structurel, comprenant la fin des subventions aux produits de base pour les rendre accessibles aux plus pauvres, la baisse des budgets sociaux, des politiques de recouvrement intégral des coûts dans le secteur de la santé et de l’éducation, la suppression des protections commerciales comme les barrières douanières, l’abandon du contrôle des mouvements de capitaux (ce qui crée une forte instabilité et renforce les paradis fiscaux), des privatisations massives (ce qui augmente les prix de biens essentiels et réduit l’accès aux services de base)… En Bolivie, à Cochabamba, la privatisation du secteur de l’eau en 2000 s’est accompagnée d’une forte hausse des prix et pour assurer les profits de l’opérateur privé, les sources, qui appartenaient jusque là aux communautés villageoises, ont été mises sous contrôle, tout comme les réserves contenant l’eau de pluie. Les populations se sont révoltées et, malgré la répression, ont réussi à obtenir l’expulsion de la multinationale Bechtel qui avait profité de cette privatisation. L’histoire s’est répétée en 2005 à El Alto, dans la banlieue de la capitale La Paz, avec l’expulsion de Suez.

Les dictatures des années 1970-1980, comme celle de Pinochet au Chili, ne sont plus la seule solution utilisée pour imposer le néolibéralisme à l’échelle de la planète. Les grandes puissances utilisent le levier de la dette et de la corruption pour imposer leurs volontés à ceux qui ont des velléités d’autonomie économique. En ultime recours, comme en Iran en 1953 ou en Irak récemment, une intervention militaire est programmée quand la persuasion habituelle a échoué : c’est l’armée qui vient ouvrir toutes grandes les portes permettant de faire entrer l’économie de marché. Les promoteurs de la mondialisation néolibérale, FMI et grandes puissances en tête, imposent donc de manière brutale un système économique antidémocratique, profondément inégalitaire, générateur de dette, de corruption et de pauvreté.

Depuis 1970, les pays en développement ont remboursé l’équivalent de 106 fois ce qu’ils devaient en 1970, mais entre temps leur dette a été multipliée par 52. A l’autre extrémité, les risques de plus en plus grands pris par les banques privées et les spéculateurs pour assurer des profits faramineux ont mené le monde à une crise aux multiples facettes d’une ampleur exceptionnelle. Cette crise a été rendue possible par les politiques de dérégulation de l’économie prônées partout par le FMI et la Banque mondiale, avec l’appui des dirigeants des pays riches. En 2009, le nombre de personnes sous-alimentées de manière chronique a franchi le cap du milliard : tout un symbole de l’échec du capitalisme imposé depuis cinq siècles. Une question doit être posée : qui doit à qui ?

Aujourd’hui, 25% des habitants de la planète utilisent 80% des ressources disponibles et génèrent 70% de la pollution mondiale. A l’heure du sommet de Copenhague sur le climat, il est nécessaire de comprendre que la logique du dieu Marché et de l’ajustement structurel fait partie du problème et non de la solution. L’aide apportée au Sud par les pays du Nord est d’un montant ridicule et orientée vers les pays qui présentent un intérêt géostratégique : ceux qui en profitent ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin. Au contraire, l’annulation totale et immédiate de la dette du tiers-monde, l’abandon des politiques d’ajustement structurel, le remplacement du FMI et de la Banque mondiale par des institutions démocratiques centrées sur la garantie des droits humains fondamentaux et le respect de l’environnement, la réappropriation des ressources naturelles par les peuples, la réforme agraire radicale, une vaste redistribution des richesses à l’échelle mondiale sont les étapes fondamentales qui doivent permettre un changement complet de système dont l’urgence s’impose un peu plus chaque jour.

Damien Millet
porte-parole du CADTM France (www.cadtm.org) et auteur avec Eric Toussaint du livre La Crise, Quelles Crises ?, Aden-CADTM-Cetim, à paraître début 2010.

16/12/2009

Réchauffement climatique


15:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ecologie, rechauffement, terre, planete, co2, pollution, communisme |  Facebook |

14/12/2009

Avenir écologique de la planète : le vrai principe de précaution, c’est le communisme !

(Article extrait du site "le grand soir")


Georges GASTAUD

arton9624-b1012Même si les recherches scientifiques sur les causes du réchauffement climatique sont loin d’être achevées, il est salutaire que les Nations-Unies se réunissent spécialement à Copenhague pour traiter de la sauvegarde écologique de la planète.

Il est vrai que depuis des siècles, «  le capitalisme ne crée la richesse qu’en épuisant ses deux sources, la Terre et le travailleur » (Marx). Depuis longtemps d’ailleurs, le capitalisme ne développe plus qu’en surface les forces productives : entré depuis la fin du 19ème siècle dans sa phase monopoliste, dans laquelle Lénine plaçait le moteur de l’impérialisme moderne, le capitalisme pourrit sur pied depuis plus d’un siècle : derrière la clinquante « modernité » du portable, du baladeur et du clavardage généralisé, casse industrielle et parasitisme financier battent leur plein dans les pays de la Trilatérale impérialiste USA/Japon/U.E. ; des millions de prolétaires y sont réduits au chômage ou aux petit boulots ; dans les pays du Sud, dans les ex-pays socialistes détruits par la contre-révolution, règnent misère de masse et surexploitation. Pendant qu’explose le nombre de milliardaires en dollars, la barre du milliard d’affamés vient d’être franchie en 2009 : champagne bio pour tout le monde ! Ces meurt-la-faim sont les victimes systémiques de la spéculation des « marchés » sur les céréales et de la destruction organisée des cultures vivrières sous l’égide des trusts agroalimentaires comme Monsanto, et des appareils d’Etat à leur dévotion, comme l’Union européenne.

Et partout, avec la crise systémique du capitalisme qui n’en finit pas, des millions de chômeurs supplémentaires viennent chaque mois s’ajouter à la liste des licenciés pour cause de profits insuffisants. Ainsi le libre-échangisme sélectif piloté par les USA (qui savent protéger leur marché intérieur et interdire les importations françaises quand bon leur semble !) est-il en passe d’araser l’industrie indigène des pays du Sud et de l’Est. En France, l’euro-libre-échangisme vient symboliquement d’obtenir coup sur coup la liquidation des usines Amora de Dijon et la fermeture de la maison de Haute-Couture Christian Lacroix ; quant à la casse des usines d’équipement automobile, elle bat son plein : avec la mise à mort programme du « produire en France », il faudra donc importer, et importer encore sur mer, par air et sur route, tout ce qui était auparavant produit sur place et en permettant aux gens de gagner leur vie. C’est le règne absurde du « flux tendu » et du « juste à temps », c’est le yaourt faisant deux fois le tour du monde avant d’atterrir sur les tables, avec derrière lui une impressionnante traînée de C.O. - et de gens jetés à la rue...

Cela n’empêche par M Borloo de poser à l’écologiste distingué dans les médias pendant que son compère Cohn-Bendit parade sur les sarko-médias dans l’espoir d’exploser une « gauche établie » déjà passablement discréditée. Etranges « écolos », dont le premier rêve de faire rouler des camions de vingt-cinq mètres sur nos autoroutes ; quant au second, il a soutenu la constitution européenne et son principe de « concurrence libre et non faussée », synonyme de délocalisation généralisée, donc de transport de marchandises « made in ailleurs » par super-tankers mazoutant les mers et par super-camions enfumant nos bronches. D’ailleurs, si la France tente un jour de taxer la pollution produite par le transport routier, première cause de pollution atmosphérique bien avant nos usines aux deux-tiers délocalisées, la « verte » Europe de Bruxelles lui infligerait aussitôt d’énormes amendes avec le soutien zélé de « Dany le Vert », chantre bien connu de la lutte anti-« protectionniste »... C’est d’ailleurs ce même Cohn-Bendit qui, à l’unisson de Jean-Paul Huchon, président du conseil général francilien, voudrait privatiser et démanteler Electricité de France, comme si l’exigence de sécurité ne commandait pas au contraire de revenir au monopole de l’Etat sur l’énergie nucléaire, quitte à braver pour cela le veto de Bruxelles et à sortir la France de cette prison des peuples qu’est l’Europe du Traité de Lisbonne...

Dans ces conditions, il est rassurant que les travailleurs retrouvent le chemin du combat de classe. Soutien total, donc aux routiers et aux cheminots de France qui, en posant, chacun de son côté (hélas !), le problème des bas salaires et de la dangereuse euro-déréglementation des transports ferroviaires, maritimes, aériens et routiers, peuvent forcer les capitalistes et leur Etat-UMP à mettre la main à la poche, les empêchant ainsi de suivre leur pente « naturelle » : celle du profit immédiat, qui est aussi souvent celle de la plus grande pollution sociale et écologique possible...

Combat déterminé également, contre l’exterminisme, cette tendance lourde du capitalisme en phase dégénérative, à préférer l’intérêt immédiat de l’oligarchie financière à l’avenir à long terme des êtres vivants en général et de l’humanité en particulier. Soutien aussi à tous ceux qui luttent en France et ailleurs pour démanteler la dictature européenne, cette déclinaison sous-continentale de la monstrueuse mondialisation capitaliste : car là et nulle part ailleurs sont les facteurs structurels de la destruction de la planète.

Aucun soutien en revanche aux bobos anticommunistes d’Europe-Ecologie, dont le souci premier est de créer sur fonds publics un marché capitaliste du « bio » et de l’écologie, de faire diversion à la question sociale pourtant indissociable du combat écologique, voire d’accompagner idéologiquement la casse industrielle de la France et le déclassement des prolétaires en col bleu et aux idées rouges qui en résulteŠ alors que les délocalisations sont un facteur exponentiel d’aggravation des pollutions. Mais qu’importe à nos « bourgeois bohèmes » des centre-villes, qui palabrent sur l’écologie tout en vivant largement de la « com », de la « pub », des médias abrutisseurs, de « services » financiers et d’autres « produits de première nécessité », alors que la majorité des humains n’accède toujours pas à l’électricité, à l’eau potable, à l’école et aux soins médicaux...

Quant aux communistes, il leur revient d’en finir avec la « repentance » et l’auto-flagellation perpétuelles auxquelles les ont condamnés depuis des décennies les dirigeants opportunistes qui ont aidé à saborder les partis, les acquis et les Etats ouvriers. Certes l’URSS et les pays socialistes, qui ont dû à la fois, dans un court laps de temps, construire leur industrie et résister aux agressions constantes d’un capitalisme plus développé, sont loin d’avoir toujours pu porter toute l’attention nécessaire aux questions écologiques. Notons toutefois qu’il est malhonnête de mettre au compte du « système soviétique » la catastrophe de Tchernobyl : celle-ci résulta au contraire du démantèlement de la planification socialiste par Gorbatchev et de l’irresponsable basculement qui s’ensuivit des centrales nucléaires soviétiques à l’autonomie financière totale au détriment des investissements de sécurité. L’exemple de Cuba, dont les résultats écologiques sont parmi les meilleurs au monde, montre au contraire ce que peut le socialisme quand il met en pratique ses principes humanistes de démocratie populaire et de responsabilité partagée.

Mais surtout, il faut aller au fond du débat : à l’heure où l’exigence de planifier les rapports entre industrie humaine et environnement naturel devient une question vitale, l’issue est moins que jamais à l’irrationalisme, à la mise en accusation de la science et de la technique, à la « décroissance », à l’anti-humanisme comme si « l’Homme » en général, et non l’exploitation capitaliste, était la cause des désastres écologiques . L’heure est au contraire à l’investissement public massif dans la science, et notamment à l’investissement dans la recherche fondamentale. C’est indispensable pour obtenir le progrès du savoir et la nécessaire accélération de la révolution technologique. Ainsi pourra redémarrer l’essor des forces productives repensées à partir des besoins humains et non en fonction du profit d’une poignée de richards prêts à asphyxier la planète pour exhiber leur Rollex. Car à l’époque de la mondialisation des échanges, la propriété privée des grands moyens de production devient un luxe mortel pour l’humanité. Oui la jungle capitaliste du libre-échange sauvage parrainé mondialement par les « socialistes » Pascal Lamy (directeur de l’OMC) et D. Strauss-Kahn (directeur du FMI) mène l’humanité à sa perte en suscitant une « guerre de tous contre tous » insupportable avec à la clé, le gaspillage insoutenable des uns et le sous-développement durable des autres. L’avenir du monde n’est-il pas plutôt à la coopération entre Etats progressistes, comme celle que dessine l’ALBA en Amérique latine ? N’est-il pas plutôt à la planification démocratique du développement, à la gestion collective et coordonnée des ressources humaines et naturelles. D’ailleurs, ni la nature ni a fortiori les hommes ne sont des « ressources » contrairement à ce que voudrait nous faire croire une idéologie capitaliste qui ne valorise choses et gens qu’en les immergeant dans ce que Marx appelait « les eaux glacées du calcul égoïste »

Cette perspective de mondialisation communiste faisant litière de la mondialisation capitaliste appelle plus que jamais, dans un premier temps, une phase historique incompressible de révolution et de construction socialiste impliquant à la fois la souveraineté de chaque peuple et sa coopération égalitaire et planifiée avec tous les autres, comme s’y essaient déjà les pays de l’ALBA. Ainsi et ainsi seulement pourra-t-on progressivement éliminer les contradictions de classe et de nationalité qui déchirent l’humanité pour permettre à l’humanité de mettre vraiment en commun les acquis scientifiques, les savoir-faire, et pour planifier rationnellement et à long terme la production et les échanges dans le respect de « la Terre et du travailleur ».

Ce second âge du socialisme n’aura rien de commun, faut-il le dire, avec l’instauration d’une prétendue « gouvernance » capitaliste mondiale qui aggraverait le mal en soumettant directement toute la planète à la dictature éco- et anthropocidaire de la Trilatérale impérialiste. Tout au contraire, l’issue progressiste aux désordres sociétaux et écologiques créés par le capitalisme en putréfaction, doit être cherchée dans la transition révolutionnaire au communisme, cette société sans classes, sans armes et sans oppression où « le développement de chacun devient la clé du développement de tous » (Marx/Engels). Seule en effet une société communiste pourra pleinement réconcilier l’homme avec la nature en réconciliant enfin Prométhée et ce que l’Indien Evo Morales nomme la Pacha Mama, la Terre-Mère : car l’enjeu profond de la lutte, ô combien « finale », qu’engagera tôt ou tard le 21ème siècle entre l’exterminisme capitaliste et un Mouvement communisme international revivifié, sera d’éliminer ou pas, au sein même de la société, « l’état de nature » et la « loi de la jungle » que signifie l’anachronique survivance du système capitaliste en tant qu’il est fondé sur la concurrence aveugle, sur la dictature des marchés et sur l’exploitation du travail d’autrui : l’humanité ne réussira pas en effet à gérer rationnellement ses relations avec la nature, - à coup sûr l’un des axes structurants d’un futur mode de production communiste mondialisé - sans éliminer la domination de l’état de nature au sein même de la société, aujourd’hui présente sous la forme périmée et omni-destructive de la propriété privée des grands moyens de production. De l’issue de ce combat titanesque entre le capitalisme exterministe et la tendance irrépressible des opprimés à lutter pour la société sans classes, dépend l’avenir de l’humanité au 21ème siècle : c’est ce qui donne tout son sens vital et humaniste à la noble devise de Fidel Castro : le socialisme ou la mort !

On mesure donc à quel point est fausse la thèse, récemment défendue en commun sur France-Inter par Cohn-Bendit et par son nouvel ami Mélenchon, à savoir que « l’écologie dessine désormais un intérêt humain universel », sous-entendu, un intérêt « au-dessus des classes » qui transcenderait à la fois l’antagonisme Capital-Travail et la contradiction Impérialisme-Peuples opprimés. Au contraire, la prise en otage écocidaire de l’humanité par le grand capital exterministe impose plus que jamais d’en finir de manière révolutionnaire avec l’anachronique propriété privée des grands moyens de production, avec ce scandale que constitue la privatisation croissante des fruits du travail humain et du savoir scientifique, à une époque où la production et l’échange tendent à s’universaliser. Et symétriquement, la tendance du capitalisme à imposer sa « mauvaise fin » exterministe de l’histoire, celle d’une nouvelle guerre mondiale inter-impérialiste qui signerait l’arrêt de mort de l’humanité ou celle d’une destruction lente de l’humanité par écocide ou par la déshumanisation rampante de toutes les relations sociales, impose à l’humanité pensante, et spécialement au camp des travailleurs, de lutter pour la « bonne fin » de l’histoire : celle d’une collectivisation rationnelle et démocratiquement planifiée des travaux humains : le communisme pour le monde.

Si donc, un peu d’écologisme « bobo » éloigne du combat de classe anticapitaliste, un engagement écologique responsable et conséquent invite au contraire à mettre en chantier, si possible avant que ne s’écoule un nouveau siècle de déprédations capitalistes, une société sans classes, sans saccage de la planète bleue pour le profit de quelques irresponsables, une société révolutionnant la science, le pouvoir politique et les rapports de propriété pour collectiviser au profit de chacun les savoirs et les productions humaines : en un mot, une société communiste.

Georges GASTAUD

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02/12/2009

Silence, on transpose la directive Bolkestein

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(Source: michelcollon.info)

A la suite des fortes mobilisations contre la directive services dite Bolkestein (1), on aurait pu croire que le texte ne présentait plus de problème. Erreur : on y trouve le principe de "libre prestation de services", ce qui n’est pas étonnant puisqu’il est inscrit dans le le traité de Lisbonne, et qu’il l’était dans les traités antérieurs. Par ailleurs, cette directive est transposée au moment où entre en application le règlement (CE) No 593/2008 du 17 juin 2008 sur la loi applicable aux obligations contractuelles : celui-ci prévoit que la loi du domicile du prestataire de service s’appliquera quand aucune autre ne sera choisie, ce qui entraînera un affaiblissement du droit des consommateurs.

La directive de libéralisation des services, dite Bolkestein, du nom de son créateur, est en cours de transposition en France. Sans bruit ni volonté gouvernementale de mettre en débat cette étape importante.

Pour comprendre l’importance de ce qui se prépare en matière de libéralisation des services, il est nécessaire de rappeler comment la Commission européenne définit le contenu de la directive qui porte le nom de l’ultralibéral Fritz Bolkestein, son initiateur. L’objectif de la directive sur les services est de réaliser un marché intérieur en supprimant les barrières juridiques et administratives, considérées comme des obstacles à la libre circulation des prestations de services entre Etats membres et leur mise en concurrence. Cette libéralisation qui concerne 75 % des emplois dans l’Union européenne (UE) et 66 % de son PIB, selon la Commission qui a fixé la date butoir du 28 décembre pour la transposition de cette directive dans les législations nationales.
La directive Bolkestein est donc de retour. Ni morte, ni enterrée, comme on a pu l’entendre en 2005 de la part de Jacques Chirac encore président de la République. Elle est même d’une brûlante actualité : une courte passe d’armes entre la Confédération européenne des syndicats (CES) et la présidence suédoise de l’Union européenne, passée inaperçue en France, eut lieu le 23 septembre, la veille du Conseil européen sur la compétitivité. La présidence suédoise y a déclaré que « la directive sur les services peut permettre à l’Europe de sortir plus rapidement de la crise économique. » Ce à quoi la CES a immédiatement rétorqué : « La Présidence semble de plus en plus coupée de la réalité de la pire crise économique depuis la Grande Dépression […]. Si vous souhaitez lutter contre la crise, vous devez investir dans un vaste plan de relance européen et mettre fin à la domination des principes de marché à court terme », ainsi qu’aux «  obsessions idéologiques » de la directive sur les services, a aussi persiflé la CES.

Cette charge inhabituelle de la part de la CES met en évidence l’étape cruciale actuellement en cours, particulièrement en France. Dans le plus grand silence. Rien ne filtre des négociations secteur par secteur, ou peu de choses. L’étonnant mutisme gouvernemental est expliqué dans un rapport sur l’état de la transposition de la directive sur les services, présenté le 17 juin par le sénateur UMP Jean Bizet, quelques jours après les élections européennes. On y apprend que le gouvernement a abandonné l’idée d’un projet de loi-cadre pour transposer la directive services, en raison « des considérations politiques tenant à la forte sensibilité des implications de la “directive services”, sur les professions réglementées par exemple. Une loi-cadre de transposition pourrait en effet servir d’“épouvantail” à tous ceux qui seraient tentés d’instrumentaliser un exercice essentiellement technique à des fins électorales. Elle ne doit pas constituer un prétexte à la “cristallisation” des mécontentements de tous ordres, d’autant plus nombreux en période de crise ». En clair, pas de grain à moudre pour les altermondialistes…
Pas de débat politique, ni de campagne d’information générale ne sont programmés par le gouvernement. Seule une communication serait envisagée en direction des professionnels. « Elle serait réalisée en relation étroite avec le Medef, au second semestre 2009 », explique brièvement le rapport Bizet. Ainsi, le gouvernement et une partie de la classe politique, droite et gauche confondue, ne souhaitent pas que ressurgisse la controverse autour de cette directive et de son « principe du pays d’origine ». Celle-ci avait largement contribué à la victoire du « non », en 2005, lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen, renommé Traité de Lisbonne et adopté depuis.

Un nouveau débat sur cette directive – certes revue et corrigée en 2006 par le Parlement européen – s’avère pourtant indispensable, car elle a conservé l’essentiel de sa philosophie et de sa dangerosité. La Commission a de plus fait en sorte que ce qui n’y figurait plus, tel le principe du pays d’origine, soit rapidement transposable dans un autre texte. Rafraîchissons les mémoires : la directive sur les services inclut les services fournis aux entreprises et aux consommateurs, et surtout les services publics, nommés par la Commission « services d’intérêt économique général » (transports, services postaux, approvisionnement en eau, électricité, traitement des déchets, etc.).
L’exclusion des services de santé et des services sociaux (SSIG, selon la terminologie communautaire) n’est que provisoire. « Il n’est pas inenvisageable que certains secteurs aujourd’hui exclus du champ de la directive y soient réintégrés à l’avenir, à la demande des professionnels eux-mêmes », prévient le rapport Bizet. Car les règles du jeu fixées par la directive sur les services peuvent changer en cours de route : 2010, première année d’application, sera l’occasion de procéder à d’éventuels « ajustements ». Surtout, le 28 décembre 2011, et par la suite tous les trois ans, la Commission présentera un rapport sur l’application de la directive, « accompagné, le cas échéant, de propositions de modifications et de mesures supplémentaires concernant les questions exclues du champ d’application de la directive ».
Autre subtilité, la notion de « principe du pays d’origine » a certes disparu de la directive Bolkestein pour une autre formulation, très ambiguë : le principe de « libre prestation de services ». Cette libre prestation de service est accompagnée d’un règlement européen adopté en 2008, qui doit s’appliquer à tous les contrats conclus après le 17 décembre, dans lequel le principe de base est que les parties contractantes sont libres de choisir la loi applicable au contrat. Ce règlement qui remplacera la Convention de Rome de 1980 s’appliquera directement aux Etats membres. Le dispositif est proche du principe du pays d’origine, si l’on en croit le réseau européen de soutien aux entreprises, Enterprise Europe Network, créé par la Commission européenne. Mais les citoyens n’ont pas encore été informés de ces nouveautés.

(Source: michelcollon.info)

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27/11/2009

Qu'est-ce que l'ALBA?

Alliance Bolivarienne pour les Amériques - Traité de commerce des Peuples (ALBA - TCP)
(Source: Wikipédia)

(« Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América - Tratado de Comercio de los Pueblos » en espagnol) est une organisation politique, sociale et économique pour promouvoir la coopération dans ces domaines entre les pays socialistes[1] de l'Amérique latine et des Caraïbes. D'abord évoquée par Hugo Chávez, président du Venezuela, lors d'un sommet, en décembre 2001, des chefs d'État de la Communauté des Caraïbes, l'ALBA a été officiellement lancée en avril 2005, par la signature d'un « traité commercial des peuples » entre Cuba et le Venezuela. La Bolivie, le Nicaragua, la Dominique et le Honduras se sont depuis associés à l'initiative, qui visait d'abord à promouvoir une alternative à la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques) promue par Washington. Saint Vincent et les Grenadines en est devenu membre le 17 avril 2009. Enfin, en juin 2009, le nombre de membres passe à neuf, suite à l'adhésion d'Antigua-et-Barbuda et de l'Équateur.

But:

Sur le plan économique, l'ALBA vise à favoriser la logique coopérative, plutôt que la création d'une zone de libre-échange avec les États-Unis qui passe par un abaissement des droits de douanes, voire leur suppression. Elle s'oppose ainsi directement au « consensus de Washington » qui prônait dans les années 1990 la déréglementation et la mise en place de mesures néolibérales. Plutôt que d'ordonner des privatisations, l'ALBA favorise au contraire le secteur public.

Le Venezuela peut compter sur ses ressources pétrolières pour convaincre certains États de la région, énergétiquement dépendants. L'ALBA ambitionne par exemple de créer une compagnie pétrolière commune, Petrosur, une équivalente à l'échelle de l'Amérique latine de Petrocaribe, qui regroupe des États membres du CARICOM. Outre Petrosur, TeleSUR, une télévision commune conçue comme sorte d'Al Jazeera pour l'Amérique latine, a été lancée en 2005, afin de concurrencer les chaînes CNN et ABC. Le capital de TeleSUR est réparti entre le Venezuela, l'Argentine, Cuba et l'Uruguay (dans l'ordre d'importance).

Des transferts de technologie sont aussi mis en œuvre.

La coopération pourrait s'étendre à d'autres domaines :

    * en matière de santé : Cuba a déjà passé des accords de coopération avec le Venezuela : ce dernier livre du pétrole à un tarif préférentiel en échange de l'envoi de médecins par Cuba .
    * à terme, la défense des États pourrait également faire l'objet de coopération renforcée.

 Pays membres:

    * Antigua-et-Barbuda
    * Bolivie
    * Cuba
    * Dominique
    * Équateur
    * Honduras
    * Nicaragua
    * Saint-Vincent-et-les Grenadines
    * Venezuela

17:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amerique-latine, alba |  Facebook |

24/11/2009

Démocratie européenne, une affaire d'experts?

Henri Houben
(Source: Gresea)
Octobre 2009

Ils ne viennent pas de Las Vegas, de Miami ou de Manhattan. Pourtant, ils en portent le même nom. Ils, ce sont les experts appelés en renfort pour aider les responsables de la Commission européenne pour définir les orientations générales, les contenus politiques et les suivis d’application de l’Union. Qui sont-ils en réalité? Qui représentent-ils? Et comment sont-ils choisis? Petit tour dans le monde du lobbying de Bruxelles.


            Non, ceci n’est pas le nom de la nouvelle série télévisée à succès, qui a fait fureur cet été. Pourtant, tous les ingrédients y sont : suspense, secret d'alcôves, valse des courtisans... Avec en prime la longévité de l’émission, puisque cela fait des années qu’elle fonctionne et elle n’est pas prête d’être remplacée, sauf si la lumière qu’on lui donne amènera les populations à la condamner explicitement.

            Ce phénomène, c’est l’utilisation de groupes d’experts par les instances exécutives des Etats, en particulier par la Commission européenne. En effet, à côté des lobbies, des think tanks, une flopée de comités, constitués de spécialistes en tous genres, se sont multipliés pour participer à la fois à l’élaboration des lois, directives ou recommandations européennes et au suivi de leur application.

            Rappelons que, dans la panoplie des structures décisionnelles, la Commission est seule habilitée à prendre des initiatives législatives au niveau européen. Celles-ci doivent ensuite passer l’épreuve de l’adhésion au Conseil des ministres compétent et, dans un plus grand nombre de matières que par le passé, au Parlement européen. Cela, c’est la présentation officielle.

En réalité, s’y ajoutent donc trois organes très actifs. D’abord, les lobbies, organes d’influence aux ordres d’intérêts spécifiques et particuliers, en très grande majorité ceux de grandes entreprises ou de secteurs économiques, interviennent à toutes les étapes de la décision pour l’orienter ou pour en supprimer les éléments qui pourraient atteindre la rentabilité ou la liberté des affaires concernées. Ensuite, les think tanks, littéralement "boîtes à idées", regroupent des personnalités triées sur le volet, mais prises exclusivement dans le monde des grandes firmes, du politique, des journalistes et des académiques, permettant à la fois le brassage et la discussion de réflexions nouvelles, mais aussi la rencontre en direct de présidents de multinationales et de hauts responsables politiques. Ce qui est toujours utile pour faire passer en dernière minute un point de vue favorable à l’entreprise.

            Enfin, il y a ces groupes d’experts, sorte d’armée de l’ombre pour faire progresser des volontés occultes. Mais qui sont-ils ? Comment sont-ils composés ? Et quels intérêts peuvent-ils bien représenter ?

Secret Story

            Jens-Peter Bonde est un député européen danois, libéral mais opposé à l’entrée de son pays dans l’Union. Elu depuis 1979, il n’a eu de cesse durant sa carrière parlementaire – il démissionne en 2008 – d’insister sur la nécessité de transparence des structures européennes. Il demande donc la liste des groupes d’experts travaillant pour la Commission. Après 20 ans de pressions incessantes, il reçoit une première communication incorporant 1.500 noms de comités différents oeuvrant pour les instances européennes. C’est énorme, car en supposant que dix personnes en moyenne composent un organe cela donne un résultat d’environ 15.000 personnes non identifiées qui sont occupées à des tâches non connues par les services de la Commission. Le voile est à peine soulevé.

