28/08/2010

Le capital et la dislocation. Le réformisme de la crise à la mondialisation

Le capital et la dislocation. Le réformisme de la crise à la mondialisation (Source: "Econosphères.be")

Publié à l’origine dans l’ouvrage « Les socialistes et le pouvoir » en 1998, cet article porte sur le rôle économique dévolu à l’État dans la mondialisation et le poids grandissant du paradigme néolibéral dans l’élaboration des politiques économiques.

Gabriel Maissin
Article mis en ligne le 18 août 2010

 Réformisme et politique économique face à la mondialisation

Il fut un temps où l’on trouvait au sein de la gauche, y compris la plus réformiste, une critique du capitalisme dans son fondement économique. Ses structures et son fonctionnement devaient être mis au pas, pour permettre l’émergence d’une organisation sociale alternative. Non seulement plus juste socialement, mais économiquement plus favorable au développement. Du “planisme” d’un De Man, à “l’Alternative progressiste” (1977) de la FGTB en passant par la célèbre brochure du syndicaliste wallon André Renard, “Le socialisme par l’action” (1958) [1], on retrouve sans peine cette tradition au sein du mouvement ouvrier belge. Le programme de l’Union de la gauche française, à la veille de la victoire de Mitterrand, fournit sans doute le dernier prototype de ce réformisme anticapitaliste. Un anticapitalisme qui ne remet pas en cause l’existence même d’un secteur d’économie privée, mais dont le programme de “réformes de structures” constitue tout au moins un axe de contestation de son hégémonie. Nationalisations ou socialisations de secteurs stratégiques, planification de l’économie, contrôle ouvrier, ... avaient droit de cité.

Aujourd’hui, la simple évocation de telles interventions sur les structures économiques apparaît d’une incongruité totale. La tendance dominante au sein du réformisme n’est plus à la transformation économique, même si l’on veut éviter la “sauvagerie” du marché, dénoncer la “folie” du règne de l’économie financière ou encore prévenir les dangers de la compétitivité “poussée à outrance”. Face à ce qu’il est convenu d’appeler depuis peu “les contraintes économiques”, le réformisme semble évanescent. En matière économique, le réformisme a t-il encore quelque chose à dire ?

Certes, la politique du gouvernement Jospin, n’est pas celle de Thatcher. Mais, celle de Tony Blair pourrait bien en être un prolongement, intelligent et moderne. Et existe-t-il une différence de nature entre les privatisations de Belgacom, de British Telecom, de France Telecom, ou de Telecom Italia ?

Au-delà de toutes les distinctions possibles, tout se passe comme si après avoir tenté de modifier le régime économique, puis de l’amender substantiellement, puis encore de le contrôler, le réformisme en est venu à l’accepter dans son essence même, à le faire sien. La voie des réformes graduelles s’est enlisée, pire, elle n’a pas résisté à ce qu’il est convenu d’appeler la crise de l’État-providence, et elle s’est éteinte. L’écroulement des “économies de commandement” [2] des pays de l’Est a accentué cette évolution en accréditant l’idée d’un seul modèle possible : l’économie de marché.

Mais ne nous laissons pas subjuguer. Cette vision du capitalisme triomphant doit être prise pour ce qu’elle est : le discours des vainqueurs. Il présente l’état actuel comme inéluctablement inscrit dans le cours de l’histoire. Il néglige l’essentiel ; l’histoire est en dernière instance le produit de l’action et des choix des groupes sociaux. Que ces choix se réalisent dans un environnement social portant les traces, les conditionnements et les contraintes du passé, c’est évident ! Mais, cela n’infirme en rien l’existence de ces choix.

C’est ce que prétendait, à sa manière, un certain réformisme anticapitaliste en défendant la possibilité d’un changement, fût-ce d’une manière graduelle. Toute conquête, même la plus partielle, faisait partie de ce chemin vers le progrès social. [3] Aujourd’hui, cette notion de progrès social a fait place à celle d’adaptation de nos sociétés aux “bouleversements” en cours, au tout premier rang desquels ceux de l’économie. La prise en compte, puis l’adaptation à “la contrainte économique” semblent être, non seulement une preuve de réalisme, mais aussi la base même de tout programme réformiste.

Or, l’économique, pas plus qu’une autre instance, ne constitue une espèce de champ clos, au sein duquel nous serions obligés de nous débattre sans pouvoir en sortir. Il est lui-même un produit de stratégies, de coalitions d’acteurs, d’offensives et de renoncements. C’est ce qu’essaie de montrer ce texte en examinant successivement :
• comment les politiques d’austérité, réponses au déclenchement de la crise des années 1974-75, ont mis en cause non seulement les compromis économiques et sociaux de l’État-providence [4], mais aussi ont ouvert la voie à de nouvelles politiques économiques néolibérales avec pour leitmotiv “moins d’État”.
• comment, sur base de cette nouvelle régulation néolibérale, se dessine une nouvelle conjonction des politiques économiques nationales avec le capitalisme en voie de mondialisation.

 Le rôle économique de l’État à l’épreuve du néolibéralisme

En 1981, lorsque Pierre Ronsavollon commence son célèbre essai [5] par ces mots : “L’État-providence est malade de la crise”, il sanctionne en fait la fin d’une période et l’installation définitive dans l’ère néolibérale. Car l’Etat-providence ne se remettra pas de cette maladie. L’abandon des anciens paradigmes de l’interventionnisme étatique et de l’économie mixte ne s’est pas réalisé, brusquement avec l’arrivée de Reagan ou de Thatcher. Le tournant a été étalé sur plusieurs années, laissant croire à certains que l’on pourrait encore sauver le patient.

Le tournant a été pragmatique, plutôt que le résultat d’une nouvelle vision théorique émergeant soudain à la moitié des années 70 et reprise systématiquement par les gouvernements et leurs conseillers. En Europe, il faudra une petite dizaine d’années (1975 -1985) pour voir l’option néolibérale prédominer dans les politiques économiques. Cette prédominance, faut-il le souligner, n’est pas directement reliée à la coloration politique des gouvernements en place.

Les modalités politiques diverses d’un même paradigme économique

Parfois, ces politiques sont qualifiées de néolibérales comme dans les cas emblématiques de la Grande-Bretagne de Thatcher ou des USA de Reagan. Pourtant de manière générale, si on reconnaît que des modifications substantielles sont intervenues dans les politiques économiques, rarement l’unanimité se fait pour leur donner le qualificatif de néolibérales. D’autres termes fleurissent pour tenter de les qualifier : modernisation de l’économie, adaptation aux conditions d’une économie mondialisée, dérégulation, flexibilisation, réhabilitation du marché, rigueur de la gestion, etc. ... Or, malgré toutes les précautions oratoires, il paraît justifié de parler d’un « tournant néolibéral » de la politique économique, y compris pour la Belgique.

Certes, l’approche de ce tournant est rendue plus opaque par la diversité des modalités de sa mise en œuvre. En nous limitant à quelques exemples, on peut dire que « le choix entre la réforme globale et l’encerclement progressif dépend de la position des promoteurs de ces nouveaux programmes dans le système politique » [6]. Il faut y ajouter les rapports de force sociaux qui structurent ce système politique et la situation économico-sociale au moment où ces choix doivent être posés.

Dans le cas de la Grande-Bretagne, l’impulsion novatrice résidait dans l’équipe dirigeante du gouvernement qui, ayant puisé son expertise dans les institutions privées (les fameux « think tanks » néoconservateurs) a pu l’imposer à des partenaires institutionnalisés et à une bureaucratie fort réticente. C’est un schéma de « réforme globale » : une argumentation forte de la doctrine économique accompagne le discours politique et l’action du gouvernement.

Pourtant, même une offensive aussi globale, comporte des contraintes très particulières et des contradictions internes. La mise à mal du Welfare State n’a pas été aussi loin qu’on pourrait l’imaginer. Les protections en matière de santé et de vieillesse ont beaucoup moins été touchées que celles en matière de chômage. Le système de privatisation destiné à développer un « actionnariat populaire » a surtout débouché sur la constitution de monopoles privés, tant décriés par les néolibéraux. [7]

Ailleurs, l’impulsion la plus significative vers le néolibéralisme est venue plutôt des experts qui alimentent en solutions et en recettes nouvelles les réseaux de la politique monétaire et économique. Son impact ne se mesure pas par la capacité à faire vivre un grand dessein politique face à l’ensemble des acteurs, mais plutôt dans l’imposition d’un ensemble de contraintes qui modifient les termes de la décision politique et ses modalités de mise en œuvre. C’est un processus d’encerclement par un néolibéralisme gestionnaire plutôt que doctrinal.

Dans le cas de la France, cet encerclement ne visait pas seulement la gauche au pouvoir au temps de la rigueur. Il a concerné tout autant les élites administratives et économiques formées dans le cadre de la planification à la française et convaincues de la “grandeur de l’action de l’État républicain” y compris en économie. La Belgique se situe plutôt dans le second scénario : celui de l’encerclement par la contrainte, malgré une plus grande faiblesse, comparée à la France, de nos élites publiques. On ne pouvait en demander moins au pays de la vertu pragmatique.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue que les compromis, noués durant les « trente glorieuses”, sont des compromis fortement institutionnalisés. Plusieurs acteurs peuvent en réclamer simultanément la paternité, mais tout abandon brutal peut comporter un coût social (et électoral) élevé. C’est ce qui explique une progression néolibérale comme un ensemble de savoir-faire pragmatiques, se refusant à prendre de force certaines citadelles, mais les vidant peu à peu de toute influence en impulsant une autre logique aux politiques économiques mises en œuvre. Dans une telle démarche pragmatique, bien connue des gouvernements belges, il n’est donc pas nécessaire de changer brusquement de référentiel. On peut rester »le pays avec la meilleure sécurité sociale du monde", ce qui n’est, après tout, qu’un jugement relatif, pas absolu.

Cette distinction brève entre deux types de mise en œuvre de l’offensive néolibérale, permet de comprendre les variations possibles dans les formes politiques, tout en constatant une homogénéisation progressive, ses quinze dernières années, autour d’un même paradigme économique. [8] La distinction faite par Michel Albert, entre capitalisme rhénan et capitalisme anglo-saxon, va progressivement perdre de sa pertinence, au moins sur un point central : le rôle économique dévolu à l’État.

La crise que personne ne voulait voir

L’élément déclenchant de ces nouvelles politiques économiques est la crise économique de 1974-75. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, l’ensemble des grandes économies capitalistes furent frappées par une récession généralisée et profonde. [9] Ce n’est pas tellement l’ampleur de la crise qui nous intéresse ici, que la faiblesse des perceptions de cette crise. [10] Non seulement, le retournement n’a été prévu que par peu d’économistes mais même une fois la crise installée l’explication de ses causes et mécanismes a été fort disparate [11]. Que l’on songe à la place démesurée prise par l’explication par “le choc pétrolier”. Il y aura incontestablement un certain désarroi - théorique et stratégique - et un temps de réaction très variable de la part des différents gouvernements.

Pour mesurer l’ampleur du retournement sur cette question, il est sans doute utile de se rappeler les opinions majoritaires et la doctrine officielle des années septante. On sait que l’arsenal économique standard de la période 1950-70 faisait largement référence aux capacités de l’État de maîtriser le cycle économique et les fluctuations monétaires.

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09/07/2010

Petit manuel de contre-propagande économique (Erik Rydberg)

Petit manuel de contre-propagande économique

Erik Rydberg (Ed. "COULEURLIVRES")


petit-manuel-cover1L’économie est sans doute le domaine qui admet le moins de discussions et de débats publics. Domaine réservé, affaire d’experts.

La raison tient en quatre lettres. TINA, l’abréviation proclamant l’impossibilité de toute réflexion critique en matière de projet de société : There Is No Alternative, il n’y a pas d’alternative. TINA, c’est fondamental. Car l’absence d’alternative, l’interdiction de penser auxquelles ce mot d’ordre renvoie portent très précisément sur notre système économique. Pas négociable.
Tabou absolu. Afin que personne ne remette en cause l’ordre – le désordre – établi, le chômage, la déshumanisation des conditions de travail, les inégalités, la course morbide à la compétitivité,
il faut que ces “évolutions” soient perçues comme “inéluctables” et “naturelles”, le résultat
de “lois économiques éternelles” qu’on présentera comme “scientifiques”. Réinstaurer
la contradiction, après plus d’un quart de siècle de domination unilatérale du néolibéralisme, suppose un travail patient d’éducation populaire.

Ce petit manuel entend y contribuer en passant en revue quelques “superstitions” marquantes répandues de l’obscurantisme contemporain, par exemple, la productivité (es-tu rentable ?), le taux d’emploi (as-tu un bon job MacDo ?) ou le libre-échange (es-tu un citoyen mondialisé ?)...

Journaliste, Erik Rydberg travaille au Groupe de recherches pour une Stratégie économique alternative (Gresea, www.gresea.be). Il est également membre fondateur d’Econosphères,
un réseau d’économistes entré en dissidence contre la pensée unique dans les sciences économiques (www.econospheres.be).

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31/05/2010

Appel : Pour une mobilisation européenne contre la dictature des créanciers

Appel : Pour une mobilisation européenne contre la dictature des créanciers
(Extrait de CADTM)


CADTM GrèceDepuis des mois, des manifestations ont lieu en Grèce pour s’opposer au plan d’austérité que le gouvernement, les dirigeants européens et le Fonds monétaire international ont décidé d’imposer au peuple grec. Aujourd’hui, la direction du pays n’appartient plus à ses élus mais est placée sous la tutelle du FMI et des institutions européennes échappant à tout contrôle démocratique.
Plusieurs grèves générales ont déjà eu lieu à l’appel de l’ensemble des syndicats et des partis politiques de gauche depuis le début de l’année 2010.
Cette lutte exemplaire fait écho à celles des peuples d’Europe orientale (Roumanie, Hongrie, Lettonie...), à celles des autres pays des Balkans (Bosnie...), d’Irlande et récemment d’Islande confrontés à des plans d’austérité similaires.

Les peuples de tous les pays d’Europe ont été, sont ou seront concernés par ces attaques qui veulent faire payer aux salariés, aux retraités, aux chômeurs, les effets d’une crise profonde dont ils ne sont en rien responsables.
En effet, ce sont les ‘marchés financiers’ (banques, assurances, fonds de pensions...) qui, par leurs pratiques spéculatives au service des actionnaires et des rentiers, sont responsables de cette crise financière qui prend pour cible la dette publique des pays.

D’où vient cette dette publique ?

Elle est principalement le fruit des politiques fiscales favorables aux individus les plus riches et aux grandes entreprises. La baisse des recettes que ces cadeaux aux riches ont entraînée a amené les gouvernements à financer par l’emprunt une partie croissante du budget. Plus récemment, la baisse d’activité économique a entraîné une réduction des recettes fiscales. Enfin, la mise en place des plans de sauvetage des banques a aggravé encore davantage les déficits publics sans que les pouvoirs publics n’en profitent pour prendre le contrôle du secteur financier afin d’en changer les pratiques.

Qu’a-t-elle financé ?

La dette publique des Etats n’a pas servi à financer des créations d’emplois, des améliorations des services publics et des infrastructures, elle a seulement servi à sauver la mise des coupables et à combler les déficits budgétaires ainsi provoqués.

Qui en profite ?

Ce sont justement ceux qui ont déjà bénéficié des réductions d’impôts (les ménages les plus riches), les banques et les grandes entreprises qui, dans le même temps, spéculent sur les titres de la dette publique et empochent les intérêts des obligations d’Etat. C’est ainsi une double récompense pour les fautifs.

Qui va payer ?

Mais c’est une double peine pour les victimes ! Ce sont les populations pauvres, ceux et celles qui vivent de leur travail qu’on veut pressurer aujourd’hui pour voler au secours des profiteurs de la dette :

• Baisse des salaires et des retraites,

• Casse de la protection sociale,

• Destruction des services publics,

• Remise en cause du droit du travail,

• Augmentation de la fiscalité sur la consommation, notamment la TVA.

Non seulement ces plans d’austérité ne règleront en rien les causes réelles de la crise, mais ils vont plonger des millions d’êtres humains dans la misère et la précarité.

Le réseau CADTM-Europe appelle l’ensemble des forces politiques, syndicales et associatives, à organiser dans l’unité, à l’échelle nationale et européenne, les mobilisations nécessaires pour s’opposer à ces attaques concertées contre les peuples d’Europe.

Refusons de payer leur crise. Préparons un vaste mouvement social contre la dette et les causes de cette crise !

Au lieu de ces plans d’austérité, il faut s’attaquer à la racine du problème :

• En expropriant les banques pour les transférer au secteur public sous contrôle citoyen

• En réalisant un moratoire unilatéral (sans accumulation d’intérêts de retard) sur le paiement de la dette le temps de réaliser un audit (avec participation citoyenne) des emprunts publics. Sur la base des résultats de l’audit, il s’agira d’annuler la dette illégitime.

• En instaurant une véritable justice fiscale et une juste redistribution de la richesse

• En luttant contre la fraude fiscale massive dont sont responsables les grandes entreprises et les plus riches

• En remettant au pas les marchés financiers, par la création d’un registre des propriétaires de titres, par l’interdiction des ventes à découvert...

• En réduisant radicalement le temps de travail pour créer des emplois tout en maintenant les salaires et les retraites

• En socialisant les nombreuses entreprises et services privatisés au cours des 30 dernières années.

Créons une vaste mobilisation populaire dépassant les frontières car il faut faire converger les luttes locales sur le plan international pour venir à bout des politiques de régression sociale.

17/03/2010

Un autre capitalisme n’est pas possible

Rémy HERRERA (Article extrait de: "Le Grand Soir.Info")

autre capitalisme pas possibleLe capitalisme est en crise. Il pourrait même s’agir d’une des plus graves crises de l’histoire moderne. Et pourtant, à suivre l’actualité au jour le jour, l’opinion publique peut avoir le sentiment que cette crise est déjà derrière nous. Or, le pire est sans doute encore à venir, malgré les propos rassurants tenus et les aménagements envisagés.

En effet, la réactivation annoncée de l’intervention étatique a notamment pour objet la négation de la nature de biens publics à la fois gratuits et libres de composantes fondamentales du patrimoine commun de l’humanité, comme le savoir, l’éducation ou les infrastructures sociales et des ressources naturelles.

Ce livre nous propose un voyage dans les « entrailles du monstre », car c’est la dynamique même du capitalisme qu’il faut examiner et mettre à nu pour engager la grande transformation dont l’humanité et la planète ont besoin.

L’appel à la contre-offensive est lancé dans la théorie comme dans la pratique.

Les limites des politiques économiques menées par les gauches au pouvoir sont mises en évidence à partir de l’étude de quatre expériences : celles de Barack Obama aux États-Unis, de François Mitterrand en France (1981-1986), de Lula au Brésil et de Hugo Chávez au Venezuela.

C’est évidemment vers l’Amérique latine que les yeux se tournent. Les efforts de transformations sociales et de régionalisation mises au service des peuples font la démonstration qu’il est possible de passer de la défensive à l’offensive et d’ouvrir à nouveau les débats sur les alternatives anticapitalistes et les processus de transition socialiste.

L’auteur

Rémy Herrera est économiste, chercheur au CNRS, enseignant à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est l’un des coordinateurs du Forum mondial des Alternatives. Il est associé à l’Union of Radical Political Economist (New York), la Chubu University (Nagoya), la Société latino-américaine d’économie politique (São Paulo), l’Association des économistes de Cuba (La Havane), ainsi qu’au Forum du Tiers Monde (Dakar). Il travaille aussi avec le Centre Europe-Tiers Monde (Genève) auprès du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

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28/02/2010

Une analyse marxiste de la crise

Jeudi 4 mars 2010, 19 h.


Une analyse marxiste de la crise
Par Henri Houben, docteur en économie (UCL), économiste d’Attac, chercheur au Gresea, auteur de plusieurs études sur la crise.
 