            En 2004, avant les élections européennes, Bonde lance une nouvelle tentative pour en savoir davantage. Il obtient une nouvelle liste, mais cette fois avec 3.094 groupes1 . Et si le titre des comités est donné, il n’en est pas de même du nombre de personnes qui les composent, sans parler de leur identification effective./p>

            La Commission se rend-elle compte de la bombe potentielle qu’elle vient de transmettre au parlementaire danois ? Toujours est-il que plusieurs mois plus tard elle se décide de mettre elle-même en ligne les groupes officiellement recensés. Surprise, il n’y en a plus que 1.5002 . Où est passée l’autre moitié ? Il est vrai que certains organes n’ont une durée de vie que momentanée. Mais la moitié ! Quand on vous disait que le mystère est plus épais qu’une série télévisée policière...

            Aujourd’hui, on peut théoriquement trouver les groupes officiellement engagés dans un registre sur le site de la Commission : http://ec.europa.eu/transparency/regexpert/index.cfm. Ils sont recensés au nombre de 996. De moins en moins... officiellement ! Pour chaque comité, il est précisé l’appellation, le nombre de personnes participant, la mission ainsi que le département pour lequel il opère. En revanche, le nom des membres n’est mentionné que s’il y a une publicité du groupe, soit sur le site du département (DG) qui l’emploie, soit sur une adresse extérieure. Ce qui est loin d’être toujours le cas. Parfois d’ailleurs, le lien mentionné ne débouche sur rien du tout : adresse introuvable ou obsolète. De la transparence au plus haut niveau !

            La nomination des experts est tout aussi obscure. En effet, la création d’un groupe ne peut être que le fait de la Commission elle-même ou d'un de ses services ou départements3 . Ce sont donc les dirigeants européens qui désignent les personnes qui vont éventuellement les "conseiller". Il n’y a aucune procédure. Inutile d’ajouter les biais que cela peut occasionner dans les orientations prises par les instances européennes.

            Et c’est drôlement important. En effet, comme le site de la Commission le souligne, "un groupe d’experts peut donner des conseils à la Commission tout au long du processus politique, de l’élaboration aux phases d’application, de suivi et d’application, en passant par l’étape décisionnelle"4 . Il peut donc être un organe d’influence décisif. Puisque les structures européennes ne disposent pas toujours des compétences nécessaires, elles reposent de plus en plus sur ces fameux "spécialistes", soi-disant neutres.

            Précisons néanmoins que les membres d’un tel groupe ne sont généralement pas rémunérés. En revanche, toutes leurs dépenses pour réaliser leur mission sont prises en charge.

Une Europe sous influence

            L’existence de ce processus est une aubaine pour les lobbies, surtout pour ceux qui agissent pour le compte de grandes entreprises et de secteurs économiques. Thierry Coste, lobbyiste professionnel, définit le lobbying de la façon suivante : "C’est l’activité qui consiste à chercher à influencer les pouvoirs publics, c’est-à-dire l‘administration, les élus locaux, les parlementaires, le gouvernement et les instances communautaires dans toutes leurs décisions, le plus en amont possible et par des moyens les plus divers, de l’entregent amical à la démonstration de force dans la rue ou aux polémiques dans les médias"5 . On relèvera de façon secondaire qu’il met sur le même pied des groupes qui défendent des intérêts véritablement particuliers, comme ceux des entreprises ou des secteurs, et des organisations syndicales ou d’autres ONG animées par des préoccupations planétaires ou générales. Les mots les plus importants sont ici d’influencer "le plus en amont possible". Le comité d’experts donne l’occasion de réaliser cette exigence.

            Un quidam, peu initié aux pratiques politiques courantes, notamment dans l’Union européenne, pourrait croire que demander conseil à des experts n’est a priori que logique, puisqu’il s’agit d’une procédure consultative et que les spécialistes sont choisis en fonction de leur compétence. Mais, comme tout est obscur, il n’en est rien. Le conseil prend très rapidement la forme d’orientation stratégique qui va impulser le travail européen durant des années. Et le nombre d’académiques, déjà triés sur le volet, est finalement limité dans les groupes.

            Une étude menée par la plate-forme Alter-EU, regroupant plusieurs ONG européennes, sur 44 comités désignés par la Commission et ses services pour gérer les dossiers environnementaux montre que 15 d’entre eux sont complètement opaques (aucune information, aucun détail, aucun nom n’en sort) et que 15 autres ne publient aucun document6 . C’est donc la non-transparence qui domine. En outre, dans les groupes qui fournissent des indications, soit 28, 7 sont complètement dans les mains du monde des affaires, les seuls consultants étant des représentants des entreprises ; 11 sont orientés vers les firmes, celles-ci étant majoritaires dans la composition de l’organe ; 4 sont relativement équilibrés avec des interlocuteurs venant de tout horizon ; 5 seulement sont constitués principalement d’académiques et un seul est "biaisé" en faveur des ONG7 . Deux tiers sont donc orientés en fonction des aspirations patronales.

            Sur les 1.214 groupes en activité au moment de l’étude (début 2008), 394, c’est-à-dire 32,5%, fonctionnent avec des membres venant de l’industrie. Mais si on élimine les comités formés uniquement avec des délégués gouvernementaux, la part monte immédiatement à plus de 60%8 . En réponse à cette étude, Valérie Rampi, porte-parole du commissaire en charge de l’Administration, de l’Audit et de la Lutte antifraude, Siim Kallas, a répliqué que les experts du monde des affaires ne constituaient qu’un cinquième des représentants des groupes d’experts. "Il est clair que la représentation de l'industrie n'est pas la plus importante", a-t-elle ajouté9 .

            Néanmoins, cet aveu et ce chiffre qu’il est difficile de corroborer ou d’infirmer vu l’opacité qui entoure toujours cette matière signifient que, s’il y a environ 50.000 personnes impliquées dans ces comités, il y en aurait 10.000 qui viendraient directement des entreprises. Evidemment, ces données sont à prendre avec des pincettes et un même délégué peut participer à plusieurs de ces groupes.

L’exemple de la réflexion stratégique

            A cette estimation quantitative, il convient de joindre un examen qualitatif. En effet, le millier de groupes peut traiter des domaines très différents, du contrôle de l’application d’une directive sur la pêche en eau douce à l’élaboration de propositions d’orientations stratégiques pour le futur de l’Europe. Il s’agit d’analyser qui détient le véritable contrôle sur les sujets les plus importants pour les citoyens de l’Union.

            Dans un autre article10 , nous montrons l’importance de ces organes dans l’élaboration, le suivi et l’application d’un objectif majeur de la décennie écoulée, à savoir le processus de Lisbonne. Dans les cinq groupes cités qui ont assumé des tâches essentielles, on constate une présence souvent proche de la majorité des représentants du monde des affaires. Mais même les autres délégués ont des connexions avec le privé ou sont très favorables à la nécessité de changer le marché de travail pour le faire correspondre avec ce que demandent les chefs d’entreprise.

            Les organisations syndicales sont systématiquement sous-représentées parmi les experts sélectionnés. En outre, ils sont choisis parmi les plus ouverts aux concepts de compétitivité ou de rentabilité. Ainsi, on n’invitera pas la CGT française, même pas la CGIL italienne ou Force ouvrière. En Belgique, on cherchera le président de la CSC plutôt que celui de la FGTB. La part grande sera offerte aux partisans de la cogestion comme les syndicats allemands, autrichiens ou suédois.

            Ainsi, on évite des conflits et, avec l’appui d’un avis soi-disant neutre de spécialistes et une légitimité syndicale, on peut faire passer des projets clairement libéraux. Aucune pensée critique n’est tolérée. Les ONG ne sont pas les bienvenues, en particulier les plus critiques d’entre elles.

            Enfin, la culture du secret est développée. Les groupes se réunissent généralement dans la discrétion la plus totale. Ainsi, au lieu d’avoir un débat public sur des stratégies fondamentales pour l’avenir de l’Europe, on a des discussions en petit comité où l’on peut peaufiner les textes, les documents qu’on présentera ensuite au public. Et c’est à prendre ou à laisser. De toute façon, c’est sur cette base que la décision sera prise par les autorités européennes.

La participation citoyenne ne peut, dans ces conditions, qu’être réduite à portion congrue. Les forums, parfois organisés sur le site de la Commission, ne sont là que pour donner le change : "Vous pouvez donner votre avis ; on n’en tiendra pas compte, puisque tout est élaboré au sein de ces groupes d’experts qu’on a constitués quasiment à votre insu et qui organisent la démocratie pour une élite".

Conclusions


Les termes de démocratie et de rapprochement du politique vers le citoyen sont à la mode. Mais ils ne sont que de la poudre aux yeux, tant que subsistent ces organes semi-secrets où se rassemblent les personnes qui comptent vraiment dans l’Union : les lobbies, les think tanks et les comités d’experts.

En ce qui concerne ces derniers, on voit qu’ils ont une importance souvent capitale dans la confection des orientations majeures de l’Union, en particulier dans le processus de Lisbonne et aujourd’hui sur le futur de l’Europe. Ce sont des organes décisifs qui sont donc noyautés par les lobbies patronaux pour pouvoir exercer l’influence nécessaire "le plus en amont possible". Ensuite, ils peuvent présenter le résultat de leurs travaux comme émanant d’un organe apparemment neutre ayant accompli une analyse minutieuse et objective de la réalité.

Ainsi, le citoyen, salarié ou allocataire, est en fait dépossédé de son droit démocratique le plus fondamental, qui n’est pas celui de voter, mais de pouvoir peser sur les décisions qui le concernent directement. A travers ces mécanismes, on peut observer et déterminer les lieux du véritable pouvoir politique : qui dirige réellement l’Union? Qui en tire les ficelles? Comme l’écrit Frédéric Lordon: "Comme souvent, la "vraie" politique ne se fait pas dans les sommets à grand spectacle ou dans les grands-messes médiatisées. Elle a davantage le goût de la pénombre, des petits comités et des réunions obscures"11 .

Ce n’est pas propre à l’Union européenne. Ainsi, Robert Reich, secrétaire au Travail dans l’administration Clinton en 1993 et 1994, écrit en songeant d’abord à son pays : "La politique quotidienne au sein des instances parlementaires, des ministères et des agences gouvernementales est aujourd’hui dominée par les entreprises à la lutte pour s’arroger un avantage concurrentiel. La plupart des nouvelles législations ou réglementations sont édictées à l’initiative de certaines entreprises ou de certains secteurs d’activité ; la plupart des conflits et des compromis politiques impliquent en fait des entreprises ou des industries concurrentes. Si une décision susceptible d’imposer de nouveaux coûts à plusieurs entreprises ou industries est envisagée, elles font front commun pour la mettre en échec."12  Il explique que le moyen utilisé par excellence par ces multinationales est le lobbying. Et nous pourrions ajouter qu’il s’impose aussi par le noyautage des groupes d’experts13 .
Mais que faire et que proposer d’autre? Certes, l’idéal d’une construction européenne réellement démocratique où les citoyens participeraient activement à son élaboration, avec débats publics et où tout lobbying serait interdit, est actuellement très éloigné. Néanmoins, on pourrait exiger que la publicité et la transparence soient d’application à tous les niveaux de décision. Ainsi, la procédure de choix d’un groupe d’experts devrait être publique, transparente et sanctionnée par un organe démocratiquement élu comme le Parlement européen. Pour la plupart de ces comités et certainement pour ceux qui s’occupent d’orientations politiques, les représentants des entreprises privées devraient en être exclus, car ils ne peuvent argumenter qu’en fonction d’intérêts très particuliers, les leurs, là où il faudrait débattre d’intérêt général, même si celui-ci est souvent mal défini et peu clair. La publicité des membres d’un groupe et de son travail (résultat et processus d’élaboration) devrait être obligatoire. Enfin, si l’objectif d’interdire ni plus ni moins le lobbying en faveur de firmes, de secteurs ou d’intérêts spécifiques n’est pas accessible dans l’immédiat14 , on devrait revendiquer la transparence des organismes qui oeuvrent en ce sens : publication des comptes, des sources de financement, des membres qui y travaillent et des structures de direction...

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16:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, democratie, lobbying, interets, corruption |  Facebook |

21/11/2009

La construction européenne de lobbies patronaux

Henri Houben
(Source: Gresea)
Octobre 2009


Depuis 1985, l’Europe s’est constituée et a « avancé » à travers trois orientations stratégiques : l’Acte unique, le traité de Maastricht et son pacte de stabilité et le processus de Lisbonne. Mais qui connaît les acteurs qui ont été réellement les promoteurs de ces politiques ? Qui se rappelle le rôle déterminant d’un lobby comme la Table ronde des industriels européens ? Petit rappel historique de cette Europe des coulisses. Pleine lumière sur cette Europe de l’ombre.

[Mots clés:lobby, think tank, ERT (Table ronde des industriels européens), Union européenne, Commission européenne, processus de Lisbonne, compétitivité, emploi, démocratie, Jacques Delors, Wim Kok, Maria Joao Rodrigues, Laurent Cohen-Tanugi, Nicole Notat, CES.]

            Que ce soit dans les manuels, les brochures ou la plupart des livres consacrés à l’Union européenne, ce sont soit les peuples, soit les "grands hommes" comme Paul-Henri Spaak, Jacques Delors ou Helmut Kohl qui ont construit l’Europe. A cette image correspond la primauté accordée aux idées démocratiques sur le vieux continent. Ainsi, l’article 2 du traité de l’Union (en version consolidée) insiste sur cet aspect : "L'Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités"1 . Et, en "démocratie", ce sont les représentants du "peuple" qui agissent, bâtissent et fondent les bases politiques de la société. Du moins en théorie...

            En réalité, l’essentiel des orientations et des décisions qui ont abouti à la construction européenne actuelle ont été réalisées par des réseaux, des think tanks2 , des lobbies3 . Déjà, dans les années 50, la participation de groupes américains liés au Département d’Etat paraît être fondamentale, notamment pour arriver au traité de Rome en 19574 .

            A partir des années 80, toutes les conclusions centrales pour l’Union, en particulier celles sur les questions socio-économiques (qui forment toujours l’ossature des traités européens), ont été élaborées, discutées, peaufinées avec la collaboration étroite des milieux d’affaires.

Une Table ronde en forme de Bureau ovale5

            La présentation d’un monde politique soi-disant intègre à l’origine, mais qui cède finalement à la tentation de la corruption, comme on le présente dans certains cercles progressistes, est très loin de la réalité. En effet, les responsables européens ont souvent eux-mêmes recherché l’influence des grandes entreprises.

            C’est le cas notamment d’Etienne Davignon, vicomte de naissance6 , ancien chef de cabinet du ministre belge des Affaires étrangères et vice-président de la Commission européenne de 1981 à 19857 . Au début des années 80, il s’impatiente de ne trouver aucun interlocuteur patronal valable pour le responsable politique européen. L’UNICE, la fédération patronale européenne, ne croit guère en l’Europe et ne consacre que peu de temps à ses orientations générales. Ses liens avec le pouvoir se tissent surtout à travers les relations nationales entre Etats et organisations industrielles.

            Davignon suscite l’intérêt d’un président d’une grande firme suédoise – dont le pays ne fait pas partie, à l’époque, de ce qui était encore la Communauté économique européenne -, Pehr Gyllenhammar de Volvo. Celui-ci convainc les propriétaires de Fiat, les Agnelli, et le patron de Philips, Wisse Dekker, de former une nouvelle association, issue exclusivement des milieux dirigeants des entreprises européennes avec comme objectif d’influer sur les grandes décisions de la construction européenne.

            Le 6 avril 1983, ils parviennent à rassembler 17 leaders d’autres multinationales à Paris (voir composition annexe 1) pour célébrer la création de la Table ronde des industriels européens (ERT en anglais: European Roundtable of Industrialists). Assistent à la cérémonie également Etienne Davignon et François-Xavier Ortoli, alors commissaire8  chargé des Affaires économiques. Davignon, Ortoli, des "politiques" en 1983 qui, par une sorte de promotion pour services rendus, rejoindront plus tard le privé: après leur mandat européen, ils rejoindront le privé et deviendront membres de l’ERT, le premier au nom de la Société Générale de Belgique, le second de Total. Ils ne seront pas les derniers à être ainsi "promus", puisque Peter Sutherland, commissaire à la Concurrence dans la première équipe Delors (1985-1989), a gagné le poste de président de BP et occupe, grâce à cela, actuellement la vice-présidence de l’ERT.

Aujourd’hui, l’ERT compte 45 membres, un chiffre relativement stable depuis 1989.
Keith Richardson, secrétaire général de l’ERT de 1988 à 1998, explique le rôle et la spécificité de la nouvelle organisation: "Celle-ci traiterait uniquement les grandes orientations politiques, celles qui sont d’une importance écrasante pour l’économie européenne entière. Et elle surmonterait le problème de communication en ne réglant les affaires qu’à un niveau très élevé, en parlant aux officiels dans le langage auquel ils sont habitués."9  Il précise: "Pour la Table ronde, l’objectif essentiel était toujours les décideurs politiques au niveau le plus élevé. La meilleure méthode était la discussion face à face, celle qui l’emporte sur tout le reste. Les événements les plus importants étaient les rencontres avec le président de la Commission européenne, que ce soit personnellement ou avec quelques collègues, et les chefs de gouvernement, particulièrement ceux qui détenaient la présidence de l’Union européenne".10 

Il en dévoile quelque peu le contenu: "Qu’est-ce qui était dit ? En principe, ces rencontres étaient confidentielles, en pratique le contenu était assez clair. Ce qui importait était la préparation. Quand c’était possible, les représentants de la Table ronde venaient, armés d’un ordre du jour négocié à l’avance - des points que le président [ndlr. de la Commission européenne] voulait entendre, comparés aux priorités actuelles de la Table ronde. On pouvait préparer des notes écrites et les envoyer à l’avance, de sorte que le président pouvait préparer sa réponse. Une relation étroite entre le secrétariat de la Table ronde et le cabinet du président ou d’autres conseillers importants était essentielle et occupait une grande partie du temps. Mais, d’une manière ou d’une autre, on rencontrait les intérêts des deux parties et évitait les surprises. Par exemple, Jacques Delors11, désirait entendre des propositions sur son programme chéri de marché intérieur. Il voulait que les hommes d’affaires lui indiquent les priorités et lui donnent les arguments qu’il pourrait utiliser contre les gouvernements récalcitrants. Jacques Santer12 avait besoin d’encouragements et d’idées qui permettraient à l’Union européenne de sortir de son malaise économique".13

            Le résultat ira au-delà des espérances de ces "grands patrons". En effet, le président de Philips, Wisse Dekker, avance un projet ambitieux, celui de réaliser définitivement le grand marché intérieur annoncé par le traité de Rome en 1957. Cela veut dire: suppression de toutes les barrières douanières, administratives, législatives, fiscales... Il présente son plan en 1984. Jacques Delors, à peine en charge, demande à Lord Cockfield, commissaire au Marché intérieur, d’établir un programme pour réaliser ce projet. Celui-ci reprend quasiment entièrement la proposition de Wisse Dekker. Principale modification: la date butoir pour parvenir à cet objectif est reportée à 1992 au lieu de 1990, comme prévu initialement par le patron néerlandais14 .

Dans son livre sur l’histoire de la construction européenne, l’ancien porte-parole de la Commission, Bino Olivi, reconnaît explicitement cette paternité: "Quelques jours avant le discours de Delors au Parlement européen, Wisse Dekker, président de Philips, prononçait le 11 janvier 1985 à Bruxelles un discours important pour la présentation d’un programme appelé Europe 90. Même s’il ne le faisait pas à titre officiel, Dekker parlait au nom de la grande industrie européenne, qui (à quelques exceptions près) avait considéré la Communauté européenne avec un scepticisme croissant à partir des années 60."15

C’est donc sous cette influence que la Communauté européenne prend une des décisions les plus importantes de son histoire. L’Acte unique européen est adopté en 1986 et mis en application en juillet de l’année suivante. Sa conception tient en un article contenu dans le paragraphe 8a: "Le marché intérieur comporte un espace sans frontières intérieures dans lequel la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux est assurée selon les dispositions du présent traité"16. Les quatre libertés "fondamentales" (ou considérées comme telles par les fondateurs de l’Europe) sont réaffirmées dans le but de laisser aux entreprises le libre choix de s’établir, de s’installer, de se développer ou de partir comme bon leur semble et de mettre la main-d’oeuvre à leur service direct. Jacques Delors, dans ses mémoires en soulignera les bienfaits: "C’est un traité court, qui dit bien ce qu’il veut dire et se prête peu à des controverses sur sa portée ou son interprétation" .

Au puzzle, manquait une pièce: une monnaie unique pour unifier l’ensemble du marché européen. En 1989, Wisse Dekker prône la création d’une telle devise commune: "Beaucoup de dirigeants de firmes européennes s’accordent pour dire que, sans une union monétaire qui fonctionne avec un seul système bancaire et une seule devise, les gains économiques réels (du grand marché - ndlr) vont s’évaporer. Ces matières sont, toutefois, chargées de dangers politiques. La coordination des politiques économiques exige une structure monétaire centralisée, impliquant l’abandon d’une position de souveraineté nationale absolue au profit d’une structure fédérale". Dès 1987, l’ERT fonde une nouvelle organisation: l’Association pour l’union monétaire européenne (AUME), dirigée par les deux anciens commissaires européens, Etienne Davignon et François-Xavier Ortoli.

La version officielle sur la conclusion du traité de Maastricht met en exergue l‘accord entre le président français, François Mitterrand, et le chancelier allemand, Helmut Kohl. Le premier aurait arraché au second que, malgré l’ouverture des pays de l’Est au capitalisme, l’Allemagne resterait arrimée à la construction européenne. Le second aurait obtenu que la future Banque centrale soit structurée à l’aune de la Bundesbank, c’est-à-dire de façon indépendante du pouvoir politique et comme seule mission, la lutte contre l’inflation.

En réalité, on oublie l’influence décisive des lobbies patronaux dans la confection du pacte fondateur de l’Union. En particulier, l’ERT dont on a vu le rôle dans la création du marché intérieur et de la monnaie unique. En 1991, soit juste avant la conclusion du sommet qui décidera du traité de Maastricht, le lobby publie un rapport, sans doute le plus abouti sur le plan politique: "Remodeler l’Europe". A côté de revendications sur la devise unique et l’élargissement à l’est, il souligne la faiblesse des Européens quand survient un problème comme l’invasion du Koweït par l’Irak: "La crise de 1990 au Moyen-Orient a montré la difficulté de transposer nos avancées techniques et économiques sur la scène politique: là réside le paradoxe de l’Europe, géant économique mais nain politique. L’absence de procédures, d’institutions et de principes directeurs lui a ôté toute efficacité. L’Europe avait des intérêts en jeu dans le Golfe, et des idées sur ce qu’il convenait de faire. Il suffit de voir la rapidité de riposte de la Communauté sur des aspects strictement économiques, comme les sanctions commerciales. Mais lorsque la question du recours à la force s’est posée, l’Europe ne disposait ni des mécanismes décisionnels, ni des moyens qui lui auraient permis d’intervenir. C’est une illusion de croire qu’une telle inefficacité politique n’est pas préjudiciable à nos autres réalisations. Il est aujourd’hui anachronique de prétendre que la Communauté peut régler les questions économiques de façon satisfaisante tout en laissant à d’autres la gestion de sa politique étrangère. Les industriels n’ont certainement pas vocation à tirer des plans dans ce domaine, mais ils sont tout à fait habilités à souligner les besoins et à attirer l’attention sur les dangers."18  N’est-ce pas un plaidoyer en faveur d’une réelle Union qui verra le jour avec l’adoption du traité de Maastricht ?

Celui-ci impulse également des politiques macroéconomiques de convergence (comme le suggérait ci-dessus Wisse Dekker) comme préalables à la monnaie unique. Quatre indicateurs sont établis, fixant si le pays peut ou non faire partie de la nouvelle zone euro: un déficit budgétaire annuel en dessous de 3% du PIB19  ; une dette publique égale au maximum à 60% du PIB20  ; des taux d’intérêt n’excédant pas de plus de 2% les plus bas dans l’Union ; une inflation ne dépassant pas de 1,5% ceux des trois meilleurs en Europe. Ces dispositions annonceront la seconde vague de plans d’austérité en Europe (la première datant des années 1982-1984 pour diminuer la dette publique de l’époque), avec des réductions drastiques dans les dépenses de l’enseignement, de la santé, de la sécurité sociale, de l’administration...

Ces réalisations ont été encouragées et inspirées par l’ERT. Si bien qu’en janvier 1999, lors de la cérémonie célébrant les 15 ans d’anniversaire du lobby, Jacques Santer, président de la Commission déclare que l’ERT "a sans aucun doute joué un rôle majeur dans le développement de l’Union européenne. (...) Ses messages sont importants. L’ERT a quelque chose à dire. Les hommes politiques européens le reconnaissent. Et écoutent"21 .

La compétitivité se joue au casino de Lisbonne

            L’apothéose de cette influence est l’introduction dans les objectifs majeurs de l’Union de l’importance et de la nécessité même de la compétitivité. Autrement dit, il faut assurer que les entreprises aient la capacité de dominer leur secteur au niveau mondial. Or, ceci passe, selon l’ERT, par une limitation des salaires et l’introduction d’une plus grande flexibilité du travail.

            Le lobby va donc utiliser le niveau élevé du chômage existant en Europe pour faire passer son point de vue. Le raisonnement patronal est que seules des firmes compétitives peuvent résoudre ce problème. Dès lors, pour résoudre la question de l’emploi, il faut rendre les firmes plus compétitives. Dans le rapport "Remodeler l’Europe" de 1991, on retrouve déjà cet appel: "Les industriels considèrent le chômage comme l’un des pires fléaux de notre société, préjudiciable aussi bien à l’individu et à sa famille qu’à la collectivité et à l’économie ; ils estiment que sa résorption doit être un objectif majeur de la société moderne"22 . Ce sont des larmes de crocodile, car les travailleurs sont généralement victimes de décisions de licenciement ou de refus d’embauche de la part des entreprises elles-mêmes. L’ERT fait semblant qu’ils ne sont nullement responsables. Il y aurait une espèce de "marché supranaturel" qui impose ses lois économiques auxquelles les compagnies doivent se conformer, comme dans l’Ancien Régime les paysans devaient suivre les lois du seigneur ou du roi, en tant que représentant du divin sur terre.

            En 1993, l’ERT revient à la charge avec un nouveau document intitulé "Vaincre la crise". Celui-ci établit la doctrine patronale en la matière: "L’Europe est devenue une économie à coûts élevés et à croissance faible qui s’adapte trop lentement et, de ce fait, perd son avantage concurrentiel au profit d’autres régions du monde plus dynamiques. Le résultat est un nombre trop élevé de sans-emploi"23 . Il faut dès lors réduire les coûts (dont ceux des salaires) pour restaurer rentabilité et compétitivité aux entreprises européennes qui pourront alors engager du personnel supplémentaire.

            De nouveau, la sortie de ce rapport coïncide avec une décision politique majeure dans l’Union. C’est le livre blanc imaginé par Jacques Delors pour sortir de la récession. En 1993, l’Europe connaît des turbulences monétaires d’une ampleur inégalée depuis la création du serpent monétaire. Le chômage atteint de fait un seuil important: il dépasse les 10% de la population active des quinze pays24 , soit 17 millions de salariés.

            Le président de la Commission élabore donc un projet qui associe la lutte en faveur de l‘emploi et le retour de la compétitivité pour les firmes. Il s’intitule d’ailleurs "Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l’emploi". Il est présenté au sommet européen des 10 et 11 décembre 1993 à Bruxelles. Lors de l’annonce officielle de ce document, Jacques Delors remercie l’ERT pour ses conseils25 . Dans son autobiographie, il reconnaît avoir écrit les soixante premières pages du livre blanc après avoir consulté les dirigeants des grandes multinationales américaines et européennes un par un26 .

            C’est une étape importante dans la construction européenne, car les instances européennes s’immiscent dans une compétence pourtant reconnue aux Etats nationaux: la politique sociale et en particulier celle de l’emploi. Dorénavant, elles n’auront de cesse d’accroître leurs prérogatives en la matière. Le document communautaire prévoit également la création de grands travaux d’infrastructures à l’échelle européenne. Cela débouchera, par exemple, sur la fondation d’Eurotunnel, qui, même si elle parviendra à joindre l’Angleterre par un chemin ferroviaire sous la Manche, sera une catastrophe financière. De façon générale, le livre blanc ne réalisera pas les ambitions espérées de son auteur. Il y a encore trop de résistances nationales, pas assez de pouvoir pour les responsables européens et l’échec retentissant de l’un ou l’autre projet va provoquer l’enterrement progressif du projet de Delors.

            L’ERT en tire les conséquences. Le lobby va procéder autrement, en officialisant son point de vue à l’intérieur de structures communautaires elles-mêmes. Il propose de créer un groupe d’experts sur la compétitivité, dépendant du président de la Commission. Jacques Delors se charge de proposer la création de cet organe, lors de son dernier sommet en tant que chef suprême de l’exécutif européen, en décembre 1994 à Essen. Mais Helmut Kohl ne veut pas en entendre parler. Surtout, il ne veut pas renforcer les instances de l’Union, en particulier le pouvoir du président de la Commission. Qu’à cela ne tienne. Le nouveau groupe sera simplement consultatif : ce sera le Groupe consultatif sur la compétitivité (GCC).

            Il est opérationnel en 1995 pour une durée de deux ans et il remet un rapport argumenté tous les six mois à l’approche de la réunion du Conseil européen27 . Sa composition ne laisse planer aucun doute sur l’orientation donnée à l’organe (voir annexe 2). Keith Richardson peut en conclure: "Le groupe a été mis sur pied, dirigé par le futur président italien Carlo Ciampi, avec une forte présence des membres de l’ERT. Et personne ne pourrait remettre en question que la notion de compétitivité européenne sur laquelle Delors et l’ERT ont tous deux insisté tellement est devenue depuis lors un point de référence pour les dirigeants de l’Union européenne"28 . A côté des représentants officiels, on relèvera également la présence de Jean Gandois, ancien président de Cockerill-Sambre et, à l’époque, président du patronat français (CNPF, qui deviendra Medef par la suite). Au total, sur les seize membres, huit ont des liens clairs et directs avec le monde des affaires.

            En même temps, on note la présence de quatre dirigeants syndicaux, dont Willy Peirens, président de la CSC de 1987 à 1999. Dans l’optique de l’ERT, il s’agit d’amener ces responsables à partager les idées sur la compétitivité et donc à prévenir les résistances des travailleurs. Keith Richardson avoue, en ce sens, que "le fait qu’ils aient signé les rapports du GCC donne (aux rapports) un supplément de poids"29 .

            En 1997, il est décidé de prolonger le mandat du groupe, mais selon une composition renouvelée. Le poids de l’ERT devient moins fort, mais pas celui du patronat européen (comme on le vérifiera à l'annexe 3). Il n’y a plus que treize membres, un représentant "officiel" de l’ERT. Mais neuf d’entre eux ont été, sont ou seront impliqués dans les conseils d’administration de grandes firmes européennes. Les trois syndicalistes sélectionnés auront une grande importance. Sergio d’Antoni, après son mandat, rallie le Partito Democratico, associé au niveau européen au groupe social-démocrate. Il devient même ministre sous l’un des gouvernements de Romano Prodi (devenu Premier ministre italien). John Monks devient, quant à lui, secrétaire général de la CES30  et Wanja Lundby-Wedin, après avoir obtenu le contrôle de la fédération suédoise (Landsorganisationen ou LO) en 2000, la présidente de cette même CES.

            Le groupe va matraquer, à l’approche des sommets, les responsables européens de thèses proches de l’ERT sur la compétitivité, sur l’importance d’une réduction des "coûts salariaux", sur la nécessité de la flexibilité, de la formation tout au long de la vie et des privatisations31 . Il est inutile de revenir sur tous les thèmes abordés et toutes les recommandations formulées. Keith Richardson souligne l’importance de rapports qui vont porter la compétitivité comme principal leitmotiv de l’Union. Ce qui sera reconnu dès le premier rapport du second groupe: "Le GCC considère qu’il n’est pas, pour les pays de l’Union européenne, de priorité plus élevée que la création d’emplois et la réduction du chômage. Il est convaincu que la seule voie qui permette d’atteindre effectivement et durablement cet objectif est celle de la compétitivité. Avoir l’ambition de jouer à nouveau les premiers rôles dans l’économie mondiale est pour l’Europe la recette du succès dans la lutte pour l’emploi"32 .

Et, dans le quatrième rapport, le GCC écrira même cette phrase qu’on peut méditer aujourd’hui à l’heure de la crise financière: "Ce sont les marchés boursiers qui, par leur dynamisme, amorcent la création d’emplois, en alimentant l’expansion et soutenant la croissance des économies"33 .

Les esprits européens sont frappés. En juin 1997, il est prévu d’ajouter dans le traité dit d’Amsterdam un chapitre consacré à l’emploi. Mais les apports nouveaux étant nombreux et les négociations difficiles sur nombre de matières, les dirigeants européens ne parviennent pas à se mettre d’accord sur un minimum de mesures à la date du sommet. Les discussions spécifiques à l’emploi sont reportées à novembre, pour une réunion extraordinaire sur le sujet à Luxembourg.

La stratégie européenne de l’emploi naît officiellement de cette dernière rencontre. Elle se fonde sur quatre éléments: 1. l’employabilité, à savoir la responsabilité du salarié dans sa recherche d’emploi, notamment dans sa volonté pour se former et dénicher les nouveaux postes proposés par les firmes ; 2. l’esprit d’entreprise qui doit inonder l’Union, de sorte à favoriser le sentiment favorable des citoyens vis-à-vis du patronat, d’un côté, et la création de nouvelles compagnies dans les secteurs d’avenir, de l’autre ; 3. l’adaptabilité, qui signifie l’application des règles de la flexibilité du travail partout en Europe, d’où temps partiels, temporaires, contrats "atypiques"34 ... ; 4. l’égalité des chances, ce qui revient à mettre les femmes et les hommes aux conditions sociales les plus basses et à supprimer les éventuels avantages spécifiques (comme interdiction du travail de nuit ou âge de pension légale moins élevé, etc.). Ces points ont été abondamment argumentés dans les différents rapports du GCC. La filiation est évidente.

En même temps, à Luxembourg, est mise en place la méthode dite "ouverte de coordination". Etant donné que les compétences de l’Union ne permettent pas une intervention directe de la Commission ou des autres instances communautaires, les responsables européens utilisent cette pratique dite "soft". Il n’y a pas d’obligation au sens strict ou juridique. Mais ce sont les Etats qui doivent décider des orientations générales pour l’Union et ensuite définir le plan d’action national qu’ils devront mettre en oeuvre durant la période suivante. Au bout de celle-ci, ils devront présenter les avancées et les obstacles rencontrés. Ainsi, la pression est mise sur leurs épaules. D’abord, pour fixer des objectifs ambitieux en harmonie avec les décisions globales prises pour l’Europe dans son ensemble et qu’ils ont préalablement approuvées. Ensuite, pour parvenir aux résultats qu’ils ont eux-mêmes fixés (dans leur plan d’action national), sous les yeux des dirigeants des autres Etats membres qui n’attendent pas qu’ils flanchent ou se débinent.

D’autant que l’ERT a éduqué les responsables aux joies du benchmarking35 , c’est-à-dire la mise en regard des performances de chacun pour trouver et prôner les "meilleures pratiques". Le lobby patronal organise des séminaires sur le sujet et, selon Keith Richardson, les sommets de Luxembourg en décembre 1997, de Cardiff en juin 1998 et de Cologne en juin 1999 furent "des exercices de benchmarking pour traiter des réformes structurelles, macro-économiques et de l’emploi respectivement, pour aboutir à un paquet cohérent à Lisbonne". Jacques Santer en conclut dès lors: "Nous sommes tous des benchmarkers maintenant"36 .

Néanmoins, la méthode n’est pas assez coercitive. Les Etats membres font encore trop ce qu’ils veulent. Lors du dernier rapport remis aux responsables européens, en septembre 1999, le GCC annonce qu’il faut changer d’approche et se lancer dans une nouvelle initiative: il "pense que le moment est maintenant venu de prendre la mesure de l’urgence d’une action européenne dans le domaine de la compétitivité, de fixer des repères réalistes destinés à guider la politique européenne et l’action de la Commission, durant les cinq années qui viennent. Les points traités relèvent de quatre catégories principales: réforme du secteur public, libération de l’initiative privée, centralité du facteur humain et de la cohésion, environnement et infrastructure, plus la question de l’élargissement"37 .

C’est ce qui va amener à la définition de ce qui est appelé la stratégie ou le processus de Lisbonne, du nom de la capitale dans laquelle l’accord s’est conclu en mars 200038 . Le point 5 des conclusions de cette réunion indique l’orientation du nouveau projet, d’une ampleur presque comparable au marché unique ou au traité de Maastricht: "L’Union s’est aujourd’hui fixé un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir: devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale"39 . Maintenant, contrairement aux accords de Luxembourg en novembre 1997, tout le monde s’est unifié derrière ce projet et on va concrétiser des procédures pour le suivi et l’obtention des résultats.

Concrètement, on voit le rôle joué par un groupe de soi-disant "experts", globalement très favorables au monde des affaires et tactiquement ouverts aux syndicalistes, dans la définition d’une stratégie essentielle pour l’Union européenne. De ce point de vue, Keith Richardson peut se montrer très satisfait: "Le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 a représenté un point crucial de ce processus, avec ce "nouvel objectif stratégique" pour l’Union européenne durant la prochaine décennie "de devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde"40. Lisbonne a tracé le lien direct entre la globalisation et la création d’emplois à travers la poursuite de la compétitivité aussi clairement que l’ERT l’a fait dans Remodeler Europe41 et dans tant de rapports publiés au cours de cette décennie. La longue liste de points précis de politique décidés à Lisbonne a reflété les priorités habituelles de l’ERT complètement, de l’établissement de points de repère pour l’évaluation des performances à l’apprentissage la vie durant"42 .

Même approbation chez Gerhard Cromme, président de ThyssenKrupp et de l’ERT à l’époque, et chez Daniel Janssen, président de Solvay et du groupe sur la compétitivité au sein de l’ERT: "Depuis les tout débuts, l’ERT a soutenu les dirigeants de l’Union européenne dans leurs efforts à promouvoir la croissance et l’emploi en rendant l’Europe un endroit attractif pour faire des affaires. C’est pourquoi l’ERT a accueilli très favorablement l’agenda de Lisbonne, qui établit les conditions cadres pour construire la compétitivité robuste de l’Union européenne dans une économie globale"43 .

L’une des personnalités centrales dans le développement du processus de Lisbonne est Maria Joao Rodrigues. Apparemment simple professeur d’économie de l’université de Lisbonne, elle entre dans le premier groupe sur la compétitivité en 1995, celui qui compte huit représentants patronaux dont quatre liés à l’ERT. Elle travaille actuellement au Directoire de l’European Policy Centre, un des think tanks les plus influents sur le plan politique dans l’Union. En sont membres 65 grandes entreprises, 86 associations professionnelles, 105 missions diplomatiques, 28 fondations, 4 organisations gouvernementales, 15 institutions internationales dont l’OTAN, le FMI44  et la Banque mondiale, 43 ONG, 49 organes régionaux, 6 groupes religieux et la Croix Rouge45 . Elle en a déjà été membre, au Conseil consultatif, dont le président n’est autre que Peter Sutherland, déjà cité. Elle siège également au conseil d’administration de Notre Europe, le think tank créé par Jacques Delors et financé par des gouvernements et des multinationales (Nestlé et Veolia). Elle entre aussi au conseil consultatif du Conseil de Lisbonne (The Lisbon Council), un groupe constitué à partir de fonds américains et aujourd’hui alimenté par de grandes compagnies (Allianz, Google, IBM, Philips et Shell notamment). The Lisbon Council a aussi des liens avec la droite conservatrice pro-américaine en Europe46 . Et elle est aujourd’hui une des principales conseillères sur la stratégie de Lisbonne pour la Commission. Neutre ? Elle a baigné et elle baigne encore dans toute l’argumentation de l’ERT qu’elle défend, en fait, ouvertement.

La cuisine super-flexible du chef Kok

            Seulement les résultats se font attendre. Un des indicateurs centraux du processus est le taux d’emploi. Il s’agit du rapport entre le nombre d’actifs et la population âgée entre 15 et 64 ans. En réalité, comme la notion d’actif signifie toute personne ayant travaillé au moins une heure durant la semaine, l’augmentation de ce ratio représente le nombre de personnes supplémentaires en train de chercher "activement" du travail, pas nécessairement une diminution du chômage.

Et c’est ce que cherche absolument le patronat européen. En effet, plus de gens sont en quête de travail, plus ils postuleront pour chaque poste et, dans une relation d’offre et de demande d’emplois où cette dernière s’élève, les exigences des salariés doivent diminuer, donc y compris leurs prétentions salariales. Le Conseil européen a fixé l’objectif d’un taux d’emploi de 70% pour 2010.

Or, entre-temps, celui-ci n'augmente que légèrement. Il passe pour les quinze pays qui démarrent le processus de 63,4% en 2000 à 64,4% en 2003. Les chefs d’entreprise s’impatientent. Ainsi, la fédération patronale européenne, appelée toujours à ce moment l’UNICE47 , lance avant le sommet de Barcelone de mars 2002: "Le processus de Lisbonne sera un échec, à moins d’agir concrètement, et dès aujourd’hui. Ce n’est plus l’heure des mots, mais celle de l’action. Les chefs de file de l’Europe doivent relever le défi et mettre en oeuvre les réformes auxquelles ils ont tous souscrit - trop de temps a été perdu jusqu’ici. Aujourd’hui, l’Europe doit aller de l’avant avec détermination"48 . Son membre français, le MEDEF ("Mouvement des entreprises de France", la fédération patronale), ajoute: "Le MEDEF insiste sur le fait que la réussite de la stratégie de Lisbonne dépendra essentiellement de la détermination, de la constance et de l’efficacité de la mise en oeuvre, et non pas d’une redéfinition permanente de ses objectifs."49

Mise sur la sellette, la Commission propose au sommet de mars 2003 d’instituer une task force, le nom anglicisé pour désigner un groupe d’experts triés sur le volet. Sa mission est d'analyser les difficultés pour parvenir aux objectifs affichés à Lisbonne dans les différents Etats et rédiger un document pour le Conseil européen de l’année suivante50 . Elle confie la direction de cet organe à Wim Kok.

Ce n’est pas un inconnu. Il a été président du principal syndicat néerlandais FNV (Federatie Nederlandse Vakbeweging ou Fédération des syndicats néerlandais) de 1976 à 1986. De 1979 à 1982, il est également président de la CES. C’est lui qui négocie le "modèle des polders" en 1982, accordant aux entreprises le droit d’engager massivement à temps partiel. Grâce à cela, trois femmes sur quatre aux Pays-Bas sont occupées suivant cet horaire flexible. En 1986, il entre "officiellement" en politique pour devenir président du PvdA, le Parti du Travail (social-démocrate). Un changement payant en termes de carrière: il est ministre des Finances de 1989 à 1994, puis Premier ministre, ainsi que ministre des Affaires étrangères de 1994 à 2002.
De nouveau, durant cette période, il parvient, mais cette fois en temps que chef du gouvernement, à une généralisation du travail flexible, par le développement de l’intérim, du temps partiel. En contrepartie, les salariés embarqués dans ce programme reçoivent des droits sociaux garantis supplémentaires (en matière de pension notamment). C’est ce nouveau pacte, conclu en 1999, qui va donner naissance au concept de "flexicurité", soit un mélange de grande flexibilité des travailleurs en échange d’un petit peu de sécurité sociale.

En 2002, il se retire de la politique... enfin pas tout à fait, car satisfaites de ses prestations plusieurs multinationales hollandaises lui proposent des postes d’administrateur. Il entre ainsi successivement en avril 2003 au groupe bancaire ING, à la firme postale privatisée en 1989 TNT et à la compagnie aérienne KLM (qui fusionne dans Air France en 2004). En octobre 1984, il est appelé au conseil d’administration du géant pétrolier Royal Dutch/Shell, la plus grande firme du monde en 2008 par le chiffre d’affaires .

            C’est donc à ce Wim Kok que les instances européennes donnent la tâche de réfléchir sur la réalité du processus de Lisbonne.  Le groupe formé à cette occasion n’est pas moins intéressant. (Voir l'annexe 4 pour le "casting"). La "task force" est composée majoritairement d’universitaires, spécialistes du marché du travail. Y participe Annette Roux, actuellement vice-présidente du groupe Bénéteau (mais présidente de son principal actionnaire, Béri S.A.), le numéro un de la construction de bateaux à voiles et une des plus grosses fortunes de France, estimée aux environs d’un milliard d’euros. Il y a aussi Günther Schmid, inventeur de la notion de marchés transitionnels: chaque individu traverse dans sa vie plusieurs stades professionnels, étude, chômage, emploi temporaire, formation, pause carrière... ; il faut gérer ces passages comme des marchés "naturels" où il y a des entrants et des sortants ; c’est une justification théorique de la flexicurité. Citons aussi Anna Ekstrom, syndicaliste, mais aussi conseillère à la politique de l’emploi en Suède entre 1998 et 2001 et aujourd’hui directrice au think tank Bruegel, financé à la fois par les Etats membres de l’Union et certaines multinationales comme Areva, BP, Deutsche Bank, Fortis, Suez, IBM, Pfizer, Renault. Et on retrouve l’inévitable Maria Joao Rodrigues.

            Inutile de préciser que le rapport qui en est sorti est une apologie de la flexibilité. Ainsi, il note: "Des résistances à élever la flexibilité naissent de l’opinion que celle-ci accroît nécessairement l’insécurité et la précarité pour les travailleurs. Les Etats membres doivent contrer cette perception."52  Il faut donc accorder un peu de garantie sociale et de citer les exemples des Pays-Bas et du Danemark. Ce qui aboutira bientôt concrètement et officiellement au concept de flexicurité. Le document prône aussi l’utilisation d’agences de travail temporaire pour pousser les chômeurs à l’emploi, coûte que coûte53 . Il critique les pays où il y a des obstacles légaux à créer de telles antennes (privées). Il propose également de supprimer les freins au travail à temps partiel . Dans les nouveaux pays entrants, c’est-à-dire en Europe de l’Est, la situation est jugée dramatique sur ce point par les auteurs du rapport. Ils proposent d’y remédier en éliminant les barrières fiscales, administratives et autres aux horaires flexibles.

            Le message général est clair: il faut appliquer complètement les mesures initiées par le processus de Lisbonne et accélérer la flexibilisation du "marché de la force de travail". Le patronat ne peut qu’approuver. Contente, la Commission demande à Wim Kok de créer un nouveau groupe de "haut niveau" sur l’avenir de la stratégie pour l’année suivante: comment avancer dans le futur?

            La nouvelle task force ne dépare en rien des précédentes. On retrouve le même lot d’hommes d’affaires comme Niall FitzGerald ou Romain Bausch, président d’une société nouvelle de télécommunications par satellite ou encore Veli Sundbäck, vice-président exécutif de Nokia (dont Jorma Ollila est le président). (L'annexe 5 illustre cette présence). On y remarque aussi des hommes politiques ou des experts universitaires, assez liés au privé. Même les représentants syndicaux ont des relations étroites avec des partis politiques et parfois traversent le Rubicon vers les grandes entreprises.

            Le groupe propose d’orienter le processus de Lisbonne sur seulement deux objectifs: la croissance et l’emploi. Avec, à la clé, deux indicateurs centraux: le taux d’emploi à 70% et un rapport de recherche et développement (R&D) de 3% du PIB. Il recommande que le nouveau président de la Commission s’implique personnellement dans la réussite du projet et d'intégrer les différentes politiques sociales et économiques autour d’un seul programme, celui de Lisbonne. Enfin, il se propose d'annoncer au Conseil européen de mars 2005 une version redynamisée de la stratégie.

            Il est intéressant de relire ces textes aujourd’hui et de voir à quel point, d’une part, ils ont été appliqués par les instances européennes et, d’autre part, ils ont reçu l’appui des organisations patronales. En vue du sommet de printemps de 2005, l'ERT énonce: "L’ERT soutient pleinement le nouveau départ proposé pour la stratégie de Lisbonne, fondée sur une approche de partenariat et se centrant sur la croissance et l’emploi, tout en identifiant plus clairement les responsabilités de chacun"55 . Et José Manuel Barroso, nouvellement choisi au poste de président de la Commission, se conforme immédiatement aux desiderata patronaux: "Lisbonne est une priorité majeure de ma Commission. (...) Lisbonne doit devenir une partie de l’agenda politique national. Les hommes d’affaires doivent devenir des avocats même plus bruyants en faveur du changement. (...) Je suis convaincu que notre Commission accordera beaucoup d’importance à la croissance et à l’emploi, de telle sorte que nous serons véritablement, selon vos termes, la Commission de Lisbonne"56.

            Résumons. Un groupe d’experts, convenablement sélectionnés, produit un document dans le sens souhaité par les chefs d’entreprise. Il y arrive grâce à une présence importante dans les task forces, grâce au choix de personnalités proches des milieux d’affaires ou de syndicalistes peu opposés au discours sur la compétitivité. Point d'analyse critique, rayée depuis longtemps du vocabulaire de l’Union européenne. La CES aura beau vouloir, par la suite, remettre en cause les différents rapports Kok, rien n’y fera. Ils serviront de base à la stratégie renouvelée, ainsi qu’au nouveau projet de flexicurité de la Commission.

Pour bien réfléchir, créons un "groupe" ad hoc

            La réalité est, cependant, bien difficile à modifier. Les progrès du processus restent insuffisants par rapport aux objectifs. Les réticences nationales et les résistances syndicales ne peuvent être apaisées et les gouvernements nationaux sont obligés d’en tenir compte, pour avancer... mais pas trop vite. Puis, voilà que surgit la crise, imprévue, tout d’abord niée et, de toute façon, mal venue. Le taux d’emploi ne pourra que baisser et s’éloigner encore un peu plus de ces fameux 70% mythiques.

Cela n’empêche pas la Commission et Maria Joao Rodrigues d’affirmer qu’il n’y a pas d’alternative à la poursuite de la stratégie de Lisbonne. Ainsi, devant des coordonnateurs nationaux de la politique de Lisbonne réunis à Prague, José Manuel Barroso déclare en avril 2009: "La stratégie de Lisbonne est en même temps celle de l’Union pour sortir de la crise actuelle. De cette façon, après 2010, on ne peut pas la poursuivre de façon routinière. Nous devons garder le cap sur la croissance et l’emploi – mais ceux-ci doivent être aussi écologiquement, socialement et économiquement durables."57  Il y a peu de chance que la future équipe communautaire s’en éloigne d’ailleurs. D’autant que Barroso reste à son poste.

En revanche, il n’y a plus de véritable objectif stratégique à plus ou moins long terme. C’est pourquoi la Commission et le Conseil européen ont mis en place un nouveau groupe de réflexion: quel peut être le but à atteindre à l’horizon 2020-2030? Au sommet européen de décembre 2007, ils confient cette mission à l’ancien Premier ministre (social-démocrate) espagnol, Felipe Gonzalez. Celui-ci, à l’aide de l’ancienne présidente de Lettonie, Vaira Vike-Freiberga, et du président de l’ERT, Jorma Ollila (par ailleurs président non exécutif de Nokia et de Shell), a composé son équipe de "spécialistes". (L'annexe 6 en reprend la composition approuvée au Conseil européen d’octobre 2008).

Le projet est très vaste. Lors de sa mise sur pied, les instances européennes ratissent large: "Afin d'aider l'Union à anticiper et à faire face plus efficacement aux difficultés à long terme (c'est-à-dire à l'horizon 2020-2030), le Conseil européen crée un groupe de réflexion indépendant. En prenant comme point de départ les défis énoncés dans la déclaration de Berlin du 25 mars 2007, ce groupe est invité à répertorier les questions et les évolutions fondamentales auxquelles l'Union est susceptible d'être confrontée et à étudier les solutions à y apporter. On citera notamment le renforcement et la modernisation du modèle européen, qui concilie réussite économique et solidarité sociale, l'accroissement de la compétitivité de l'UE, l'Etat de droit, le développement durable en tant qu'objectif fondamental de l'Union européenne, la stabilité mondiale, les migrations, l'énergie et la protection du climat ainsi que la lutte contre l'insécurité mondiale, la criminalité internationale et le terrorisme. Il conviendrait d'accorder une attention particulière aux moyens de mieux s'adresser aux citoyens et de répondre à leurs attentes et à leurs besoins."58

A l’origine, il s’agissait pour le président français, Nicolas Sarkozy, d’évaluer l'éventuelle adhésion de la Turquie, projet relativement impopulaire dans l’hexagone. C’était la France qui a ainsi émis l’idée de créer un tel groupe en vue surtout de définir les frontières de l’Union dans le futur59 . Mais d’autres pays sont hostiles à ce projet. Puis, comme le gouvernement tricolore a lancé son propre programme de réflexion sur l’après-Lisbonne, les autres ont proposé d’élargir le débat.

Dressons le profil du personnage auquel la France confie ce travail. Laurent Cohen-Tanugi60  est un avocat d’affaires, spécialisé dans les fusions internationales, et collaborateur régulier au journal financier Les Echos. En 2004, il devient vice-président de Sanofi-Synthélabo. A ce titre, il négocie le rachat d’Aventis, résultat de la fusion entre Rhône-Poulenc et Hoechst en 1999. Cette dernière est bien plus grosse, mais Sanofi bénéficie du soutien d’un certain Nicolas Sarkozy, à ce moment ministre de l’Economie et des Finances. En août 2004, l’opération est définitivement menée à bien. Laurent Cohen-Tanugi a également participé à la reprise de Seagram par Vivendi et à celle de Lucent par Alcatel. Il est actuellement conseiller à l’Institut Montaigne, fondé par Claude Bébéar, le patron d’AXA, administrateur à Notre Europe, le think tank de Jacques Delors, et associé à l’Institut Aspen France, qui rassemble dans différents pays (ici dans l’hexagone) l’establishment politique et économique. Il a été au conseil consultatif de l’European Policy Centre (EPC). Voilà qui situe le personnage qui va inaugurer le débat sur le futur de l’Europe...

On retrouve un profil similaire pour les membres du groupe de réflexion. Sur les treize représentants, cinq ont des liens directs avec le monde des affaires. La perle est évidemment la nomination de Jorma Ollila comme vice-président, alors qu’il est par ailleurs président en exercice de l’ERT. En revanche, il n’y a pas de réel représentant syndical. Ni Nicole Notat, ni Lech Walesa ne peuvent difficilement prétendre à ce titre. La première était déjà très controversée lorsqu’elle dirigeait la CFDT et qu’elle négociait avec les gouvernements de droite pendant que les autres organisations étaient dans la rue dans les années 90. Aujourd’hui, elle dirige la société Vigeo (qu’elle a fondée), dont l’objet est l’estimation de la prise en compte de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et des administrations. La société est financée à 44,8% par des fonds de pension (dont celui de Dexia, du Crédit Agricole et de Lazard Frères), à 28% par des syndicats (CFDT, CSC, CISL italienne, OGB et Commissions ouvrières entre autres61 ) et à 27,2% par des firmes privées (Airbus, AXA, BNP-Paribas, Carrefour, Danone, HSBC, Mc Donald's, Renault, Solvay, Suez, Total notamment).

Ce qui frappe également dans la composition du groupe est la prédominance des membres pro-atlantistes. C'est le cas de Felipe Gonzalez qui a défendu l’adhésion de son pays à l’OTAN. Lors de son mandat de premier ministre, il y eut un référendum sur cette question en 1986 et, malgré l’opposition dans son parti, le PSOE, il parvint à maintenir l’Espagne dans le giron de l’association militaire. C'est le cas aussi de la présidente lettone, qui a poussé son pays à y entrer en mars 2004, et de Laurent Cohen-Tanugi himself, un grand partisan de l’alliance atlantique.
Un mur du secret entoure les délibérations du groupe. Depuis décembre 2008, il se réunit une fois par mois et rien ne filtre. Ainsi s’élabore le futur de l’Union concernant 500 millions de personnes, mais seuls treize individus triés sur le volet en débattent, dans la discrétion la plus totale. Vous avez dit "déficit démocratique"?

Conclusions

            C’est bien au niveau démocratique que les problèmes se situent. Nous avons passé en revue les grandes orientations de l’Union depuis 25 ans en matière socio-économique et que constatons-nous? A chaque fois, elles ont été influencées par des lobbies patronaux, surtout celui de l’ERT, mais plus récemment Business Europe est, lui aussi, tout aussi actif. Elles ont été précédées par la mise en place de groupes d’experts, dans lesquels la présence du monde des affaires, soit directe, soit indirecte, était dominante.

            Il en est résulté des rapports, des textes et finalement des décisions très orientées en faveur des entreprises. A travers ces groupes et également les think tanks, on assiste à la formation d’un groupe social, d’une classe sociale, d’un establishment où une élite liée aux milieux d'affaires se rencontre, discute, établit des constats et propose des solutions dans l’intérêt général... des grands actionnaires et principaux dirigeants des multinationales. Il y a comme un défaut.

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19/11/2009

Le temps accordé aux putschistes est du temps perdu pour le Honduras

Mario Casasús*    (source: Investig'Action, le site de Michel Collon)

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Au moment de publier cette interview, le 22 octobre 2009, les négociations étaient paralysées à cause du boycott de Micheletti et du régime de facto, qui essaient de gagner du temps afin de ne pas céder le pouvoir (Investig'Action).
De l’ambassade du Brésil, le président du Honduras, Manuel Zelaya, salue la véhémence du Front national de résistance contre le coup d'Etat (Frente Nacional de Resistencia contra el Golpe de Estado), défend l’ALBA et plaide en faveur de la candidature d’Evo Morales au prix Nobel de la paix.


Il confirme par ailleurs le refus du parti Unification démocratique (Unificación Democrática) à participer aux élections de novembre si l’ordre constitutionnel n’est pas rétabli et évite la polémique sur la classification du Honduras à la Coupe du monde de football 2010, en Afrique du Sud.