15 septembre 2008 : la faillite de la banque américaine Lehman Brothers est le signe le plus retentissant de la crise financière mondiale née de la crise des subprimes. Les conséquences de cette crise sont énormes, à l’échelle mondiale. Mais s’agit-il simplement d’une crise financière ?
Pour les analystes libéraux purs et durs, la crise est une sorte de cataclysme naturel imprévisible qu’il faut simplement laisser passer. Pour d’autres, elle est la conséquence des excès du monde financier, que l’on peut circonscrire en limitant le processus de dérégulation à outrance. L’analyse marxiste va beaucoup plus loin, en disséquant les fondements du système capitaliste qui ont conduit à cette crise. Une crise dont les soubresauts financiers ne forment que la pointe immergée de l’iceberg.
 
 
A La Braise, rue de Bouvy 65, 7100 La Louvière.
PAF : 2 euros.

 

Limace

17:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Philo Marxiste-léniniste | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : marx, crise, economie, formation, limace |  Facebook |

27/02/2010

Crise économique: le pourquoi du comment


Jo Cottenier (Article original: source: "INVESTIG'ACTION"

capitalismecriseIl y a peu, des journalistes économiques ont vu « les premiers signes de rétablissement ». Mais, les bourses dégringolent à nouveau. Et ensuite ?


INTERVIEW: RUBEN RAMBOER

Fin 2008, on pensait la crise actuelle comparable à celle des années 30. Depuis peu, on parle de « vive relance économique ». Et, aujourd’hui, les économistes parlent de « double creux de vague », d’une nouvelle récession à cause des dettes des États. Qu’en est-il ?

Le capitalisme a perdu le nord. En septembre 2008, éclatement de la crise des banques et du crédit, tout le système financier s’effondre. Comme en 1929, c’était le signal de départ d’une crise profonde et sans doute longue de l’économie réelle. Fin 2009, les économistes et hommes politiques annonçent une reprise :nous, nous pensions qu’elle serait de courte durée. Aujourd’hui,c’est évident; l’État a guéri le système financier et, maintenant, c’est lui qui est gravement malade. Les marchés financiers doutent que les États puissent rembourser leurs dettes et les obligent à des efforts budgétaires extrêmes qui à leur tour hypothèquent la croissance. Ils ont aussi entamé une vague de spéculation contre quelques pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal pour les forcer à faire des efforts budgétaires et l’Union européenne (UE), elle aussi, impose des économies pour sauver l’euro. Au total, cette grosse vague d’économies va à son tour hypothéquer la fragile reprise. Et cette crainte du « deuxième creux de la vague » deviendra peut-être réalité.

Pourquoi une crise économique a-t-elle suivi une crise financière ?

En fait, c’est l’inverse.

Comment ça ?

La cause est à chercher dans la sphère de la production. À la base de toute crise, il y a un problème de surproduction. Le capitalisme, veut toujours s’accaparer les parts de marché des concurrents en produisant à meilleur marché. Ce n’est possible qu’en comprimant les coûts de production ou avec moins de main-d’œuvre, plus de machines. Inévitablement, on coupe dans le pouvoir d’achat. Ainsi naît une contradiction entre une capacité de production en hausse et un pouvoir d’achat en baisse à l’échelle mondiale. On crée une surproduction.

Pendant un temps, le crédit et la spéculation peuvent créer une demande artificielle et camoufler la crise dans la sphère de production. Mais quand le fossé entre le rêve et réalité devient trop large, les bulles financières explosent. Ceux qui prétendent qu’il ne s’agit que d’une crise financière ne vont pas au cœur du problème. Si on considère cela à plus long terme, nous voyons qu’il y a eu surcapacité et surproduction depuis la crise économique des années 1970. Et, par conséquent, le capital entame maintenant une grande « période d’assainissement », avec une destruction massive de capacité.


À partir de la fin 2009, on croyait que l’économie sortait du gouffre. La croissance économique est même redevenue positive ?

On a fait beaucoup de bruit autour de la résurrection, mais c’est surtout du blabla visant à restaurer la confiance.

Il y a eu une légère reprise en raison des plans de relance. Partout dans le monde, les gouvernements ont injecté de l’argent dans l’économie pour stimuler la demande : 800 milliards aux États-Unis, 500 milliards en Chine, 200 milliards dans l’Union européenne. Le plan allemand des vieux fers, par exemple, a stimulé la demande d’automobiles.

Mais la plupart de ces plans arrivent à leur fin et cela n’a rien d’une vraie résurrection. Celle-ci doit venir d’une réelle augmentation de la demande de marchandises et de services. Et cette demande n’existe pas. Le chômage augmente très rapidement et le pouvoir d’achat baisse. Les paiements en souffrance augmentent. Les gens sont inquiets pour l’avenir et ils économisent.


Qu’est-ce qui rend cette crise si exceptionnelle ?

Le capitalisme fonce dans une impasse et il ne trouve pas d’issue. Dans aucun secteur, il ne pointe une réelle restauration de la demande.Le secteur industriel est dans l’impasse : pas de nouveaux investissements, mais des restructurations et des licenciements, ce qui fait encore baisse le pouvoir d’achat de la population. Pendant un temps, la crise a été compensée grâce à l’emplâtre du chômage économique, mais, maintenant, nous en sommes vraiment à la phase de l’amputation. Dans le monde entier, on voit les grands monopoles utiliser la crise pour « assainir ». Le superflu doit disparaître pour pouvoir repartir avec un appareil dégraissé mais rentable. Les licenciements tombent non seulement dans les entreprises déficitaires, mais aussi dans les bénéficiaires, comme AB InBev ou encore DHL à l’aéroport. Entre faillites et reprises, les plus faibles disparaissent et les plus forts se renforcent.

Le secteur du crédit lèche ses plaies et veut accroître encore ses bénéfices. Les difficultés d’une partie de l’industrie menacent à leur tour les banques car les entreprises en faillite ne remboursent pas leurs dettes. De ce fait, les banques sont très avares dans leur crédit à l’industrie. Et, vu les dettes des gouvernements, on ne doit pas s’attendre à plus de largesse de ce côté-là.

Le capitalisme cherche de nouveaux débouchés pour croître à nouveau. L’économie verte ne peut-elle devenir le moteur d’une reprise réelle de la demande ?

C’est le deus ex machina actuellement : l’économie verte comme solution à la crise écologique et économique. À peu près tous les partis politiques, ainsi que les institutions internationales comme les Nations unies, se passionnent pour le Green Deal : donner un coup de pouce au capital afin qu’il produise durable et vert et, du coup, l’économie déniche une nouvelle locomotive. Mais c’est loin d’être aussi simple que ça.

Pourquoi pas ?

Personne ne niera que le passage à une économie durable et pauvre en carbone comporte un bouleversement phénoménal du mode de production. Pour réduire les émissions de CO2 de 30 à 40 % en 2020 et de 95 % en 2050, une réorientation gigantesque de l’économie est nécessaire. Ce sont des perspectives pour une relance, mais il ne faut rien exagérer.

Jusqu’à présent, l’emploi dans l’industrie verte est limité. L’éco-industrie et les éco-services représentent 2,2 % du PIB des 25 pays de l’Union européenne (UE). Les emplois verts sont souvent simplement le remplacement d’emplois disparus dans d’autres secteurs. Le syndicat européen a fait une étude et prévoit, par l’éco-industrie, une croissance de l’emploi de 1 à 2 %.


L’écologique, ça rapporte ?

Jouets, shampooing, panneaux solaires… Ce que produit le capitaliste et comment il le produit dépend des possibilités de profit. Le capitaliste se fout des problèmes climatiques de l’avenir. Ce qui l’intéresse, c’est le profit maintenant. Bien sûr, certains se rendent compte qu’en prenant des risques, ils s’accapareront peut-être le marché demain. Ainsi, on assiste à un certain rush du capital vers les « niches » du capitalisme vert : éoliennes, cellules solaires, voiture électrique, instruments en vue d’économiser l’énergie.

Mais sur le plan écologique, on reste loin en dessous des possibilités et besoins, car la chasse au profit est parfois un stimulant, mais peut aussi être un frein. Les inventions technologiques sont aux mains de monopoles privés et les brevets, cachés aux concurrents. La question n’est donc abordée de façon globale et efficace. Si le capital lorgne en direction de nouvelles sources d’énergie, il ne choisit pas la plus respectueuse de l’environnement, mais la plus rentable. Aujourd’hui, on reactive des centrales au charbon, vraiment très polluantes, avec la promesse que le CO2 sera stocké dans le sous-sol. Autre exemple, l’exploitation d’énormes gisements de sable bitumeux au Canada, lesquels constituent une très lourde surcharge pour l’environnement.

L’économie verte durable est très risquée pour le capital privé et, sans soutien de l’État, moins rentable que l’économie polluante. Si on ne compte que sur le capital privé pour effectuer le passage, ce passage ne se fera alors qu’au compte-gouttes.


L’État ne doit-il pas encourager d’urgence l’économie verte ?

Dans le monde entier, c’est ce que l’État essaie de faire. La stratégie 2020 de l’UE et des plans fédéraux et régionaux belges aussi. Sous la menace des catastrophes climatiques, de grosses montants des impôts seront transférés vers le capital privé. Une approche erronée car les émissions de CO2 réclame une approche globale et planifiée et ne doit donc surtout pas être géré par les lois du marché et du profit.

D’après les Nations unies, c’est en Chine qu’on trouve l’approche la plus cohérente des problèmes environnementaux. L’emprise de l’État socialiste sur les investissements verts n’y est pas étrangère. Ici, le capital décide presque seul des investissements. Les entreprises ne font du vert que lorsque ça rapporte gros et qu’elles en ont envie. Et encore, elles le font alors l’une à côté de l’autre au lieu de le faire de concert. On peut difficilement parler de cohésion.


Environnement et emploi ne vont pas toujours main dans la main. Des normes environnementales ne sont-elles pas un danger pour le secteur pétrochimique en Flandre et la sidérurgie en Wallonie ?

Lors du sommet de Copenhague, les patrons du secteur pétrochimique flamand ont sorti un manifeste disant que des normes sévères seraient une ruine pour la chimie, le port et l’économie flamande. Ils font du lobbying pour maintenir les normes des émissions le plus bas possible et avoir des réglementations les plus souples. Souvent, ils agitent la menaces de l’emploi. Mais les deux peuvent aller de pair. Une économie pauvre en carbone est parfaitement possible sur le plan technologique. Ce n’est pas un problème technique mais un problème de société. Si on laisse la reconversion au privé, cela ira de pair avec des licenciements, des fermetures et des délocalisations vers des régions où les entreprises pourront encore polluer.

Dans une approche dirigée par l’État, chaque secteur devrait fournir sa quote-part nécessaire. Progressivement, on pourrait évoluer vers une économie durable. Dans ce cas, il faudra bien la planifier et investir dans des entreprises publiques, dans l’éco-secteur et l’énergie. Au lieu de cela, on s’imagine avoir découvert l’œuf de Colomb : le commerce de CO2.


Concernant le climat, on voit aussi le marché comme LA solution ?

Ce commerce des droits d’émission est l’ultime preuve qu’on refile le problème climatique aux mains du marché. Comment cela fonctionne-t-il ? Les États reçoivent des droits d’émission qu’ils ventilent entre leurs industries les plus polluantes. Une aciérie qui a plus rejet qu’elle n’en a le droit peut faire deux choses : assainir ou acheter des droits d’émission auprès d’entreprises qui se situent sous la norme des rejets. Ainsi naît un marché des droits d’émission de CO2, dont le prix est déterminé par l’offre et la demande sur le marché. Pour l’instant, ce prix est très bas car la crise et la production plus faible créent un excédent de droits sur le marché. Les industries très polluantes accèdent ainsi aux droits à très bas prix et peuvent donc continuer à cracher leur CO2 en toute quiétude. C’est bel et bien un frein à une réduction planifiée des rejets.

Ce commerce déplace également le problème car il y s’étend aux pays en voie de développement. On peut aider à limiter les émissions là-bas – ce qui coûte moins – et recevoir en échange des droits d’émission. Et je ne parle pas des phénomènes pervers propres à de nombreux marchés. Et tout cela au détriment d’un problème grave : le réchauffement climatique.


De quels phénomènes pervers voulez-vous parler ?


La spéculation, par exemple. Le commerce des certificats carbone se mue en nouveau marché financier. Les certificats carbone sont comme des actions sur lesquelles on peut spéculer. Certains disent que ça va devenir la nouvelle bulle de savon, que ces certificats vont devenir les nouveaux crédits camelote. Le marché du carbone s’élevait à 125 milliards de dollars en 2008 et l’on prévoierait 3 000 milliards de dollars d’ici 2020.

Les marxistes pensent que le capitalisme est en train de sombrer suite à ses propres contradictions. Toutes ces crises sont-elles un signe fatidique ?

Attention, le capitalisme ne va pas s’effondrer tout seul ! La crise va laisser de lourdes traces et une période de grande incertitude nous attend car les différentes crises se renforcent l’une l’autre : financière, économique, climatique, énergétique, démographique. Ce n’est pas parce qu’il y a crise qu’il ne pourra plus y avoir de périodes de reprise. Le capitalisme cherche toujours des issues, même si, pour cela, des guerres sont nécessaires.

Les rapports de force dans le monde ont changé. La suprématie des États-Unis en a pris un coup, le dollar titube, il y a une redistribution du pouvoir à l’échelle mondiale. Nous l’avons également vu nettement au sommet de Copenhague où la Chine, l’Amérique latine et l’Afrique se sont rebiffées et ne se sont pas soumises à l’agenda de l’Occident. L’évolution de ce changement contribue également à déterminer l’issue de la crise.

C’est la force des travailleurs qui détermine l’avenir de ce système. Un signe d’espoir, en ce sens, c’est que la prise de conscience que ce système doit disparaître et faire place à une économie planifiée. Car, où que l’on se tourne, on voit clairement maintenant les ravages de la chasse au profit, le noyau même du capitalisme.

23/02/2010

Opel Anvers : " jetés comme des vieux débris " !

(Source: "GRESEA", lire l'article original)

gm-schrapt-47-000-jobs-antwerpen-blijft-open_5_460x0Un an après avoir mis dans un plan qu’elle tenait à fermer son usine anversoise, la direction de General Motors confirme officiellement ce choix. Non seulement les 2.377 salariés devraient être licenciées durant l’été 2010, mais 5.700 emplois devraient être perdus dans le reste de l’Europe… sauf si les syndicats parviennent une nouvelle fois à infléchir la décision patronale.

« Nous comprenons pleinement l'impact que cette annonce aura sur nos employés à Anvers, et sur leurs familles, et nous sommes de tout cœur avec eux. »1 Il ne manque pas de toupet le nouveau patron de GM Europe, Nick Reilly. Présentant le nouveau plan de restructuration de la filiale européenne du constructeur américain, il annonce : suppression de 8.300 emplois sur un total actuel de 48.000 et fermeture définitive du site anversois.

2.377 salariés travaillent encore sur celui-ci. Avec la sous-traitance, 5.000 postes seraient menacés dans le nord du pays2 . Les autres usines du groupe ne seraient pas épargnées : les effectifs de Bochum devraient être réduits de 1.800 personnes, Rüsselsheim  de 860, Eisenach de 300, Kaiserlautern (qui fabrique des moteurs) de 300, Saragosse de 900 et Luton de 3703 . En tout, c’est 20% de l’équipement industriel et du personnel de GM Europe dont le conseil d’administration à Detroit veut se débarrasser.

En même temps, des équipes de nuit (un système en 3x8h) seraient introduites à Gliwice en Pologne à la mi-2010 et à Ellesmere Port, près de Liverpool, à la mi-2011. Ce qui, en fait, ne diminuera pas les capacités de 20%, mais bien l’emploi. Le résultat en sera donc une hausse de la productivité. Ainsi, les travailleurs paieront un lourd tribut à ce plan: à la fois en pertes d’emploi et en flexibilité horaire. Sans compter la « modération salariale » que le constructeur essaie d’imposer.

Une pilule difficile à faire passer aux métallurgistes et à leurs délégués. Cela n’empêche pas la direction de se déclarer solidaire du malheur de ces travailleurs qu’elle vient de mettre à la porte. Comme si elle n’avait joué aucun rôle dans la situation de crise que connaît l’entreprise.

Une crise venue d’une autre planète

Pour les dirigeants des firmes automobiles – mais on pourrait retrouver cette même perception chez les responsables politiques ou les médias traditionnels -, la récession est une sorte de cataclysme venu d’ailleurs, une sorte de météorite économique tombée par inadvertance sur la terre. Et cela apporte inévitablement des effets indésirables à ce monde, en fait sur tout le monde, car « on serait tous sur le même bateau ».

Dans le cas présent, on peut même accuser la finance débridée, les Etats-Unis en mal de régulation ou les paradis fiscaux qui accueillent tous ces fonds qui veulent échapper à la surveillance macroéconomique… tout sauf le secteur automobile ou l’industrie manufacturière. L’économie « réelle » (par opposition à la « sphère financière pure ») serait fondamentalement saine.

En fait, comme nous l’avons montré dans un article précédent4 , la situation actuelle du secteur est marquée par une compétition intense entre constructeurs. Ce qui a pour effet que les entreprises construisent de nouvelles unités pour conquérir de nouveaux marchés, que ce soit géographiquement (l’Europe de l’Est, la Russie, les pays dits « émergents ») ou industriellement (auparavant monospaces, vans, 4x4 ; aujourd’hui véhicules hybrides, électriques, minis). Sans voir que les rivaux pratiquent de même : tout le monde se rue donc sur la Russie5 quasi en même temps pour profiter de ces ventes jugées très lucratives.

Le problème est que le marché est nécessairement limité par les revenus disponibles des ménages et ceux-ci n’augmentent pas à la vitesse à laquelle les nouvelles installations sont mises en place. Pour saturer cet équipement, les firmes se lancent dans une bataille de prix6 et donc de coûts : il faut pouvoir produire aux moindres frais pour pouvoir tenir la bataille. Il y a ceux qui peuvent et ceux qui se retrouvent rapidement en difficultés.

C’est cette guerre qui se transforme en crise économique. Parce que les premiers deviennent de plus en plus agressifs pour arracher des parts de marché et que tous limitent les engagements de personnel pour être encore plus productifs. Comme cela ne se passe pas que dans le secteur automobile, mais partout dans l’économie, la production de marchandises devient excédentaire par rapport à ce que les citoyens peuvent acheter en fonction de leurs revenus.

Il suffit d’un événement, d’une étincelle pour allumer le baril de poudre. Aujourd’hui, ce fut les problèmes des subprimes. Cela aurait pu être autre chose. En Europe (pour les dix-huit pays occidentaux), le niveau des ventes atteint un maximum de 15 millions de voitures particulières vendues en 1999. Depuis lors, il se situe sous cette barre. Même avec l’Est, le marché s’établit à 16 millions de voitures en 2007, mais à seulement 14,5 millions en 20097 . Même situation aux Etats-Unis : les ventes de voitures particulières et véhicules utilitaires légers (vans, 4x4, etc.) ont atteint leur sommet en 2000 avec 17,3 millions d’automobiles écoulées ; depuis lors, c’est la baisse et la chute depuis 2007 ; en 2009, les constructeurs fournissent à leurs clients autant de véhicules qu’en… 19688 . Au Japon, c’est pire encore, puisque les ventes ont culminé en 1990 à 7,8 millions de véhicules9 et qu’en 2009 elles sont tombées à 4,6 millions.

Ce ne sont ni les subprimes, ni la finance qui peuvent expliquer cette situation. Ce sont des éléments déclencheurs, mais nullement explicatifs. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

En outre, dans ce contexte, General Motors a pris des décisions désastreuses depuis des années. Confrontée aux premiers effets de la crise dans les années 70 et à la concurrence japonaise sur le marché américain, la direction du constructeur a réagi tardivement. Elle n’a pas restructuré rapidement ses activités comme ont dû le faire Chrysler (en faillite en 1979) et Ford. Le PDG des années 80, Roger Smith – celui qui est dénoncé dans le premier documentaire de Michael Moore, « Roger and Me » - a lancé un vaste programme d’innovations technologiques qui se sont avérées autant de catastrophes, parce que la technologie (comme frais fixes) coûte d’autant plus que l’entreprise ne vend pas ses produits. Résultat : la firme qui avait encore une part de marché aux Etats-Unis de 46% en 1978 va voir celle-ci fondre inexorablement à 35% en 1987, à 28% en 2003 et à peine 20% en 200910 . Sur ce plan, la mise en faillite ne va pas redorer le blason de l’ancien numéro un du secteur.

Ce sont les travailleurs qui ont surtout fait les frais de cette déplorable gestion. C’est ce que montre le tableau suivant qui reprend l’évolution du personnel travaillant dans le secteur automobile pour General Motors en Amérique du Nord et en Europe. Pour conserver une base comparable, nous sommes remontés à 1995.

......... Lire la suite de l'article.......

09:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exploitation, opel, licenciements, economie, capitalisme |  Facebook |

05/02/2010

L'argent dette

La dette des gouvernements, des entreprises et des ménages a atteint des proportions astronomiques et enfle de plus en plus démesurément de jour en jour.

D'ou vient tout cet argent ?
Comment peut-il y avoir TANT d'argent à prêter ?

 

17:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, capitalisme, socialisme, argent, economie, exploitation |  Facebook |

02/02/2010

Banques qui pillent, banques qui pleurent



9782805900419Enquêtes sur les profits et crises de BNP-Fortis et des banques
Marco VAN HEES

La débâcle bancaire en a surpris plus d'un. Pas Marco Van Hees, l'auteur de Didier Reynders, l'homme qui parle à l'oreille des riches, pour qui la "crise" est même la conséquence inévitable et prévisible d'une idéologie à l'œuvre, et qu'il détaille ici de manière limpide.
La première partie du livre ("Banques qui pillent") enquête sur les procédés qui ont permis aux banques de réaliser, ces dernières années, des profits gigantesques, bien loin de la bonne gouvernance de façade. Appuyé sur de nombreuses sources, dont des témoignages de première main, Marco Van Hees montre comment cet enrichissement s'est opéré, de façon légale mais aussi, parfois, de façon ourtageusement illégale, au détriment des clients des banques, du personnel des banques et de l'État.
La seconde partie ("Banques qui pleurent") détaille les motifs de ces faillites annoncées. Pourquoi les directions des banques, qui pendant des années ont crié "au moins d'État", ont-elles exigé son intervention providentielle ? Mais aussi : comment cette intervention de la puissance publique s'est-elle faite - et cela doit nous préoccuper - avec un même irrespect des règles de droit et de bonne gestion, qui fait que la perfusion offerte aux vampires bancaires porte en elle les prochaines crises. L'ouvrage dévoile à ce propos les liaisons dangereuses tissées entre le monde politique et le monde bancaire.
Enfiligrane, ce livre est un plaidoyer pour instaurer ce que la réalité impose : une banque publique au service des gens et non au service du fric.
Marco Van Hees est inspecteur à l'impôt des sociétés et l'auteur de plusieurs livres remarqués.

Accéder au site ADEN.

17:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arnaques, capitalisme, exploitation, banques, finance, economie |  Facebook |

28/01/2010

L’autodestruction du Capitalisme

(Article provenant de "legrandsoir.info")
Michael PARENTI
illustration : "Capitalism:final" par Davio

Capitalisme finAprès le renversement des gouvernements communistes de l’Europe de l’est, le capitalisme a été brandi comme l’invincible système qui apporte prospérité et démocratie, le système qui allait s’imposer jusqu’à la fin des temps.

Cependant, la crise économique actuelle a fini par convaincre même quelques éminents partisans du libre marché qu’il y a quelque chose qui cloche sérieusement. En vérité, le capitalisme n’a pas encore réglé ses comptes avec plusieurs forces historiques qui le gênent en permanence : la démocratie, la prospérité, et le capitalisme lui-même, cette entité que les dirigeants capitalistes prétendent promouvoir.

Ploutocratie contre Démocratie

Commençons par la Démocratie. Aux Etats-Unis on nous dit que capitalisme et démocratie sont étroitement liés, d’où le terme « démocraties capitalistes ». En fait, tout au long de notre histoire les rapports entre démocratie et capitalisme ont été largement antagonistes. Il y a environ 80 ans, le juge de la Cour Suprême Louis Brandeis faisait le commentaire suivant : « Dans ce pays, nous pouvons avoir soit la démocratie, soit une grande concentration de richesse entre les mains d’une minorité, mais pas les deux. » Les intérêts d’argent ont été des adversaires et non des partisans de la démocratie.

La Constitution elle-même a été rédigée par des hommes de bonne famille influents qui se sont réunis à Philadelphie en 1787 pour répéter leurs mises en garde contre les effets néfastes et égalitaires de la démocratie. Le document qu’ils ont rédigé était lui-même loin d’être démocratique, rempli de contrôles, vetos et exigences requis auprès de majorités supérieures artificielles, un système destiné à étouffer la volonté populaire.

Au début de la République, les riches et l’élite ont imposé la condition d’être propriétaire pour avoir le droit de vote ou d’être élu. Ils s’opposaient à l’élection directe des candidats (notez que leur systède Collège Electoral est encore en place - (Rappel : le président US des US est élu par un suffrage indirect - NdT). Et pendant des décennies, ils ont résisté à l’extension de ces droits aux groupes moins favorisés tels que les travailleurs sans propriété, les immigrés, les minorités raciales et les femmes.

Les forces conservatrices d’aujourd’hui continuent de rejeter des modes de scrutin plus équitables tels que le proportionnel, le mode de scrutin préférentiel ainsi que le financement public des campagnes électorales. Ils continuent de dresser des barrières au vote, soit par des procédures d’inscription sur les listes électorales qui sont exagérément sévères, par les radiations d’électeurs des listes, par des bureaux de vote inadaptés et des machines à voter électroniques qui n’arrêtent pas de se « tromper » en faveur des candidats les plus conservateurs.

Il arrive que les classes dirigeantes censurent les publications radicales et répriment les manifestations populaires, en recourant aux descentes de police, aux arrestations, aux emprisonnements – sévèrement appliqués récemment contres les manifestants à St Paul, Minnisota, lors de la Convention Nationale Républicaine.

La ploutocratie conservatrice tente aussi de saper les avantages sociaux de la démocratie, tels l’éducation nationale, les logements aux loyers modérés, le système de santé, les conventions collectives, les salaires décents, la sécurité au travail, un environnement sain ; le droit à la vie privée, la séparation de l’église et de l’état, le droit à l’avortement, et le droit de se marier avec tout adulte consentant de son choix.

Il y a environ cent ans, le dirigeant syndical Eugène Victor Debs avait été jeté en prison pendant une grève. Depuis sa cellule il n’a pas pu s’empêcher d’arriver à la conclusion que dans les conflits entre deux secteurs privés, le capital et le travail, l’état n’était pas un arbitre neutre.

La force de l’état – avec sa police, ses milices, ses tribunaux et ses lois – était sans équivoque du côté des patrons. A partir de là, Debs a conclu que le capitalisme n’était pas seulement un système économique mais tout un ordre social qui faussait le jeu de la démocratie pour favoriser les riches.

Les dirigeants capitalistes se posent en promoteurs de la démocratie même lorsqu’ils la subvertissent, non seulement ici mais à travers l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie et le Moyen Orient. Toute nation qui ne propose pas un « cadre favorable aux investissements », qui tente de consacrer ses terres, sa main d’œuvre, son capital, ses ressources naturelles et ses marchés à son propre développement, en dehors de la domination des multinationales, court le risque de se voir diabolisée et ciblée comme « une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis ».

La Démocratie devient un problème pour l’Amérique des multinationales non pas quand elle échoue mais quand elle fonctionne trop bien, permettant à la population d’avancer vers un ordre social plus juste et supportable, en réduisant le fossé, même modestement, entre les super riches et le reste de la population. Alors la démocratie doit être détournée et subvertie, entachée de désinformation, d’hyper médiatisations, (media puffery), par des sommes exorbitantes dépensées lors des campagnes électorales ; par des résultats de scrutins truqués, un public plus ou moins impuissant et par de pseudo victoires électorales attribuées à des candidats plus ou moins politiquement acceptables.

Capitalisme contre Prospérité

Les grands capitalistes n’encouragent pas la prospérité pas plus que la démocratie. La majorité de la planète est capitaliste, et la majorité de la planète n’est ni prospère ni particulièrement démocratique. Il suffit de penser au capitaliste Nigeria, capitaliste Indonésie, capitaliste Thaïlande, capitaliste Haïti, capitaliste Colombie, capitaliste Pakistan, capitaliste Afrique du Sud, capitaliste Latvia, et divers membres du Monde Libre ou, plus être plus précis, du Marché libre.

Une population qui serait prospère, politiquement éduquée et très exigeante quant à son niveau de vie, qui défendrait ses droits et pousserait à l’amélioration des conditions sociales n’est pas exactement l’idée que les multinationales se font d’une main d’œuvre idéale et corvéable. Les investisseurs capitalistes préfèrent les populations pauvres. Plus elles sont pauvres, plus elles travailleront dur pour gagner moins. Plus elles sont pauvres, moins elles sont capables de se défendre contre les abus.

Dans le monde du « libre commerce » des multinationales, le nombre de milliardaires augmente à une vitesse jamais connue jusqu’à présent tandis que le nombre de personnes dans la misère augmente plus vite que la population mondiale. La misère se répand lorsque la richesse s’accumule.

Prenons les Etats-Unis. Au cours huit dernières années seulement, tandis que des vastes fortunes ont surgi à une vitesse record, six millions d’Américains supplémentaires sont tombés en dessous du seuil de pauvreté ; le revenu moyen par foyer a baissé de plus de 2.000 dollars ; l’endettement des ménages a plus que doublé ; plus de sept millions d’Américains ont perdu leur assurance santé, et plus de quatre millions ont perdu leur retraite ; pendant ce temps, le nombre de SDF a augmenté et les saisies de maisons pour défaut de paiement se sont généralisées.

Il n’y a que dans les pays où le capitalisme a été quelque peu bridé par une social-démocratie que la population a pu se garantir une certaine prospérité ; les pays du nord de l’Europe comme la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark viennent à l’esprit. Mais même dans ces social-démocraties, les avancées sociales courent le risque d’une remise en cause.

Attribuer au capitalisme le génie de la prospérité économique constitue une ironie, alors que la plupart des tentatives d’améliorer le bien-être matériel ont été combattues avec acharnement par la classe capitaliste, et parfois avec violence. L’histoire des luttes sociales nous fournit d’innombrables exemples.

Si la vie est encore supportable sous l’actuel ordre économique US, c’est parce que des millions de gens ont mené d’âpres luttes de classe pour améliorer les conditions de vie et obtenir leurs droits en tant que citoyens, distillant ainsi une certaine dose d’humanité dans un ordre politico-économique par ailleurs insensible.

Un monstre qui s’autodétruit.

L’état capitaliste remplit deux fonctions reconnues depuis longtemps par les politologues. Premièrement, comme tout état, il doit fournir des services qui ne peuvent être fournis de manière fiable par le secteur privé. Deuxièmement, l’état capitaliste protège les possédants contre les démunis, garantissant la poursuite du processus d’accumulation de capital au profit des intérêts financiers tout en étouffant les exigences de la population, ainsi que Debs l’avait observé dans sa cellule.

Il y a une troisième fonction dévolue à l’état capitaliste qui est rarement évoquée. Elle consiste à empêcher le système capitaliste de s’autodétruire. Karl Marx avait souligné cette contradiction fondamentale : la tendance à la surproduction et aux crises des marchés. Une économie qui va de plus en plus vite, qui réduit de plus en plus les salaires, qui fait travailler plus pour gagner encore moins (tiens, tiens… Ndt), va droit dans un mur. Afin de maximiser les profits, les salaires doivent être compressés. Mais il faut bien que quelqu’un achète les biens et les services produits. Et pour cela, il faudrait maintenir le niveau des salaires. Il existe une tendance chronique – comme aujourd’hui – à la surproduction des biens fabriqués par le secteur privé et une sous-consommation des biens de nécessité par la population salariée.

De plus, ce qu’on ignore souvent, l’autodestruction du système est l’oeuvre des capitalistes eux-mêmes. Laissé sans surveillance, le secteur le plus actif du système financier s’empresse de dévorer les secteurs moins organisés.

Au lieu de tenter de gagner de l’argent par un travail de production et de commercialisation de biens et services, les maraudeurs se branchent directement sur les flux monétaires de l’économie elle-même. Pendant les années 90, nous avons assisté à l’effondrement total d’une économie en Argentine lorsque des capitaliste sans entraves ont dépouillé les entreprises, empoché de vastes sommes d’argent, et quitté le pays en laissant derrière eux une industrie en lambeaux. L’état argentin, gavé d’idéologie libérale, a failli à son devoir de protéger le capitalisme des capitalistes.

Quelques années plus tard, aux Etats-Unis, on a assisté à un pillage multimilliardaire perpétré par les conspirateurs de chez Enron, WorldCom, Harkin, Adelphia et des dizaines d’autres compagnies géantes. Des joueurs comme Ken Lay ont réussi à ruiner des entreprises jadis florissantes et rayer les emplois et les économies de milliers d’employés afin d’empocher quelques milliards supplémentaires.

Ces escrocs ont été jugés et condamnés. Ne serait-ce pas la démonstration que le capitalisme est capable de s’autoréguler ? Pas vraiment. Ces procès – qui sont arrivés trop tard de toute façon – sont à mettre au compte de la démocratie et non du capitalisme. Par essence, le marché libre est un système amoral, sans foi ni loi à part celle de « caveat emptor » (expression latine signifiant « que l’acheteur soit vigilant »- NdT).

Lors de la crise de 2008-2009, le surplus financier a crée un problème pour la classe fortunée : il n’y avait plus assez d’opportunités pour investir. Les grands investisseurs avaient de l’argent à ne plus savoir qu’en faire. Ils ont alors versé d’immenses sommes sur des marchés immobiliers fictifs et autres aventures hasardeuses, dans les rusés hedge funds, dans des produits dérivés, dans du leveraging, que sais-je encore.

Parmi leurs victimes, on comptait d’autres capitalistes, de petits investisseurs et les nombreux travailleurs qui ont perdu des milliards de dollars d’économies et de retraites. Le prince des voleurs était probablement Bernard Madoff. Décrit comme « un des plus brillants depuis longtemps dans le domaine de la finance », Madoff avait monté un fonds d’investissement frauduleux qui a prélevé 50 milliards de dollars chez de riches investisseurs, qu’il payait avec de «  l’argent qui n’existait pas », selon ses propres termes. La ploutocratie dévore ses propres enfants.

Au sein de la crise, lors d’une audition devant le Congrès (US) en octobre 2008, l’ancien président de la Réserve Fédérale et adepte du libéralisme Alan Greenspan a avoué qu’il s’était trompé en pensant que le système – soumis aux énormes tensions d’un immense capital accumulé qui ne cherchait qu’à être investi – finirait par s’autodiscipliner.

La théorie classique du laisser-faire est encore plus ridicule que ne le laisserait entendre les propos de Greenspan. En fait, cette théorie dit que tout le monde devrait agir selon ses propres intérêts et sans entraves. Cette compétition débridée est censée générer un maximum de profits pour tous parce que le marché libre est gouverné par une douce et magique « main invisible » qui optimiserait le résultat collectif. (« La cupidité est une chose positive »)

La crise de 2008-2009 a-t-elle été provoquée par la tendance à la surproduction et l’hyper accumulation financière, comme aurait dit Marx ? Ou est-elle le résultat de la cupidité de certains individus tels que Bernard Madoff ? En d’autres termes, s’agit-il d’un problème de système ou d’individus ? En réalité, les deux à la fois. Le capitalisme génère ses prédateurs et récompense ceux qui ont le moins de scrupules. Les crimes et les crises ne sont pas les dérapages absurdes d’un système qui serait rationnel, mais l’inverse : ce sont les conséquences logiques d’un système fondamentalement absurde et amoral.

Pire encore, les sauvetages en cours de plusieurs milliards de dollars versés par le gouvernement sont en train d’être à leur tour transformés en opportunités pour un nouveau pillage. Non seulement l’état échoue dans son rôle de régulateur, mais il devient lui-même la source du pillage en extirpant de vastes sommes des caisses de l’état, en saignant au maximum les contribuables.

Ceux qui critiquent « l’état providence » sont les premiers bénéficiaires de la providence de l’état. Les grandes sociétés américaines ont toujours bénéficié d’aides, de prêts avantageux et autres subventions d’état et fédéraux en tous genres. Mais l’opération de « secours » de 2008-2009 a constitué un pillage de l’argent public comme on n’en avait jamais connu. Plus de 350 milliards de dollars ont été distribués par un Ministre des finances de droite en fin de mandat aux plus grandes banques et sociétés financières et sans aucun contrôle – sans parler des 4 mille milliards sortis de la Réserve Fédérale. La plupart des banques, dont LPMorgan Chase et Bank of New York Mellon, ont déclaré qu’elles n’avaient aucune intention de divulguer la destination des sommes perçues.

Ce que l’on sait, c’est que les grandes banques ont utilisé une partie des sommes pour racheter de plus petites banques et créer des banques à l’étranger. Les PDG et hauts cadres sont en train de dépenser l’argent dans de fabuleuses primes et des séjours luxueux de thalasso. Pendant ce temps, les gros bénéficiaires des aides comme Citigroup et Bank of America ont licencié des dizaines de milliers d’employés, ce qui nous fait poser la question suivante : pourquoi leur a-t-on versé ces sommes ?

Tandis que ces centaines de milliards sont en train d’être distribués aux auteurs de la catastrophe, le marché de l’immobilier continue de s’effriter, le crédit de se paralyser, le chômage d’augmenter et la consommation des ménages de plonger vers de nouvelles profondeurs.

En résumé, le capitalisme libéral est par nature synonyme de désastre à venir. Il est dans sa nature profonde que de transformer la nature vivante en un tas de biens de consommation et les biens de consommation à leur tour en un tas de capital inerte. Sans contrôle, le capitalisme déverse ses surplus et ses déchets sur le public et l’environnement – et tôt ou tard commence à s’autodétruire.

Dans une société capitaliste, les immenses inégalités en termes de pouvoir économique se répercutent en immenses inégalités en termes de pouvoir politique, ce qui rend la mise en place de régulations de plus en plus difficile.

Si les preux chevaliers du Capitalisme veulent vraiment savoir ce qui menace « notre mode vie », c’est leur mode de vie à eux, leur braconnage de leur propre système, leur destruction des fondations sur lesquelles ils reposent, c’est-à-dire la communauté sur le dos de qui ils se gavent.

Michael Parenti
www.michaelparenti.org

ARTICLE ORIGINAL
http://civillibertarian.blogspot.co...

Traduction Le Grand Soir

Michael Parenti’s recent books include : Contrary Notions : The Michael Parenti Reader (City Lights) ; Democracy for the Few, 8th ed. (Wadsworth) ; The Assassination of Julius Caesar (New Press), Superpatriotism (City Lights), The Culture Struggle (Seven Stories Press), and God and His Demons (forthcoming). For further information, visit his website :

17/01/2010

LA PROCHAINE CATASTROPHE ECONOMIQUE!

(Article issu du site de G. Dutron, via le blog "syndicats")

L’ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International annonce une énorme catastrophe

C’est sûrement ce qu’il voulait, c’est réussi ! Nous ne disons pas autre chose sur ce blog depuis 18 mois !

Mais là, c’est une « autorité reconnue ! Le 7 janvier, Simon Johnson donnait  son analyse de la crise économique et financière à la chaîne CNBC : voir la vidéo… http://www.youtube.com/watch?v=RLKuXwisOrc&feature=pl...

Que dit l’ancien chef économiste du FMI ?

-      Que nous ne sommes qu’au début de la crise,

-      Que nous allons connaître « une énorme catastrophe,

-      Que le système financier américain repose totalement sur la croyance que l’Etat le sauvera indéfiniment,

-      Que les grosses banques (“too big to fail”) se sentant à l’abri d’une faillite,

-      Qu’elles se remettent à prendre des risques insensés,

-      Que, tôt ou tard, ces risques conduiront à une nouvelle crise financière.

Laissons parler Simon Johnson :

-      Notre système financier est entièrement basé sur la dénégation de la morale. Des choses folles peuvent désormais arriver“. ..