A Mexico, nous avions discuté de manière informelle. Etant donné la possibilité d’une issue à la crise du Honduras, je lui ai demandé de bien vouloir m’accorder un entretien. Aux alentours de 16 heures, et après plusieurs problèmes « techniques » – interférences et interruption de la liaison téléphonique –, nous parvenons finalement à communiquer. Le processus de dialogue est indéniablement entravé par l’absence de volonté politique de la part du régime de fait.

Dans son communiqué, le président Zelaya dit: « Nous n’allons plus nous réunir aussi longtemps que nous ne recevrons pas de proposition sérieuse et constructive. Le temps accordé aux putschistes est du temps perdu pour le Honduras”.

Le nouveau délai est fixé au mercredi 21 octobre, date de la réunion de l’Organisation des Etats Américains.
 
–Bonjour Monsieur le Président.
–Bonjour. Comment allez-vous ?

–Bien, merci. Et vous-même?
–Ici, je suis confronté aux problèmes que vous savez, mais nous restons déterminés à restaurer le système démocratique du Honduras.

–C’est la semaine décisive? Le dialogue a-t-il avancé, lundi?
–Les commissions sont encore en réunion. D’ici la fin de la journée, je pourrai en savoir plus.

–Le 7e sommet de l’ALBA vient de se terminer. L’adhésion du Honduras constitue-t-elle une des raisons du coup d’Etat ? Pour vous, que représente l’Alternative bolivarienne?

–Attaquer l’ALBA fait partie de la campagne menée par les milieux putschistes en Amérique latine. Je salue les présidents ainsi que tous les délégués des organisations solidaires comme l’ALBA. Ils savent qu’ils peuvent compter sur mon soutien. Le Honduras a participé à ce processus solidaire. Nous en sommes très fiers et très satisfaits.

–Dans ses réflexions, le Comandant Fidel Castro s’est intéressé au prix Nobel de la paix 2009 et a proposé le président Evo Morales pour l’édition de 2010. Comptez-vous entreprendre des démarches pour que le Front national de résistance contre le coup d'Etat soit nominé?

–Le prix Nobel de la paix est une distinction que mériterait à juste titre le président de la Bolivie. Mais vous le présentez comme s’il s’agissait d’un concours. Dans ce cas, je crois que mon devoir est de répondre à la première question. Evo Morales est une personnalité qui donne du relief à l’histoire latino-américaine, aux groupes qui de tout temps ont luté contre l’oppression. Il mérite tout notre soutien, sans pour autant que cela dévalorise d’autres propositions.

–Monsieur le Président Zelaya, quand raconterez-vous les détails de votre parcours clandestin? Ecrivez-vous vos mémoires?

–(Rires). En ce moment, au Honduras – vous êtes bien informé à ce sujet –, étant donné l’actuel régime totalitaire, donner des détails pourrait mettre en danger les personnes qui m’ont aidé.

–115 jours après le coup d’Etat, quelle différence peut-on relever dans le comportement du peuple et des artistes en résistance, en comparaison avec l’apathie observée lors d’autres coups d’Etats et d’autres crises que le Honduras a connus?

–Dans ce coup d’Etat, le plus poignant, c’est que pour la première fois, les Honduriens se rendent compte que quelqu’un leur vole un droit. Ils sont sortis et se sont manifestés très énergiquement. Aujourd’hui, le parti Unification démocratique (UD) a annoncé publiquement son retrait des élections si le président constitutionnel n’était pas rétabli dans ses fonctions, une attitude qui reflète très bien celle d’un peuple courageux, qui lutte et travaille sans crainte, se confronte aux baïonnettes et suit sa vocation pacifique en manifestant son rejet du militarisme afin d’éviter que ne revienne dans notre pays les mouvements armés et la violence.

–Vous réunirez-vous avec la délégation du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, qui est arrivé à Tegucigalpa?

–Nous allons essayer, mais souvenez-vous que je suis encerclé par un dispositif militaire, que je n’ai pas le droit de recevoir de visites et que je suis totalement isolé. Comme vous avez pu le constater, mes communications téléphoniques sont coupées ou truffées d’interférences. Nous rencontrons toute sorte d’obstacles, dressés pour nous empêcher d’entrer en contact avec le peuple hondurien et la communauté internationale.

–Votre restitution sera-t-elle la première victoire du Front national de résistance contre le coup d'Etat?
–La première victoire, mon retour pacifique au Honduras, a déjà été remportée. La deuxième victoire consistera à maintenir la résistance sur la base d’une lutte politique à large échelle, nationale et internationale. Nous espérons ainsi obtenir la victoire finale, à savoir la restauration de l’ordre constitutionnel.

–La communauté internationale s’est trouvée plongée dans l’ambiguïté de l’information avec la prétendue dérogation instaurée par le décret sur la suspension de garanties individuelles. Si vous êtes réhabilité, commencerez-vous par annuler la loi de censure et par mettre un terme à l’état de siège?

–Aujourd’hui, après 22 jours, la dérogation a été publiée. Radio Globo et Canal 36 ont recommencé à émettre. Nous espérons qu’il ne s’agisse pas d’une mesure d’exception avant la visite du Haut Commissaire aux droits de l'homme, mais d’une décision définitive. Nous verrons si nous pourrons défendre cette position.

–Que souhaitez-vous dire aux lecteurs d’Amérique du Sud ?
–Je souhaite remercier tous les Sud-Américains pour leur soutien et les féliciter parce qu’ils ont reconnu à sa juste valeur la démocratie qui s’étend au-delà de nos frontières.

–Finalement, le régime de fait a manipulé le peuple hondurien en emmenant la sélection nationale auprès du dictateur Micheletti. Quelle lecture faites-vous de la classification du Honduras à la Coupe du monde de football 2010?

– Mon gouvernement compris, nous avons travaillé durant trois ans et demi avec la sélection nationale du Honduras dans son ensemble, laquelle a obtenu sa qualification lorsque les Etats-Unis ont battu le Costa Rica. Nous sommes parvenus à décrocher notre ticket pour le Mondial en Afrique du Sud et je félicite très chaleureusement la sélection pour la victoire qu’elle a offerte au peuple hondurien. Les intrigues et tout le reste font partie du folklore politique; il faut laisser le football en-dehors de tout ça.

–Merci Monsieur le Président.
–Merci à vous.

*Journaliste

Traduit par Chloé Meier pour Investig'Action.

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18/11/2009

Coup d'Etat au Honduras: histoire et perspectives

Coup d'Etat au Honduras: histoire et perspectives

Toon Danhieux (source: Cubanismo.net)

Il y a quelques semaines, les militaires et bureaucrates honduriens catapultaient leur pays à la une des journaux. Se faisant, ils nous rappelaient pourquoi leur Etat a enrichi naguère notre langage en y introduisant le concept de "république bananière".

Ces hommes voulaient rétablir "l’ordre constitutionnel". Ils sont parvenus à leurs fins en offrant à leur président, Miguel Zelaya, avant son petit-déjeuner dominical, une salve de tirs de mitraillettes, en s’introduisant chez lui par la force et en l’embarquant en pyjama dans un avion en partance pour le Costa Rica. Selon Roberto Micheletti, le nouveau président par intérim, la Cour Suprême a donné l’ordre d'intervenir afin "de restaurer la démocratie". Miguel Zelaya est accusé d’avoir violé la constitution. Pourtant, il a seulement voulu soumettre la population à une enquête non contraignante afin de savoir si un referendum pouvait avoir lieu en novembre 2009 et éventuellement engager le Honduras dans un processus de révision de sa constitution.

Vous avez bien lu. Pourtant, selon leurs dires, les putschistes ont agit pour défendre la démocratie et non pas parce que Miguel Zelaya cherchait à prolonger son mandat, comme l'ont annoncé tous les média belges sous la houlette de CNN. Si tel avait été le cas, son initiative était beaucoup trop tardive. En novembre prochain se tiendront de nouvelles élections aux Honduras et selon la constitution de ce pays, le président ne peut pas se représenter au terme de son mandat. Lors de ces élections également communales et parlementaires, Miguel Zelaya voulait seulement donner aux Honduriens la possibilité de se prononcer sur une éventuelle révision de la constitution, ce qui aurait permis au nouveau parlement de s'y atteler.

Vous froncez probablement les sourcils. Suis-je bien informé? Les hommes politiques honduriens sont-ils fous?, …. Sur ce dernier point, l’histoire jugera, mais de toute façon, ils ont peur. La caste politique sait qu’elle est très privilégiée par la démocratie représentative hondurienne et ce depuis 1982. Tous les 4 ans, le pouvoir change de mains entre deux partis qui partagent en fait les mêmes intérêts, ceux des citoyens les plus riches, soit 20% de la population. Les “Bleus” du parti nationaliste représentent plutôt les vieilles fortunes : les propriétaires terriens et les exportateurs de produits agricoles. Les “Rouges” du parti libéral rassemblent davantage les nouveaux riches que sont les industriels et les négociants internationaux. Depuis 25 ans, ces politiciens se partagent le pouvoir et voient avant tout, dans ce système politique le moyen de s'assurer des revenus et d'en assurer à leur famille et amis : la garantie de pouvoir s’enrichir tranquillement.

Tous les 4 ans, les 70% de pauvres que compte le pays (dont une grande partie pour ne pas dire tous sont analphabètes) sont invités à cocher le petit point bleu ou rouge de leur bulletin de vote. Ils y sont encouragés lors de festins locaux et pendant la campagne des partis politiques. Mais entre deux élections, ils ne doivent quasi rien espérer du gouvernement et lutter seuls, pour assurer leur sauvegarde et de celle de leurs enfants.

Un président reconverti?

Miguel Zelaya lui-même, riche négociant en bois était féru de ces roadshows politiques. Il était un fervent adepte de l’accord de libre-échange signé avec les Etats-Unis. Mais, durant son mandat, il a subitement changé son fusil d'épaule. Il a pris un certain nombre de mesures sociales telles que l’augmentation du salaire minimum légal (60%) et du salaire des enseignants. Il a aussi décidé de consacrer plus d’argent public à la lutte contre la pauvreté, à la protection du milieu …

Simultanément, il a essayé de se rapprocher de l’ALBA (l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique). Après le Venezuela, Cuba, la Bolivie et le Nicaragua, le Honduras a intégré cette structure qui vise à favoriser la coopération entre les gouvernements populaires d'Amérique latine. l’Equateur a rejoint l'ALBA, juste avant le coup d’état au Honduras.

Cette nouvelle collaboration internationale a un peu bénéficié aux Honduriens. Par le biais de contrats signés avec la firme Petrocaribe (une alliance de 19 pays de la région), Miguel Zelaya a pu sensiblement faire pression sur le prix de l'essence à la pompe. Par ailleurs, il a reçu des donations sous la forme entre autres de tracteurs, d'aide médicale (grâce aux Cubains) et de soutien pour mener à bien une campagne d'alphabétisation.

Si les syndicats de paysans et les organisations populaires ont salué ces initiatives, Zelaya n’était pas largement soutenu par sa population. Ses mesures sociales étaient plutôt perçues comme des initiatives personnelles et le mouvement populaire demeurait très partagé entre autres à cause de la répression qu'il a subie pendant des années. Zelaya a néanmoins suscité l’espérance. Peut-être était-il possible de passer d'une représentation élitiste de la population telle qu'elle existait dans la Grèce antique (1) à une représentation telle qu'elle existe au Venezuela. Une démocratie qui consulte et agit pour toute la population et donc aussi pour une majorité de gens pauvres.

C'est la grande peur des Rouges, des Bleus et des autres politiciens honduriens car les revenus de l’Etat ne leur seraient plus exclusivement réservés, mais seraient davantage consacrés à la satisfaction des besoins de la population. Leurs privilèges seraient menacés et le prix du travail pourrait augmenté. L’establishment judiciaire, directement tributaire du parti au pouvoir et les églises tant protestante que catholique ont également tiré la sonnette d’alarme. Ainsi, le cardinal Oscar Andrés Rodriguez a appelé Zelaya à quitter le pouvoir pour ne pas provoquer d’effusions de sang. Depuis des années, ce nonce reçoit 375 000 euro par mois du parlement. Il n'est pas étonnant qu'il soit monté au créneau.

Un bon vieux coup d'Etat!

Puisque le président élu n’était subitement plus capable de garantir le statu quo, les militaires ont été appelés à la rescousse. Durant la décennie précédente, ils s’étaient passablement ennuyés dans leur caserne. Depuis la chute des sandinistes au Nicaragua, les budgets faramineux venant des Etats-Unis avaient considérablement fondus. Avec l'argent subsistant de ces "généreuses donations" et par désoeuvrement, les officiers s'étaient constitués un empire commercial et industriel. Ils n'ont donc pas vu d'un bon oeil "les frasques sociales" de Zelaya. Le coup d’Etat s'apparente à une attaque désespérée de la bourgeoisie contre la nouvelle vague de démocratie qui a aussi atteint le Honduras.

Contrairement à Miguel Zelaya qui n'a pu s'en occuper, le leader putschiste Roberto Micheletti a favorisé la réunification du mouvement populaire. Depuis une quizaine de jours, ce dernier remplit les rues des grandes villes et n’accorde aucun répit à la junte. Les putschistes ont dès lors déployé tous les registres de la répression. Ils ont déjà emprisonné des centaines d’opposants, instauré un couvre-feu, imposé aux Honduriens une interdiction de se rassembler même dans les habitations privées, fermé des stations de radio et des chaînes de télévision, arrêté des journalistes, molesté des coopérants cubains,….et désigné comme conseillé ministériel Billy Fernando Joya. Billy est une vieille connaissance des Honduriens. A la fin des années 1970, il a entraîné le bataillon 3-16, qui a perpétré des dizaines d’assassinats politiques.

Que penser de l'oncle Sam et de son neveu Obama?


Chef de l’armée, figure de proue du coup d’Etat et Sauveur de la démocratie comme il aime à se qualifier, Roméo Vasquez Vélasquez a fréquenté comme tous les officiers supérieurs honduriens la l'U.S. Army School of the Americas. Cette institution a formé des centaines de meneurs de coups d’Etats et de tortionnaires en Amérique latine et au Honduras. Un de ces anciens élèves, l'ex-chef des forces armées honduriennes, le général Gustavo Álvarez Martínez était si brutal que ses  officiers ont fini par l'éjecter en 1984.

Dans les années 1970 et 1980, ce n'est pas un hasard si le Honduras était surnommé le "porte-avions des Etats-Unis". La CIA y entraînait et approvisionnait les contras qui terrorisaient le gouvernement sandiniste et les Nicaraguayens. C'est aussi au Honduras que les USA ont établi la base de Palmerola, une de leurs plus grandes bases qui leur a pemis de soutenir des actions contre-révolutionnaires au Salvador, au Guatemala et au Nicaragua. A ce jour, 600 militaires américains stationnent toujours sur la base de Soto Cano et plus de 50 exercices rassemblent annuellement les forces armées américaines et honduriennes, alors que ces dernières continuent de recevoir d'importants subsides du Pentagone.

Malgré tout, Washington a condamné le coup d’Etat, après que le reste du monde l’ait fait. Obama n'a pas voulu recevoir Miguel Zelaya qui a finalement été invité par Hillary Clinton à prendre le café. Elle l'a renvoyé à des "négociations" sous la houlette du président costaricain : Oscar Arias. Comme il fallait le prévoir, celles-ci n'ont jusqu'à présent rien donné.
Hier, les républicains critiquaient les agissements d’Obama au Congrès en prétendant qu'il se liait aux présidents Chavez et Ortega. Pour eux, ces hommes sont des communistes. Il faut donc les éviter. Les démocrates ont défendu Obama lorsque ce dernier a désapprouvé le coup d’Etat. Peut-être tout ceci démontre que les forces de droite dont la CIA fait partie, frustrées par la faiblesse des Etats-Unis dans la région, ne sont pas totalement sous contrôle. Peut être voyaient-elles le Honduras comme le détonateur d'une série de réactions visant à réinstaurer la droite dans les tous les pays de l’ALBA? A cet égard, l'entrée de l’Equateur dans l’ALBA, la veille du coup d’Etat serait assez révélatrice. Si ces hypothèses devaient se confirmer, on peut dire que "la répétition hondurienne" est faible, comme le prouve le fait d'exhiber une fausse lettre de démission, de commettre des actes brutaux dans la demeure présidentielle devant la presse internationale et de nommer un tortionnaire comme conseiller ministériel, … Les réactions n’ont pas été justement estimées car même le Guatemala et la Colombie, les alliés les plus fidèles des Etats-Unis ont immédiatement et catégoriquement condamné le coup d Etat et exigé le retour du président Miguel Zelaya.

Hugo Llorens, l’ambassadeur des Etats-Unis au Honduras a reconnu s’être allié aux putschistes quelques semaines avant la concrétisation du coup d'Etat. Selon ses dires, il voulait les empêcher de mener à bien leur projet. Mais pourquoi n’a-t-il pas dévoilé leurs plans, lorsqu’il a compris qu’il n'y parviendrait pas?

L'USAID, l'Agence des Etats-Unis pour le développement international finance à concurrence de 50 millions de $ par an des groupes de la soi-disant société civile hondurienne. L'institution républicaine NED (National Endowment for Democracy), verse elle aussi plusieurs millions de dollars à des groupes comme "Paix et Démocratie" grands promoteurs ses dernières semaines, des manifestations pro-Micheletti. Elle rassemble des messieurs et des dames très convenables et richement vêtus. Signalons que c'est l’ex-candidat républicain à la présidence, John Mc Cain qui a organisé la visite des Etats-Unis par une délégation de la junte.
Il n'est pas impossible que ce coup d’Etat soit une tentative de déstabiliser Obama, lui-même, orchestrée par les vautours du Pentagone. L'objectif serait de le pousser dans un conflit avec les gouvernements de gauche latinos-américains afin qu'il abandonne l'attitude teintée de prudence qu'il a adopté à leur égard et que l'on a pu observer en avril 2009, lors du cinquième Sommet des Amériques.

Que faire après les négociations?

Les négociations au Costa-Rica sont peut-être un enfant mort-né. Si jamais elles aboutissent, ce serait toujours au détriment des droits des Honduriens. Ces pourparlers permettent à la junte de gagner du temps et d'afficher sa "bonne volonté". Le Bloc Populaire et tous les mouvements populaires honduriens, prétendent à juste titre qu’il est impossible de négocier le retour du président Miguel Zelaya. Or, la seule solution envisageable est que Micheletti et sa junte quittent définitivement le pouvoir.

Puisque Zelaya ne peut pas compter sur le soutien de l’armée, un contre coup d’Etat est improbable. En fait, seuls les Etats-Unis sont capables de contraindre les troupes de Romeo Vasquez à réintégrer leur caserne. Jusqu‘à présent, la Maison Blanche n’a pas officiellement reconnu le coup d’Etat au Honduras. Si elle s'y résout cela signifierait que les crédits, les facilités financières, les approvisionnement en pétrole ... accordés à la junte devraient immédiatement cesser et que les putschistes seraient dès lors bien inspirés de faire leurs valises. Où pourraient-ils ensuite les déposer? La question reste posée et mérite qu'on s'y attarde. Ce qui est sûr, c'est que l'action du Bloc Populaire et de tous ceux qui veulent le soutenir ne sera efficace qu'en faisant pression sur la Maison Blanche - directement ou via l’Europe – afin de boycotter au plus vite la junte de Roberto Micheletti.

(1) qui ne prenait pas en considération les esclaves alors qu'ils représentaient 80% de la population.

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16/11/2009

Le dessous du prix Nobel de la paix 2009

Le dessous du prix Nobel de la paix 2009
Thierry Meyssan (source: Voltairenet.org

Si l’attribution du prix Nobel de la paix a donné lieu à un concert de louanges parmi les dirigeants de l’alliance atlantique, elle a aussi suscité le scepticisme dans le monde. Plutôt que de débattre des bonnes raisons qui pourraient a posteriori justifier ce choix étonnant, Thierry Meyssan expose la corruption du Comité Nobel et les liens unissant son président, Thorbjørn Jagland, aux collaborateurs d’Obama.

« Ce matin, en écoutant les nouvelles, ma fille est entrée et m’a dit : “Papa, tu es Prix Nobel de la paix” » [1]. Telle est la touchante histoire que le président des États-Unis a raconté à des journalistes complaisants pour attester qu’il n’avait jamais souhaité cette distinction et en était le premier surpris. Sans chercher plus loin, ceux-ci ont immédiatement titré leurs journaux sur « l’humilité » de l’homme le plus puissant du monde.

À vrai dire, on ne sait ce qui doit le plus surprendre : l’attribution d’une si prestigieuse distinction à Barack Obama, la mise en scène grotesque qui l’accompagne, ou encore la méthode utilisée pour corrompre le jury et détourner ce prix de sa vocation initiale.

En premier lieu, rappelons que, selon le règlement du Comité Nobel, les candidatures sont présentées par des institutions (des parlements nationaux et des académies politiques) et par des personnalités qualifiées, principalement des magistrats et les anciens récipiendaires. En théorie, une candidature peut-être présentée sans que le candidat en ait été averti. Cependant, lorsque le jury prend sa décision, il établit un lien direct avec l’impétrant de sorte qu’il en soit informé une heure avant la conférence de presse. Pour la première fois de son histoire, le Comité Nobel aurait omis cette courtoisie. C’est, nous assure son porte-parole, qu’il n’osait réveiller le président des États-unis en pleine nuit. Peut-être ignorait-il que des conseillers se relayent à la Maison-Blanche pour recevoir les appels d’urgence et réveiller le président si nécessaire. Au demeurant, le comité Nobel avait au moins informé le journaliste Gerhard Helsok qui avait annoncé la nouvelle la veille sur la chaîne norvégienne TV2.

La gentille saynète de la petite fille annonçant le Prix Nobel à son papa ne suffit pas à dissiper le malaise provoqué par cette distinction. Selon le vœux d’Alfred Nobel, le prix récompense « la personnalité ayant [au cours de l’année précédente] le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Dans l’esprit du fondateur, il s’agissait de soutenir une action militante et non de décerner un brevet de bonnes intentions à un chef d’État. Les lauréats ayant parfois bafoué le droit international postérieurement à la réception de leur prix, le Comité Nobel a décidé, il y a quatre ans, de ne plus récompenser un acte particulier, mais de n’honorer que des personnalités ayant consacré leur vie à la paix. Ainsi, Barack Obama aurait été le plus méritant des militants de la paix en 2008 et n’aurait commis aucune atteinte majeure au droit international en 2009. Sans parler des personnes toujours détenues à Guantanamo et Bagram, ni des Afghans et des Irakiens confrontés à une occupation étrangère, qu’en pensent les Honduriens écrasés par une dictature militaire ou les Pakistanais dont le pays est devenu la nouvelle cible de l’Empire ?

Venons-en au cœur du propos, à ce que la « communication » de la Maison-Blanche et les médias anglo-saxons veulent cacher au public : les liens sordides entre Barack Obama et le Comité Nobel.

En 2006, l’European Command (c’est-à-dire le commandement régional des troupes US dont l’autorité couvrait alors à la fois l’Europe et l’essentiel de l’Afrique) sollicita le sénateur d’origine kenyane Barack Obama pour participer à une opération secrète inter-agences (CIA-NED-USAID-NSA). Il s’agissait d’utiliser son statut de parlementaire pour mener une tournée en Afrique qui permettrait à la fois d’y défendre les intérêts des groupes pharmaceutiques (face aux productions hors brevets) et de repousser l’influence chinoise au Kenya et au Soudan [2]. Seul l’épisode kenyan nous intéresse ici.

La déstabilisation du Kenya

Barack Obama et sa famille, accompagnés d’un attaché de presse (Robert Gibbs) et d’un conseiller politico-militaire (Mark Lippert), arrivent à Nairobi dans un avion spécial affrété par le Congrès. Leur appareil est suivi d’un second avion, celui-ci affrété par l’US Army, et transportant une équipe de spécialistes en guerre psychologique commandée par le général prétendument à la retraite J. Scott Gration. 
Le Kenya est alors un plein boom économique. Depuis le début de la présidence de Mwai Kibaki, la croissance est passée de 3,9 à 7,1 % du PIB et la pauvreté a reculé de 56 à 46 %. Ces résultats exceptionnels ont été obtenus en réduisant les liens économiques post-coloniaux avec les Anglo-Saxons et en leur substituant des accords plus équitables avec la Chine. Pour casser, le miracle kenyan, Washington et Londres ont décidé de renverser le président Kibaki et d’imposer un opportuniste dévoué, Raila Odinga [3]. Dans cette perspective, la National Endowment for Democracy a suscité la création d’une nouvelle formation politique, le Mouvement orange, et complote une « révolution colorée » à l’occasion des prochaines élections législatives de décembre 2007.

Le sénateur Obama est accueilli comme un enfant du pays et son voyage est hyper-médiatisé. Il s’ingère dans la vie politique locale et participe aux meetings de Raila Odinga. Il appelle à une « révolution démocratique », tandis que son « accompagnateur », le général Gration, remet à Odinga 1 million de dollars en liquide. Ces interventions déstabilisent le pays et suscitent les protestations officielles de Nairobi auprès de Washington. 
À l’issue de cette tournée, Obama et le général Gration vont au rapport chez le général James Jones (alors patron de l’European Command et suprême commandeur de l’OTAN) à Stuttgart, avant de retourner aux États-unis.

L’opération continue. Madeleine Albright, en qualité de présidente du NDI (la branche de la National Endowmement for Democracy [4] spécialisée dans le traitement des partis de gauche) fait le voyage de Nairobi où elle supervise l’organisation du Mouvement orange. Puis John McCain, en qualité de président de l’IRI (la branche de la National Endowmement for Democracy spécialisée dans le traitement des partis de droite) vient compléter la coalition d’opposition en traitant de petites formations de droite [5]. 
Lors des élections législatives de décembre 2007, un sondage financé par l’USAID annonce la victoire d’Odinga. Le jour du vote, John McCain déclare que le président Kibaki a truqué le scrutin en faveur de son parti et qu’en réalité, c’est l’opposition conduite par Odinga qui a gagné. La NSA, de concert avec des opérateurs locaux de téléphonie, adresse des SMS anonymes à la population. Dans les zones peuplées par des Luos (l’ethnies d’Odinga), ils disent « Chers Kenyans, les Kikuyus ont volé l’avenir de nos enfants… Nous devons les traiter de la seule manière qu’ils comprennent… la violence ». Tandis que dans les zones peuplées par des Kikuyus, ils sont rédigés ainsi : « Le sang d’aucun Kikuyu innocent ne sera versé. Nous les massacrerons jusqu’au cœur de la capitale. Pour la Justice, établissez une liste de Luos que vous connaissez. Nous vous enverrons les numéros de téléphone où transmettre ces informations ». En quelques jours, ce pays paisible sombre dans les violences communautaires. Les émeutes font plus de 1 000 morts et 300 000 déplacés. 500 000 emplois sont détruits. 
Madeleine Albright est de retour. Elle propose sa médiation entre le président Kibaki et l’opposition qui tente de le renverser. Avec finesse, elle s’écarte et place sur le devant de la scène l’Oslo Center for Peace and Human Rights. Le directoire de cette ONG respectée est nouvellement présidé par l’ex-Premier ministre de Norvège, Thorbjørn Jagland. Rompant avec la tradition d’impartialité du Centre, il dépêche deux médiateurs sur place, dont tous les frais sont pris en charge par le NDI de Madeleine Albright (c’est-à-dire in fine sur le budget du département d’État des États-Unis) : un autre ancien Premier ministre norvégien, Kjell Magne Bondevik, et l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan (le Ghanéen est très présent dans les États scandinaves depuis qu’il a épousé la petite nièce de Raoul Wallenberg). 
Obligé pour rétablir la paix civile d’accepter le compromis qu’on lui impose, le président Kibaki accepte de créer un poste de Premier ministre et de le confier à Raila Odinga. Celui-ci entreprend immédiatement de réduire les échanges avec la Chine.

Petits cadeaux entre amis


Si l’opération kenyane s’arrête là, la vie des protagonistes continue. Thorbjørn Jagland négocie un accord entre la national Endowment for Democracy et l’Oslo Center, qui est formalisé en septembre 2008. Une fondation jointe est créée à Minneapolis qui permet à la CIA de subventionner indirectement l’ONG norvégienne. Celle-ci intervient pour le compte de Washington au Maroc et surtout en Somalie [6]. 
Obama est élu président des États-Unis. Odinga proclame plusieurs jours de fête nationale au Kenya pour célébrer le résultat de l’élection aux États-Unis. Le général Jones devient conseiller de sécurité nationale. Il prend Mark Lippert comme chef de cabinet et le général Gration comme adjoint. 
Durant la transition présidentielle aux USA, le président de l’Oslo Center, Thorbjørn Jagland, est élu président du Comité Nobel, malgré le risque que représente pour l’institution un politicien aussi retors [7]. La candidature de Barack Obama au Prix Nobel de la paix est déposée au plus tard le 31 janvier 2009 (date limite réglementaire [8]), soit douze jours après sa prise de fonction à la Maison-Blanche. De vifs débats animent le Comité qui ne parvient toujours pas à s’accorder sur un nom début septembre, comme le prévoir le calendrier habituel [9]. Le 29 septembre, Thorbjørn Jagland est élu secrétaire général du Conseil de l’Europe à la suite d’un accord en sous-main entre Washington et Moscou [10]. Ce bon procédé en appelait un autre en échange. Bien que la qualité de membre du Comité Nobel soit incompatible avec une fonction politique exécutive majeure, Jagland ne démissionne pas. Il argue du fait que la lettre du règlement interdit le cumul avec une fonction ministérielle et ne dit rien du Conseil de l’Europe. Il rentre donc à Oslo le 2 octobre. Le jour-même, le Comité désigne le président Obama, Prix de la paix 2009.