-      Nous sommes en train de créer les conditions d’une énorme catastrophe [...] La crise en est à son tout début“. ..

- La sagesse financière traditionnelle dit que deux crises financières majeures ne peuvent se succéder. Je pense que nous allons voir le contraire se produire, nous verrons bien jusqu’à quel point cette supposition est vraie…

-

Conclusion de Johnson, les banques n’ont tiré aucune leçon de la crise.

Au contraire, “le total des actifs des six plus grosses banques des Etats-Unis dépasse maintenant les 60% du PIB. Elles ont encore grossi pendant la crise. Tous les gros sont là, à prendre des risques, comme vous ou moi le ferions si nous nous sentions intouchables, comme si nous avions un pass d’immunité totale“.

En fait, avec la crise systémique globale, le monde est sorti du cadre de référence de ces soixante dernières années…. vraisemblablement définitivement.

Ce dont nous prévient Simon Johnson, c’est qu’une nouvelle crise intervenant en 2010, 11 ou 12 alors que la crise actuelle n’est pas réglée peut se heurter à une insolvabilité ou une incapacité des États à intervenir.


Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 1999 (en Milliards USD et par institution) – Source : Financial Times, 05/2009


Les vingt institutions financières mondiales les plus importantes par capitalisation boursière en 2009 (en Milliards USD et par pays d’origine) – Source : Financial Times, 05/2009

LA BRI CONFIRME :

à fleurets mouchetés certes mais que dit-elle

La BRI c’est la Banque des Règlements Internationaux…la Banque des Banques centrales en somme.

-      1/ que les positions bancaires actuelles sont extrêmement risquées.

-      2/ que l’économie mondiale reste sous perfusion publique et risque un écroulement global.

-      3/ Que les besoins de refinancement des institutions financières et des entreprises sont “impressionnants” et devront être soldés dans les trois prochaines années.

-      4/ Que l’endettement  des Etats conduira sans aucun doute à une augmentation du risque souverain sur le marché.

QUELQUES SIGNES QUI NE TROMPENT PAS :

-       En 2009, le taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre a atteint son plus bas niveau depuis sa création à 0,5%,  le plus bas depuis 1694 soit 316 ans.

-      En 2008, la Caisse des Dépôts et Consignations, bras financier de l’état français depuis 1816 sous la Monarchie, l’Empire, la République, a connu sa première perte annuelle en 193 ans. http://www.france24.com/fr/20090416-cdc-caisse-depots-enr...

-      En Avril 2009, la Chine est devenue le premier partenaire commercial du Brésil. Or, depuis des siècles le Brésil devance régulièrement les grandes ruptures de la domination mondiale. Il y a deux cents ans, le Royaume-Uni avait stoppé  trois siècles d’hégémonie portugaise.  Les Etats-Unis, ont écarté le Royaume-Uni au début des années 1930 comme premier partenaire du Brésil.

Ce constat illustre assez bien l’évolution des rapports de domination au sein de la domination mondiale globale

Seul l’avenir dira si nous nous trompons ou pas et si Johnson se trompe mais beaucoup d’indicateurs nous orientent dans le même sens.

Guy Dutron

20:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : economie, exploitation, fmi, capitalisme, catastrophe |  Facebook |

10/01/2010

Les 7 péchés d’Hugo Chavez

Les 7 péchés d’Hugo Chavez (Introduction)

(Extait du site "Investig'action")

7-peche-capitauxPourquoi les Etats-Unis s’opposent-ils à Chavez ? Pour le pétrole, on s’en doute. C’est tout ?

Les guerres du pétrole, ils sont habitués à les gagner. Mais au Venezuela, on leur tient tête. Ici, on dit qu’il est possible d’employer l’argent du pétrole de façon intelligente et utile. Pas comme à Dubaï où on construit des hôtels à vingt mille euros la nuit au milieu d’un monde arabe sous-développé. Pas comme au Nigeria où la faim tue alors que ce pays est un des plus gros exportateurs mondiaux.

Au Venezuela, un homme affirme qu’il est possible de résister aux multinationales et de vaincre la pauvreté. On l’accuse de tous les péchés : ‘populiste’, ‘dictateur’, ‘antisémite’... Mais que se passe-t-il sur le terrain ? Quels sont ses véritables péchés ?

 Le pétrole est un enjeu majeur du monde actuel et nous lèverons le voile sur les agissements secrets d’Exxon, Shell ou Total. Mais la question va plus loin que le pétrole… Quel type d’économie peut vaincre la pauvreté ? Une véritable démocratie est-elle possible ? Ces enjeux concernent toute l’Amérique latine, mais aussi le Moyen-Orient, l’Afrique et même l’Europe…

Que vaut notre info ? L’Amérique latine dans les médias, c’est très simple. Il y a le carnaval à Rio, le tango à Buenos-Aires et la drogue en Colombie. Ah oui, il y a aussi ‘Chavez le populiste’. Au lieu de cette image stéréotypée, ne pourrait-on nous montrer la vraie vie des Latinos ? Presqu’un sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Pourquoi ? Par contre, sept ou huit sont devenus multimilliardaires en quelques années. Comment ?

44% de pauvres en Amérique latine. Cessez de voir ça comme une statistique. Pourrez-vous ce soir donner quelque chose à manger à votre enfant ? Pourrez-vous lui payer l’école ? Et, s’il tombe malade, verra-t-il un médecin ? Lorsque vous vivez avec un ou deux dollars par jour, vous êtes forcé de choisir entre ces besoins vitaux. Cette angoisse est le quotidien d’une personne sur deux dans ce grand continent. Au Moyen-Orient, c’est pareil. En Afrique, c’est pire.

L’expérience du Venezuela représente-t-elle une alternative valable ? Si oui, ça nous concerne tous. Il est important de s’en informer et d’en juger de façon indépendante. Les médiamensonges ne concernent peut-être pas que l’Irak.

Face au fossé riches-pauvres, le droit à l’alternative existe-t-il ? Depuis vingt ans, je mène des investigations sur les stratégies de guerre et de domination des USA. Depuis vingt ans, j’écoute leurs victimes. Je ne peux oublier ce que m’ont dit Nasra l’Irakienne, Tomislav le Yougoslave, Mohamed le Palestinien et tant d’autres. Au fond, leurs souffrances et leurs colères sont pareilles, c’est toujours la même guerre.

Je ne peux oublier non plus leur espoir qu’il existe une issue vers un monde meilleur. C’est en pensant à eux tous que je suis allé au Venezuela : l’alternative est-elle possible ? Ecouter Chavez, écouter les gens d’en bas, écouter l’opposition de droite. Et témoigner.

Les 7 péchés d’Hugo Chavez (Table des matières)

Premier péché : il leur apprend à lire

Chapitre 1. Ce merveilleux sourire sur la figure de Carmen…

Deuxième péché : chacun a droit à la santé

Chapitre 2. Avant Chavez, deux Vénézuéliens sur trois n’avaient jamais vu un médecin

Troisième péché : chacun peut manger à sa faim

Chapitre 3. La pauvreté n’est pas une fatalité

Comprendre l’Amérique latine

Chapitre 4. Comment sont-ils devenus si pauvres ?

Chapitre 5. L’aspirateur des richesses

Chapitre 6. Un pays dévalisé en une nuit, est-ce possible ?

Chapitre 7. Les 7 fléaux de l’Amérique Latine

La bataille pour l’or noir

Chapitre 8. L’Histoire sanglante du pétrole

Chapitre 9. La bataille du pétrole au Venezuela

Chapitre 10. Les multinationales pétrolières sont-elles compatibles avec l’avenir de l’humanité ?

Quatrième péché : il change les règles entre les riches et les pauvres

Chapitre 11. Le Venezuela pourra-t-il créer une nouvelle économie ?

Chapitre 12. La Solution Chavez fonctionne-t-elle ?

Chapitre 13. Chavez trop lent et trop conciliant ?

Cinquième péché : la démocratie, c’est plus qu’un bulletin de vote

Chapitre 14. Bureaucratie et corruption : la démocratie participative est-elle la solution ?

Chapitre 15. Chavez est-il un populiste ? Les faiblesses du chavisme.

Chapitre 16. Une armée qui fait la révolution ?

Sixième péché : il ne se soumet pas au pouvoir des médias

Chapitre 17. D’où provient et que vaut notre info sur Chavez ?

Chapitre 18. Le Monde est petit

Chapitre 19. Est-il possible de réaliser une révolution sociale sans et contre les médias ?

Septième péché : l’homme qui tient tête aux Etats-Unis

Chapitre 20. Unir l’Amérique Latine et les résistances internationales

Conclusion : Chavez et nous, le droit à l’alternative


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16:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : economie, venezuela, chavez, socialisme, solidarite, politique |  Facebook |

26/12/2009

Copenhague : discours prononcé par Hugo Chávez Frías

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(Source: houlala.net)

Voici la traduction du discours prononcé par Hugo Chávez Frías, président de la République Bolivarienne du Venezuela au Sommet Climatique des Nations Unies à Copenhague, Danemark le 16 décembre 2009.

Monsieur le président, messieurs, mesdames, excellences, amies et amis : Je vous promets que je ne vais parler plus que celui qui a le plus parlé ici durant cette après-midi.

Permettez-moi un commentaire initial qu’il faut prendre comme faisant parti des points préalablement soulevés par les délégations du Brésil, de la Chine, de l’Inde, et de la Bolivie — nous demandions la parole mais il n’a pas été possible de la prendre.

La représentante de la Bolivie — j’en profite pour saluer le président Evo Morales, qui est là-bas
(Applaudissements), président de la République de la Bolivie — a dit parmi d’autres choses — j’ai pris note — : "Le texte présenté n’est pas démocratique, il n’est pas inclusif".

J’arrivais à peine et nous nous asseyions quand nous entendons la Présidente de la séance précédente, la Ministre, dire qu’il y avait un document là, mais que personne ne connaît. J’ai demandé ce document, nous ne l’avons pas encore ; je crois que personne ne sait rien de ce document, top secret. Maintenant, certainement la camarade bolivienne l’a dit : "Il n’est pas démocratique, il n’est pas inclusif".

Maintenant, mesdames, messieurs : est-ce que n’est pas précisément la réalité de ce monde ? Est-ce que nous sommes dans un monde démocratique ? Est-ce que le système mondial est inclusif ? Pouvons-nous attendre quelque chose de démocratique, inclusif du système mondial actuel ? Ce que nous vivons sur cette planète est une dictature impériale et depuis ici nous continuons de la dénoncer : A bas la dictature impériale et que vivent les peuples, la démocratie et l’égalité sur cette planète !
(Applaudissements).

Ce que nous voyons ici est reflet de cela : une exclusion. Il y a un groupe de pays qui se croient supérieurs à nous ceux du Sud, à nous le Tiers Monde, à nous les sous-développés, ou comme dit mon grand ami Eduardo Galeano, nous les pays écrasés comme écrasés par un train qui nous a roulé dessus durant l’histoire.

Ne nous étonnons donc pas de cela, ne nous étonnons pas : Il n’y a pas de démocratie dans le monde, et ici nous sommes, une fois encore, devant une preuve de la puissante dictature impériale mondiale.

Ici deux jeunes hommes sont montés
[NDT : il parle de deux militants de Greenpeace], heureusement, les agents de l’ordre ont été décents, quelques poussées par là, et ils ont collaboré : non ?

Là-dehors il y a beaucoup de gens : vous le savez ? Clairement ils ne tiennent pas dans ce salon. J’ai lu dans la presse qu’il y a eu de multiples détentions, de multiples protestations intenses là dans les rues de Copenhague, et je veux saluer tous ces gens qui sont là-dehors, la plupart d’entre eux sont des jeunes
(Applaudissements). Certes, ce sont des jeunes gens préoccupés beaucoup plus que nous je crois, et avec juste raison par l’avenir du monde. La majorité de ceux qui sont ici ont le soleil dans le dos ; ceux qui sont dehors ont le soleil devant eux et ils s’inquiètent beaucoup.

On pouvait me dire, monsieur le président, un fantôme parcourt le Copenhague, en paraphrasant Karl Marx, le grand Karl Marx. Un fantôme parcourt les rues de Copenhague, et je crois que ce fantôme marche en silence dans cette salle, il passe entre nous, il passe par les couloirs, sort par dessous, monte. Ce fantôme est un fantôme épouvantable, presque personne ne veut le nommer. Le capitalisme est le fantôme ! (
Applaudissements) Presque personne ne veut le nommer, c’est le capitalisme. Là les peuples rugissent, là dehors ils sont entendus.

J’ai lu plusieurs slogans qui sont peints dans les rues, et je crois que les slogans de ces jeunes gens j’en ai entendu certains quand son venu le jeune homme et la jeune fille là-bas. Il y en a deux que j’ai noté, deux slogans puissants entendus parmis d’autres :

L’un est : "Ne changez pas le climat, changez le système"
(Applaudissements), et je prends cette phrase pour nous : Ne changeons pas le climat, changeons le système et, par conséquent, nous commencerons à sauver la planète. Le capitalisme, le modèle de développement destructif est entrain d’en finir avec la vie, et menace certainement d’en finir avec l’espèce humaine.

L’autre phrase pousse à la réflexion, très en phase avec la crise bancaire qui a parcourue le monde et qui le frappe encore, et la manière dont les pays riches du Nord ont aidé les banquiers et les grandes banques ; les seuls États-Unis pour sauver des banques..., bon, j’ai perdu le chiffre, mais c’est astronomique. Ils disent dans les rues : "Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé", et je crois que c’est vrai
(Applaudissements). Si le climat était une banque capitaliste, les plus grands, les gouvernements riches l’auraient déjà sauvé.

Je crois qu’Obama n’est pas arrivé, il a reçu le Prix Nobel de la Paix presque le même jour où il envoyait encore 30 000 soldats pour tuer des innocents en Afghanistan, et il vient se présenter maintenant ici avec le Prix Nobel de la Paix le Président des États-Unis.

Les États-Unis ont la petite machine pour faire des billets, pour faire des dollars et ils ont sauvé..., bon, ils croient avoir sauvé les banques et le système capitaliste.

Bien, je ferme la parenthèse, c’est cela que je voulais faire là-bas, parce que nous levions la main pour accompagner le Brésil, l’Inde, la Bolivie, et la Chine, dans leur position intéressante que le Venezuela et les pays de l’Alliance Bolivarienne [
NDT : l’Alba] partagent avec fermeté ; mais, bon, ils ne nous ont pas donné la parole, ne me comptez pas ces minutes, s’il vous plaît, Président, c’était pour dire cela (Applaudissements).

Eh bien, soyez fixés, en venant là j’ai eu le goût de connaître cet écrivain français, Hervé Kempf. Je recommande ce livre, je le recommande, il est traduit en espagnol — il est là Hervé — aussi en français, et en anglais sûrement, Comment les riches détruisent la planète, de Hervé Kempf. En cela il dit ce que le Christ a dit : "Il sera plus facile de faire passer un chameau dans le chas d’une aiguille, que de faire entrer un riche dans le royaume des cieux". Le Christ Notre Seigneur a dit cela
(Applaudissements).

Les riches détruisent la planète. Est-ce que cela veut dire qu’ils pensent partir ailleurs quand ils auront détruit ici, ils ont des plans pour partir pour une autre planète ? Jusqu’à présent onr n’a rien vu sur l’ensemble de la galaxie.

À peine j’ai reçu ce livre — Ignacio Ramonet me l’a offert, il est aussi ici dans la salle — et en terminant le prologue ou le préambule il y a cette phrase très importante. Kempf dit ceci : "Nous ne pourrons pas réduire la consommation matérielle au niveau mondial si nous ne faisons pas en sorte que les puissants descendent de quelques marches, et si nous ne combattons pas l’inégalité ; il est nécessaire d’avoir en tête le principe de base écologiste, si utile à l’heure de prendre conscience : penser globalement et agir localement, additionnons-y le principe qu’impose la situation : moins consommer et mieux distribuer". Je crois que c’est un bon conseil que nous donne cet écrivain français Hervé Kempf.

Et bien, monsieur le président, le changement climatique est, sans doute, le problème environnemetal le plus dévastateur de ce siècle : des inondations, des sécheresses, des orages violents, des ouragans, le dégel, la montée du niveau moyen de la mer, l’acidificacion des océans et des vagues de chaleur, tout cela accentu l’impact des crises globales qui nous frappent.

L’actuelle activité humaine surpasse les seuils de soutenabilité en mettant en danger la vie sur la planète ; mais face à cela aussi nous sommes profondément inégaux, je veux le rappeler. Les 500 millions de personnes les plus riches : cinq cents millions !, c’est 7% : sept pour cent !, seven percent de la population mondiale. Ceux là, les 7% sont responsables, ces 500 millions de personnes les plus riches sont responsables de 50% des émissions polluantes, tandis que les 50% plus pauvres sont responsable de seulement 7% des émissions polluantes.

C’est pourquoi j’attire l’attention, il est un peu bizarre de placer ici les États-Unis et la Chine au même niveau. Les États-Unis ont environ 300 millions d’habitants ; la Chine a presque cinq fois plus population que les États-Unis. Les États-Unis consomment plus de 20 millions de barils de pétrole quotidiens, la Chine arrive à peine à 5 ou 6 millions de barils quotidiens. On ne peut pas demander la même chose aux États-Unis et à la Chine. Je crains que là il faille discuter.

Que nous pouvions les chefs de l’état et de gouvernement nous asseoir et discuter vraiment, vraiment, de ces sujets.

Ensuite, monsieur le président, 60% des écosystèmes de la planète sont abîmés, 20% de l’écorce terrestre est dégradé. Nous avons été les témoins impassibles de la déforestation, de la transformation des terres, de la désertification, des altérations des cours d’eau douce, la surexploitation des ressources de la mer, de la contamination et de la perte de la diversité biologique. L’utilisation exacerbée de la terre dépasse de 30% sa capacité de régénération. La planète perd sa capacité de s’autoréguler, cela la planète le perd ; chaque jour plus d’ordures qui ne peut en être absorbé sont produites. La survie de notre espèce martèle la conscience de l’humanité.

Malgré l’urgence, deux ans de négociations se sont écoulés pour conclure une deuxième période de compromis sous le Protocole de Kyoto et nous assistons à ce rendez-vous qui se terminera sans accord réel et significatif.

Et, certes, sur le texte qui ne vient d’on ne sait où — comme l’a qualifié le représentant chinois — le Venezuela dit et les pays de l’Alba nous disons, que nous n’acceptons pas, comme nous l’avons déjà dit, aucun autre texte qui n’est pas celui qui provient des groupes de travail, du Protocole de Kyoto et de la Convention, ce sont les textes légitimes qui étaient discutés avec tant d’intensité durant ces dernières années et depuis des heures ici. Je crois que vous n’avez pas dormi ; en plus de cela vous n’avez pas déjeuné, vous n’avez pas dormi : hein ? Il ne me semble pas logique que sorte un document "qui vient de nulle part", comme on dit.

L’objectif scientifiquement soutenable pour la réduction des émissions de gaz polluants est d’obtenir un accord de coopération a long terme, et on dirait bien, aujourd’hui, à cette heure, que cela semble avoir échoué, pour l’instant. Quelle est la raison ? Sans aucun doute la raison est l’attitude irresponsable et le manque de volonté politique des nations les plus puissantes de la planète.
Personne ne doit se senter offensé, je recours au grand José Gervasio Artigas qui a dit : "Avec la vérité pas d’offense pas de peur" ; mais, en vérité c’est une attitude irresponsable, d’avancées, de reculs, d’exclusion, d’une manière élitiste d’un problème qui se posent à tous et que nous pourrons seulement résoudre tous ensemble.

Le conservatisme politique et l’égoïsme des grands consommateurs, des pays les plus riches dénotent une haute insensibilité et un manque de solidarité envers les plus pauvres, les affamés, les plus vulnérables aux maladies, aux catastrophes naturelles.

Monsieur le président, un nouvel accord unique applicable est indispensable. Un accord unique appliqué à des parties absolument inégales, de part l’ampleur de leurs contributions et de leurs capacités économiques, financières et technologiques et qui est basée sur le respect stricte des principes contenus dans la Convention.

Les pays développés devraient établir des compromis inaliénables, clairs et concrets dans la diminution substantielle de leurs émissions et assumer les obligations d’assistance financière et technologique aux pauvres pays, pour faire face aux dangers destructeurs du changement climatique. En ce sens, la singularité des états insulaires et des pays les moins développés devrait être pleinement reconnue.

Monsieur le président, le changement climatique n’est pas le seul problème qui affecte aujourd’hui l’humanité ; d’autres fouets et injustices nous guettent, le fossé qui sépare les pays riches et pauvres n’a pas arrêté de s’agrandir, malgré tous les Objectifs du Millénaire, le Sommet de Monterrey sur le financement, tous ces sommets — comme le disait ici le Président du Sénégal, en dénonçant une grande vérité, des promesses et des promesses et des promesses inaccomplies, et le monde continue sa marche destructive.

Le total des revenus des 500 individus les plus riches du monde est supérieur aux total des revenus des 416 millions des personnes les plus pauvres. 2 800 millions de personnes vivent dans la pauvreté, avec moins de deux dollars par jour, cela représente 40% de la population globale : 40% de la population globale ! Qui obtiennent seulement 5% des revenus mondiaux.

Aujourd’hui environ 9,2 millions d’enfants par an meurent avant d’atteindre la cinquième année de vie, et 99,9% de ces morts arrivent dans les pays pauvres. Dans ces pays le taux de mortalité infantile est de 47 morts pour 1 000 naissances ; mais il est de seulement 5 pour 1 000 dans les pays riches. L’espérance de vie de la planète est de 67 ans, dans les pays riches elle est de 79, tandis que dans plusieurs nations pauvres cet âge est de seulement 40 ans.

S’ajoutent les 1 100 millions d’habitants qui n’ont pas accès à l’eau potable ; 2 600 millions sans service d’assainissement ; plus de 800 millions d’analphabètes et 1 020 millions de personnes affamées. C’est là la scène du monde.

Maintenant, la cause : quelle est la cause ? Parlons de la cause, ne fuyons pas les responsabilités, ne fuyons pas la profondeur de ce problème. La cause, sans doute — je reviens au sujet — de tout ce panorama désastreux est le système métabolique, destructif du capital et de son modèle incarné : le capitalisme.

Ici il y a une citation que je veux vous lire, brièvement, de ce grand théologien de la Libération, Leonardo Boff, comme nous savons, un brésilien, nuestroamericano.

Leonardo Boff dit, sur ce sujet, ce qui suit : "Quelle est la cause ? Ah !, la cause est le rêve de chercher le bonheur à travers de l’accumulation matérielle et le progrès sans fin, en utilisant pour cela la science et la technique, avec lesquelles toutes les ressources de la Terre peuvent être exploités sans bornes", et il cite ici Charles Darwin et sa sélection naturelle, la survie des plus forts ; mais nous savons que les plus forts survivent sur les cendres des plus faibles.

Jean Jacques Rousseau — faut-il toujours le rappeler — disait cela : "Entre le fort et le faible la liberté opresse". C’est pourquoi l’empire parle de liberté, c’est la liberté pour opresser, pour envahir, pour assassiner, pour anéantir, pour exploser, c’est sa liberté. Et Rousseau ajoute la phrase salvatrice : "Seule la loi libère".

Il y a plusieurs pays qui jouent à "ici il n’y a pas de document [secret]", parce que précisément ils ne veulent pas de loi, ils ne veulent pas de norme, parce que l’inexistence de cette norme leur permet de jouer leur liberté exploitante, leur liberté irrésistible.
[immuable ?]

Faisons un effort et pressons-nous, ici et dans les rues, pour que sorte d’ici un compromis, que l’on sorte un document qui engage les pays les plus puissants de la Terre !
(Applaudissements).

Je vous demande, Président, Leonardo Boff : l’avez-vous connu, Boff ? Je ne sais pas s’il a pu venir Leonardo, je l’ai connu il y a peu au Paraguay ; je l’ai toujours lu — : "Une Terre finie peut-elle supporter un projet infini ?" La thèse du capitalisme : le développementisme infini, c’est un modèle destructif, acceptons-le.

Ensuite Boff nous demande : "Qu’est-ce que nous pourrions attendre de Copenhague ?". À peine cette confession simple : ainsi que nous sommes nous ne pouvons pas continuer, et une intention simple : Allons-nous changer d’une direction ? Faisons-le, mais sans cynisme, sans mensonges, sans doubles calendriers, sans documents "venus de nulle part", avec la vérité en avant.

Jusqu’à quand, nous demandons-nous depuis le Venezuela, monsieur le président, mesdames, messieurs, jusqu’à quand allons-nous permettre de telles injustices et inégalité ? Jusqu’à quand allons-nous tolérer l’actuel ordre économique international et les mécanismes de marché en vigueur ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que de grandes épidémies comme le Sida frappe des populations entières ?

Jusqu’à quand allons-nous permettre que les affamés ne puissent pas se nourrir ni nourrir leurs propres enfants ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que des millions d’enfants continuent de mourir de maladies guérissables ? Jusqu’à quand allons-nous permettre des conflits armés qui massacrent des millions d’êtres humains innocents, pour s’approprier le pouvoir sur les ressources d’autres peuples ?

Arrêtez les agressions et les guerres, nous demandons nous les villages du monde aux empires, à ceux qui cherchent à continuer de dominer le monde et nous exploitent ! Plus de bases militaires impériales ni de coups d’État !

Construisons un ordre économique et social plus juste et équitable. Éradiquons la pauvreté. Arrêtons tout de suite les hauts niveaux d’émission, freinons la dégradation de l’environnement et évitons la grande catastrophe du changement climatique. Intégrons-nous dans le noble objectif d’être tous plus libres et solidaires !

Monsieur le président, il y a deux siècles presque un vénézuélien universel, un libérateur de nations et un précurseur de consciences, a laissé pour la postérité un apophtegme empli de volonté : "Si la nature s’oppose, nous lutterons contre elle et nous ferons qu’elle nous obéit". C’était Simón Bolívar, Le Libérateur.

Depuis le Venezuela bolivarien, où un jour comme aujourd’hui, certes, depuis 10 ans exactement nous vivons la plus grande tragédie climatique de notre histoire, la tragédie de Vargas, comme on l’appelle ; depuis ce Venezuela dont la révolution essaie de conquérir une justice pour tout son peuple, ce qui est seulement possible par le chemin du socialisme...

Le socialisme, l’autre fantôme dont parlait Karl Marx, celui-là marche aussi par là ; ou plutôt c’est comme un contre-fantôme. Le socialisme, c’est la direction, c’est la direction pour le salut de la planète, je n’ai pas de moindre doute. Et le capitalisme est le chemin vers l’enfer, vers la destruction du monde.

Le socialisme, depuis ce Venezuela qui affronte les menaces de l’empire nord-américain, depuis ces pays nous façonnons l’ALBA, l’Alliance Bolivarienne, nous exhortons, avec respect, mais de tout mon âme j’exhorte, au nom de nombreuxsur cette planète, les gouvernements et les peuples de la Terre, en paraphrasant Simón Bolívar,

Le Libérateur : si la nature destructive du capitalisme s’oppose, nous lutterons contre lui et nous feront qu’il nous obéisse, nous n’attendront pas des bras croisés la mort de l’humanité.

L’histoire nous appelle à l’union et à la lutte. Si le capitalisme résiste, nous sommes obligés d’engager la bataille contre le capitalisme et à ouvrir les chemins du salut de l’espèce humaine. Cela nous échoit, en levant les drapeaux du Christ, de Mahomet, de l’égalité, de l’amour, de la justice, de l’humanisme, du vrai humanisme le plus profond. Si nous ne le faisions pas, la création la plus merveilleuse de l’univers, l’être humain, disparaîtra : il disparaîtra !

Cette planète a des milliers de millions d’années, et cette planète a vécu milliers de millions d’années sans nous, l’espèce humaine ; c’est-à-dire qu’elle n’a pas besoin de nous pour exister. Maintenant, nous sans la Terre nous ne pouvons pas vivre, et nous cassons la Pachamama, comme dit Evo, comme disent nos frères aborigènes de l’Amérique du Sud.

Finalement, monsieur le président, déjà pour finir, écoutons Fidel Castro quand il dit : "Une espèce est en danger d’extinction : l’homme". Ecoutons Rosa Luxemburg quand elle dit : "Le socialisme ou la barbarie". Ecoutons le Christ Rédempteur, quand il dit : "Bienheureux les pauvres, parce que le royaume des cieux sera pour ceux-ci ".

Monsieur le président, des mesdames et messieurs, soyons capables de faire de cette Terre ne soit pas la tombe de l’humanité, faisons de cette Terre un ciel, un ciel de vie, de paix et de fraternité pour toute l’humanité, pour l’espèce humaine.

Monsieur le président, des mesdames et messieurs, très grandes merci et bon appétit
(Applaudissements).

Source : Portal Cuba Copenhague : discurso pronunciado por Hugo Chávez Frías via BellaCiao Es
Traduction : Primitivi

17:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Morale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chavez, copenhague, pollution, economie, imperialisme, planete, exploitation |  Facebook |

18/12/2009

La fin de la pauvreté, vraiment ?

(Extrait de: LE GRAND SOIR)

la-fin-de-la-pauvreteLa sortie en France du film « The end of poverty ? » de Philippe Diaz, le 6 décembre, est un évènement majeur pour qui veut mettre en perspective la crise économique et financière actuelle avec cinq siècles de mondialisation.

Voir la bande-annonce

Commencée en 1492 avec l’arrivée des Espagnols en Amérique, cette globalisation a vu au fil des ans l’appropriation mondiale des terres de manière illégitime par les empires européens (espagnol, hollandais, anglais, français…) et l’exploitation effrénée tant des êtres humains que des ressources naturelles du Sud. Le système capitaliste, qui commençait à se développer, a utilisé cette main d’œuvre quasi-gratuite et ces richesses volées aux peuples du Sud pour financer la révolution industrielle du 19e siècle. A partir des années 1850, les puissances dominantes (Europe, Amérique du Nord, Japon) ont imposé la monoculture à leurs colonies et ont brisé net toutes leurs industries, comme celle du textile en Indonésie ou en Inde, rendant toutes ces colonies complètement dépendantes de la métropole. Les produits bruts étaient exportés par les colonies qui devaient importer des produits transformés ailleurs, où la valeur ajoutée créait des profits colossaux. Aujourd’hui encore, le café et le thé produits au Kenya sont vendus à l’état brut pour une bouchée de pain à des transnationales de l’agrobusiness qui les transforment et les revendent partout dans le monde, y compris dans ces pays. Les indépendances officielles, dans les années 1950-1960 pour l’Asie et l’Afrique, n’ont pas apporté la moindre souveraineté économique.

Au contraire, la fin de la seconde guerre mondiale a vu l’instauration d’un ensemble institutionnel qui a réussi à imposer une nouvelle forme de colonialisme aux pays dits « en développement ». En fait, c’est plutôt le néolibéralisme qui y est en développement ! Au cœur de cet ensemble, figurent le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, renforcés en 1995 par la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Leur combat fut d’instaurer une forme plus subtile, mais tout aussi efficace, d’empire global. La dette en a été le ressort essentiel.

Nombre de pays ont hérité d’une dette coloniale au moment de leur indépendance. La Banque mondiale a notamment procédé à de telles manipulations complètement illégales. Cette dette les a poussés à rester connectés à l’économie mondiale et à servir les intérêts des puissances dominantes, dans un cadre de dépendance accrue. La corruption des élites locales a permis que cette transition s’effectue au mieux pour les grands créanciers. Loin d’orienter leur économie selon les besoins des populations, les pays du Sud se sont surendettés pour financer des mégaprojets, comme des grands barrages, destinés à faciliter l’extraction et l’exportation de leurs richesses. Tandis que les grandes entreprises du Nord bénéficient depuis lors de marchandises à très bas coût qui leur génèrent des profits gigantesques reversés à leurs actionnaires, le Sud subit une triple peine : ses richesses lui rapportent très peu alors que la dépendance se perpétue et que le remboursement de la dette provoque une véritable hémorragie de capitaux. La mondialisation néolibérale organise donc l’appauvrissement et la détérioration des conditions de vie du plus grand nombre pour parvenir à l’enrichissement démesuré d’une minorité. En 2008, les pouvoirs publics des pays en développement ont remboursé 182 milliards de dollars au titre de leur dette extérieure, soit 27 milliards de plus que ce qu’ils ont reçu en nouveaux prêts. Pendant ce temps, le nombre de millionnaires en dollars dans le monde s’élevait à 8,6 millions, pour un patrimoine cumulé de 32 800 milliards de dollars. Un prélèvement annuel de 0,25% sur ce patrimoine suffirait à trouver les 80 milliards de dollars nécessaires pour assurer en 10 ans à la totalité de la population les services sociaux essentiels (éducation primaire, santé, eau, assainissement).

Le FMI et la Banque mondiale sont parvenus à leurs fins en forçant les pays surendettés à signer des programmes d’ajustement structurel, comprenant la fin des subventions aux produits de base pour les rendre accessibles aux plus pauvres, la baisse des budgets sociaux, des politiques de recouvrement intégral des coûts dans le secteur de la santé et de l’éducation, la suppression des protections commerciales comme les barrières douanières, l’abandon du contrôle des mouvements de capitaux (ce qui crée une forte instabilité et renforce les paradis fiscaux), des privatisations massives (ce qui augmente les prix de biens essentiels et réduit l’accès aux services de base)… En Bolivie, à Cochabamba, la privatisation du secteur de l’eau en 2000 s’est accompagnée d’une forte hausse des prix et pour assurer les profits de l’opérateur privé, les sources, qui appartenaient jusque là aux communautés villageoises, ont été mises sous contrôle, tout comme les réserves contenant l’eau de pluie. Les populations se sont révoltées et, malgré la répression, ont réussi à obtenir l’expulsion de la multinationale Bechtel qui avait profité de cette privatisation. L’histoire s’est répétée en 2005 à El Alto, dans la banlieue de la capitale La Paz, avec l’expulsion de Suez.

Les dictatures des années 1970-1980, comme celle de Pinochet au Chili, ne sont plus la seule solution utilisée pour imposer le néolibéralisme à l’échelle de la planète. Les grandes puissances utilisent le levier de la dette et de la corruption pour imposer leurs volontés à ceux qui ont des velléités d’autonomie économique. En ultime recours, comme en Iran en 1953 ou en Irak récemment, une intervention militaire est programmée quand la persuasion habituelle a échoué : c’est l’armée qui vient ouvrir toutes grandes les portes permettant de faire entrer l’économie de marché. Les promoteurs de la mondialisation néolibérale, FMI et grandes puissances en tête, imposent donc de manière brutale un système économique antidémocratique, profondément inégalitaire, générateur de dette, de corruption et de pauvreté.

Depuis 1970, les pays en développement ont remboursé l’équivalent de 106 fois ce qu’ils devaient en 1970, mais entre temps leur dette a été multipliée par 52. A l’autre extrémité, les risques de plus en plus grands pris par les banques privées et les spéculateurs pour assurer des profits faramineux ont mené le monde à une crise aux multiples facettes d’une ampleur exceptionnelle. Cette crise a été rendue possible par les politiques de dérégulation de l’économie prônées partout par le FMI et la Banque mondiale, avec l’appui des dirigeants des pays riches. En 2009, le nombre de personnes sous-alimentées de manière chronique a franchi le cap du milliard : tout un symbole de l’échec du capitalisme imposé depuis cinq siècles. Une question doit être posée : qui doit à qui ?

Aujourd’hui, 25% des habitants de la planète utilisent 80% des ressources disponibles et génèrent 70% de la pollution mondiale. A l’heure du sommet de Copenhague sur le climat, il est nécessaire de comprendre que la logique du dieu Marché et de l’ajustement structurel fait partie du problème et non de la solution. L’aide apportée au Sud par les pays du Nord est d’un montant ridicule et orientée vers les pays qui présentent un intérêt géostratégique : ceux qui en profitent ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin. Au contraire, l’annulation totale et immédiate de la dette du tiers-monde, l’abandon des politiques d’ajustement structurel, le remplacement du FMI et de la Banque mondiale par des institutions démocratiques centrées sur la garantie des droits humains fondamentaux et le respect de l’environnement, la réappropriation des ressources naturelles par les peuples, la réforme agraire radicale, une vaste redistribution des richesses à l’échelle mondiale sont les étapes fondamentales qui doivent permettre un changement complet de système dont l’urgence s’impose un peu plus chaque jour.

Damien Millet
porte-parole du CADTM France (www.cadtm.org) et auteur avec Eric Toussaint du livre La Crise, Quelles Crises ?, Aden-CADTM-Cetim, à paraître début 2010.

13/11/2009

Le capitalisme, une parenthèse dans l'histoire.

«Marx n’a jamais été aussi utile»
Samir Amin   (source: Investig'Action, le site de Michel Collon)

La crise économique mondiale est une crise du capitalisme. Ce n'est pas la première, bien sûr, mais pour l'économiste Samir Amin, elle pourrait être l'occasion de remettre en cause les fondements-même du capitalisme. Pour sortir, non pas de la crise du capitalisme, mais du capitalisme en crise.

LE CAPITALISME, UNE PARENTHÈSE DANS L’HISTOIRE

Le principe de l’accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l’avait compris, imaginait qu’un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l’un ni l’autre n’était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s’imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait par contre imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd’hui dans les mains de l’oligarchie.

L’accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s’exprime principalement par le contraste grandissant entre l’opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l’axe central de l’alternative « socialisme ou barbarie ».

Le capitalisme historique « réellement existant » est associé à des formes successives d’accumulation par dépossession, non pas seulement à l’origine (« l’accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l’a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système.

Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s’imposer d’une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l’histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l’Asie et de l’Afrique qui ont fait l’histoire du XXème siècle – la première vague de luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.

L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.

Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIème siècle.  La dépossession des paysanneries (d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l’accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro-carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l’avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l’humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.

Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale.  Dans cet esprit la « crise de l’énergie » n’est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates. Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l’impérialisme collectif de s’assurer le monopole de l’accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s’approprier la rente impérialiste, quand bien même l’utilisation de ces ressources demeurerait ce qu’elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.

D’UNE LONGUE CRISE À L’AUTRE

La crise actuelle n’est donc ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.

Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l’initiative au capital des oligopoles ?

Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXème siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.

Le capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s’effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d’expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus-value générée par l’exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d’une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l’époque font l’éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social-démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.

Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le «  maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l’origine de l’effondrement financier de 1929 et de la dépression qu’elle va entraîner jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Le « long XXème siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant ( au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d’une première vague triomphante de révolutions anti-capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique.

La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971, avec l’abandon de la convertibilité or du dollar, presqu’exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d’investissement, et de croissance s’effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. Mêmes discours d’accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c’est la « fin de l’histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s’est accompagnée dès le début par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990.  Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné 1929, la seconde a produit 2008. Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D’autant que les pouvoirs en place n’envisagent rien d’autre que la restauration du système tel qu’il était avant son effondrement financier.

L’analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.

SORTIR DE LA CRISE DU CAPITALISME OU SORTIR DU CAPITALISME EN CRISE?

Derrière la crise financière, la crise systémique du capitalisme des oligopoles.

Le capitalisme contemporain est d’abord et avant tout un capitalisme d’oligopoles au sens plein du terme (ce qu’il n’était qu’en partie jusqu’ici). J’entends par là que les oligopoles commandent seuls la reproduction du système productif dans son ensemble. Ils sont « financiarisés » dans le sens qu’eux seuls ont accès au marché des capitaux. Cette financiarisation donne au marché monétaire et financier – leur marché, celui sur lequel ils se concurrencent entre eux – le statut de marché dominant, qui façonne et commande à son tour les marchés du travail et d’échange de produits.

Cette financiarisation mondialisée s’exprime par une transformation de la classe bourgeoise dirigeante, devenue ploutocratie rentière. Les oligarques ne sont pas russes seulement, comme on le dit trop souvent, mais bien davantage étatsuniens, européens et japonais. Le déclin de la démocratie est le produit inévitable de cette concentration du pouvoir au bénéfice exclusif des oligopoles.