Dans son communiqué officiel, le Comité déclare sans rire : « Il est très rare qu’une personne, à l’instar d’Obama, ait réussi à captiver l’attention de tous et leur donner l’espoir d’un monde meilleur. Sa diplomatie est basée sur le concept que ceux qui dirigent le monde doivent le faire sur un socle de valeurs et de comportements partagés par la majorité des habitants de la planète. Pendant 108 ans, le comité du prix Nobel a cherché à stimuler ce type de politique internationale et ces démarches dont Obama est le principal porte-parole » [11].

De son côté, l’heureux lauréat a déclaré : « Je prends la décision du comité Nobel avec surprise et une profonde humilité (…) J’accepterai cette récompense comme un appel à l’action, un appel lancé à tous les pays pour qu’ils se dressent face aux défis communs du XXIe siècle ». Ainsi donc, cet homme « humble » estime incarner « tous les pays ». Voilà qui n’augure rien de pacifique.

[1] « Déclaration de Barack Obama à l’annonce du prix Nobel de la paix 2009 » , Réseau Voltaire, 9 octobre 2009.
[2] Sur le détail de cette opération, voir Le Rapport Obama, par Thierry Meyssan, à paraître.
[3] Raila Odinga est le fils de Jaramogi Oginga Odinga, qui eut pour principal conseiller politique le père de Barack Obama.
[4] « La NED, nébuleuse de l’ingérence "démocratique" », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 janvier 2004.
[5] Jadis les États-Unis avaient créé un parti à eux au kenya, dirigé par Tom Mboya. Il s’agissait à l’époque de lutter contre l’influence russe et —déjà— chinoise.
[6] L’Oslo Center a également participé à la déstabilisation de l’Iran, lors de l’élection présidentielle, en acheminant des fonds vers l’ancien président Khatami.
[7] Vice-président de l’Internationale socialiste, Thorbjørn Jagland est un fervent partisan de l’OTAN et de l’entrée de la Norvège dans l’Union européenne. Il fréquente les élites mondialistes et a participé aux travaux du Council on Foreign Relations, de la Commission trilatérale et du Groupe de Bilderberg. Son bilan politique a été entaché par plusieurs scandales de corruption touchant ses proches, notamment son ami et ministre du Plan Terje Rød Larsen (l’actuel coordinateur de l’ONU pour les négociations au Proche-Orient).
[8] 205 candidatures ont été déposées. Mais, conformément au règlement seules 199 ont été jugées recevables. Ce chiffre ayant été atteint, le Comité Nobel n’avait pas la possibilité d’ajouter des noms supplémentaires au cours de ses délibérations.
[9] Le prix devait être décerné le 9 octobre. Pour des raisons d’organisation, le lauréat aurait dû être déterminé au plus tard au 15 septembre.
[10] Bien que les États-Unis ne soient pas membres du Conseil de l’Europe, ils y ont une grande influence. Moscou ne tenait pas à Jagland, mais voulait faire barrage au Polonais Wlodzimierz Cimoszewicz.
[11] « Communiqué du Comité Nobel norvégien sur le prix de la Paix 2009 », Réseau Voltaire, 9 octobre 2009.

15:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kenya, obama, domination, armees, nobel, mensonges, usa |  Facebook |

13/11/2009

Le capitalisme, une parenthèse dans l'histoire.

«Marx n’a jamais été aussi utile»
Samir Amin   (source: Investig'Action, le site de Michel Collon)

La crise économique mondiale est une crise du capitalisme. Ce n'est pas la première, bien sûr, mais pour l'économiste Samir Amin, elle pourrait être l'occasion de remettre en cause les fondements-même du capitalisme. Pour sortir, non pas de la crise du capitalisme, mais du capitalisme en crise.

LE CAPITALISME, UNE PARENTHÈSE DANS L’HISTOIRE

Le principe de l’accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l’avait compris, imaginait qu’un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l’un ni l’autre n’était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s’imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait par contre imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd’hui dans les mains de l’oligarchie.

L’accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s’exprime principalement par le contraste grandissant entre l’opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l’axe central de l’alternative « socialisme ou barbarie ».

Le capitalisme historique « réellement existant » est associé à des formes successives d’accumulation par dépossession, non pas seulement à l’origine (« l’accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l’a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système.

Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s’imposer d’une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l’histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l’Asie et de l’Afrique qui ont fait l’histoire du XXème siècle – la première vague de luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.

L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.

Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIème siècle.  La dépossession des paysanneries (d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l’accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro-carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l’avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l’humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.

Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale.  Dans cet esprit la « crise de l’énergie » n’est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates. Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l’impérialisme collectif de s’assurer le monopole de l’accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s’approprier la rente impérialiste, quand bien même l’utilisation de ces ressources demeurerait ce qu’elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.

D’UNE LONGUE CRISE À L’AUTRE

La crise actuelle n’est donc ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.

Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l’initiative au capital des oligopoles ?

Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXème siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.

Le capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s’effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d’expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus-value générée par l’exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d’une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l’époque font l’éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social-démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.

Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le «  maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l’origine de l’effondrement financier de 1929 et de la dépression qu’elle va entraîner jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Le « long XXème siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant ( au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d’une première vague triomphante de révolutions anti-capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique.

La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971, avec l’abandon de la convertibilité or du dollar, presqu’exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d’investissement, et de croissance s’effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. Mêmes discours d’accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c’est la « fin de l’histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s’est accompagnée dès le début par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990.  Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné 1929, la seconde a produit 2008. Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D’autant que les pouvoirs en place n’envisagent rien d’autre que la restauration du système tel qu’il était avant son effondrement financier.

L’analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.

SORTIR DE LA CRISE DU CAPITALISME OU SORTIR DU CAPITALISME EN CRISE?

Derrière la crise financière, la crise systémique du capitalisme des oligopoles.

Le capitalisme contemporain est d’abord et avant tout un capitalisme d’oligopoles au sens plein du terme (ce qu’il n’était qu’en partie jusqu’ici). J’entends par là que les oligopoles commandent seuls la reproduction du système productif dans son ensemble. Ils sont « financiarisés » dans le sens qu’eux seuls ont accès au marché des capitaux. Cette financiarisation donne au marché monétaire et financier – leur marché, celui sur lequel ils se concurrencent entre eux – le statut de marché dominant, qui façonne et commande à son tour les marchés du travail et d’échange de produits.

Cette financiarisation mondialisée s’exprime par une transformation de la classe bourgeoise dirigeante, devenue ploutocratie rentière. Les oligarques ne sont pas russes seulement, comme on le dit trop souvent, mais bien davantage étatsuniens, européens et japonais. Le déclin de la démocratie est le produit inévitable de cette concentration du pouvoir au bénéfice exclusif des oligopoles.

La forme nouvelle de la mondialisation capitaliste, qui correspond à cette transformation, par opposition à celle qui caractérisait la première « belle époque », est elle également importante à préciser. Je l’ai exprimé dans une phrase : le passage de l’impérialisme conjugué au pluriel (celui des puissances impérialistes en conflit permanent entre elles) à l’impérialisme collectif de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon).

Les monopoles qui émergent en réponse à la première crise du taux de profit se sont constitués sur des bases qui ont renforcé la violence de la concurrence entre les puissances impérialistes majeures de l’époque, et conduit au grand conflit armé amorcé en 1914 et poursuivi à travers la paix de Versailles puis la seconde guerre jusqu’en 1945. Ce que Arrighi, Frank, Wallerstein et moi même avons qualifié dés les années 1970 de « guerre de trente ans », terme repris depuis par d’autres.

Par contre la seconde vague de concentration oligopolistique, amorcée dans les années 1970, s’est constituée sur de toutes autres bases, dans le cadre d’un système que j’ai qualifié « d’impérialisme collectif » de la triade ( Etats-Unis, Europe et Japon). Dans cette nouvelle mondialisation impérialiste, la domination des centres ne s’exerce plus par le monopole de la production industrielle (comme c’était le cas jusqu’ici), mais par d’autres moyens (le contrôle des technologies, des marchés financiers, de l’accès aux ressources naturelles de la planète, de l’information et des communications, des armements de destruction massive). Ce système que j’ai qualifié « d’apartheid à l’échelle mondiale » implique la guerre permanente contre les Etats et les peuples des périphéries récalcitrantes, guerre amorcée dès 1990 par le déploiement du contrôle militaire de la planète par le Etats-Unis et leurs alliés subalternes de l’OTAN.

La financiarisation de ce système est indissociable, dans mon analyse, de son caractère oligopolistique affirmé. Il s’agit là d’une relation organique fondamentale. Ce point de vue n’est pas celui qui domine, non seulement dans la littérature volumineuse des économistes conventionnels, mais encore dans la plupart des écrits critiques concernant la crise en cours.

C’est ce système dans son ensemble qui est désormais en difficulté.

Les faits sont déjà là : l’effondrement financier est déjà en passe de produire non pas une « récession » mais une véritable dépression profonde. Mais au-delà, d’autres dimensions de la crise du système ont émergé à la conscience publique avant même l’effondrement financier. On en connait les grands titres – crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques – et de nombreuses analyses de ces aspects des défis contemporains sont produites quotidiennement, dont quelques unes de la plus grande qualité..

Je reste néanmoins critique à l’endroit de ce mode de traitement de la crise systémique du capitalisme, qui isole trop les différentes dimensions du défi. Je redéfinis donc les « crises » diverses comme les facettes du même défi, celui du système de la mondialisation capitaliste contemporaine (libérale ou pas) fondé sur la ponction que la rente impérialiste opère à l’échelle mondiale, au profit de la ploutocratie des oligopoles de l'impérialisme collectif de la triade.

La vraie bataille se livre sur ce terrain décisif entre les oligopoles qui cherchent à produire et reproduire les conditions qui leur permettent de s’approprier la rente impérialiste et toutes leurs victimes – travailleurs de tous les pays du Nord et du Sud, peuples des périphéries dominées condamnées à renoncer à toute perspective de développement digne de ce nom.

Je proposais donc une conceptualisation des formes nouvelles de domination des centres impérialistes fondée sur l’affirmation de modes nouveaux de contrôle se substituant au monopole ancien de l’exclusive industrielle, ce que la montée des pays qualifiés depuis « d’émergents » a confirmé. Je qualifiais la nouvelle mondialisation en construction « d’aparheid à l’échelle mondiale », appelant la gestion militarisée de la planète, perpétuant dans des conditions nouvelles la polarisation indissociable de l’expansion du « capitalisme réellement existant ».

LA SECONDE VAGUE D’ÉMANCIPATION DES PEUPLES: UN «REMAKE» DU XXÈME SIÈCLE OU MIEUX?

Le monde contemporain est gouverné par des oligarchies. Oligarchies financières aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, qui dominent non seulement la vie économique, mais tout autant la politique et la vie quotidienne. Oligarchies russes à leur image que l’Etat russe tente de contrôler. Statocratie en Chine. Autocraties (parfois cachées derrière quelques apparences d’une démocratie électorale « de basse intensité ») inscrites dans ce système mondial ailleurs dans le reste de la planète.

La gestion de la mondialisation contemporaine par ces oligarchies est en crise.

Les oligarchies du Nord comptent bien rester au pouvoir, le temps de la crise passé. Elles ne se sentent pas menacées. Par contre la fragilité des pouvoirs des autocraties du Sud est, elle, bien visible. La mondialisation en place est, de ce fait, fragile. Sera-t-elle remise en question par la révolte du Sud, comme ce fut le cas au siècle passé ? Probable. Mais triste. Car l’humanité ne s’engagera sur la voie du socialisme, seule alternative humaine au chaos, que lorsque les pouvoirs des oligarchies, de leurs alliés et de leurs serviteurs seront mis en déroute à la fois dans les pays du Nord et dans ceux du Sud.

Le capitalisme est « libéral » par nature, si l’on entend par « libéralisme » non pas ce joli qualificatif que le terme inspire, mais l’exercice plein et entier de la domination du capital non pas seulement sur le travail et l’économie, mais sur tous les aspects de la vie sociale. Il n’y a pas « d’économie de marché » (expression vulgaire pour dire capitalisme) sans « société de marché ». Le capital poursuit obstinément cet objectif unique. L’Argent. L’accumulation pour elle-même. Marx, mais après lui d’autres penseurs critiques comme Keynes, l’ont parfaitement compris. Pas nos économistes conventionnels, ceux de gauche inclus.

Ce modèle de domination exclusive et totale du capital avait été imposé avec obstination par les classes dirigeantes tout au long de la longue crise précédente jusqu’en 1945. Seule la triple victoire de la démocratie, du socialisme et de la libération nationale des peuples avait permis, de 1945 à 1980, la substitution à ce modèle permanent de l’idéal capitaliste, de la coexistence conflictuelle des trois modèles sociaux régulés qu’ont été le Welfare State de la social-démocratie à l’Ouest, les socialismes réellement existants à l’Est et les nationalismes populaires au Sud. L’essoufflement puis l’effondrement de ces trois modèles a par la suite rendu possible un retour à la domination exclusive du capital, qualifiée de néo-libérale.

Les désastres sociaux que le déploiement du libéralisme – « l’utopie permanente du capital » ai-je écrit – n’allait pas manquer de provoquer ont inspiré bien des nostalgies du passé récent ou lointain. Mais ces nostalgies ne permettent pas de répondre au défi. Car elles sont le produit d’un appauvrissement de la pensée critique théorique qui s’était progressivement interdit de comprendre les contradictions internes et les limites des systèmes de l’après seconde guerre mondiale, dont les érosions, les dérives et les effondrements sont apparus comme des cataclysmes imprévus.

Néanmoins, dans le vide créé par ces reculs de la pensée théorique critique, une prise de conscience de dimensions nouvelles de la crise systémique de civilisation a trouvé le moyen de se frayer la voie. Je fais référence ici aux écologistes. Mais les Verts, qui ont prétendu se distinguer radicalement et tout également des Bleus (les conservateurs et les libéraux) et des Rouges (les Socialistes) se sont enfermés dans l’impasse, faute d’intégrer la dimension écologique du défi dans une critique radicale du capitalisme.

Tout était en place donc pour assurer le triomphe – passager en fait, mais qui s’est vécu comme « définitif » - de l’alternative dite de la « démocratie libérale ». Une pensée misérable – une véritable non pensée – qui ignore ce que pourtant Marx avait dit de décisif concernant cette démocratie bourgeoise qui ignore que ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés par ces décisions. Ceux qui décident, jouissent de la liberté renforcée par le contrôle de la propriété, sont aujourd’hui les ploutocrates du capitalisme des oligopoles et les Etats qui sont leurs débiteurs. Par la force des choses les travailleurs et les peuples concernés ne sont guère que leurs victimes. Mais de telles billevesées pouvaient paraître crédibles, un court moment, du fait des dérives des systèmes de l’après-guerre, dont la misère des dogmatiques ne parvenait plus à comprendre les origines. La démocratie libérale pouvait alors paraître le « meilleur des systèmes possibles ».

Aujourd’hui les pouvoirs en place, qui eux n’avaient rien prévu, s’emploient à restaurer ce même système. Leur succès éventuel, comme celui des conservateurs des années 1920 – que Keynes dénonçait sans trouver d’écho à l’époque – ne pourra qu’aggraver l’ampleur des contradictions qui sont à l’origine de l’effondrement financier de 2008.

La récente réunion du G20 (Londres, avril 2009) n’amorce en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n’est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l’OTAN, le bras armé de l’impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer.

On savait déjà que les gouvernements de la triade – Etats-Unis, Europe et Japon – poursuivent l’objectif exclusif d’une restauration du système tel qu’il était avant septembre 2008. Plus intéressant est le fait que les leaders des « pays émergents » invités ont gardé le silence. Une seule phrase intelligente a été prononcée au cours de cette journée de grand cirque, par le Président chinois Hu Jintao, qui a fait observer « en passant », sans insister et avec le sourire (narquois ?), qu’il faudra bien finir par envisager la mise en place d’un système financier mondial qui ne soit pas fondé sur le dollar. Quelques rares commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement  - correct – avec les propositions de Keynes en 1945.

Cette « remarque » nous rappelle à la réalité : que la crise du système du capitalisme des oligopoles est indissociable de celle de l’hégémonie des Etats-Unis, à bout de souffle. Mais qui prendra la relève ? Certainement pas « l’Europe » qui n’existe pas en dehors de l’atlantisme et ne nourrit aucune ambition d’indépendance, comme l’assemblée de l’OTAN l’a démontré une fois de plus. La Chine ? Cette « menace », que les médias invoquent à satiété (un nouveau « péril jaune ») sans doute pour légitimer l’alignement atlantiste, est sans fondement. Les dirigeants chinois savent que leur pays n’en a pas les moyens, et ils n’en ont pas la volonté. La stratégie de la Chine se contente d’oeuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable.

Les chances donc d’un développement possible allant dans ce sens reposent encore intégralement sur les pays du Sud. Et ce n’est pas un hasard si la Cnuced est la seule institution de la famille des Nations Unies qui ait pris des initiatives fort différentes de celles de la commission Stiglitz. Ce n’est pas un hasard si son directeur, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, considéré jusqu’à ce jour comme un parfait libéral, ose proposer dans le rapport de l’organisation intitulé « The Global Economic Crisis », daté de mars 2009, des avancées réalistes s’inscrivant dans la perspective d’un second moment de « l’éveil du Sud ».

La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’OTAN.

L’assemblée de l’OTAN, réunie dans la même foulée en avril 2009, a entériné la décision de Washington, non pas d’amorcer son désengagement militaire, mais au contraire d’en accentuer l’ampleur.

UN NOUVEL INTERNATIONALISME DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES EST NÉCESSAIRE ET POSSIBLE

Le capitalisme historique est tout ce qu’on veut sauf durable. Il n’est qu’une parenthèse brève dans l’histoire. Sa remise en cause fondamentale - que nos penseurs contemporains, dans leur grande majorité, n’imaginent ni « possible » ni même « souhaitable » – est pourtant la condition incontournable de l’émancipation des travailleurs et des peuples dominés (ceux des périphéries, 80 % de l’humanité). Et les deux dimensions du défi sont indissociables. Il n’y aura pas de sortie du capitalisme par le moyen de la seule lutte des peuples du Nord, ou par la seule lutte des peuples dominés du Sud. Il n’y aura de sortie du capitalisme que lorsque, et dans la mesure où, ces deux dimensions du même défi s’articuleront l’une avec l’autre. Il n’est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la planète. Le scénario d’un « remake » possible du XXème siècle restera donc en deçà des exigences d’un engagement de l’humanité sur la longue route de la transition au socialisme mondial. Le désastre libéral impose un renouveau de la critique radicale du capitalisme. Le défi est celui auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique.

La construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant la perspective d'un dépassement du capitalisme.

Dans les pays du Sud le combat des Etats et des nations pour une mondialisation négociée sans hégémonies – forme contemporaine de la déconnexion – soutenu par l'organisation des revendications des classes populaires peut circonscrire et limiter les pouvoirs des oligopoles de la triade impérialiste. Les forces démocratiques dans les pays du Nord doivent soutenir ce combat. Le discours « démocratique » proposé, et accepté par la majorité des gauches telles qu’elles sont, les interventions « humanitaires » conduites en son nom comme les pratiques misérables de « l'aide » écartent de leurs considérations la confrontation réelle avec ce défi.

Dans les pays du Nord les oligopoles sont déjà visiblement des « biens communs » dont la gestion ne peut être confiée aux seuls intérêts particuliers (dont la crise a démontré les résultats catastrophiques). Une gauche authentique doit avoir l'audace d'en envisager la nationalisation, étape première incontournable dans la perspective de leur socialisation par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies en place.

La première vague de luttes pour le socialisme, celle du XXème siècle, a démontré les limites des social-démocraties européennes, des communismes de la troisième internationale et des nationalismes populaires de l'ère de Bandoung, l'essoufflement puis l'effondrement de leurs ambitions socialistes. La seconde vague, celle du XXIème siècle, doit en tirer les leçons. En particulier associer la socialisation de la gestion économique et l'approfondissement de la démocratisation de la société. Il n'y aura pas de socialisme sans démocratie, mais également aucune avancée démocratique hors de la perspective socialiste.

Ces objectifs stratégiques invitent à penser la construction de « convergences dans la diversité » (pour reprendre l'expression retenue par le Forum Mondial des Alternatives) des formes d'organisation et de luttes des classes dominées et exploitées. Et il n'est pas dans mon intention de condamner par avance celles de ces formes qui, à leur manière, renoueraient avec les traditions des social-démocraties, des communismes et des nationalismes populaires, ou s'en écarteraient.

Dans cette perspective il me paraît nécessaire de penser le renouveau d'un marxisme créateur. Marx n’a jamais été aussi utile, nécessaire, pour comprendre et transformer le monde, aujourd’hui autant et même plus encore qu’hier. Etre marxiste dans cet esprit c'est partir de Marx et non s'arrêter à lui, ou à Lenine, ou à Mao, comme l'ont conçu et pratiqué les marxismes historiques du siècle dernier. C'est rendre à Marx ce qui lui revient : l'intelligence d'avoir amorcé une pensée critique moderne, critique de la réalité capitaliste et critique de ses représentations politiques, idéologiques et culturelles. Le marxisme créateur doit poursuivre l'objectif d'enrichir sans hésitation cette pensée critique par excellence. Il ne doit pas craindre d'y intégrer tous les apports de la réflexion, dans tous les domaines, y compris ceux de ces apports qui ont été considérés, à tort, comme « étrangers » par les dogmatiques des marxismes historiques du passé.

Note

Les thèses présentées dans cet article ont été développées par l'auteur dans son ouvrage sur la crise, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).

Samir Amin Samir Amin dirige le Forum Tiers Monde : http://www.forumtiersmonde.net/fren/index.php

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29/10/2009

Cuba : Ce que les médias ne vous diront jamais

(Extrait du site de Michel Collon)

 

Salim Lamrani    

couverture_salim_lamrani0001-2f0feA l'occasion de la sortie de son cinquième ouvrage, voici une interview exclusive de Salim Lamrani  pour Cuba Sí France suivie d'un chapitre du livre intitulé: "Les mercenaires de la Maison-Blanche".



Cuba Sí : Vous venez de publier un nouveau livre. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Salim Lamrani : Ce livre traite de la désinformation médiatique en Occident au sujet de Cuba et illustre le gouffre énorme qui existe entre la représentation faite de Cuba par notre presse et la réalité de ce pays. Cet ouvrage permet également de questionner le rôle des médias : sont-ils chargés de fournir une information fiable et objective aux citoyens ou bien s’évertuent-ils à défendre l’ordre politique, économique et social établi ?

Cuba Sí : Quels en sont les principales problématiques ?


Salim Lamrani : Il en a plusieurs mais j’évoque surtout celles que les médias occidentaux traitent en général, à savoir la question des droits de l’homme, l’opposition cubaine, l’émigration, et le futur de Cuba.
 
Cuba Sí : Votre ouvrage comporte un prologue de Nelson Mandela.
 
Salim Lamrani : Nelson Mandela est un personnage extraordinaire qui est une source d’inspiration pour tous ceux qui luttent contre l’injustice et en faveur d’un monde meilleur. Il m’a fait l’immense honneur de lier sa plume à mon livre et j’ai à son égard une dette de gratitude infinie.

 


 

Extrait du chapitre 4: "les mercenaires de la Maison Blanche"


La dissidence cubaine jouit d’une couverture médiatique exceptionnelle en Occident, largement disproportionnée par rapport à sa taille et son influence. Aucune opposition latino-américaine n’est autant choyée par les transnationales de l’information. D’après la presse, elle serait sauvagement réprimée par les autorités cubaines et ne disposerait d’aucun espace d’expression. Pourtant, il ne se passe pas une semaine sans que les médias occidentaux ne publient des interviews de ces fameux opposants censés être muselés par le « régime castriste ». Sont-ils représentatifs de la société cubaine ? Sont-ils indépendants de toute influence étrangère ?


1. Les « opposants »


L’opposition cubaine dispose d’un statut particulier. D’une part, elle est extrêmement prisée par la presse occidentale. En effet, aucun groupe d’opposants en Amérique latine, hormis peut-être l’opposition vénézuélienne, ne bénéficie d’une telle aura médiatique. D’autre part, elle reçoit des financements colossaux de la part des Etats-Unis, dont les médias ne disent mot, et jouit d’une liberté d’agir qui scandaliserait les procureurs du monde entier.

Le 21 juin 2007, la Chambre des Représentants étasunienne a décidé de voter le budget de 45,7 millions de dollars pour l’année 2007-2008, présenté par le président Bush, à destination des dissidents cubains. Ainsi, 254 congressistes, dont 66 démocrates, ont approuvé la stratégie de la Maison-Blanche destinée à renverser le gouvernement cubain. Le législateur de Floride, Lincoln Díaz-Balart, descendant direct de l’ancien dictateur Fulgencio Batista, s’est réjoui de cette aide. « Cette victoire constitue un soutien pour l’opposition politique interne » cubaine, a-t-il souligné. « L’aide aux opposants n’est pas symbolique mais concrète », a-t-il ajouté. Il a également rendue publique une lettre de certains éminents dissidents cubains qui affirment que l’aide étasunienne « est un élément vital pour la survie des militants (1) ».

Pour l’année 2007-2008, la Chambre a également alloué une somme de 33,5 millions de dollars (6 millions de plus qu’en 2006) à Radio et TV Martí. Ces deux médias étasuniens diffusent illégalement des émissions subversives en direction de Cuba dans le but d’inciter la population à renverser l’ordre établi (2).

Ce même jour, le 21 juin 2007, le chef de la diplomatie étasunienne à La Havane, Michael Parmly, a reçu en grande pompe les célébrissimes dissidents René Gómez Manzano, Félix Bonne, Martha Beatriz Roque et Vladimiro Roca dans sa somptueuse résidence personnelle. Ces derniers étaient venus remercier leur précieux mécène pour sa générosité (3) .

Les médias occidentaux, pourtant si prolixes à l’égard de Cuba, sont restés étrangement silencieux sur ces deux évènements. Les raisons en sont relativement simples. Les personnages qu’ils s’évertuent à présenter depuis des années comme de valeureux militants à la recherche de la démocratie ne sont en réalité que de vulgaires mercenaires qui se vendent au plus offrant. Le mot mercenaire n’est pas un terme hors de propos ou exagéré. Selon le Littré, il s’agit de tout individu « qui travaille pour de l’argent, à qui l'on fait faire tout ce qu'on veut pour de l'argent (4)». Manzano, Bonne, Roque et Roca entrent pleinement dans cette définition.

Pourtant, il n’y a rien de nouveau à tout cela. Depuis des décennies, les Etats-Unis tentent par tous les moyens de fabriquer et de diriger une opposition interne à Cuba, afin de mettre un terme au processus révolutionnaire cubain. Les archives étasuniennes sont éloquentes à cet égard. Par ailleurs, de nombreux documents étasuniens, officiels et publics, attestent de cette réalité qu’aucun journaliste ou analyste politique digne de ce nom ne peut ignorer. La loi Torricelli de 1992, et plus particulièrement l’article 1705, stipule que « les Etats-Unis fourniront une assistance, à des organisations non gouvernementales appropriées, pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba (5) ». La loi Helms-Burton de 1996 prévoit, à l’article 109, que « le Président [des Etats-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba (6) ».

Le premier rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre, adopté le 6 mai 2004, envisage la mise en place d’un « solide programme de soutien favorisant la société civile cubaine ». Parmi les mesures préconisées, un financement à hauteur de 36 millions de dollars est destiné au « soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante (7) ». Le second rapport de la même Commission, rendu public le 10 juillet 2006, prévoit également un budget de 31 millions de dollars pour financer davantage l’opposition interne (8).

En 2003, la justice cubaine avait condamné 75 personnes stipendiées par les Etats-Unis, suscitant une réprobation médiatique internationale. Dans n’importe quel autre pays du monde, des individus tels que Manzano, Bonne, Roque et Roque se trouveraient actuellement derrière les barreaux (9). Ricardo Alarcón, président de l’Assemblée nationale cubaine a averti les membres de la « dissidence » du fait que ceux qui conspireraient avec Washington et accepteraient ses émoluments devront en « payer les conséquences (10)».

« Tant que cette politique existera, il y aura des personnes qui se trouveront impliquées […]. Elles conspireront avec les Nord-américains [et] accepteront l’argent. Cela est un délit selon les lois cubaines. Je ne connais aucun pays qui ne classe pas une telle activité comme un délit », a souligné Alarcón. « Imaginez que quelqu’un aux Etats-Unis soit soutenu, entraîné, équipé et conseillé par un gouvernement étranger. Cela est un délit en soi. C’est un délit très grave aux Etats-Unis et cela peut coûter de nombreuses années en prison, beaucoup plus que ce que l’on peut risquer ici à Cuba », a-t-il conclu (11).