La forme nouvelle de la mondialisation capitaliste, qui correspond à cette transformation, par opposition à celle qui caractérisait la première « belle époque », est elle également importante à préciser. Je l’ai exprimé dans une phrase : le passage de l’impérialisme conjugué au pluriel (celui des puissances impérialistes en conflit permanent entre elles) à l’impérialisme collectif de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon).

Les monopoles qui émergent en réponse à la première crise du taux de profit se sont constitués sur des bases qui ont renforcé la violence de la concurrence entre les puissances impérialistes majeures de l’époque, et conduit au grand conflit armé amorcé en 1914 et poursuivi à travers la paix de Versailles puis la seconde guerre jusqu’en 1945. Ce que Arrighi, Frank, Wallerstein et moi même avons qualifié dés les années 1970 de « guerre de trente ans », terme repris depuis par d’autres.

Par contre la seconde vague de concentration oligopolistique, amorcée dans les années 1970, s’est constituée sur de toutes autres bases, dans le cadre d’un système que j’ai qualifié « d’impérialisme collectif » de la triade ( Etats-Unis, Europe et Japon). Dans cette nouvelle mondialisation impérialiste, la domination des centres ne s’exerce plus par le monopole de la production industrielle (comme c’était le cas jusqu’ici), mais par d’autres moyens (le contrôle des technologies, des marchés financiers, de l’accès aux ressources naturelles de la planète, de l’information et des communications, des armements de destruction massive). Ce système que j’ai qualifié « d’apartheid à l’échelle mondiale » implique la guerre permanente contre les Etats et les peuples des périphéries récalcitrantes, guerre amorcée dès 1990 par le déploiement du contrôle militaire de la planète par le Etats-Unis et leurs alliés subalternes de l’OTAN.

La financiarisation de ce système est indissociable, dans mon analyse, de son caractère oligopolistique affirmé. Il s’agit là d’une relation organique fondamentale. Ce point de vue n’est pas celui qui domine, non seulement dans la littérature volumineuse des économistes conventionnels, mais encore dans la plupart des écrits critiques concernant la crise en cours.

C’est ce système dans son ensemble qui est désormais en difficulté.

Les faits sont déjà là : l’effondrement financier est déjà en passe de produire non pas une « récession » mais une véritable dépression profonde. Mais au-delà, d’autres dimensions de la crise du système ont émergé à la conscience publique avant même l’effondrement financier. On en connait les grands titres – crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques – et de nombreuses analyses de ces aspects des défis contemporains sont produites quotidiennement, dont quelques unes de la plus grande qualité..

Je reste néanmoins critique à l’endroit de ce mode de traitement de la crise systémique du capitalisme, qui isole trop les différentes dimensions du défi. Je redéfinis donc les « crises » diverses comme les facettes du même défi, celui du système de la mondialisation capitaliste contemporaine (libérale ou pas) fondé sur la ponction que la rente impérialiste opère à l’échelle mondiale, au profit de la ploutocratie des oligopoles de l'impérialisme collectif de la triade.

La vraie bataille se livre sur ce terrain décisif entre les oligopoles qui cherchent à produire et reproduire les conditions qui leur permettent de s’approprier la rente impérialiste et toutes leurs victimes – travailleurs de tous les pays du Nord et du Sud, peuples des périphéries dominées condamnées à renoncer à toute perspective de développement digne de ce nom.

Je proposais donc une conceptualisation des formes nouvelles de domination des centres impérialistes fondée sur l’affirmation de modes nouveaux de contrôle se substituant au monopole ancien de l’exclusive industrielle, ce que la montée des pays qualifiés depuis « d’émergents » a confirmé. Je qualifiais la nouvelle mondialisation en construction « d’aparheid à l’échelle mondiale », appelant la gestion militarisée de la planète, perpétuant dans des conditions nouvelles la polarisation indissociable de l’expansion du « capitalisme réellement existant ».

LA SECONDE VAGUE D’ÉMANCIPATION DES PEUPLES: UN «REMAKE» DU XXÈME SIÈCLE OU MIEUX?

Le monde contemporain est gouverné par des oligarchies. Oligarchies financières aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, qui dominent non seulement la vie économique, mais tout autant la politique et la vie quotidienne. Oligarchies russes à leur image que l’Etat russe tente de contrôler. Statocratie en Chine. Autocraties (parfois cachées derrière quelques apparences d’une démocratie électorale « de basse intensité ») inscrites dans ce système mondial ailleurs dans le reste de la planète.

La gestion de la mondialisation contemporaine par ces oligarchies est en crise.

Les oligarchies du Nord comptent bien rester au pouvoir, le temps de la crise passé. Elles ne se sentent pas menacées. Par contre la fragilité des pouvoirs des autocraties du Sud est, elle, bien visible. La mondialisation en place est, de ce fait, fragile. Sera-t-elle remise en question par la révolte du Sud, comme ce fut le cas au siècle passé ? Probable. Mais triste. Car l’humanité ne s’engagera sur la voie du socialisme, seule alternative humaine au chaos, que lorsque les pouvoirs des oligarchies, de leurs alliés et de leurs serviteurs seront mis en déroute à la fois dans les pays du Nord et dans ceux du Sud.

Le capitalisme est « libéral » par nature, si l’on entend par « libéralisme » non pas ce joli qualificatif que le terme inspire, mais l’exercice plein et entier de la domination du capital non pas seulement sur le travail et l’économie, mais sur tous les aspects de la vie sociale. Il n’y a pas « d’économie de marché » (expression vulgaire pour dire capitalisme) sans « société de marché ». Le capital poursuit obstinément cet objectif unique. L’Argent. L’accumulation pour elle-même. Marx, mais après lui d’autres penseurs critiques comme Keynes, l’ont parfaitement compris. Pas nos économistes conventionnels, ceux de gauche inclus.

Ce modèle de domination exclusive et totale du capital avait été imposé avec obstination par les classes dirigeantes tout au long de la longue crise précédente jusqu’en 1945. Seule la triple victoire de la démocratie, du socialisme et de la libération nationale des peuples avait permis, de 1945 à 1980, la substitution à ce modèle permanent de l’idéal capitaliste, de la coexistence conflictuelle des trois modèles sociaux régulés qu’ont été le Welfare State de la social-démocratie à l’Ouest, les socialismes réellement existants à l’Est et les nationalismes populaires au Sud. L’essoufflement puis l’effondrement de ces trois modèles a par la suite rendu possible un retour à la domination exclusive du capital, qualifiée de néo-libérale.

Les désastres sociaux que le déploiement du libéralisme – « l’utopie permanente du capital » ai-je écrit – n’allait pas manquer de provoquer ont inspiré bien des nostalgies du passé récent ou lointain. Mais ces nostalgies ne permettent pas de répondre au défi. Car elles sont le produit d’un appauvrissement de la pensée critique théorique qui s’était progressivement interdit de comprendre les contradictions internes et les limites des systèmes de l’après seconde guerre mondiale, dont les érosions, les dérives et les effondrements sont apparus comme des cataclysmes imprévus.

Néanmoins, dans le vide créé par ces reculs de la pensée théorique critique, une prise de conscience de dimensions nouvelles de la crise systémique de civilisation a trouvé le moyen de se frayer la voie. Je fais référence ici aux écologistes. Mais les Verts, qui ont prétendu se distinguer radicalement et tout également des Bleus (les conservateurs et les libéraux) et des Rouges (les Socialistes) se sont enfermés dans l’impasse, faute d’intégrer la dimension écologique du défi dans une critique radicale du capitalisme.

Tout était en place donc pour assurer le triomphe – passager en fait, mais qui s’est vécu comme « définitif » - de l’alternative dite de la « démocratie libérale ». Une pensée misérable – une véritable non pensée – qui ignore ce que pourtant Marx avait dit de décisif concernant cette démocratie bourgeoise qui ignore que ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés par ces décisions. Ceux qui décident, jouissent de la liberté renforcée par le contrôle de la propriété, sont aujourd’hui les ploutocrates du capitalisme des oligopoles et les Etats qui sont leurs débiteurs. Par la force des choses les travailleurs et les peuples concernés ne sont guère que leurs victimes. Mais de telles billevesées pouvaient paraître crédibles, un court moment, du fait des dérives des systèmes de l’après-guerre, dont la misère des dogmatiques ne parvenait plus à comprendre les origines. La démocratie libérale pouvait alors paraître le « meilleur des systèmes possibles ».

Aujourd’hui les pouvoirs en place, qui eux n’avaient rien prévu, s’emploient à restaurer ce même système. Leur succès éventuel, comme celui des conservateurs des années 1920 – que Keynes dénonçait sans trouver d’écho à l’époque – ne pourra qu’aggraver l’ampleur des contradictions qui sont à l’origine de l’effondrement financier de 2008.

La récente réunion du G20 (Londres, avril 2009) n’amorce en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n’est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l’OTAN, le bras armé de l’impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer.

On savait déjà que les gouvernements de la triade – Etats-Unis, Europe et Japon – poursuivent l’objectif exclusif d’une restauration du système tel qu’il était avant septembre 2008. Plus intéressant est le fait que les leaders des « pays émergents » invités ont gardé le silence. Une seule phrase intelligente a été prononcée au cours de cette journée de grand cirque, par le Président chinois Hu Jintao, qui a fait observer « en passant », sans insister et avec le sourire (narquois ?), qu’il faudra bien finir par envisager la mise en place d’un système financier mondial qui ne soit pas fondé sur le dollar. Quelques rares commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement  - correct – avec les propositions de Keynes en 1945.

Cette « remarque » nous rappelle à la réalité : que la crise du système du capitalisme des oligopoles est indissociable de celle de l’hégémonie des Etats-Unis, à bout de souffle. Mais qui prendra la relève ? Certainement pas « l’Europe » qui n’existe pas en dehors de l’atlantisme et ne nourrit aucune ambition d’indépendance, comme l’assemblée de l’OTAN l’a démontré une fois de plus. La Chine ? Cette « menace », que les médias invoquent à satiété (un nouveau « péril jaune ») sans doute pour légitimer l’alignement atlantiste, est sans fondement. Les dirigeants chinois savent que leur pays n’en a pas les moyens, et ils n’en ont pas la volonté. La stratégie de la Chine se contente d’oeuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable.

Les chances donc d’un développement possible allant dans ce sens reposent encore intégralement sur les pays du Sud. Et ce n’est pas un hasard si la Cnuced est la seule institution de la famille des Nations Unies qui ait pris des initiatives fort différentes de celles de la commission Stiglitz. Ce n’est pas un hasard si son directeur, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, considéré jusqu’à ce jour comme un parfait libéral, ose proposer dans le rapport de l’organisation intitulé « The Global Economic Crisis », daté de mars 2009, des avancées réalistes s’inscrivant dans la perspective d’un second moment de « l’éveil du Sud ».

La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’OTAN.

L’assemblée de l’OTAN, réunie dans la même foulée en avril 2009, a entériné la décision de Washington, non pas d’amorcer son désengagement militaire, mais au contraire d’en accentuer l’ampleur.

UN NOUVEL INTERNATIONALISME DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES EST NÉCESSAIRE ET POSSIBLE

Le capitalisme historique est tout ce qu’on veut sauf durable. Il n’est qu’une parenthèse brève dans l’histoire. Sa remise en cause fondamentale - que nos penseurs contemporains, dans leur grande majorité, n’imaginent ni « possible » ni même « souhaitable » – est pourtant la condition incontournable de l’émancipation des travailleurs et des peuples dominés (ceux des périphéries, 80 % de l’humanité). Et les deux dimensions du défi sont indissociables. Il n’y aura pas de sortie du capitalisme par le moyen de la seule lutte des peuples du Nord, ou par la seule lutte des peuples dominés du Sud. Il n’y aura de sortie du capitalisme que lorsque, et dans la mesure où, ces deux dimensions du même défi s’articuleront l’une avec l’autre. Il n’est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la planète. Le scénario d’un « remake » possible du XXème siècle restera donc en deçà des exigences d’un engagement de l’humanité sur la longue route de la transition au socialisme mondial. Le désastre libéral impose un renouveau de la critique radicale du capitalisme. Le défi est celui auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique.

La construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant la perspective d'un dépassement du capitalisme.

Dans les pays du Sud le combat des Etats et des nations pour une mondialisation négociée sans hégémonies – forme contemporaine de la déconnexion – soutenu par l'organisation des revendications des classes populaires peut circonscrire et limiter les pouvoirs des oligopoles de la triade impérialiste. Les forces démocratiques dans les pays du Nord doivent soutenir ce combat. Le discours « démocratique » proposé, et accepté par la majorité des gauches telles qu’elles sont, les interventions « humanitaires » conduites en son nom comme les pratiques misérables de « l'aide » écartent de leurs considérations la confrontation réelle avec ce défi.

Dans les pays du Nord les oligopoles sont déjà visiblement des « biens communs » dont la gestion ne peut être confiée aux seuls intérêts particuliers (dont la crise a démontré les résultats catastrophiques). Une gauche authentique doit avoir l'audace d'en envisager la nationalisation, étape première incontournable dans la perspective de leur socialisation par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies en place.

La première vague de luttes pour le socialisme, celle du XXème siècle, a démontré les limites des social-démocraties européennes, des communismes de la troisième internationale et des nationalismes populaires de l'ère de Bandoung, l'essoufflement puis l'effondrement de leurs ambitions socialistes. La seconde vague, celle du XXIème siècle, doit en tirer les leçons. En particulier associer la socialisation de la gestion économique et l'approfondissement de la démocratisation de la société. Il n'y aura pas de socialisme sans démocratie, mais également aucune avancée démocratique hors de la perspective socialiste.

Ces objectifs stratégiques invitent à penser la construction de « convergences dans la diversité » (pour reprendre l'expression retenue par le Forum Mondial des Alternatives) des formes d'organisation et de luttes des classes dominées et exploitées. Et il n'est pas dans mon intention de condamner par avance celles de ces formes qui, à leur manière, renoueraient avec les traditions des social-démocraties, des communismes et des nationalismes populaires, ou s'en écarteraient.

Dans cette perspective il me paraît nécessaire de penser le renouveau d'un marxisme créateur. Marx n’a jamais été aussi utile, nécessaire, pour comprendre et transformer le monde, aujourd’hui autant et même plus encore qu’hier. Etre marxiste dans cet esprit c'est partir de Marx et non s'arrêter à lui, ou à Lenine, ou à Mao, comme l'ont conçu et pratiqué les marxismes historiques du siècle dernier. C'est rendre à Marx ce qui lui revient : l'intelligence d'avoir amorcé une pensée critique moderne, critique de la réalité capitaliste et critique de ses représentations politiques, idéologiques et culturelles. Le marxisme créateur doit poursuivre l'objectif d'enrichir sans hésitation cette pensée critique par excellence. Il ne doit pas craindre d'y intégrer tous les apports de la réflexion, dans tous les domaines, y compris ceux de ces apports qui ont été considérés, à tort, comme « étrangers » par les dogmatiques des marxismes historiques du passé.

Note

Les thèses présentées dans cet article ont été développées par l'auteur dans son ouvrage sur la crise, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).

Samir Amin Samir Amin dirige le Forum Tiers Monde : http://www.forumtiersmonde.net/fren/index.php

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23/10/2009

Qu'est-ce que le PIB ? (Source 6com.be)

Le Produit intérieur brut (PIB)

 
Le produit intérieur brut (PIB) est une mesure de la valeur de l’ensemble des biens et services produits sur le territoire d’un pays donné (ou d’une région) au cours d’une période déterminée - en général une année, parfois un trimestre -, quelle que soit la nationalité des producteurs pourvu qu’ils y soient résidents.
 
Le PIB correspond dès lors à la valeur totale de la production économique interne de biens et services marchands par l’ensemble des agents économiques résidents (ménages, entreprises, administrations publiques, etc.), à l’intérieur du territoire national ou régional.
 
Afin d’éviter que la même production soit comptabilisée plus d’une fois dans le calcul, ne sont intégrés au PIB que les biens et services finaux (de consommation et d’équipement), les biens semi-finis ou intermédiaires de production étant exclus.
 
 
Par exemple, la valeur de la production ou de la transformation des ingrédients nécessaires à la fabrication d’un pain prêt à la consommation - tels que le blé, l’eau, le levain, etc. - n’est pas comptabilisée pour calculer le PIB : seule la valeur finale du pain l’est, donc la somme des valeurs ajoutées des ingrédients et services nécessaires à sa production.
 
Le PIB et la croissance du PIB sont devenus deux des plus importants indicateurs permettant de juger du niveau de l’activité économique d’un pays, d’une région. Croissance économique et croissance du PIB sont devenues synonymes. Inversement, une diminution du PIB correspond à une récession, soit un recul de l’activité économique, de la création de richesse sur le territoire d’un pays ou d’une région.
 
CALCUL DU PIB
 
 
En théorie, le PIB peut être calculé selon trois méthodes : par la dépense, par les revenus ou par la production. Pour des raisons pratiques, on utilise essentiellement cette dernière. Selon cette technique, on additionne toutes les valeurs ajoutées des productions (biens et services) réalisées au cours d’une période déterminée, en se basant sur les résultats et données statistiques fournies par l’ensemble des administrations et entreprises résidentes.
 
 
PIB PAR HABITANT
 
 
Le produit intérieur brut par habitant (ou par tête) est la valeur du PIB divisée par le nombre d’habitants d’un pays (ou d’une région). Cet indicateur économique est plus efficace que le PIB pour mesurer tant le niveau de développement d’un pays (soit sa capacité productive s’il est exprimé en terme de croissance) que le niveau de productivité économique des travailleurs et des entreprises (privées comme publiques).
 
Néanmoins, il reste un indicateur imparfait car exprimé sous la forme d’une moyenne, il ne reflète pas l’état des inégalités parmi la population d’une région ou d’un pays donné. Dès lors, il ne permet pas de se faire une idée précise du niveau de bien-être de sa population ou du degré de réussite d’un territoire en matière de développement humain, socio-économique.
 
Tout comme le PIB par habitant ne montre pas non plus dans quelle mesure les richesses produites par les forces vives d’un pays sont réparties de manière équitable (ou non) entre ses habitants et ne peut donc pas se revendiquer comme étant un indicateur qui garantit la mesure du bonheur ou de la qualité de vie des citoyens habitant un territoire donné !
 
LIMITES ET DEFAUTS DANS LA DETERMINATION DU PIB
 
 
La plupart des critiques à l’égard du PIB (par habitant) mettent le plus souvent en évidence six limites majeures :
 
1.                 Son cloisonnement comptable. Donc son incapacité à chiffrer et comptabiliser les revenus du travail non déclaré (travail au noir), de l’économie souterraine dont la contribution à l’économie d’un pays peut être parfois considérable. C’est également le cas de l’autoproduction (et l’autoconsommation) de certains biens - par exemple, quand il s’agit de consommer les fruits et légumes du potager familial (contrairement au fait de les acheter au supermarché) - ou de certains services. Il s’agit notamment des services domestiques non rémunérés, effectués à titre gratuit au sein des familles (lessiver et repasser le linge, cuisiner, etc.), d’un même quartier ou d’une même communauté d’individus (comme le fait de tondre gratuitement la pelouse d’un voisin âgé de 90 ans ou d’aller faire ses achats au supermarché du village, etc.).
 
Ces services restent cependant indispensables au renforcement de la cohésion sociale, de la solidarité au sein d’un territoire. De toute évidence, ils contribuent au bien-être, à l’amélioration de la qualité de vie des habitants qui en bénéficient.
 
 
2.                 Son ignorance à l’égard de la valeur estimée du patrimoine (mais aussi du niveau d’endettement) des agents économiques. En effet, le PIB (par habitant) ne tient pas assez compte des actifs et passifs des ménages, entreprises et autorités publiques.
                                    
Le PIB ne considère pas l’actif et donc encore moins la qualité de cet actif. Par exemple, les créances douteuses (crédits accordés par les banques, mais dont on sait que l’emprunteur éprouvera des difficultés à les rembourser) ne contribuent pas à déterminer le niveau du PIB. Or quand elles gagnent en importance, ces créances constituent un  danger pour la stabilité de l’économie, surtout dans les pays en voie de développement (ou émergents) où l’euphorie de la croissance économique soutenue a tendance à faire oublier aux banques les règles les plus élémentaires du contrôle des risques financiers.
 
3.                 L’indicateur économique qu’est le PIB (par habitant) ne reflète pas non plus les atteintes causées à l’environnement (comme la pollution) et aux ressources naturelles par les modes de production (ou de transformation de celles-ci).
 
 
Ainsi, dans le cas d’une production polluante, suivie d’un processus de dépollution, deux productions sont comptabilisées (dont une négative pour le niveau de bien-être des résidents de tout ou partie du territoire en question), pour un résultat final ‘nul’ (ou quasi nul). Tout comme le PIB ne comptabilise pas la valeur estimée des ressources naturelles ou minières diverses que peut receler un territoire.
 
 
4.                 Par ailleurs, dans le cas d’une catastrophe naturelle (inondations, ouragan, tremblement de terre, etc.), le produit intérieur brut ne comptabilise les destructions d’actifs (maisons, infrastructures, voies de communication, etc) qu’indirectement, à concurrence de l’impact sur la production. Donc moins que la perte nette d’actifs. Néanmoins, le PIB prend en considération les efforts d’interventions (médicales, sanitaires, etc.) et les reconstructions qui font suite au sinistre. La capacité à faire face à une catastrophe naturelle constitue effectivement une production exceptionnelle de richesse économique, qu’il semble donc normal de comptabiliser.
 
 
5.                 La non-comptabilisation des investissements directs réalisés par un pays à l’étranger. Ainsi, les entreprises belges qui investissent à l’étranger tendent à diminuer le propre PIB de la Belgique au profit des territoires bénéficiaires, tout comme les exportations belges augmentent le PIB des pays où elles y sont consommées finalement.
 
 
6.                 Enfin, il est malaisé de chiffrer la contribution des services non marchands et de l’administration publique à la richesse économique d’un pays (ou d’une région), étant donné que ces institutions ne facturent que très peu souvent leurs prestations aux usagers-consommateurs. Aussi, seuls leurs coûts sont comptabilisés au PIB.
 
 
En raison de ces limites évidentes, de nouveaux indicateurs ont vu le jour ces dernières années pour mieux appréhender, évaluer le bien-être social. C’est le cas notamment de l’Indice de développement humain (IDH) qui prend en considération les paramètres suivants : le PIB par habitant (exprimé en Parité de pouvoir d’achat), l’espérance de vie ainsi que le taux d’alphabétisation de la population d’un pays (ou d’une région).

18:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pib, definition, economie, politique |  Facebook |

20/10/2009

LE PROFIT, BUT DE LA PRODUCTION CAPITALISTE

La société privée des moyens de production et la division de la société en deux grandes classes ont pour conséquence l’exploitation d’une classe par l’autre.

Le régime capitaliste est fondé sur l’exploitation du travail salarié par les capitalistes.

1) LE MECANISME DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE (1)

(1) Le mécanisme de l'exploitation capitaliste a été découvert par K. Marx, savant et homme d'action.

Les capitalistes possèdent les moyens de production : usines, machines, matières premières, etc.

les ouvriers ne possèdent rien que leur force de travail, c’est à dire leurs facultés physiques et intellectuelles. Pour vivre et élever leur famille, ils sont donc contraints de vendre leur force de travail aux capitalistes.

a) Le salaire, prix de la force de travail

en échange, ils reçoivent un salaire. Le salaire n’est pas le prix du travail de l’ouvrier ; il ne correspond pas à la valeur des produits que l’ouvrier créé par son travail ; il est le prix de la seule marchandise dont dispose l’ouvrier, sa force de travail.

Le salaire correspond, dans le meilleur des cas, à la valeur des moyens de subsistance nécessaires à l’entretien de l’ouvrier et de sa famille.

b) La plus-value ou travail gratuit

Au cours de sa journée de travail, l’ouvrier créé une quantité de marchandises dont la valeur est supérieure à la valeur des moyens de subsistance qui lui sont nécessaires pour reconstituer sa capacité de travail, au salaire qui est payé.

Il y a donc une différence entre la valeur des marchandises produites par l’ouvrier et la valeur des marchandises qui lui sont indispensables pour subsister, entre le travail effectué par l’ouvrier et le travail qui lui est payé.

Cette différence est du travail non payé par le capitaliste que ce dernier s’approprie gratuitement. C’est la plus-value, source du profit capitaliste.

L’étude de l’origine du profit capitaliste montre que la journée de travail de l’ouvrier se divise en deux parties : dans une partie, l’ouvrier produit une valeur équivalente à la valeur des moyens de subsistance qui lui sont nécessaires pour reconstituer sa force de travail ; dans l’autre partie, il travaille gratuitement pour le capitaliste, il créé la plus-value.

Sur sa feuille de paie, toutes les heures de travail apparaissent payées ; en fait que l’ouvrier soit payé à l’heure, aux pièces ou au boni, le patron ne paie en réalité qu’une partie de sa journée de travail.

c) La fausseté du « cycle infernal »

Les patrons et les dirigeants socialistes prétendent que l’augmentation des salaires fait augmenter automatiquement les prix. Cette affirmation est fausse. Nous avions vu, en effet, qu’il existe une différence entre la valeur produite par l’ouvrier et le salaire qui lui est payé. La part de l’ouvrier dans le produit de son travail peut donc augmenter part la réduction du profit du capitaliste et sans qu’il y ait répercussion sur la valeur du produit, le prix de la marchandise.

2) LE PROFIT, BUT DE LA PRODUCTION CAPITALISTE

Le but de la production capitaliste n’est pas de satisfaire les besoins des hommes, mais de réaliser le maximum de profits.

C’est pourquoi les capitalistes investissent leurs capitaux dans les branches qui rapportent le plus de profits et non dans celles dont le développement serait le plus utile à la société. Si l’on ne construit pas de logements par exemple, c’est parce que cela ne leur offre pas une rentabilité suffisante. Par contre, le développement de la production de guerre, qui fournit des profits énormes, « bénéficie de toute leur « sollicitude ».

La source du profit réside dans l’exploitation des ouvriers. Le profit est d’autant plus grand que le capitaliste achète la force de travail au meilleur compte. Aussi la tenda,nce permanente du capitaliste est-elle de ramener le salaire à son niveau le plus bas. La recherche du profit maximum explique aussi que les capitalistes tendent à élever au maximum le rendement de l’ouvrier et à allonger le plus possible la journée de travail.

L’intérêt des capitalistes et celui des ouvrier sont contradictoires : les capitalistes ne peuvent accroître leur profit qu’en pressurant davantage les travailleurs ; les ouvriers ,e peuvent accroître leur salaire qu’en réduisant le profit capitaliste.

Pour cette raison, une âpre lutte oppose ouvriers et capitalistes ; les intérêts des capitalistes et des ouvriers sont inconciliables.

L’unique moyen pour les ouvriers d’imposer unie meilleure rétribution de leur force de travail, c’est l’organisation de la lutte et non la collaboration de classe comme le prétendent les réformistes. L’idée de la collaboration des classes est une arme au service des capitalistes : elle vise à détourner la classe ouvrière de la lutte pour la défense de ses intérêts.

3) LA DUPERIE DE « L’ASSOCIATION CAPITAL - TRAVAIL »

Le pouvoir autoritaire qui s’est instauré en France préconise l’« association capital-travail », la communauté d’intérêts entre exploiteurs et exploités.

Quelle que soit la forme sous laquelle elle se présente, elle ne modifie pas fondamentalement la condition de l’ouvrier ; les moyens de production restent la propriété des capitalistes ; l’exploitation subsiste, la lutte de classe aussi ; la grandeur de la part de travailleurs dans le produit de leur travail reste conditionnée par la lutte.

L’ordonnance gaulliste du 7 janvier 1959 sous prétexte d’intéresser les travailleurs aux résultats de l’entreprise permet aux patrons de mettre l’accent sur le lien entre le salaire et la productivité.

L’accroissement de la « productivité » du travail – qu’il soit obtenu par l’intensification du travail ou par l’introduction de la technique nouvelle – a pour conséquence l’augmentation du profit capitaliste : dans les deux cas, les capitalistes disposent d’une quantité de marchandises plus grande pour une journée de travail d’ouvrier.

Quant à l’ouvrier, les résultat est l’aggravation de ses contions de travail et de vie. Depuis 1938, le volume de la production française a doublé ; le rendement a augmenté de 40 % ; mais le salaire horaire du métallurgiste parisien a diminué d’un tiers. La conséquence est que l’ouvrier doit travailler plus longtemps (heures supplémentaires).

L’ordonnance gaulliste vise donc à faciliter la surexploitation des ouvriers.

La « distribution d’actions » à titre payant ou gratuit est aussi envisagée ; les ouvriers recevraient au bout de longues années de présence dans la même usine, quelques centaines de francs de dividendes par an.

Le but véritable de l’« association capital-travail » - « association » du maître et de l’esclave – est de camoufler la réalité de l’exploitation dont les ouvriers sont les victimes et d’affaiblir ainsi leur conscience de classe en essayant de les persuader qu’ils sont des « collaborateurs » de l’entreprise, que l’entreprise est « leur chose », que la prospérité de l’entreprise est également celle des ouvriers ! Le patronat et le gouvernement à son service espèrent ainsi entraver l’action pour l’augmentation des salaires qui est la seule voie juste pour l’amélioration du niveau de vie de l’ouvrier.

(Source: Gauche Communiste.net)

17/10/2009

LES MECANISMES CRIMINELS LIES À LA DETTE ET AUX RELATIONS NORD- SUD

logo_attacarticle publié le 15/09/2009
auteur : Thierry Brugvin

(Origine de l'article: ATTAC France)

 

Comment les élites économiques et politiques s’enrichissent, répriment leurs peuples (achats d’armes, de prisons...) en creusant la dette de leurs pays et en enrichissant les multinationales du Nord

Détourner une idée réputée d’intérêt général, en détournant son application

La Banque Mondiale s’appuie sur le discours du développement durable et a proposé ses services pour gérer une large partie des droits d’émission de carbone, selon les règles du protocole de Kyoto. Ainsi en gérant le marché international des compensations et de crédits de CO2, elle parvient grâce à ces nouveaux droits à polluer, à piller les dernières ressources non renouvelables, telles que le pétrole et le gaz dans les PED.

Ainsi la Banque Mondiale soutient ses principaux bailleurs de fonds (c’est-à-dire les membres du G8 qui sont en quelque sorte ses actionnaires) afin de mieux exploiter et dominer les PED. « La Banque mondiale paraît s’être convertie en pièce clé pour l’ouverture de nouvelles aires d’exploitation du gaz et du brut pour le marché du Nord, spécialement des Etats-Unis, avec l’objectif supplémentaire de réduire le pouvoir de l’OPEP et de transférer aux Etats-Unis le contrôle du prix du pétrole » (Ramos, 2008, 76) [1] .

« Entre 1994 et 2003, elle a financé les énergies fossiles à hauteur de 24,8 milliards de dollars, contre 1,06 milliards pour les renouvelables ». Le ratio est de 23 à 1 (Institute for Policy Studies, 2004, www.seen.org). « Les 200 millions de dollars que la Banque consacre annuellement aux renouvelables représentent le montant moyen d’un seul des nombreux projets d’énergies fossiles qu’elle finance chaque année », rappelle Petr Hlobil de CEE Bankwatch Network (2004) [2] de la République tchèque.

De 2008 à 1992 (le sommet de la Terre), « la Banque mondiale a financé des schémas de privatisation du secteur énergétique dans 29 pays, en plus de la construction de 124 centrales créatrices d’énergie produite avec des combustibles fossiles, la majorité d’entre elle en vue de les privatiser (…). Ces projets ont généré une émission de plus de 43 000 millions de tonnes de dioxyde de carbone dont plus de la moitié sont générés par les projets orientés vers l’exportation » (Ramos, 2008, 78). Alors que la Banque Mondiale a pour mandat d’aider au développement des pays du Tiers monde, elle soutient donc en réalité une très large partie des projets bénéficiant aux pays les plus industrialisés et finalement nuit au développement durable, contrairement à son discours officiel.

Utiliser la dette pour opprimer une population (dettes d’oppression)

« Les dettes d’oppression résultent de prêts contractés pour financer des activités humiliantes, agressives, criminelles contre la population qui s’est endettée. Il s’agit par exemple de prêts utilisés pour installer de facto, maintenir ou renforcer un régime dictatorial ou répressif, de fonds destinés à l’achat d’armes pour réprimer des soulèvements de l’opposition, de fonds destinés à la construction ou à l’intendance de centres de détention et de torture ou de camps de concentration, de fonds destinés à la formation ou à l’entretien de corps militaires spécialisés entraînés à ces fins, etc. » (Ramos, 2008, 79).

Par exemple en Afrique du Sud à Sharpeville, en 1960, les force de police ont réprimé une manifestation, ce qui se solda par 69 personnes noires mortes, 400 blessés et 11727 arrestations (Ramos, 2008, 81). L’année de la célèbre répression contre la manifestation étudiante de Soweto en 1976, qui fit 200 morts, le FMI, appuyé par la Grande Bretagne et les Etats-Unis, fit un prêt de 464 millions de $, soit l’équivalent de ses dépenses d’équipement militaires durant cette année là (Rudin, 2003). [3] L’Afrique du Sud, entre 1948 et 1991 a ainsi mené une politique d’apartheid, c’est-à-dire qu’elle prônait la suprématie de la race blanche et exerçait sa domination et sa répression sur la population non blanche. Entre 1980 et 1993, on a calculé que les bénéfices légués aux entreprises étrangères qui ont commercé avec ce régime, notamment pour réprimer la population, s’élève à 41 milliards de $ (Rudin, 2003) .

L’appui des banques à la répression des populations et le soutien aux dictateurs

Bien que dès 1973, les Nations Unies aient qualifié l’apartheid de crime contre l’humanité, la communauté financière a continué à concéder des prêts au gouvernement sud-africain. C’est majoritairement les fonds publics -mais par l’aide bilatérale- qui ont financé l’Afrique du Sud, en 1993, l’Afrique du Sud devait 90% de ses aides extérieures à long terme à quatre pays : les Etats-Unis, la France, l’Allemagne et la Suisse. « Durant toute la période d’apartheid, au moins 30 grandes banques et 230 de moindre envergure furent engagées pour le financement du régime » (Ramos, 2008, 82-83). Cette aide financière était réalisée en parallèle au soutien des Etats-Unis, via la France, à la création de la bombe nucléaire sud -africaine.

L’appui des banques fit l’objet de plaintes, notamment à New York, par les victimes de ce régime d’apartheid, en 2002, par l’Apartheid Kumlumani Support Group. La plainte portait contre 21 banques et entreprises étrangères. Parmi ces banques, on compte Barclay National Bank, Crédit Suisse, Deutsche Bank AG, Ford, J.P Morgan Chase (Bank) et parmi les entreprises BP, Chevron Texaco, Shell, et Total Fina-Elf pour la France. Une autre plainte avait été déposé pour le même motif dès 1992 par d’autres victimes (Ramos, 2008, 84).

Le soutien des banques, des marchands d’armes à la guerre et la dette de guerre

« Les dettes de guerre considérées comme illégitimes dérivent de prêts qui ont financé des plans belliqueux à des fins impérialistes (étendre la domination d’un pays sur un autre par la force) » à des fins d’annexion ou de conquête d’un pays, par le moyen d’opérations de guerre (Ramos, 2008, 86).

L’invasion du Timor oriental par le dictateur indonésien Suharto (1965-1998) fit 60 000 morts en 1976, puis 200 000 morts en 1979 (près du tiers de la population du Timor Oriental (Le monde diplomatique, 2008) [4]. Cette invasion a été soutenue financièrement par les Etats-Unis et leurs alliés (Australie, Grande Bretagne…) et la Banque Mondiale. Les Etats –Unis quadruplèrent leur aide économique durant cette période (Toussaint, déc. 2004) [5].

Les dettes de développement : le coût des « éléphants blancs »

« Ce sont des dettes contractées pour réaliser des projets de développement qui ont échoué ou dont les conséquences humaines ou environnementales se sont révélées néfastes à cause d’un manque d’études préalables » (Ramos, 2008 : 108). C’est-à-dire ceux que l’on qualifie parfois « d’éléphants blancs », de grands projets, qui bénéficient au gouvernement et à l’entreprise privée, mais pas aux populations.

Par exemple, les hopitaux high tech, où l’Etat n’a pas prévu le financement des salaires et de la maintenance et qui sont laissés à l’abandon.

C’est aussi le cas de d’Africa ONE, un projet de 2 milliards de dollars mis en place dans le cadre d’un partenariat AT&T - UIT - opérateurs privés et États africains, qui a complètement échoué, engloutissant des dizaines de millions de dollars. De même, WorldCom, véritable effigie néolibérale, devenu premier opérateur mondial en capitalisation boursière et grand prédateur des opérateurs de télécommunications et qui a causé la plus grande faillite de l’histoire des USA et le plus grand détournement financier jamais enregistré, plus de 11 milliards de dollars (Fullsack, février 2005) [6] .

Les dettes de sauvetage : dans le but de libéraliser discrètement l’économie

Ce sont des dettes « générées par des projets ou des restructurations économiques et financières ou institutionnelles qui promettent la croissance économique du pays en question, ou sa stabilité- et en conséquence la réduction de la pauvreté- mais qui produisent l’effet inverse » (Ramos, 2008 : 117).

La stratégie est ainsi de libéraliser, de privatiser au profit notamment des entreprises du Nord qui s’enrichissent d’autant plus facilement et des plus grosses entreprises privées au Sud.

Exemple : le chemin fer au Mali, Transrail, le chemin de fer au Cameroun racheté par Bolloré pour transporter du fret et quasiment plus de passagers.

Les dettes frauduleuses : les sous et surfacturations

Elles ne constituent pas véritablement une autre catégorie de dette illégitime, mais sont en fait une forme de dette, qui est une sous catégorie des autres types de dettes précédentes (Ramos, 2008, 120). Il s’agit des sous-facturations et des surfacturations qui bénéficient aux gouvernements, aux intermédiaires ou aux entreprises privées. Le gisement de NKOSSA fournit une belle illustration de cette pratique. Ce gisement congolais devait produire 120 à 150 000 barils de pétrole par jour. TOTAL a développé une plate forme gigantesque pour un coût de 2 milliards de $, ce qui en a fait la plus chère au monde à l’époque. Or le gisement ne produit que 60000 barils par jour ce qui fait que le CONGO a dû d’abord rembourser le prix exorbitant des équipements et n’a jusqu’ici quasiment rien gagné sur l’exploitation de ce gisement. On soupçonne d’ailleurs une opération délibérée entre l’Etat congolais et la compagnie pétrolière (Harel, 2006).

La responsabilité des banques (privées, FMI et BM) et des entreprises dans les dettes de corruption

« Ces dettes également qualifiées d’illégitimes s’accumulent en conséquence d’actes de corruption, parce que les fonds empruntés par les Etats sont directement déviés vers les comptes personnels de gouvernements » (Ramos, 2008, 87) ou en échange de services divers, rendus par exemple à des intermédiaires au service d’une entreprise transnationale et qui viennent augmenter la dette extérieure des pays endettés.

« Souvent les banques qui reçoivent les prêts illégaux sont complices de ces manœuvres parce qu’en général ce sont elles qui financent la corruption » (…) et « qui octroient le prêt à l’origine de l’acte de corruption et qui gonfle la dette extérieure que paiera le peuple du Sud concerné » (Ramos, 2008, 89).

Fin 2002, une enquête du département du trésor des Etats-Unis sur le dictateur chilien, Augusto Pinochet, révéla qu’au moins pendant huit années, la Banque Riggs aux Etats-Unis avait caché l’existence de comptes bancaires à son nom avec des dépôts de 4 à 8 millions de $. Et aussi qu’elle avait participé à la création de deux entreprises fantômes, appartenant au dictateur, dans le paradis fiscal des Bahamas, pour cacher des comptes ouverts dans des banques de Washington notamment. Cet argent a sans doute été détourné par Pinochet et a accru la dette extérieure du pays qui a quintuplé durant sa période au pouvoir (Ramos, 2008, 90-91).