Il en est de même en France comme le stipule l’article 411-4 du code pénal et une affaire survenue en 2004 illustre éloquemment cette réalité. Le 28 décembre 2004, les autorités françaises ont procédé à l’arrestation de Philippe Brett et Philippe Evanno, deux collaborateurs de M. Julia. Ils avaient été à l’origine d’une tentative infructueuse destinée à libérer les deux otages français en Irak, Christian Chesnot et Georges Malbrunot en septembre 2004. Ces deux personnes ont été mises en examen pour « intelligence avec une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Ils ont été présentés aux juges antiterroristes Jean-Louis Bruguière et Marie-Antoinette Houyvet, qui s’occupent des affaires ayant trait à la sûreté de l’Etat. Ils ont été accusés d’avoir pris contact avec la résistance iraquienne et d’avoir reçu une assistance logistique de la Côte-d’Ivoire. Brett et Evanno étaient passibles de dix ans de réclusion criminelle et de 150 000 euros d’amende. M. Julia a échappé à la justice grâce à son immunité parlementaire. La gravité des charges retenues contre eux n’a suscité aucun émoi au sein de la presse occidentale (12).

Le rapport de 2006 prévoit également 24 millions de dollars additionnels pour Radio et TV Martí, afin d’amplifier les transmissions de programmes subversifs vers Cuba, en violation de la législation internationale. Les membres de la « dissidence » cubaine disposent d’une partie de cette somme pour acquérir et distribuer des équipements radiophoniques et télévisuels permettant de capter les programmes émis depuis les Etats-Unis. D’autres pays sont invités à transmettre des émissions subversives vers Cuba. Le rapport prévoit également « d’entraîner et d’équiper des journalistes indépendants de la presse écrite, radiophonique et télévisuelle à Cuba (13)».

La presse occidentale, qui a censuré cette réalité, avait stigmatisé l’action des autorités cubaines, en dénonçant les sanctions prises à l’encontre de « militants pacifiques et de journalistes indépendants ». Selon elle, les inculpés auraient été châtiés pour avoir ouvertement exprimé leur désaccord avec la ligne officielle et avoir publié des articles diffamatoires dans la presse d’extrême droite de Miami (14).

Il sied de s’arrêter un instant sur ces accusations. Les deux « dissidents » cubains qui disposent de l’influence médiatique la plus importante au niveau international, qui lancent les invectives les plus acerbes contre la Révolution cubaine et qui jouissent de la bienveillance la plus soutenue auprès des extrémistes d’origine cubaine de Miami sont Oswaldo Payá et Elizardo Sánchez (15). Face à eux, Raúl Rivero passe pour un opposant relativement modéré et frileux (16). Or ce dernier avait été condamné à une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Payá et Sánchez n’ont eu aucun ennui avec la justice, alors que leurs écrits politiques sont beaucoup plus virulents que ceux de Rivero. L’explication est assez simple: Payá et Sánchez ont, jusqu’à présent, toujours refusé le financement généreusement offert par Washington, tandis que Rivero a commis l’erreur de profiter des largesses financières de l’administration Bush. C’est cela qui a été condamné, et non la production littéraire ou politique supposément hétérodoxe.

Intégrer l’univers de la « dissidence » est un juteux commerce. Les avantages économiques de cette profession sont conséquents et attisent la convoitise d’individus peu scrupuleux. Les 75 personnes condamnées n’exerçaient aucun métier et vivaient des émoluments offerts par les autorités étasuniennes, en échange des tâches réalisées. Les appointements considérables pour le niveau de vie de la société cubaine ont conduit certains personnages à amasser de petites fortunes personnelles, s’élevant jusqu’à 16 000 dollars en liquide, alors que le salaire moyen oscille entre quinze et vingt dollars par mois (17). Ils menaient ainsi un train de vie largement supérieur à celui des Cubains, et profitaient également des incomparables privilèges que procure le système social cubain.

Pour évaluer précisément l’importance d’une telle somme, il convient de appeler la valeur du dollar à Cuba. Pour l’équivalent d’un dollar, un Cubain peut s’offrir au choix : cent quatre litres de lait, quarante-cinq kilos de riz, vingt-six tickets pour des matchs de base-ball, entre cinq et vingt-six places de théâtre ou de cinéma, 5200 kilowatts d’électricité ou cinq cours d’anglais télévisés de cent soixante heures chacun. Tous les autres aliments de première nécessité (pain, haricots, huile.) sont dans le même ordre de prix. A cela s’ajoute la gratuité des services d’éducation et de santé. Etant donné que 85% des citoyens cubains sont propriétaires de leur logement, ils ne payent aucun loyer. De plus, l’impôt n’existe pas à Cuba. Autre fait unique au monde : les médicaments achetés dans les pharmacies coûtent deux fois moins cher que ce qu’ils valaient il y a cinquante ans (18). Tout cela est possible grâce aux subventions octroyées annuellement par l’Etat cubain, tant vilipendé par les mêmes « dissidents » qui ne manquent pas de profiter des conditions de vie avantageuses qu’offre la société cubaine.

Suite à l’intervention diplomatique de l’Espagne, plusieurs personnes incarcérées depuis mars 2003, dont Raúl Rivero, ont été libérées fin novembre 2004 pour des raisons humanitaires (19). Il convient de souligner que Rivero a profité d’une médiatisation internationale uniquement parce qu’il était, avec Oscar Elias Biscet, le seul individu écroué sur les 75 à avoir réellement exercé le métier de journaliste. Son cas est intéressant dans la mesure où il jette une lumière sur l’ampleur de la campagne de désinformation lancée contre Cuba. Dans une interview accordée à Reporters sans frontières, Blanca Reyes, femme de Rivero, affirmait que celui-ci se trouvait dans des « conditions de détention infrahumaines et inacceptables ». Elle ajoutait par la même occasion qu’il avait perdu quarante livres (19,5 kilos). « [Il] a faim. Je veux que l’on sache [que] Raúl Rivero souffre de la faim », déplorait-elle dans un élan mélodramatique de circonstances (20). Cette information avait été reprise en grande pompe par l’ensemble de la presse internationale.

Or, lors de sa sortie de prison, Rivero est apparu en excellente santé, avec un embonpoint notable, comme l’illustres les photos prises par la presse et comme n’ont cessé de le clamer les autorités cubaines (21). Alors que Washington et ses relais dénonçaient avec une remarquable répercussion médiatique les « effroyables conditions de vie » des prisonniers, Rivero lui-même avoua avoir eu un accès sans restrictions à la lecture et avoir dévoré avec avidité le dernier roman de l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, Historias de mis putas tristes, ouvrage difficile à trouver dans les librairies françaises à l’époque (22). Rivero n’a pas vécu dans un hôtel quatre étoiles, certes, mais pas dans un « goulag tropical » non plus comme les âmes bienséantes se plaisent à qualifier les prisons cubaines, comme si les pénitenciers du reste du monde étaient des lieux de villégiature (23).

Sans doute, les prisons d’Abu Ghraïb en Irak, où la torture de prisonniers de guerre a été institutionnalisée par Washington, sont-elles plus confortables. Que dire des geôles de Guantanamo, zone de non droit où la torture appliquée aux détenus est telle que de nombreuses tentatives de suicide ont eu lieu chez des personnes très pieuses pour qui le fait de mettre un terme à ses jours constitue le pire des pêchés (24) ? Dans tous les cas, très peu de réclusionnaires peuvent se vanter d’avoir eu accès au dernier roman de García Márquez, avant même certaines librairies européennes spécialisées.

Mais cela n’est guère nouveau. En effet, la transformation de criminels en « dissidents » ne date pas d’aujourd’hui. L’histoire d’Armando Valladares, le « poète paralytique condamné pour délit d’opinion », selon la propagande de Washington, est riche d’enseignements. Arrêté en 1960 pour terrorisme, cet ancien officier de police de la dictature de Batista reçut le soutien d’une grande campagne internationale lancée par l’extrême droite cubaine de Floride au début des années 80. Après des tractations effectuées par le gouvernement français de François Mitterrand, sous l’égide de Régis Debray, le prisonnier fut libéré et perdit, par la même occasion, ses talents de poètes et son hémiplégie. Par contre, il conserva soigneusement ses aptitudes de comédien et, ayant obtenu la nationalité étasunienne, il s’engagea auprès du gouvernement de Ronald Reagan, devenant ambassadeur auprès des Nations unies. Dépité, Régis Debray avait écrit dans son livre Les Masques : « L’homme n’était pas poète, le poète n’était pas paralytique, et le Cubain est aujourd’hui américain (25) ».

Luis Ortega Sierra est un journaliste cubain qui s’est exilé aux Etats-Unis en 1959, au triomphe de la Révolution. C’est un farouche adversaire du gouvernement de La Havane comme l’illustrent ses écrits. Il était lié à l’ancien dictateur cubain Fulgencio Batista qui finançait ses activités. Dans une lettre du 22 septembre 1961 à l’ancien homme fort de Cuba, Ortega avait exprimé sa « sympathie » et son « admiration » à son égard (26).

A propos des opposants cubains, Ortega déclare la chose suivante :

Les dissidents à Cuba sont des gens sans importance politique et tout le monde partage cet avis, même ceux qui vivent à leurs dépens. Ce sont des marionnettes de la mafia de Miami. Ils sont au service de la Section d’Intérêts des Etats-Unis qui les balade d’un endroit à un autre […].
Ce sont des gens qui reçoivent un salaire et une orientation idéologique du gouvernement américain. Cela n’est un secret pour personne. C’est le gouvernement nord-américain qui leur octroie de l’argent pour financer les activités de ces messieurs dans l’île. Penser que cet élément puisse représenter un mouvement puissant d’opposition au gouvernement est une bêtise (27).

Si l’Iran ou la Chine finançaient des opposants aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en France, ces derniers tomberaient immédiatement sous le coup de la loi. Si les médias occidentaux étaient intellectuellement libres, ils n’utiliseraient qu’un seul terme pour se référer à ceux qui se présentent comme des opposants au gouvernement cubain : mercenaires.

Notes

(1) Wilfredo Cancio Isla, « La Cámara da sólido apoyo a la democracia en Cuba », El Nuevo Herald, 22 juin 2007.

(2) Ibid.

(3) Andrea Rodriguez, « Disidentes cubanos usan casa de diplomático de EEUU », The Associated Press, 21 juin 2007.

(4) Le Littré, V. 1.3.

(5) Cuban Democracy Act, Titre XVII, Section 1705, 1992.

(6) Helms-Burton Act, Titre I, Section 109, 1996.

(7) Colin L. Powell, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, mai 2004). www.state.gov/documents/organization/32334.pdf (site consulté le 7 mai 2004), pp. 16, 22.

 

(8)Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 20.

(9) Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006).

(10)BBC, « Cuba Warns Dissidents Over US Aid », 12 juillet 2006.

(11)Ibid.

(12)Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis, op. cit.

(13)Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 22.

(14)Reporters sans frontières, « Un an après l’arrestation de 75 dissidents, Reporters sans frontières mobilise l’Europe contre la répression à Cuba », 18 mars 2004. www.rsf.org/article.php3?id_article=9547 (site consulté le 20 mars 2004).

(15)Oswaldo Paya, « Mensaje de Oswaldo Paya Sardiñas a Vaclav Havel, Presidente de la República checa en su visita a la ciudad de Miami, Florida », 23 septembre 2002. www.pdc-cuba.org/paya_havel.htm (site consulté le 25 septembre 2004) ; El Nuevo Herald, « Piden a Europa más firmeza contra el régimen », 7 octobre 2004. www.miami.com/mld/elnuevo/news/world/cuba/9853178.htm (site consulté le 8 octobre 2004).

(16)Raúl Rivero, « El cartel del queso blanco », Luz Cubana, Janvier/Février 2003, n°1 : 9-10.

(17)Felipe Pérez Roque, « Conferencia a la prensa nacional y extranjera », MINREX, 25 mars 2004 : 5-7.

(18) Gouvernement révolutionnaire de Cuba, « Documents », 18 avril 2003. www.cuba.cu/gobierno/documentos/2003/fra/n180403f.html (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(19) Andrea Rodríguez, « En libertad el poeta y disidente cubano Raúl Rivero », El Nuevo Herald, 30 novembre 2004. www.miami.com/mld/elnuevo/news/world/cuba/10303056.htm (site consulté le 1 décembre 2004).

 

(20) Reporters sans frontières, « La mujer del periodista encarcelado Raúl Rivero denuncia unas condiciones de detención ‘inaceptables’ », 5 août 2003. www.rsf.org/imprimir.php3?id_article=7698 (site consulté le 17 décembre 2004).

 

(21) Nancy San Martin, « Cubans Tell Rivero to Consider Leaving », The Miami Herald, 1 décembre 2004. www.miami.com/mld/miamiherald/10308130.htm?1c (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(22) Nancy San Martin, « Cubans Tell Rivero to Consider Leaving », The Miami Herald, 1 décembre 2004. www.miami.com/mld/miamiherald/10308130.htm?1c (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(23) Olivier Languepin, « Dans les prisons de Castro », Le Monde, 31 décembre 2004.

(24) Robert Scheer, « A Devil’s Island for Our Times », Los Angeles Times, 28 décembre 2004.

(25) Gianni Miná, Un Encuentro con Fidel (La Havane : Oficina de Publicaciones del Consejo de Estado, 1987), pp. 43-60 ; Jean-Marc Pillas, Nos Agents à La Havane. Comment les Cubains ont ridiculisé la CIA (Paris : Albin Michel, 1995), pp. 145-51.

(26) Ivette Leyva Martínez, « Despierta singular interés vida y obra de Batista », El Nuevo Herald, 3 mai 2008.

(27) Luis Ortega Sierra, « Fidel rebasó la historia », in Luis Báez, Los que se fueron (La Havane : Casa Editora Abril, 2008), p. 221.

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17/10/2009

LES MECANISMES CRIMINELS LIES À LA DETTE ET AUX RELATIONS NORD- SUD

logo_attacarticle publié le 15/09/2009
auteur : Thierry Brugvin

(Origine de l'article: ATTAC France)

 

Comment les élites économiques et politiques s’enrichissent, répriment leurs peuples (achats d’armes, de prisons...) en creusant la dette de leurs pays et en enrichissant les multinationales du Nord

Détourner une idée réputée d’intérêt général, en détournant son application

La Banque Mondiale s’appuie sur le discours du développement durable et a proposé ses services pour gérer une large partie des droits d’émission de carbone, selon les règles du protocole de Kyoto. Ainsi en gérant le marché international des compensations et de crédits de CO2, elle parvient grâce à ces nouveaux droits à polluer, à piller les dernières ressources non renouvelables, telles que le pétrole et le gaz dans les PED.

Ainsi la Banque Mondiale soutient ses principaux bailleurs de fonds (c’est-à-dire les membres du G8 qui sont en quelque sorte ses actionnaires) afin de mieux exploiter et dominer les PED. « La Banque mondiale paraît s’être convertie en pièce clé pour l’ouverture de nouvelles aires d’exploitation du gaz et du brut pour le marché du Nord, spécialement des Etats-Unis, avec l’objectif supplémentaire de réduire le pouvoir de l’OPEP et de transférer aux Etats-Unis le contrôle du prix du pétrole » (Ramos, 2008, 76) [1] .

« Entre 1994 et 2003, elle a financé les énergies fossiles à hauteur de 24,8 milliards de dollars, contre 1,06 milliards pour les renouvelables ». Le ratio est de 23 à 1 (Institute for Policy Studies, 2004, www.seen.org). « Les 200 millions de dollars que la Banque consacre annuellement aux renouvelables représentent le montant moyen d’un seul des nombreux projets d’énergies fossiles qu’elle finance chaque année », rappelle Petr Hlobil de CEE Bankwatch Network (2004) [2] de la République tchèque.

De 2008 à 1992 (le sommet de la Terre), « la Banque mondiale a financé des schémas de privatisation du secteur énergétique dans 29 pays, en plus de la construction de 124 centrales créatrices d’énergie produite avec des combustibles fossiles, la majorité d’entre elle en vue de les privatiser (…). Ces projets ont généré une émission de plus de 43 000 millions de tonnes de dioxyde de carbone dont plus de la moitié sont générés par les projets orientés vers l’exportation » (Ramos, 2008, 78). Alors que la Banque Mondiale a pour mandat d’aider au développement des pays du Tiers monde, elle soutient donc en réalité une très large partie des projets bénéficiant aux pays les plus industrialisés et finalement nuit au développement durable, contrairement à son discours officiel.

Utiliser la dette pour opprimer une population (dettes d’oppression)

« Les dettes d’oppression résultent de prêts contractés pour financer des activités humiliantes, agressives, criminelles contre la population qui s’est endettée. Il s’agit par exemple de prêts utilisés pour installer de facto, maintenir ou renforcer un régime dictatorial ou répressif, de fonds destinés à l’achat d’armes pour réprimer des soulèvements de l’opposition, de fonds destinés à la construction ou à l’intendance de centres de détention et de torture ou de camps de concentration, de fonds destinés à la formation ou à l’entretien de corps militaires spécialisés entraînés à ces fins, etc. » (Ramos, 2008, 79).

Par exemple en Afrique du Sud à Sharpeville, en 1960, les force de police ont réprimé une manifestation, ce qui se solda par 69 personnes noires mortes, 400 blessés et 11727 arrestations (Ramos, 2008, 81). L’année de la célèbre répression contre la manifestation étudiante de Soweto en 1976, qui fit 200 morts, le FMI, appuyé par la Grande Bretagne et les Etats-Unis, fit un prêt de 464 millions de $, soit l’équivalent de ses dépenses d’équipement militaires durant cette année là (Rudin, 2003). [3] L’Afrique du Sud, entre 1948 et 1991 a ainsi mené une politique d’apartheid, c’est-à-dire qu’elle prônait la suprématie de la race blanche et exerçait sa domination et sa répression sur la population non blanche. Entre 1980 et 1993, on a calculé que les bénéfices légués aux entreprises étrangères qui ont commercé avec ce régime, notamment pour réprimer la population, s’élève à 41 milliards de $ (Rudin, 2003) .

L’appui des banques à la répression des populations et le soutien aux dictateurs

Bien que dès 1973, les Nations Unies aient qualifié l’apartheid de crime contre l’humanité, la communauté financière a continué à concéder des prêts au gouvernement sud-africain. C’est majoritairement les fonds publics -mais par l’aide bilatérale- qui ont financé l’Afrique du Sud, en 1993, l’Afrique du Sud devait 90% de ses aides extérieures à long terme à quatre pays : les Etats-Unis, la France, l’Allemagne et la Suisse. « Durant toute la période d’apartheid, au moins 30 grandes banques et 230 de moindre envergure furent engagées pour le financement du régime » (Ramos, 2008, 82-83). Cette aide financière était réalisée en parallèle au soutien des Etats-Unis, via la France, à la création de la bombe nucléaire sud -africaine.

L’appui des banques fit l’objet de plaintes, notamment à New York, par les victimes de ce régime d’apartheid, en 2002, par l’Apartheid Kumlumani Support Group. La plainte portait contre 21 banques et entreprises étrangères. Parmi ces banques, on compte Barclay National Bank, Crédit Suisse, Deutsche Bank AG, Ford, J.P Morgan Chase (Bank) et parmi les entreprises BP, Chevron Texaco, Shell, et Total Fina-Elf pour la France. Une autre plainte avait été déposé pour le même motif dès 1992 par d’autres victimes (Ramos, 2008, 84).

Le soutien des banques, des marchands d’armes à la guerre et la dette de guerre

« Les dettes de guerre considérées comme illégitimes dérivent de prêts qui ont financé des plans belliqueux à des fins impérialistes (étendre la domination d’un pays sur un autre par la force) » à des fins d’annexion ou de conquête d’un pays, par le moyen d’opérations de guerre (Ramos, 2008, 86).

L’invasion du Timor oriental par le dictateur indonésien Suharto (1965-1998) fit 60 000 morts en 1976, puis 200 000 morts en 1979 (près du tiers de la population du Timor Oriental (Le monde diplomatique, 2008) [4]. Cette invasion a été soutenue financièrement par les Etats-Unis et leurs alliés (Australie, Grande Bretagne…) et la Banque Mondiale. Les Etats –Unis quadruplèrent leur aide économique durant cette période (Toussaint, déc. 2004) [5].

Les dettes de développement : le coût des « éléphants blancs »

« Ce sont des dettes contractées pour réaliser des projets de développement qui ont échoué ou dont les conséquences humaines ou environnementales se sont révélées néfastes à cause d’un manque d’études préalables » (Ramos, 2008 : 108). C’est-à-dire ceux que l’on qualifie parfois « d’éléphants blancs », de grands projets, qui bénéficient au gouvernement et à l’entreprise privée, mais pas aux populations.

Par exemple, les hopitaux high tech, où l’Etat n’a pas prévu le financement des salaires et de la maintenance et qui sont laissés à l’abandon.

C’est aussi le cas de d’Africa ONE, un projet de 2 milliards de dollars mis en place dans le cadre d’un partenariat AT&T - UIT - opérateurs privés et États africains, qui a complètement échoué, engloutissant des dizaines de millions de dollars. De même, WorldCom, véritable effigie néolibérale, devenu premier opérateur mondial en capitalisation boursière et grand prédateur des opérateurs de télécommunications et qui a causé la plus grande faillite de l’histoire des USA et le plus grand détournement financier jamais enregistré, plus de 11 milliards de dollars (Fullsack, février 2005) [6] .

Les dettes de sauvetage : dans le but de libéraliser discrètement l’économie

Ce sont des dettes « générées par des projets ou des restructurations économiques et financières ou institutionnelles qui promettent la croissance économique du pays en question, ou sa stabilité- et en conséquence la réduction de la pauvreté- mais qui produisent l’effet inverse » (Ramos, 2008 : 117).

La stratégie est ainsi de libéraliser, de privatiser au profit notamment des entreprises du Nord qui s’enrichissent d’autant plus facilement et des plus grosses entreprises privées au Sud.

Exemple : le chemin fer au Mali, Transrail, le chemin de fer au Cameroun racheté par Bolloré pour transporter du fret et quasiment plus de passagers.

Les dettes frauduleuses : les sous et surfacturations

Elles ne constituent pas véritablement une autre catégorie de dette illégitime, mais sont en fait une forme de dette, qui est une sous catégorie des autres types de dettes précédentes (Ramos, 2008, 120). Il s’agit des sous-facturations et des surfacturations qui bénéficient aux gouvernements, aux intermédiaires ou aux entreprises privées. Le gisement de NKOSSA fournit une belle illustration de cette pratique. Ce gisement congolais devait produire 120 à 150 000 barils de pétrole par jour. TOTAL a développé une plate forme gigantesque pour un coût de 2 milliards de $, ce qui en a fait la plus chère au monde à l’époque. Or le gisement ne produit que 60000 barils par jour ce qui fait que le CONGO a dû d’abord rembourser le prix exorbitant des équipements et n’a jusqu’ici quasiment rien gagné sur l’exploitation de ce gisement. On soupçonne d’ailleurs une opération délibérée entre l’Etat congolais et la compagnie pétrolière (Harel, 2006).

La responsabilité des banques (privées, FMI et BM) et des entreprises dans les dettes de corruption

« Ces dettes également qualifiées d’illégitimes s’accumulent en conséquence d’actes de corruption, parce que les fonds empruntés par les Etats sont directement déviés vers les comptes personnels de gouvernements » (Ramos, 2008, 87) ou en échange de services divers, rendus par exemple à des intermédiaires au service d’une entreprise transnationale et qui viennent augmenter la dette extérieure des pays endettés.

« Souvent les banques qui reçoivent les prêts illégaux sont complices de ces manœuvres parce qu’en général ce sont elles qui financent la corruption » (…) et « qui octroient le prêt à l’origine de l’acte de corruption et qui gonfle la dette extérieure que paiera le peuple du Sud concerné » (Ramos, 2008, 89).

Fin 2002, une enquête du département du trésor des Etats-Unis sur le dictateur chilien, Augusto Pinochet, révéla qu’au moins pendant huit années, la Banque Riggs aux Etats-Unis avait caché l’existence de comptes bancaires à son nom avec des dépôts de 4 à 8 millions de $. Et aussi qu’elle avait participé à la création de deux entreprises fantômes, appartenant au dictateur, dans le paradis fiscal des Bahamas, pour cacher des comptes ouverts dans des banques de Washington notamment. Cet argent a sans doute été détourné par Pinochet et a accru la dette extérieure du pays qui a quintuplé durant sa période au pouvoir (Ramos, 2008, 90-91).

L’Angola – à travers les contrats de l’entreprise publique Simportex (Anciennement Ematec), qui impliquent le sommet de ses structures gouvernementales, financières et militaires – a payé à l’entrepreneur franco-russe Arkadi Gaidamak 135 millions de dollars en sus de ce qu’il devait recevoir pour une livraison de matériel militaire, fin 1996. L’affaire a été bouclée par un ensemble d’institutions bancaires presque toutes européennes (France, Suisse, Allemagne, Autriche,... ) sous le leadership de la banque Paribas – une des banques que Luanda a utilisées de façon de plus en plus fréquente pour ses transactions et emprunts ces dernières années. La Bank of New York a aussi beaucoup servi les transactions de Gaydamac (Verschave, 2001 : 129). Deux dirigeants de la Banque Paribas ont été inculpés en France, pour ces transactions illégales durant le procès de l’Angolagate en 2008.

Dans son livre « La grande désillusion », Joseph Stiglitz (2002) [7] dénonce la responsabilité du FMI et du Trésor américain qui ont soutenu, conseillé et orienté les bureaucrates russes convertis au capitalisme, notamment le président Boris Eltsine. « Quand la crise frappa, le FMI prit la direction des opérations et il demanda à la Banque mondiale de contribuer au sauvetage » pour 22,6 milliards de dollars. La Banque mondiale subissait une pression politique énorme de l’administration Clinton qui voulait absolument qu’elle prête à la Russie. Si l’on s’en tient aux chiffres de Rosa Mendès, 84 % du remboursement de la dette de l’Angola envers la Russie se sont évaporés ! Ainsi le milliard de dollars déjà remboursé ne se retrouve pas, pour la plus grande part, dans les caisses de l’Etat Russe. (Verschave, 2001 : 170- 171). Cette perte est donc venue enrichir les poches des vendeurs d’armes, des intermédiaires et des politiques en Angola, en France (Pasqua) et sans doute en Russie.

Or, Joseph Stiglitz ajoute que la direction de la Banque mondiale lui a interdit de rencontrer l’inspecteur général de la Douma en visite à Washington qui dénonçait déjà à l’époque l’ampleur de la corruption. “A la Banque mondiale, on m’avait donné l’instruction de ne pas le rencontrer : on avait peur que nous ne soyons convaincus par ses propos.” (Stiglitz, 2002).

Stiglitz, prix nobel d’économie en 2001 et ex-président économique de la Banque Mondiale, affirme qu’au FMI, lors de la signature d’un prêt, officiellement, la "cérémonie " était la signature d’une lettre d’accord -, or, ses termes sont dictés par le FMI mais, par artifice, on fait comme si la " lettre d’intention " venait du gouvernement concerné ! " (Stiglitz, 2002, 71). Il explique que la première étape du plan de prêt au PED relève de la « subordination » selon ses propres mots. Cela consiste à faire pression sur les gouvernements des PED afin qu’ils privatisent leurs entreprises publiques en les vendant à des prix ridiculement bas. En échange ils ont la possibilité de recevoir une commission de 10% sur un compte en suisse, versé par l’entreprise du Nord qui rachètera celle du Sud. Stiglitz reprend à nouveau, pour exemple de ce mécanisme de subordination illégal, la liquidation du patrimoine de l’Etat russe en 1995 (Stiglitz, 2003) [8].

Ainsi, l’on observe une collusion entre la Banque Mondiale, ses Etats membres les plus influents, les dirigeants des PED, les banques et les entreprises privées du Nord, au détriment des peuples des PED. Si la Banque Mondiale et le FMI, n’accomplissent pas d’action illégale, ils en sont complices car ils connaissent le mécanisme de corruption et poussent dans cette direction en forçant la main aux gouvernements du Sud.

Selon Laura Ramos « on estime que la corruption augmente en moyenne, de 20 à 30 % le coût des marchandises acquises », or « on estime qu’une commission légitime ne surpasse pas la valeur de 2 à 3 % du coût total du projet ». (Ramos, 2008, 92 et 94) Tandis que les communautés internationales exigent des PED l’éradication de la pauvreté comme condition de nouveaux prêts, les banques du Nord et les organisations internationales dirigées par les pays du G8, tel le FMI et la Banque Mondiale sont au cœur de ces pratiques illégales.

Les dettes d’élites : le coût de la mauvaise gestion et des intérêts de classe

« Dette illégitime qui s’accumule suite aux emprunts de l’Etat pour le bénéfice d’une minorité de la population et de groupes économiques locaux ou étrangers » (Ramos, 2008, 101). Ex : Texaco en Equateur. La socialisation des dettes privées : Ferdinant Marcos a vendu des entreprises d’Etat aux Philippines à ses amis, puis ses entreprises revinrent ensuite dans le giron de l’Etat avec une dette très importante. Marcos se retira ensuite en Autriche et laissa les banques publiques du pays rembourser cette dette (Adams, 1993), in Ramos, 2008, 107

Thierry.brugvin, Docteur en sociologie, Largotec, auteur du livre Les mouvements sociaux face au commerce éthique, Hermès/Lavoisier, 2007

Notes

[1] RAMOS Laura, « Dette illégitime en fonction de la destination des fonds », in CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), Les crimes de la dette, Syllepse, CADTM, 2008.

[2] HLOBIL Petr, 2004, in Les amis de la Terre, communiqué de presse, « La Banque mondiale se moque de la Conférence internationale sur les énergies renouvelables », http://www.amisdelaterre.org/La-Ban....

[3] RUDIN Jeff, 2003, “Odious debt revisited” in Jubilee South Journal V1, n°1.

[4] LE MONDE DIPLOMATIQUE, mardi 29 janvier 2008, « Suharto, le dictateur canonisé ».

[5] TOUSSAINT Eric, déc. 2004, « La politique du FMI à l’égard de l’Indonésie de 1947 à 2003 », http://www.cadtm.org/imprimer.php3 ?...

[6] Au Prepcom 2 de Genève - février 2005 - Jean-Louis. Fullsack a rappelé, dans sa déclaration en séance plénière, in Les télécoms, entre bien public et marchandise, coordonné par BPEM et CSDPTT, coordonné par Djilali Benamrane, Bruno Jaffré, Marie-Laure Urvoy Sangharé, François-Xavier Verschave.

[7] Stiglitz Joseph E. 2002, La Grande désillusion, Fayard, Paris, 324 p.

[8] STIGLITZ Joseph, 2003, « le détournements des nouveaux capitalistes russes », Université de Buenos Aires, in Ramos, 2008.

15/10/2009

La marchandisation du courrier postal

(Source: gresea.be)

Le gouvernement travailliste britannique cherche un preneur privé pour entrer dans le capital de la Royal Mail et la "moderniser". Des fonds spéculatifs, tels CVC Capital, déjà présent dans La Poste belge, se sont montrés intéressés. D'où débrayage des postiers britanniques (ils sont 150.000). Ils n'ignorent pas que le but de la manoeuvre est de transférer au privé le sale travail (restructuration radicale, licenciements massifs) dont le gouvernement, soumis à la censure de l'opinion publique, préfère ne pas assumer la responsabilité. Maintenant, moderniser pourquoi? Un argument entendu est qu'il est aberrant de laisser les postiers trier, chaque matin, à la main et pendant des heures, les lettres qu'ils vont ensuite distribuer. Il y a des machines pour cela. Un raisonnement semblable est présent en France où une privatisation larvée est censée résoudre les problèmes de productivité des quelque 180.000 postiers français: le courrier, entend-t-on ici, est une activité de main-d'oeuvre "dont la rentabilité est directement fonction du poids de leur sacoche", celle des postiers, donc. Là, des machines peuvent difficilement remplacer. Mais on peut réduire la fréquence des distributions, en augmenter le prix, peut-être supprimer aussi les "clients" peu rentables, ruraux, trop éloignés... Dans son édito, le journal financier Les Echos a un petit sursaut, il se permet une pensée subversive. N'y aura-t-il pas lieu, dit-il, de "réinventer un avenir" à La Poste en admettant que celui-ci "ne passera pas uniquement par le marché, mais aussi par une redéfinition en profondeur du service public". Voilà qui va contre tout ce que le dogme dominant de la classe politique toute entière ne cesse de crier sur les toits. Casser le service public postal. Le moderniser. En faire une affaire rentable, un business comme un autre. Des postiers qui perdent leur temps – prennent plaisir à leur travail – en triant à la main le courrier: obsolète! Des bureaux de postes accessibles où la population – et d'abord les plus vulnérables, les vieux, les gagne-petit – peut trouver un guichet à visage humain: ringard! On en connaît le résultat en Belgique. Libéralisation oblige, les postiers sont passés de 42.000 à 32.000 en cinq ans (2002-2007) et les bureaux de poste, rabotés de 1.300 à 655 (2005-2013). Aux Pays-Bas, où la libéralisation totale du courrier est effective depuis le 1er avril 2009, le résultat ne s'est pas fait attendre. Faute d'avoir obtenu des postiers un accord sur une réduction salariale de 15%, l'opérateur privé, TNT, a annoncé le renvoi de 11.000 travailleurs, le plus important licenciement collectif depuis la fermeture des mines dans les années septante. Evolution inéluctable? L'exemple chinois y apporte comme un démenti. Par une nouvelle loi postale adoptée le 24 avril 2009 confirmant le monopole de China Post, ce secteur, jugé vital pour le développement de l'économie rurale, a été fermé à la concurrence des opérateurs étrangers, au grand dam d'UPS, DHL, TNT et FedEx. Affaire de volonté politique...

Souce: The Economist du 2 mai 2009, The Observer du 14 juin 2009, Syndicats du 13 mars 2009,
Les Echos du 26 juin 2009 et NCR Handelsblad du 2 juillet 2009.

Traitement Gresea: 06 juillet 2009.

10/10/2009

Ce n'est pas le paradis, mais bien Cuba

Article extrait de INTAL.BE

sept21andresOpinion d'Andres Gómez, journaliste cubain à Miami. Invité international Che Presente 2009.

Miami - Un temps caniculaire cet été 2009 à Cuba. La majorité des cubains, a vécu le mois de juillet le plus chaud jamais connu. La population y voit pour cause la crise environnementale mondiale. Pourtant, ces dernières semaines, la presse nationale a déclaré que ces températures égalent celles endurées au cours du mois de juillet 1941. Voyons voir...


Puisque l'immense majorité de la population cubaine n'était pas née en 1941, il y a 68 ans, et qu'il est peu probable que les personnes âgées de 68 ans aujourd'hui se rappellent de la chaleur endurée pendant cet été là, les cubains ne se trompent pas dans leur appréciation en disant que cet été a été le plus chaud qu’ils aient jamais vécu.

Récemment, lors d'un séjour de plusieurs semaines à Cuba, principalement à La Havane, alors que je restais informé de l'actualité via internet - par obligation professionnelle, bien que je doive admettre aussi un peu de masochisme – j'ai pris conscience de la vision délirante de la presse de Miami à cerner la réalité cubaine. La vision que crée cette presse de la réalité de l'île est complètement « fantasmagorique », « déconnectée de la réalité » comme l'indique le dictionnaire. Une vision tronquée qui a pour but de discréditer le peuple cubain, son gouvernement, et son indéniable travail pour construire, avec l'appui de l'immense majorité et, envers et contre tout, une société meilleure.

À La Havane, malgré la chaleur, la vie s’est déroulée tranquillement. Dans toute l'île, la majorité de la population était en vacances à partir la mi-juillet -presque tradition cubaine. Ceux qui n’ont pu prendre congé ont, bien malgré eux, dû continuer à travailler tandis que les plus jeunes, en grand nombre, flânaient dans les rues et les parcs.

Les gens se rendaient au marché, chez l'épicier et à la boulangerie pour faire leurs achats. Aux marchés agricoles, dans les marchés étatiques et autres, le riz, le maïs, les haricots, l'oignon, l'ail, bref presque tous les légumes et les fruits de saison, étaient présents en abondance et à des prix contrôlés par l'État. Les bananes qui avaient disparu des étalages l'an passé après les deux terribles cyclones étaient belles, et les grosses mangues étaient sucrées et délicieusement savoureuses. Le pain, les gâteaux, les « palitroques » et les « dulcecitos » n'ont pas manqué non plus, notamment, grâce aux machines récemment installées.

La viande de porc et de mouton étaient en vente mais comme toujours à des prix exorbitants. Les œufs s'obtenaient avec le carnet de rationnement. Ils étaient aussi en vente libre dans les établissements étatiques ou sur quelques marchés en CUC. Le carnet de rationnement permettait de se procurer du poulet, également en vente sur des marchés en CUC ou sur le marché noir qui traduit littéralement de l'espagnol se dit « par la gauche » en français. Tout est considéré comme de gauche là-bas, même si ce n'est pas toujours le cas…

Certains produits normalement disponibles en CUC ne l'étaient pas cette année. Fort heureusement, il ne s'agissait pas de produits de première nécessité. Toutefois dans la majorité des marchés, on ne trouvait pas de papier toilette ni de dentifrice. Et la viande de bœuf, normalement disponible à prix très élevé – luxe inabordable pour la grande majorité de la population- était quasi inexistante, mais au fond personne ne s'en est rendu compte.

Malgré les restrictions imposées dans les frais de combustibles ainsi que l'augmentation du nombre de passagers en été, les bus déservaient toute la capitale. Les transports publics à destination des plages étaient très satisfaisant. Les plages ainsi que tout le tronçon de la côte métropolitaine, y compris el Malecon, étaient bondées de cubains profitant d'une eau à température agréable.

De retour à Miami, je ne peux terminer cet article sans parler du concert  du chanteur Colombien Juanes le 20 septembre à La Havane. (1) Un scandale aussi ridicule que dangereux inventé par la droite contre-révolutionnaire de Miami et sa presse qui démontre, une fois de plus, son caractère réactionnaire, agressif, insolent, sa banqueroute et son impuissance politique.
A Cuba, Juanes est un chanteur de plus qui fait preuve de courage personnel et professionnel autant que de bonne volonté envers le peuple cubain, un peuple reconnaissant qui estime l'intégrité et le courage. Mais le dernier mot du public sur ce concert, à La Havane et sur le reste de l'île, portera certainement davantage sur la qualité du chant et de la musique. Un réel défi, puisqu'à Cuba, nous sommes habitués à la bonne musique!

Andres Gómez est un merveilleux orateur. Vous désirez l'écouter? Venez à l'évènement Che Presente, le samedi 24 octobre 2009 à Bruxelles. Initiative Cuba Socialiste organise pour la 16ème fois une grand fête de solidarité pour Cuba. Pour plus d'infos sur le programme, adresse, pré-ventes: www.cubanismo.net

(1) Star de la musique pop, connu pour son engagement pacifiste et humanitaire, le Colombien Juanes s'est attiré les foudres des exilés cubains de Miami, pour avoir prévu d'organiser un grand concert gratuit à La Havane, dimanche 20 septembre. Des anticastristes déchaînés ont détruit ses disques en public, l'accusant de "cautionner le régime communiste".http://www.lemonde.fr

Article extrait de INTAL.BE

02:08 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : socialisme, cuba |  Facebook |

06/10/2009

L'aisance et l'opulence des spéculateurs profiteurs capitalistes - Images d'une civilisation d'en haut.

Composition1

Composition2

Composition3

Composition4

Composition5

14:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : speculateurs, capitalisme, richesse, profit, luxe, opulence |  Facebook |

26/09/2009

Un patron tué par des ouvriers en colère

Des ouvriers en colère ont tué le patron d'une entreprise automobile indienne située à Tamil Nadu, dans le sud de l'Inde. Ils ont ainsi réagi au licenciement de plusieurs collègues, rapporte mercredi une chaîne de télévision.
 
Roy George, vice-président de Pricol, l'un des plus importants producteurs indiens de pièces de voitures, est décédé mardi après avoir été attaqué par les ouvriers près d'une des usines de l'entreprise située dans la périphérie de la ville industrielle Coimbatore, selon la chaîne NDTV. Neuf ouvriers ont été arrêtés.
 
Les problèmes ont débuté lundi après le licenciement de 42 ouvriers de l'usine pour manque de discipline. En réaction, un groupe d'ouvriers en colère ont commencé mardi à démolir du matériel de l'entreprise, comme des ordinateurs et des meubles. M. George et 3 autres membres de l'équipe dirigeante ont alors tenté d'intervenir mais ils ont été attaqués avec des bâtons et des barres de fer.
 
Roy George, âgé de 46 ans, a été emmené, grièvement blessé, dans un hôpital local. Il a succombé mardi soir à ses blessures, selon la chaîne de télévision. (belga/th)
23/09/09

(Source: 7/7 Monde)

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La détresse provoquée chez les travailleurs peut en arriver à des limites barbares. L'utilité des syndicats parait évidente pour éviter ce genre d'incidents.

Mais lorsque le droit de grève est touché, les pouvoirs syndicaux amoindris, le désespoir provoqué par la précarisation du travail peuvent amener à de telles extrêmités.

Nos patrons devraient bien plus s'en soucier, lorsqu'ils mènent leur croisade antisociale contre tous les droits acquis des travailleurs, pour leur unique profit personnel!

Le blogueur

24/09/2009

La mondialisation de la pauvreté - 3 vidéos

 

(Notez bien: Ne lancez qu'une seule vidéo à la fois, ou mettez en pause celle que vous ne lisez pas, dans le cas contraire le son de chaque vidéo intérfèrerait l'une sur l'autre.)

Remarquez également, dans ces reportages, le profit engrangé par tous les intermédiaires dans la chaîne de production du café, donc jusqu'au consommateur, votre tasse à vous, engendre une pauvreté extrême des cultivateurs dans les pays d'origine. Le système capitaliste est à l'origine de ce phénomène, car l'économie dans laquelle nous vivons ne se soucie nullement de la détresse qu'elle peut provoquer, du moment que certains peuvent "s'en mettre plein les poches" (du fric bien sûr).

Chez nous, le problème du café fait étrangement penser à ce qui se passe chez les fermiers pour le lait. Multipliez ce phénomène par autant de matières premières existant dans le monde, par autant d'artisans et de travailleurs manipulant ces matières pour en arriver aux produits finis (méthodes de production), et vous aurez compris que tous, nous sommes pris dans un engrenage qui ne va que dans le sens de notre misère certaine. Vous y penserez lorsque vous verserez votre nuage de lait dans votre café. Et vous vous demanderez combien de gens s'appauvrissent, juste pour que votre café au lait enrichisse la minorité exploiteuse du système capitaliste!

 

 

09:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pauvrete, mondialisation, capitalisme, exploitation |  Facebook |

18/09/2009

France Télécom prié de s'expliquer après une série de 23 suicides

France Télécom prié de s'expliquer après une série de 23 suicides

14/09/2009

Le gouvernement français a décidé d'intervenir dans la crise que traverse le géant des technologies France Télécom, frappé par une série de 23 suicides en 18 mois parmi ses salariés, attribuée par les syndicats au stress et à la dureté des restructurations.

Le PDG du groupe Didier Lombard a été convoqué par le ministre du Travail, Xavier Darcos. Il sera reçu mardi, et le gouvernement lui a demandé de convoquer un conseil d'administration consacré à cette série de suicides, "incroyable dans une seule entreprise", selon l'expression du ministre du Budget Eric Woerth.
Une "scène d'une violence absolue".

Lundi, une minute de silence devait être observée sur tous les sites de France Télécom à la mémoire d'une salariée qui s'est jetée vendredi de la fenêtre de son bureau. Elle est décédée après deux heures d'agonie, une "scène d'une violence absolue", selon le syndicat CGC-UNSA.

Selon la direction de France Télécom, la jeune femme "venait d'apprendre qu'elle changeait de chef d'équipe".

Les syndicats imputent la série de suicides aux méthodes de management dans ce groupe, géant mondial des technologies et employant environ 100.000 personnes dans le pays. Avec une participation de 26%, l'Etat est le principal actionnaire du groupe privatisé en 1997.

Ceux qui étaient salariés au moment de l'ouverture du capital ont conservé leur statut de fonctionnaire. Ils représentent aujourd'hui 65% des effectifs d'un groupe devenu en quelques années un géant de la technologie, après avoir été pendant des décennies le monopole public du téléphone.

Les 23 suicides de salariés "c'est 23 histoires individuelles certainement, mais c'est dans une même entreprise et bien souvent avec l'expression d'un grand désarroi et d'une grande solitude dans l'entreprise", a estimé la ministre de l'Economie Christine Lagarde.

Il faut "tout mettre en oeuvre pour aller à la racine de ces problèmes et comprendre si ce sont les restructurations, les changements de métier" qui en sont à l'origine, a-t-elle insisté.

Les 23 cas, "ce n'est pas que des drames personnels", a répondu le secrétaire général du syndicat CFDT, François Chérèque car "le suicide, c'est tout un certain nombre de difficultés personnelles, mais passer à l'acte sur son lieu de travail, c'est un appel sur un problème qui est directement lié au lieu où on passe à l'acte". Il a demandé un moratoire sur les restructurations.
Le malaise au travail et la pression sur les salariés.

Depuis plusieurs années, les syndicats déplorent le malaise au travail et la pression sur les salariés, notamment pour les inciter à partir dans le cadre d'un plan de départs volontaires qui a permis de se séparer en trois ans de 22.000 salariés (pour 5.000 embauches).

Pour eux, ce sont les méthodes de management qui sont à l'origine de la série de suicides observée depuis février 2008, soit une moyenne de 5,4 suicides par an pour 100.000 salariés contre 1,6 pour 100.000 pour le reste de la populaton active en France.

Le suicide est une "affaire trop grave, trop personnelle pour qu'on puisse réduire ce phénomène que l'on constate chez France Télécom à un problème d'organisation de l'entreprise", a estimé de son côté le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, plus proche collaborateur du président Nicolas Sarkozy. Mais il a appelé France Télécom à venir "au secours de ceux qui sont dans la difficulté".

La direction du groupe a proposé la semaine dernière de suspendre provisoirement les mobilités au sein du groupe. Elle a aussi annoncé des négociations sur le stress dès le 18 septembre et le recrutement de 100 spécialistes des ressources humaines de proximité ainsi que de médecins du travail.

Levif.be avec Belga

19:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stress, suicides, exploitation, travail, capitalisme |  Facebook |

Suicide au travail, un véritable symptôme d'échec de l'exploitation capitaliste

Le suicide au travail, un phénomène récent et symbolique de la souffrance des salariés
Source, Yahoo infos 14/09/2009

Face à la multiplication des suicides sur le lieu de travail, à l'image de Renault ou de France Télécom, dont le patron sera reçu mardi par le ministre du Travail Xavier Darcos, médecins et experts de la santé au travail s'interrogent sur les moyens de lutter contre ce phénomène social récent, lié au changement de méthodes de management et aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Lire la suite l'article

Discussion: Secteur automobile

"C'est un problème énorme" avec "une situation qui s'est dégradée", en particulier pour les personnels de l'encadrement pris "entre le marteau et l'enclume", avec un "management qui isole les personnes", analyse Bernard Salengro, médecin du travail et membre de la CGC, interrogé par l'Associated Press.

Depuis quelques années, "en gros la fin des années 90, le monde du travail a été bouleversé par la révolution liée aux nouvelles technologies de l'information et de la communication", qui a provoqué "une révolution industrielle comparable à celle du siècle dernier", souligné M. Salengro. "Ces niveaux de productivité extraordinaire ont un coût humain".

"On trouve toujours des problèmes personnels" pour justifier les suicides, mais "c'est symbolique de se suicider sur son lieu de travail", martèle-t-il, en regrettant "l'inertie" des autorités sur le sujet.

Pour Jean-Claude Delgenes, spécialiste dans la prévention des risques psycho-sociaux en entreprise, les "outils nomades", tels que le Blackberry, l'ordinateur portable font qu'"on peut revenir sur l'affectation du temps professionnel", plaçant "les gens tout le temps sous tension", même en dehors du temps de travail.

De plus, les salariés sont soumis à "des réorganisations incessantes qui (les) usent" avec des "évolutions professionnelles insuffisamment préparées", ajoute-t-il. Les méthodes de gestion des ressources humaines, conjuguées à des "contraintes financières très fortes pèsent continuellement sur l'entreprise sur tous les niveaux".

Christophe Dejours, psychiatre spécialiste de la psychodynamique du travail, auteur de "Suicide et travail: quoi faire?", confirme à l'AP que "c'est un phénomène assez récent (...) qui correspond à des changements importants dans l'organisation du travail".

"Ce qui est en cause fondamentalement dans ces nouvelles formes d'organisation du travail, c'est l'introduction d'une méthode qui s'appelle 'l'évaluation individualisée de performance', visant à mettre les gens en concurrence un peu les uns avec les autres pour améliorer la productivité", explique-t-il. "Les gens sont en lutte les uns contres les autres. Très vite, ils perdent la confiance les uns dans les autres parce qu'ils font la rétention d'information. Ils font des coups bas, des coups dans le dos et du coup, la méfiance remplace la confiance".

"Le monde du travail a été complètement transformé par l'introduction de ces nouvelles méthodes. Quand quelqu'un va mal, quand quelqu'un commence à être débordé par la surcharge de travail, ce qui est nouveau est que vous êtes harcelé tout seul, les autres vous laissent tomber", souligne-t-il. "C'est comme ça que les gens en viennent jusqu'à se suicider. Le vrai problème, c'est le solitude".

Si les suicides au travail ne sont pas officiellement recensés, l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents au travail et des maladies professionnelles (INRS) constate que les cas de suicides sur les lieux du travail "ont commencé à être rapportés par les médecins du travail vers la fin des années 1990 (...) dans un contexte où les indicateurs de stress au travail se détérioraient".

Une étude menée en 2003 en Basse-Normandie "apporte un éclairage à l'échelon régional: 107 cas de suicides ou tentatives de suicide qu'ils estimaient liés au travail entre 1997 à 2001", avance l'INRS dans son rapport.

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17/09/2009

De plus en plus de suicides sur le lieu de travail!

De plus en plus de suicides sur le lieu du travail
10.09.09 - Source RTBf

La journée mondiale de prévention du suicide ce jeudi est l'occasion de lever le voile sur un phénomène qui prend de l'ampleur: le suicide au travail. Chez France Telecom par exemple, 22 personnes se sont donnés la mort depuis février 2008.

Dernière tentative en date: mercredi, un employé s'est blessé d'un coup de poignard lors d'une réunion de travail. Il avait été informé d'un changement de secteur d'activité récemment. Mais, selon la direction, rien ne laissait présager cet acte désespéré. A aucun moment, l'employé n'avait manifesté son désaccord.

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à faire appel à des associations spécialisées dans la prévention du suicide.

Le nombre de cas de suicides au travail est en augmentation. C’est la loi des séries dans plusieurs entreprises: un opérateur français de téléphonie, un constructeur automobile français, certaines zones de police en Belgique.

Le passage à l'acte résulte non pas d'un, mais le plus souvent de plusieurs facteurs, personnels, professionnels. Le responsable, c'est l'acteur lui-même. La question est cependant posée: l'entreprise elle a-t-elle sa part de responsabilité?

6 suicides par jour en Belgique

Beatrix Lequeux, qui travaille au centre de prévention du suicide et répond aux appels de collaboration des sociétés, explique que l’entreprise est responsable des conditions de travail qu’elle offre à son employé: "elle ne va pas être responsable du suicide directement, mais elle aura une responsabilité dans ce qu’elle aura mis en place".

Dans 85% des cas, la tentative de suicide est annoncée, au détour d'une conversation et souvent dans le milieu professionnel. Au Centre de prévention du suicide, Paulette Duhaut accompagne la personne qui a survécu à une tentative de suicide. Selon elle, "c’est évident que si l’entourage direct, par exemple au travail, est rejetant, ridiculise ou n’entend pas, ça va ajouter à la détresse de la personne".

Le Centre de prévention installe le suicide comme un enjeu majeur de santé publique: six Belges se suicident chaque jour, pour des tentatives vingt fois plus nombreuses.

(D. Delhalle)

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15/09/2009

L'exploitation, le mode d'emploi pour faire tourner le Monde-marchandise



Le monde actuel ne peut qu'être marchandise dans la mesure où il est dominé par les capitalistes. Leur premier objectif est d'obtenir toujours plus de rendement de la force de travail, une marchandise qu'ils espèrent obtenir au prix le plus bas. Ce calcul et ces profits se font à l'échelle de la planète.

la division internationale du travail

Les travailleurs de l'entreprise Thomson d'Angers faisaient un téléviseur en 20 heures en 1967. En 1992, ils n'avaient plus besoin que de 2 heures, ce qui représente de nombreuses heures de travail économisées pour les actionnaires. Dans la même période, la part de la force de travail dans le prix du téléviseur est passée de 20-30 % à 10 %. Mais cela ne suffisait pas, et, poussée par la concurrence, Thomson a délocalisé sa production dans des pays à plus faibles coûts salariaux, afin de faire baisser encore cette « variable d'ajustement », comme disent les économistes, qu'est le salaire. Et ce mouvement de délocalisation a concerné de nombreux secteurs de production.

On estime que les stocks d'investissements directs des capitalistes étrangers dans les pays pauvres représentaient 2,3 % de la richesse mondiale en 1980, 2,4 % en 1990, 6,2 % en 2000. En 1997, les investissements des entreprises américaines dans ces mêmes pays pauvres représentaient 7,6 % de leurs investissements aux États-Unis mêmes. Bien sûr cela ne représente pas un gros pourcentage dans l'absolu. Il n'empêche : ce pourcentage est près de 10 fois supérieur à ce qu'était la part de ces mêmes investissements en 1985.

Dans ces pays, les firmes cherchent avant tout une main d'oeuvre bon marché. Les biens fabriqués sont ensuite réexportés vers les pays riches, là où il y a un marché solvable. 100 % des voitures Volkswagen produites en Slovaquie étaient, en 2000, réexportées vers l'Europe de l'Ouest. C'est le cas aussi pour 100 % des Audi fabriquées en Hongrie, et de 80 % des General Motors-Opel produites en Pologne. Dans l'usine de Mlada Boleslav de République tchèque, le salaire ouvrier moyen n'est que 12 % du salaire ouvrier moyen en Allemagne (chiffre de 1999).

Mais la réalité c'est qu'en produisant des automobiles à faible coût, le patronat de ce secteur entend les vendre en occident à des prix relativement modestes (quoiqu'encore inaccessibles pour de nombreux salariés) et lutter ainsi contre l'inflation, qui entraîne souvent une hausse des salaires. Ainsi donc produire dans les pays pauvres entraîne davantage de chômage dans les pays riches, mais provoque aussi une tendance au maintien des bas salaires. Avec pour conséquence le phénomène des travailleurs pauvres.

La division internationale du travail se fait en fonction des salaires, de la technologie des outils de production, ainsi que des marchés locaux. Les télécopieurs hauts de gamme sont produits au Japon, les bas de gamme en Chine. Les téléviseurs grand écran avec magnétoscope incorporé sont produits au Japon, ceux de moyenne taille sont produits à Singapour, ceux de petite taille en Malaisie. Néanmoins, les ouvriers chinois produisent de plus en plus de téléviseurs hauts de gamme.

Volkswagen a annoncé qu'elle allait doubler ses capacités de production en Chine, sans doute pour vendre aussi à une mince fraction d'autochtones ; mais une mince fraction peut permettre à l'entreprise de doubler ses ventes. Progrès ou pas ? Là n'est pas la question pour les travailleurs, qui exécutent les ordres dans un monde où ils ne comptent qu'en fonction des profits qu'ils peuvent rapporter. Et puis Volkswagen s'apprête sans doute aussi à poursuivre, comme General Motors, son alliance avec le chinois Baosteel, numéro trois mondial de la sidérurgie, qui fait de fabuleux profits et licencie jusqu'à 10 000 salariés par an.

Parfois, il arrive que des pays pauvres connaissent un certain développement en matière technologique, mais les technologies les plus développées ne peuvent donner un revenu à tous les travailleurs non qualifiés qui se concentrent de plus en plus dans les mégapoles du tiers monde. Une étude des Nations unies estime que 70 % de la population mondiale, soit 5 milliards de personnes, habiteront dans les grandes villes pauvres en 2025.

Aujourd'hui, l'objectif des capitalistes n'est pas de former ces milliards d'hommes et de femmes en vue de leur donner un emploi. Personne ne le prétend, pas même eux. Ils sont uniquement attachés à cibler leurs investissements internationaux, à calculer leurs profits dans le court terme. D'ailleurs seul 1 % des salariés des pays pauvres sont embauchés par les 36 000 multinationales au monde. Et le flux réel de ces capitaux en direction de pays pauvres est restreint à un tout petit nombre de pays. Huit pays seulement ont attiré, entre 1989 et 2002, 84 % des flux nets de portefeuille d'actions : la Chine, le Brésil, le Mexique, l'Afrique du sud, l'Inde, la Thaïlande, la Malaisie et la République tchèque.

Les capitaux occidentaux

Les capitaux occidentaux en direction de cette petite dizaine d'États viennent d'entreprises industrielles mais aussi de compagnies d'assurance, de fonds de pension, ou de mutual funds, qui sont des fonds d'investissement tirés de l'épargne individuelle de particuliers riches, en particulier des Américains du nord. Ces mutual funds s'élevaient à 4 470 milliards de dollars en 1994, à 10 938 milliards de dollars en 2000.

Ces milliards se placent surtout dans la spéculation boursière et monétaire. Très peu en définitive servent à la modernisation des industries, même d'exportation. On constate que les vrais investissements sont bien minuscules quand on les compare aux investissements du temps de la guerre froide dans certains pays d'Asie, à une époque où les États impérialistes choisissaient de soutenir militairement et financièrement des États comme la Corée du sud. Aujourd'hui les flux de capitaux auraient plutôt tendance à risquer d'entraîner la Corée du sud dans la faillite.

Toutes ces sommes d'argent peuvent donc stimuler les marchés boursiers locaux, mais ne favorisent pas le développement. Ce ne sont pas des capitaux qui s'investissent dans les transports en commun, les équipements, la santé ou l'éducation. Même si de nombreux fonds de pension sont constitués des retraites d'enseignants américains ! Le fonds de pension Ohio State Teachers avait en 2002 pour plus de 2,6 milliards de dollars placés dans les pays « émergents », plus que l'entreprise General Motors.

Les guillemets pour le mot « émergents » sont là pour rappeler que ces pays n'émergent pas ailleurs que dans l'intérêt que leur portent les entreprises, les banques et les États impérialistes. Sinon, ce sont des pays qui comme les autres pays du tiers monde ont une vaste partie de leur population pauvre. 53,7 % des Chinois, 28 % des Brésiliens, 42,5 % des Mexicains, 35,8 % des habitants d'Afrique du sud, 86,2 % des habitants de l'Inde vivaient en 2000 avec moins de deux dollars par jour. Soit dit en passant, ce chiffre est typique des chiffres donnés par les Nations Unies. Pourquoi fixer la barre de la pauvreté à deux dollars par jour, lorsqu'on sait qu'avec quatre dollars il n'est pas d'avantage possible de satisfaire les besoins en matière d'éducation, de santé, d'alimentation, de logement et de transport ? Et quel pourcentage de la population de ces pays « gagne » entre deux et quatre dollars par jour ?

Le « libre échange » entre la misère et le capital

Voilà pourquoi les flux de capitaux en direction de certains pays pauvres croisent sur leur chemin des jeunes, des travailleurs issus de ces pays pauvres, mais qui cherchent, eux, à les fuir. Preuve que le commerce mondial ne propose aucun avenir pour les peuples. On estime que des millions d'habitants des régions pauvres cherchent à fuir leur misère. 500 000 femmes et enfants venues d'Europe de l'est, d'Afrique, d'Amérique du sud, d'Asie du sud est, arrivent chaque année en Europe, grâce à des passeurs, et se retrouvent sur le trottoir à se prostituer. Plus de 15 000 médecins arabes ont quitté le Maghreb entre 1998 et 2000 pour chercher du travail dans les pays plus riches. Eux non plus ne voyaient aucun avenir dans leur pays.

Il arrive aussi, phénomène encore plus circonscrits à quelques pays, que ces capitaux occidentaux en direction des pays dits « émergents » croisent des capitaux issus de ces pays et qui se dirigent vers des banques ou des bourses de pays impérialistes. La Chine, très courtisée par les multinationales occidentales, est le deuxième souscripteur au monde de bonds du trésor américain. Dans le même temps, ce pays n'est pas sûr de nourrir toute sa population, et s'apprête à acheter des produits agricoles aux États-Unis. Preuve que les échanges internationaux de capitaux sont indépendants des besoins réels de la population.


Le capitalisme, c'est le pillage de la force de travail et des matières premières

Partout dans le monde c'est le règne du capital. Et ce règne a pour fondement l'exploitation de la main d'oeuvre salariée. En Ukraine, les mineurs qui travaillent au fond des mines de fer 6 jours par semaine, 8 heures par jour, gagnent 50 euros par mois. Cette somme est inférieure au revenu qui fixe officiellement le taux de pauvreté. Du coup, de nombreux travailleurs ukrainiens tentent leur chance en occident. Dans certains villages d'Ukraine, la moitié de la population en âge de travailler vit à l'étranger, illégalement et avec des salaires toujours de misère. Mais quand même moins miséreux que les salaires en Ukraine.

Au Ghana, dans la mine d'or de Tarkwa, c'est 20 euros par mois que gagnent les mineurs, dans des conditions de travail épouvantables : les mères qui descendent au fond doivent amener avec elles leurs jeunes enfants. Lorsqu'ils entendent au-dessus de leurs têtes le passage d'un train, les mineurs arrêtent le travail et se protègent à main nue des éboulements. Au total, un quart des mineurs meurt écrasé par ces éboulements ; les autres sont menacés par l'empoisonnement au mercure ou l'étouffement à cause des mauvaises conditions de ventilation. À l'autre bout de la machine de l'exploitation il y a les profits des possédants : l'once d'or est à son plus haut niveau depuis 1996. L'indice boursier de l'or Amex Gold Bugs index a augmenté de près de 500 % depuis trois ans.

Partout dans le monde, le capitalisme impose sa loi, étranglant les économies pour en tirer de juteux profits. Des régions entières sont enfoncées dans la misère depuis des générations. C'est le cas de la Guinée Bissau, petit pays d'Afrique de l'ouest qui à la veille de la guerre d'indépendance, après 500 ans d'ère coloniale portugaise, n'avait connu que le pillage et la misère, avec 99  % des habitants analphabètes. La guerre a duré onze ans, aboutissant à l'indépendance en 1974. Dans les décennies qui ont suivi, le pays a connu la pauvreté, puis de nouveau la guerre civile, en 1998-1999. Le FMI a d'ailleurs divisé son aide par deux entre 1996 et 2000, et l'a encore baissé ensuite. En 2000, 88 % de la population vivaient avec moins d'un dollar par jour. Toute l'agriculture du pays est quasiment tournée vers la seule production de noix de cajou pour l'exportation. Les revenus du pays dépendent donc de la valeur du dollar ainsi que de la consommation des Américains et des Européens en noix de cajou, consommation qui précisément a baissé de 30 % en 2001. Le pays ne produit plus assez de riz pour sa propre consommation. Résultat : en 2003, 90 % de la population n'a qu'un repas par jour. Voilà sur quoi reposent l'indépendance et l'économie du pays.

On pourrait tirer le même bilan pour nombre de pays qui sont depuis des décennies « indépendants ». La Côté d'ivoire était décrite dans les manuels scolaires en France dans les années 70 comme un bel exemple à suivre. Aujourd'hui par manque de moyen pour lutter contre le sida 300 instituteurs ivoiriens meurent chaque année. Des milliers d'enfants sont donc privés d'enseignants. Mais la France préfère envoyer dans ce pays à grand frais des soldats et des équipements militaires !

Il n'existe pas de territoire au monde qui échappe à cette emprise du capitalisme. Même la minuscule république Nauru (20 km2, 13 000 habitants), au beau milieu de l'océan pacifique, a été pillée de ses phosphates par les entreprises australiennes prédatrices, avec la complicité de l'élite locale. Celle-ci a aussi goûté au charme de la spéculation dans les années 1990 avec des placements immobiliers en Australie, ou financiers sur le marché japonais. Evoluant avec son temps, elle aurait permis le blanchiment de 7 milliards de dollars américains en provenance de la mafia russe en 1999. C'est à Nauru qu'au début des années 2000, l'Australie a envoyé ses demandeurs d'asile en provenance du Moyen-Orient, moyennant finances. Minuscule îlot, Nauru n'en a donc pas moins, à l'aune de la voracité capitaliste, sa valeur...

Pour donner un avenir à la planète et ses habitants, il faudra renverser le capitalisme

Les pays faussement appelés en « voie de développement » (depuis le temps qu'on emploie cette expression, ça se serait vu si elle était juste !) sont des machines à produire, plus que dans les pays riches, des inégalités. Les 10 % les plus riches dans les pays riches possèdent 29,1 % des revenus. Les 10 % les plus riches en Amérique latine possèdent 48 % des revenus. Les 10 % les plus pauvres dans les pays riches possèdent 2,5 % des revenus. Le pourcentage est de 1,6 % en Amérique latine. Cette présence d'une riche classe dirigeante locale permet de nourrir les bourses locales, pour le plus grand profit des spéculateurs internationaux. La forte proportion de très pauvres permet en même temps de faire pression à la baisse sur les salaires dans ces pays pauvres, avec comme résultat une main d'oeuvre intéressante pour les entreprises multinationales. Et puis cette misère, c'est aussi le poids du passé qui l'explique : le colonialisme, dont l'Amérique latine et l'Afrique ne se sont pas remises en 500 ans, et l'ordre économique capitaliste qui, depuis 150 ans, a favorisé les mêmes États et appauvri les mêmes régions.

Janvier 2004

André Lepic

18:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exploitation, pauvrete, travailleurs, capitalisme |  Facebook |

Michael Moore sort un flm contre le capitalisme!

michael_mooreMichael Moore : Le capitalisme n’est pas une love story !
Présenté à la Mostra de Venise dimanche, le dernier film documentaire de Michael Moore, Capitalism : A Love Story fait sensation à cause du sentiment que le système économique actuel, en pleine crise, n’a pas vocation à s’améliorer : « Le capitalisme, c’est le mal, et vous ne pouvez pas réguler le mal », prétend le réalisateur.

Mélangeant l’humour qui lui est propre avec des témoignages personnels tragiques, des images d’archive et des slogans publicitaires, Capitalism : A Love Story dresse un portrait impitoyable du système capitaliste, pour en arriver à la conclusion qu’il apporte aux riches encore plus d’aisance, et condamne des millions de gens à la pauvreté. « Vous devez l'éliminer et le remplacer par quelque chose de bien pour tout le monde, et ce quelque chose est la démocratie », explique Michael Moore.

Dans ce film documentaire de deux heures, les voyous sont dans l’esprit de Michael Moore les grands établissements bancaires et les fonds d’investissement (hedge funds) qui jouent l'argent investi dans des martingales hasardeuses comparables à celles dont les joueurs de casino sont habitués. Pendant ce temps, les grandes entreprises sont contraintes de licencier leur personnel par milliers à seule fin de revendiquer des bénéfices record.

Le réalisateur observe également la relation de proximité malencontreuse entre les banques, les hommes politiques et les agents du fisc américain, ce qui explique des mesures de sauvetage du système en crise uniquement au profit des financiers de Wall Street sans égard pour la majorité de la population. En incitant les futurs propriétaires à hypothéquer leur bien immobilier, les établissements de crédit ont créé les conditions d’une crise économique sans précédent, avec le chômage et le problème des sans-abri pour corollaire.

Michael Moore trouve même des prêtres pour affirmer que le capitalisme est antichrétien parce qu’il ne protège pas les pauvres gens. « En fait, il existe une loi qui dispose que le jeu est illégal, mais nous avons permis à Wall Street de le faire avec l'argent des gens pour le placer dans ces produits et dérivés complètement fous », fait valoir le cinéaste iconoclaste. À propos de ces as de la finance, « Ce dont ils ont besoin n’est pas juste une régulation. Nous devons nous organiser différemment afin que les finances et l'argent créées soutiennent l’activité et les entreprises ».

Devant ce triste spectacle, Michael Moore voit les prémices d'un mouvement populaire contre le capitalisme débridé, et pense que l’élection de Barack Obama est susceptible de le promouvoir. « La démocratie n'est pas un sport spectacle, c'est un événement participatif », estime-t-il au cours d’une conférence de presse à l’issue de la présentation de Capitalism : A Love Story. « Si nous n’y participons pas, elle cesse d'être une démocratie. C’est pourquoi Obama réussira ou échouera moins sur ce qu'il fait, mais sur ce que nous faisons pour le soutenir ».

Michael Moore met aussi les autres nations en garde en ce qui concerne le modèle éco-politique récent des États-Unis. Son film montre les ouvriers d’une verrerie à Chicago participant à un sit-in parce qu’ils sont licenciés sans ménagement et sans indemnités à cause d’une recommandation de la banque. Le film revient sur certains thèmes précédents du réalisateur, comme dans sa ville natale de Flint, où son père, ouvrier sur une chaîne de montage d’automobiles, a réussi à s’acheter une maison, une voiture, instruire ses enfants et percevoir une pension décente à la fin du compte.

Mais après la crise financière du 15 septembre 2008, rien de cela n’est plus possible. Demandant à une parlementaire spécialiste des affaires financières au Congrès des États-Unis où est passé l’argent des épargnants perdu par les banques, Michael Moore s’entend répondre : « Je ne sais pas » !

Source : Reuters.

12:26 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : moore, film, societe, capitalisme |  Facebook |

26/06/2009

Crise de l'industrie automobile, il faut remplacer le moteur capitaliste!

Crise automobile et mondiale :: Il faut carrément remplacer le moteur

A Anvers, les 2 700 ouvriers d’Opel ont peur pour leur avenir. Ailleurs, les travailleurs se demandent quand la fin du tunnel sera en vue. Spécialiste du secteur automobile, l’économiste Henri Houben (service d’études du PTB) explique la situation actuelle et donne quelques perspectives.

Alice Bernard

Comment expliquez-vous que la maison mère d’Opel, GM, un des plus grands et plus solides groupes automobiles soit arrivé à la faillite ?

Henri Houben. La crise de surproduction que nous connaissons est particulièrement profonde dans certains secteurs, dont l’automobile, qui étaient à la base de la croissance dans les années 1950 et 60. Ce secteur a fini par tourner en sur-régime, alimenté par les facilités de crédit à la consommation (comme le secteur immobilier). Après un écrémage dans les années 1980 (on est passé de 40 à 12 à 13 groupes automobiles), le secteur a pu se maintenir jusqu’au début des années 2000. Aujourd’hui, les consommateurs n’ont plus les moyens de payer, c’est au tour des plus gros de tomber. Les USA sont plus frappés par cette crise, parce qu’ils sont plus dopés par le crédit et parce qu’ils ont subi l’offensive des petits modèles japonais. Ils se sont concentrés sur les gros modèles, qui consomment plus et donc sont actuellement moins demandés.

L’opérateur canadien Magna offre-t-il une perspective de reprise réaliste pour Opel ? Ou bien le scénario de la fermeture est-il à envisager ?

Henri Houben. Le projet industriel de Magna est de développer le marché russe. Or, GM a déjà une implantation en Russie (à St Peterbourg) et il utilise les capacités de production de l’usine Togliatti Avtovaz (Lada) – premier producteur russe. En plus, Magna a conclu un partenariat avec Gaz (Volga), qui peut produire 180 000 Opel. Donc, ce projet industriel n’apporte pas de possibilité supplémentaire de production. Il va probablement rendre l’ensemble rentable, mais pas augmenter la production en Europe occidentale. La situation de base reste inchangée : une capacité de production de 2 millions de voitures mais une vente d’1,5 million seulement. Avant la reprise par Magna, GM avait déjà envisagé de fermer ses usines en Angleterre (Lutton et Ellesmere Port) et en Belgique. Il était aussi question d’une usine en Allemagne, mais puisque le gouvernement allemand met 1,5 milliard d’euros dans le projet de reprise, la donne change… L’accord actuel prévoit 11 000 pertes d’emploi dont 2 600 en Allemagne. L’usine d’Anvers reste donc explicitement en danger, elle est aujourd’hui une des plus petites usines du groupe. GM y avait déjà diminué ses capacités en 2006, il ne reste plus que 2 700 ouvriers (contre 8 000 il y a dix ans).

Une reprise par un opérateur public européen serait-elle possible ? Offrirait-elle de meilleures perspectives en termes d'emploi et d'environnement ?

Henri Houben. Le problème de l’opérateur public est qu’il doit fonctionner selon une autre philosophie que la recherche du profit. Car si c’est pour faire la même chose qu’un privé, ça ne change pas vraiment les perspectives. Ne pas rechercher le profit à tout prix, c’est permettre de sauver l’emploi et d’assurer le passage judicieux d’une économie basée sur l’usage individuel de l’auto vers une économie plus écologique, privilégiant le transport collectif. Il faudrait alors des usines produisant des rames de métro et des wagons, et des plus grandes sociétés de transport public. Bref, un autre modèle de société. Mais l’Europe d’aujourd’hui est complètement à l’opposé d’un tel modèle.

L’Europe ne prévoit pas, par exemple, de structure pour créer un repreneur public pour Opel. Une des seules possibilités serait de fusionner au niveau européen des opérateurs publics nationaux. Dans le cas d’Opel, six gouvernements devraient s’entendre : Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, Pologne et Hongrie. Un repli national disposant de toutes les compétences (conception, développement, production...) ne serait possible qu’en Allemagne. Mais alors les autres constructeurs, VW ou BMW, demanderaient la même chose.

Ce genre de proposition de reprise publique n’est cependant pas totalement utopique. Cela devrait être discuté et propagé par les organisations syndicales. Chez Opel, elles ont déjà montré qu’elles étaient capables de se battre pour une répartition solidaire de la production entre les différents pays.

Qu’en est-il des autres grands groupes automobiles ?

Henri Houben. Fiat a beaucoup de dettes. C’est pour cela que l’accord de reprise de GM ne s’est pas fait : Fiat ne pouvait pas mettre de cash sur la table. Dans le cas de la reprise de Chrysler, Fiat n'apporte que sa technologie pour produire des petits modèles, pas de liquidités. VW va assez bien pour le moment. Les Français perdent de l’argent, de même que Daimler (Mercedes) et BMW qui sont restés sur le créneau des grosses berlines.

Pour le moment, il y a des primes un peu partout (primes à la casse, éco-bonus, etc), certains groupes s’en sortent donc un peu. Mais quand ces primes s’arrêteront, le marché va à nouveau s’effondrer.

Y aurait-il quand même des gagnants dans cette crise ?

Henri Houben. Difficile à dire. VW pourrait devenir le premier constructeur mondial, mais a quand même connu une tentative de rachat par Porsche, qui, lui, a des problèmes. Toyota vient de faire ses premières pertes depuis 1950. C’était le seul constructeur qui n’avait jamais fait de perte. Ce n’est donc pas une question de mauvaise gestion de l’un ou l’autre. La crise est généralisée, c’est un problème de système.

Justement, en parlant de système : la Banque nationale belge annonce une forte récession mais aussi un retour à la croissance pour fin 2010. Elle écarte le scénario de dépression (une crise sur plusieurs années). Peut-on croire ce genre de prévisions ?

Henri Houben. Trois évolutions sont possibles. On les appelle V, U ou L, selon la façon graphique de les représenter. Le V signifie une forte chute suivie d’une relance rapide. C’est le pronostic avancé par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque nationale belge. Mais le FMI s’est déjà trompé. Il applique ses modèles de façon mécanique. Le U, c’est une baisse, une stagnation dans le fond, puis une remontée de la croissance. C’est ce que prévoient les économistes les plus lucides, comme Krugman , Stiglitz  ou Roubini . Enfin, L signifie une chute et une stagnation prolongée, comme ça s’est passé au Japon à partir de 1989. C’est ce qu’on appelle une dépression. L’économie fait entre 0 et 1% de croissance pendant plusieurs années. Personne n’exclut cette hypothèse.

Quelle est l'évolution la plus probable?

Henri Houben. Sans doute le L. Le monde se trouve face à un triple problème. Tout d’abord, il faut remplacer le moteur qu’était la demande des ménages américains pendant 20 ans. Il n’y a que peu d’alternatives. Ce qu’on met en place actuellement, c’est une demande publique. Mais elle est insuffisamment développée, et de toute façon elle creuse la dette publique. Ce qui n’est pas bon parce que c’est le contribuable qui reçoit la note à la fin. Une autre piste est le développement de la consommation dans les pays BRIC , mais pour vraiment combler le manque, ils devraient consommer 1,5 fois plus qu’actuellement.

Donc, un seul nouveau moteur ne suffira pas. Il faudrait en mettre plusieurs en route via des accords internationaux. Ceux-ci sont politiquement improbables, vu les rapports de force actuels. Si les pays du tiers monde, en particulier les BRIC, prennent une part plus grande dans les règlements internationaux, comment les USA et l’Europe vont-ils l’accepter ? Dans les grands sommets, G20 et autres, ils évitent les discussions difficiles. Ce n’est pas l’établissement d’une liste noire des paradis fiscaux qui va résoudre la crise. Ce n’est pas là le fond du problème.

Enfin, la dette des USA doit être financée. Elle augmente constamment, et encore plus avec Obama. Le déficit public atteindra 12 à 13 % cette année. Où trouver l’argent ? Ou bien ce sont les ménages américains qui payent, mais on a déjà vu qu’ils n’ont plus les moyens. Sauf s’ils diminuent leur consommation, ce qui engendrerait une crise encore plus forte. Ou bien c’est l’étranger qui doit financer la dette américaine. Les pays qui ont des excédents commerciaux (comme la Chine, par ex) achètent des bons du trésor américain. Mais avec des intérêts très bas, donc pas intéressants. La situation est intenable. Une nouvelle catastrophe est en route, mais personne ne sait dire quand elle va frapper.

Dans un tel climat de marasme économique, n’est-ce pas contre-productif de déclencher des conflits sociaux ? Ne vaut-il pas mieux aller dans le sens du patron de British Airways, qui a demandé au personnel de travailler un mois « pour rien » afin d’apporter du cash à l’entreprise ?

Henri Houben. Si une entreprise est en difficulté, un conflit social peut lui porter un coup supplémentaire, c’est vrai. Mais ce ne sont pas les sacrifices des travailleurs qui permettent de sauver fondamentalement une boîte. Restons avec l’exemple de British Airways. Au départ, le secteur de l’aviation était relativement protégé, avec des compagnies nationales. On l’a transformé pour l’adapter aux lois du marché, et la misère a commencé. Surtout avec le coût du pétrole en plus. Et comme ce sont maintenant des compagnies privées, la loi du marché est impitoyable, elles font faillite. Chez Arcandor en Allemagne (catalogue Quelle), les 50.000 travailleurs ont fait des sacrifices pendant plusieurs années. Le groupe vient d’être déclaré en faillite. Il n’y a jamais aucune garantie que les sacrifices servent à quelque chose. Et sur le fond, il n’y a pas de raison que les salariés payent une crise dont ils ne sont en aucune façon responsables. Les responsables, ce sont ceux qui dirigent économiquement et politiquement les entreprises et les gouvernements. C’est à eux de payer.  

Et du côté des banques ? Une nouvelle crise est-elle possible ?

Henri Houben. Actuellement, les banques vont mieux. Forcément, l’Etat les a partiellement renflouées, mais avec conditions. Les banquiers veulent se débarrasser de la mainmise publique. Car les bonus et dividendes pour les actionnaires sont bloqués. Elles utilisent donc des artifices comptables pour se présenter bénéficiaires, alors qu'elles détiennent sans doute des actifs pourris qui vont grever leurs futurs résultats. En réalité, la situation est toujours aussi instable et opaque. De ce fait, n'importe quelle banque peut tomber demain matin.

On vient de renouveler le Parlement européen. L’Union européenne peut-elle jouer un rôle pour résoudre la crise? Comment se fait-il qu’aujourd’hui les gouvernements européens ne parlent plus de plans de relance mais de plans d’économie et de restrictions ?

Henri Houben. Bien sûr, l’Union européenne (UE) peut jouer un rôle. Mais, pour cela, il faudrait mener une politique solidaire, d'initiatives publiques en faveur des populations. Or, les dirigeants européens ne jurent que par le pacte de stabilité qui exclut des déficits budgétaires de plus de 3% du PIB . Les plans de relance annoncés ont creusé ceux-ci et c'est ce qui inquiète l'UE.

Les pays de l'Est avaient demandé une aide à l'Europe. Celle-ci a refusé, obligeant ces Etats à passer par le FMI et ses conditions. On voit le résultat avec la Lettonie. Propulsée par le crédit, elle ne peut dévaluer, car cela engendrerait une série de dévaluations similaires dans les pays voisins provoquant des déséquilibres dans l'UE, avec des exportations incitées, des distorsions de concurrence, des salaires encore plus bas, etc. Reste donc aux Lettons à baisser les salaires (jusqu’à 20 %) et à couper dans les budgets sociaux, comme l’enseignement. C’est ce qui pend au nez d’autres pays, comme l’Irlande, qui était à un moment donné le bon élève de la classe. L’euro a permis une certaine stabilité, mais la crise est telle qu’il n’y a plus de possibilité d’ajustement par la monnaie. Donc on se rabat sur les salaires et les budgets sociaux, ce qui aggrave d’autant la crise.

Il faudrait une politique économique globale et commune à tous les pays qui empêche la dégradation de l’emploi et de la sécurité sociale. Or, dans l’UE, la seule politique sur laquelle ils sont d’accord c’est la dérégulation, la privatisation, le marché intérieur.

Pensez-vous que la reconversion d’une partie des industries vers le développement durable, par exemple produire de l’acier pour construire des éoliennes, peut apporter une solution ?

Henri Houben. La crise étant un problème de fond du capitalisme, les solutions doivent viser le fond du capitalisme. Remplacer un secteur par un autre, ça ne résoud rien. Le développement durable peut faire partie d’une solution, mais en faire le centre de la solution c’est selon moi rater le but principal. La recherche du profit est toujours là.

Voyez-vous d’autres pistes pour relancer l’économie et sortir de la crise ?

Henri Houben. La plupart des économistes disent qu’il faut développer la consommation et l’investissement public, puisque la consommation privée ne suit plus. Investir dans le transport public, la recherche, le logement social, les infrastructures de soins de santé, d’enseignement, les services au public,… Mais il faudra pour cela sortir de la logique de la productivité et du profit.

18:13 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/06/2009

MERCI !

Merci aux électeurs qui donné leur voix à une politique réellement de gauche, merci à toutes celles et ceux qui ont voté PTB+.

Comparé aux dernières élections régionales de 2004, la progression du PTB dans tout le pays est multipliée par 1,5 X en moyenne, la région liègeoise marque une très nette avancée par un triplement de l'électorat.

Cependant les grands partis s'en sortent relativement bien, l'heure n'est pas au pessimisme au PTB, mais il faut tout de même préciser qu'en ne modifiant que très peu leurs habitudes électorales, les belges se réveilleront après ce scrutin avec un paysage politique qui aura été très peu modifié, si ce n'est qu'avec de nouvelles coalitions avec les verts à la région, nous ne sommes pas prêts à voir l'ultralibéralisme quitter les rangs du pouvoir.

Encore une fois, merci aux fidèles du PTB, merci pour avoir soutenu une politique qui est plus en rapport avec le socialisme réel.

02:10 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, elections, socialisme, social |  Facebook |

06/06/2009

Le bon choix!

Le bon choix, pour une société plus juste, plus équitable et plus sociale.

Marre du bourbier politique actuel. Assez des chamailleries improductives, impliquant les « affaires » ou le régionalisme communautaire. Abandon des vraies responsabilités, quand à l’avenir du paysage économique et surtout qui subira les conséquences de la crise. Bref, stop au cirque politique !

Au désarroi se mêlent la confusion et le scepticisme de toute une population complètement désorientée, mais comment pourrait-il en être autrement ?

On ne voit, on n’entend, que les quatre partis s’octroyant le monopole du pouvoir, tantôt exercé par l’un, tantôt par l’autre, coalitions et divorces bidons ; jeu de chaises musicales, jeu de duperies dont nous sommes les éternelles victimes ….parce que nous le voulons bien !

Le PS, avec son Di Rupo en tête, y va de ses diatribes prometteuses et ses slogans surfaits, avec des solutions toutes faites, vielles recettes qui ont toujours dupé tout le monde, surtout la plèbe que nous sommes. Mais chaque fois que çà ne fonctionne pas, et rien ne va jamais comme ils l’annoncent de toutes façons, et là çà ne vient jamais d’eux, alors qu’ils ont le pouvoir, en s’y trouvant, au pouvoir.

Le CDH, fait pratiquement pareil, on ne sait d’ailleurs pas situer exactement ce parti, tantôt au centre, tantôt à droite, tantôt encore plus à droite, comme le PS d’ailleurs. La harangue prometteuse, le  langage nuancé, et eux aussi avec les vielles rengaines, qui n’ont pas fini de duper leur monde.

Le MR, mouvement des riches, promet toujours moins de taxes, moins d’impôts, en somme un bon détricotage de la sécurité sociale par un plus mauvais financement. Suppression progressive des impôts sur les plus riches ; d’où l’appauvrissement d’un peuple entier et cette poignée de riches encore et toujours plus riche. Rentabilité, productivité, compétitivité ; toujours les mêmes rengaines et surtout les actes ad hoc pour toujours mieux nous exploiter.

ECOLO, transformant l’éthique en TOC (trouble obsessionnel compulsif), d’un blanc immaculé, apparut soudain comme une solution à tous les maux. Sauf qu’on ne devrait pas oublier les écotaxes, les taxes égales pour tous revenus, le pauvre payant autant que les ultra richissimes pour les poubelles, les taxes sur l’énergie qu’ils veulent maintenir à 21%, taxe de luxe sur un produit de première nécessité, etc. Pollueur payeur, çà non plus on n’y échappera pas. Prêts à se coaliser avec le diable (bleu) si nécessaire, pour accéder au pouvoir. C’est l’électeur qui décidera ….ou les sondages pré-électoraux ?

Mais tous les quatre se trouveront confrontés à la problématique de la crise actuelle, qu’il faudra faire payer par quelqu’un, l’arbre-à-fric n’existant pas encore jusqu’à présent. Et qui seront les conchons-payeurs ?

Bref, nous ne devons pas nous laisser démonter par ce fouillis amplement perturbateur, mais au contraire garder toute lucidité et se convaincre que la gouvernance de notre pays dépend des gens que nous mettons en place par nos choix.

Votons en citoyens responsables ce dimanche 7 juin, donnons plus de voix aux gens qui sont les plus proches des problèmes du peuple, plus à l’écoute aussi ; donnons-leur de la voix pour une société plus sociale, plus solidaire et moins individualiste, faites le bon choix, celui du PTB+, la liste n°18.

10:23 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : justice, social, elections, societe, scrutin, votes, choix, ptb, ptb, socialisme, equite, europe, regions |  Facebook |