L’Angola – à travers les contrats de l’entreprise publique Simportex (Anciennement Ematec), qui impliquent le sommet de ses structures gouvernementales, financières et militaires – a payé à l’entrepreneur franco-russe Arkadi Gaidamak 135 millions de dollars en sus de ce qu’il devait recevoir pour une livraison de matériel militaire, fin 1996. L’affaire a été bouclée par un ensemble d’institutions bancaires presque toutes européennes (France, Suisse, Allemagne, Autriche,... ) sous le leadership de la banque Paribas – une des banques que Luanda a utilisées de façon de plus en plus fréquente pour ses transactions et emprunts ces dernières années. La Bank of New York a aussi beaucoup servi les transactions de Gaydamac (Verschave, 2001 : 129). Deux dirigeants de la Banque Paribas ont été inculpés en France, pour ces transactions illégales durant le procès de l’Angolagate en 2008.

Dans son livre « La grande désillusion », Joseph Stiglitz (2002) [7] dénonce la responsabilité du FMI et du Trésor américain qui ont soutenu, conseillé et orienté les bureaucrates russes convertis au capitalisme, notamment le président Boris Eltsine. « Quand la crise frappa, le FMI prit la direction des opérations et il demanda à la Banque mondiale de contribuer au sauvetage » pour 22,6 milliards de dollars. La Banque mondiale subissait une pression politique énorme de l’administration Clinton qui voulait absolument qu’elle prête à la Russie. Si l’on s’en tient aux chiffres de Rosa Mendès, 84 % du remboursement de la dette de l’Angola envers la Russie se sont évaporés ! Ainsi le milliard de dollars déjà remboursé ne se retrouve pas, pour la plus grande part, dans les caisses de l’Etat Russe. (Verschave, 2001 : 170- 171). Cette perte est donc venue enrichir les poches des vendeurs d’armes, des intermédiaires et des politiques en Angola, en France (Pasqua) et sans doute en Russie.

Or, Joseph Stiglitz ajoute que la direction de la Banque mondiale lui a interdit de rencontrer l’inspecteur général de la Douma en visite à Washington qui dénonçait déjà à l’époque l’ampleur de la corruption. “A la Banque mondiale, on m’avait donné l’instruction de ne pas le rencontrer : on avait peur que nous ne soyons convaincus par ses propos.” (Stiglitz, 2002).

Stiglitz, prix nobel d’économie en 2001 et ex-président économique de la Banque Mondiale, affirme qu’au FMI, lors de la signature d’un prêt, officiellement, la "cérémonie " était la signature d’une lettre d’accord -, or, ses termes sont dictés par le FMI mais, par artifice, on fait comme si la " lettre d’intention " venait du gouvernement concerné ! " (Stiglitz, 2002, 71). Il explique que la première étape du plan de prêt au PED relève de la « subordination » selon ses propres mots. Cela consiste à faire pression sur les gouvernements des PED afin qu’ils privatisent leurs entreprises publiques en les vendant à des prix ridiculement bas. En échange ils ont la possibilité de recevoir une commission de 10% sur un compte en suisse, versé par l’entreprise du Nord qui rachètera celle du Sud. Stiglitz reprend à nouveau, pour exemple de ce mécanisme de subordination illégal, la liquidation du patrimoine de l’Etat russe en 1995 (Stiglitz, 2003) [8].

Ainsi, l’on observe une collusion entre la Banque Mondiale, ses Etats membres les plus influents, les dirigeants des PED, les banques et les entreprises privées du Nord, au détriment des peuples des PED. Si la Banque Mondiale et le FMI, n’accomplissent pas d’action illégale, ils en sont complices car ils connaissent le mécanisme de corruption et poussent dans cette direction en forçant la main aux gouvernements du Sud.

Selon Laura Ramos « on estime que la corruption augmente en moyenne, de 20 à 30 % le coût des marchandises acquises », or « on estime qu’une commission légitime ne surpasse pas la valeur de 2 à 3 % du coût total du projet ». (Ramos, 2008, 92 et 94) Tandis que les communautés internationales exigent des PED l’éradication de la pauvreté comme condition de nouveaux prêts, les banques du Nord et les organisations internationales dirigées par les pays du G8, tel le FMI et la Banque Mondiale sont au cœur de ces pratiques illégales.

Les dettes d’élites : le coût de la mauvaise gestion et des intérêts de classe

« Dette illégitime qui s’accumule suite aux emprunts de l’Etat pour le bénéfice d’une minorité de la population et de groupes économiques locaux ou étrangers » (Ramos, 2008, 101). Ex : Texaco en Equateur. La socialisation des dettes privées : Ferdinant Marcos a vendu des entreprises d’Etat aux Philippines à ses amis, puis ses entreprises revinrent ensuite dans le giron de l’Etat avec une dette très importante. Marcos se retira ensuite en Autriche et laissa les banques publiques du pays rembourser cette dette (Adams, 1993), in Ramos, 2008, 107

Thierry.brugvin, Docteur en sociologie, Largotec, auteur du livre Les mouvements sociaux face au commerce éthique, Hermès/Lavoisier, 2007

Notes

[1] RAMOS Laura, « Dette illégitime en fonction de la destination des fonds », in CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), Les crimes de la dette, Syllepse, CADTM, 2008.

[2] HLOBIL Petr, 2004, in Les amis de la Terre, communiqué de presse, « La Banque mondiale se moque de la Conférence internationale sur les énergies renouvelables », http://www.amisdelaterre.org/La-Ban....

[3] RUDIN Jeff, 2003, “Odious debt revisited” in Jubilee South Journal V1, n°1.

[4] LE MONDE DIPLOMATIQUE, mardi 29 janvier 2008, « Suharto, le dictateur canonisé ».

[5] TOUSSAINT Eric, déc. 2004, « La politique du FMI à l’égard de l’Indonésie de 1947 à 2003 », http://www.cadtm.org/imprimer.php3 ?...

[6] Au Prepcom 2 de Genève - février 2005 - Jean-Louis. Fullsack a rappelé, dans sa déclaration en séance plénière, in Les télécoms, entre bien public et marchandise, coordonné par BPEM et CSDPTT, coordonné par Djilali Benamrane, Bruno Jaffré, Marie-Laure Urvoy Sangharé, François-Xavier Verschave.

[7] Stiglitz Joseph E. 2002, La Grande désillusion, Fayard, Paris, 324 p.

[8] STIGLITZ Joseph, 2003, « le détournements des nouveaux capitalistes russes », Université de Buenos Aires, in Ramos, 2008.

15/10/2009

La marchandisation du courrier postal

(Source: gresea.be)

Le gouvernement travailliste britannique cherche un preneur privé pour entrer dans le capital de la Royal Mail et la "moderniser". Des fonds spéculatifs, tels CVC Capital, déjà présent dans La Poste belge, se sont montrés intéressés. D'où débrayage des postiers britanniques (ils sont 150.000). Ils n'ignorent pas que le but de la manoeuvre est de transférer au privé le sale travail (restructuration radicale, licenciements massifs) dont le gouvernement, soumis à la censure de l'opinion publique, préfère ne pas assumer la responsabilité. Maintenant, moderniser pourquoi? Un argument entendu est qu'il est aberrant de laisser les postiers trier, chaque matin, à la main et pendant des heures, les lettres qu'ils vont ensuite distribuer. Il y a des machines pour cela. Un raisonnement semblable est présent en France où une privatisation larvée est censée résoudre les problèmes de productivité des quelque 180.000 postiers français: le courrier, entend-t-on ici, est une activité de main-d'oeuvre "dont la rentabilité est directement fonction du poids de leur sacoche", celle des postiers, donc. Là, des machines peuvent difficilement remplacer. Mais on peut réduire la fréquence des distributions, en augmenter le prix, peut-être supprimer aussi les "clients" peu rentables, ruraux, trop éloignés... Dans son édito, le journal financier Les Echos a un petit sursaut, il se permet une pensée subversive. N'y aura-t-il pas lieu, dit-il, de "réinventer un avenir" à La Poste en admettant que celui-ci "ne passera pas uniquement par le marché, mais aussi par une redéfinition en profondeur du service public". Voilà qui va contre tout ce que le dogme dominant de la classe politique toute entière ne cesse de crier sur les toits. Casser le service public postal. Le moderniser. En faire une affaire rentable, un business comme un autre. Des postiers qui perdent leur temps – prennent plaisir à leur travail – en triant à la main le courrier: obsolète! Des bureaux de postes accessibles où la population – et d'abord les plus vulnérables, les vieux, les gagne-petit – peut trouver un guichet à visage humain: ringard! On en connaît le résultat en Belgique. Libéralisation oblige, les postiers sont passés de 42.000 à 32.000 en cinq ans (2002-2007) et les bureaux de poste, rabotés de 1.300 à 655 (2005-2013). Aux Pays-Bas, où la libéralisation totale du courrier est effective depuis le 1er avril 2009, le résultat ne s'est pas fait attendre. Faute d'avoir obtenu des postiers un accord sur une réduction salariale de 15%, l'opérateur privé, TNT, a annoncé le renvoi de 11.000 travailleurs, le plus important licenciement collectif depuis la fermeture des mines dans les années septante. Evolution inéluctable? L'exemple chinois y apporte comme un démenti. Par une nouvelle loi postale adoptée le 24 avril 2009 confirmant le monopole de China Post, ce secteur, jugé vital pour le développement de l'économie rurale, a été fermé à la concurrence des opérateurs étrangers, au grand dam d'UPS, DHL, TNT et FedEx. Affaire de volonté politique...

Souce: The Economist du 2 mai 2009, The Observer du 14 juin 2009, Syndicats du 13 mars 2009,
Les Echos du 26 juin 2009 et NCR Handelsblad du 2 juillet 2009.

Traitement Gresea: 06 juillet 2009.

02/10/2009

Lecture :: L'économie au service des gens


economie-gensYves de Wasseige et Françis de Walque

L'économie au service des gens

Collection "L'autre économie". (Editions couleurlivres, cliquez ici)

“La mondialisation du capital financier est en train de mettre les peuples en état d’insécurité généralisée.” Cet éditorial d’Ignacio Ramonet, dans le Monde Diplomatique de décembre 1997, a constitué le point de départ du mouvement altermondialiste ATTAC – Association pour une Taxation sur les Transactions financières pour l’Aide aux Citoyens.

Le fondement de la crise tient au capitalisme néolibéral et à sa poursuite du profit et de la rentabilité financière immédiate. On sait combien les idées et théories des économistes ont une influence considérable sur la pensée dominante et sur les politiques économiques.

Comprendre ces questions est un chantier politique majeur pour peser sur les changements indispensables. Il ne suffira pas de quelques réformes financières ou bancaires, il faudra passer, sans doute par étapes, à un autre système économique.

Seuls la “société civile”, les citoyens eux-mêmes et les organisations et associations qu’ils ont créées peuvent être les porteurs de ces transformations fondamentales.


Les auteurs
Yves de Wasseige est ingénieur et économiste. Outre ses engagements dans l’éducation permanente, il a publié de nombreux articles dans diverses revues et un ouvrage de base, édité à plusieurs reprises et connu sous le nom des “Mécanismes économiques”.

Françis de Walque  est militant syndicaliste et engagé dans la défense et la promotion des services publics au sein du mouvement altermondialiste.

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01/10/2009

Selon le bureau Fédéral du Plan: "...LE TAUX DE CHOMAGE AUGMENTERA ENCORE..."

... le taux de chômage augmentera encore ...

La croissance négative (-0,8 %) de l’emploi intérieur en 2009 est beaucoup moins marquée que celle de l’activité économique. En cas de repli conjoncturel, de nombreux employeurs optent, dans un premier temps, pour une baisse du nombre des heures prestées, entre autres via le système de chômage temporaire. La baisse tendancielle de la durée moyenne de travail se trouve donc renforcée par le contexte conjoncturel. Lorsque le repli perdure, les entreprises procèdent à des réductions d’emploi qui peuvent aller jusqu’au licenciement d’une partie de leur personnel. C’est un des facteurs qui expliquent pourquoi l’emploi intérieur n’a diminué qu’à partir du premier trimestre 2009.


Plan emploi

Compte tenu de la faible relance économique et de la progression limitée de la durée moyenne de travail à partir de la fin 2009, l’emploi n’augmenterait à nouveau qu’à partir du début 2011. Alors que les créations nettes d’emploi totalisaient encore 71 200 unités l’an dernier, les pertes d’emploi avoisineraient les 34 600 unités cette année. En 2010, les destructions d’emploi atteindraient 58 900 unités en moyenne. En 2011, la tendance s’inverse et on enregistre à nouveau des créations d’emploi, quelque 17.600 en moyenne.

Le taux d’emploi baisserait de 63,6 % en 2008 à 61,5 % en 2010 et 2011. Compte tenu de l’évolution de la population active, le nombre de chômeurs (y compris les chômeurs complets indemnisés non demandeurs d’emploi) devrait augmenter cette année de 53 900 unités, de 98 400 unités l’an prochain et de 23 300 unités en 2011. Le taux de chômage harmonisé (définition Eurostat) passerait ainsi de 7 % en 2008 à 9,6 % en 2011.

(Source: Bureau Fédéral du Plan)

27/09/2009

N)87 d'Etudes Marxistes - 20 ans après la chute du mur. Bilan et perspectives du socialisme.

cover87

 

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, l’Union européenne s’apprête à de multiples festivités commémorant l’événement. Mais qu’y a-t-il à fêter pour la population de l’est de l’Europe ? Le taux de croissance exceptionnel dont ces pays ont bénéficié pendant quelques années était essentiellement basé sur un endettement sans précédent auprès des banques occidentales et s’est effondré avec la crise. Partout, le chômage croît. Des coupes sombres dans les budgets sociaux augmentent les inégalités et provoquent des manifestations.


Angela Barthes démontre comment les pays d’Europe postsocialiste sont également soumis, depuis la chute du mur, à une perte de population, pouvant atteindre près de 20 % dans certains pays.


Ce numéro comporte en plus des contributions de A. Mironov et V. Fedorov sur les conséquences désastreuses de la restauration du capitalisme en Russie et en Lettonie pour les jeunes et l’emploi.


La situation déplorable des pays de l’Europe de l’Est doit être imputée en premier lieu au renversement du socialisme dans la région. Même parmi les communistes, on entend plusieurs explications de ce renversement. Les thèses du 18e congrès du Parti communiste de Grèce sur le socialisme analysent comment au fil des années l’abandon des principes socialistes dans l’économie a pu préparer la naissance d’une couche privilégiée. Pour les communistes grecs, cette évaluation critique ne remet nullement en question la nécessité et l’actualité du socialisme. Au contraire.


La crise aidant, le moment est venu de relancer la discussion sur toutes les leçons à tirer des expériences passées, mais aussi actuelles. Pol De Vos livre ainsi une analyse du processus de transformation au Venezuela et de ce que Hugo Chávez appelle « le socialisme du 21e siècle ». (lire plus et commander ce numéro)

 

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20/09/2009

Et si les riches payaient la crise?

Récupération d'une revendication du Parti du Travail de Belgique?

On dirait bien, car un article publié dans le dernier n° du télémoustique fait mention d'une meilleure taxation des super-riches. Serait-elle donc enfin envisageable dans un avenir proche ? Prendrait t'on enfin conscience, dans cette société capitaliste, à fortiori essentiellement basée sur l'exploitation des travailleurs, que rétablir un équilibre dû à l'exagération spéculative de la minorité profiteuse, permettrait à la majorité de la population de ne pas plonger dans la précarité et la pauvreté ?

Alex

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(Extrait de l'article paru dans le magazine télémoustique, semaine du 16/09/2009)


cover_4364_small_rdax_142x193Les responsables du krach sont les premiers à renouer avec les bénéfices. Pendant ce temps le déficit se creuse et le chômage explose.
En 2010, alors que d'autres commenceront à se relever, la Belgique commencera à souffrir.

Première loi de l'économie: "Pour tout économiste, il existe un économiste d'avis contraire." Seconde loi de l'économie: "Ils ont tous les deux tort." Ce qui suit serait donc une bonne nouvelle: depuis le début du mois de septembre - soit très exactement un an après le krach du siècle -, les experts sont unanimes. Nous entrevoyons la fin du tunnel, la reprise s'annonce, le plus fort de la crise est derrière nous.

A la Sonaca aussi, on est unanime, quoique moins enthousiaste. Ici, la reprise, on n'en verra pas la couleur. Environ 440 employés de la société aéronautique viennent de s'entendre dire qu'ils seront bientôt virés. Malentendu ou mauvais timing, sans doute. A la faveur de ce rebond économique, leur direction devrait décider de ne pas leur envoyer leurs C4. Ou, au pire, les réengagera bientôt. Non? Non. Reprise ou pas, ils rejoindront les 125.000 Belges promis au chômage d'ici fin 2011, si on en croit le Bureau du Plan. Troisième loi de l'économie: "Pour un économiste, la vie réelle est une exception statistique."

Blague à part, cette crise va définitivement nous fâcher avec les chiffres. Il y a un peu plus d'un an, la maison Fortis évoquait des pertes "virtuelles". Quelques semaines plus tard, l'épargnant était réellement ruiné. Aujourd'hui, la presse financière titre: "Les Bourses en pleine euphorie." Car, c'est vrai, comme l'ont observé les experts, plusieurs indicateurs ont repris des couleurs: depuis l'été, la croissance renoue avec des chiffres positifs. Faibles, mais positifs. En Bourse, les titres du Bel 20 repartent. Ils ont gagné plus de 50 % ces derniers mois, à mi-chemin des cours record de l'été 2007. Dans les banques, l'octroi de crédit - le nerf de la guerre - est reparti à la hausse. Globalement, donc, cela va mieux que prévu. Et pourtant, c'est pire.

La reprise bikini
Cette reprise est en fait une reprise bikini. Elle suscite quelques ardeurs, mais elle cache l'essentiel: pour la plupart, le plus dur reste à venir. Pour l'instant, les chiffres du chômage n'ont pas encore explosé. Entre 2008 et aujourd'hui, ils ont progressé d'un seul pour cent. Attention, c'est une nouvelle ruse. Plus que d'autres, la Belgique est exposée à "l'effet retard". Le paradoxe sera cruel. Cette année, au plus fort de la crise, nous avons pu en limiter les effets. En 2010, alors que d'autres commenceront à se relever, nous commencerons à souffrir.

Pourquoi cette exception belge? Dans un pays comme le nôtre, où l'emploi est relativement protégé, le gouvernement a pris des mesures pour élargir le chômage dit "économique" aux employés, histoire qu'ils ne perdent pas leur emploi. Du moins pas tout de suite. Ensuite, quand bien même les entreprises finissent par renvoyer du personnel, les préavis et autres procédures légales postposent le moment où les infortunés s'inscrivent réellement au chômage, bons pour l'inventaire. Bref, des mauvaises nouvelles, il y en aura. Mais nous les apprendront plus tard que d'autres.
[...]

Une révolution manquée
Faire banquer les nantis suffira-t-il à les assagir? On peut ne pas partager l'optimisme tout neuf de Didier Reynders. Avant tout le monde, la finance a déjà renoué avec les profits, comme le prouvent les milliards actuellement provisionnés par les banques pour offrir de faramineux bonus à leurs dirigeants (voir ci-dessous). Chez ceux qui criaient au naufrage il y a quelque mois encore prévaut aujourd'hui le "tout va bien", drapé dans un sentiment d'impunité.

"Les banquiers ont fini par croire qu'on leur viendrait toujours en aide, quelles que soient les bêtises qu'ils puissent commettre, se désole Eric De Keuleneer, professeur à Solvay. Les banques belges appliquent très bien le principe du "too big to fail" ("trop grand pour échouer"). Elles savent que, à la moindre difficulté, elles peuvent prendre les pouvoirs publics en otage en leur faisant craindre la faillite." De l'autre côté de l'Atlantique, le prix Nobel d'économie Paul Krugman tire le même constat: "Tout va recommencer." Peut-être avons-nous sauvé l'économie trop tôt, "avant qu'une volonté politique en faveur d'une réforme fondamentale n'ait été suffisamment forte pour susciter des changements". Malheureusement, ce n'est sans doute pas la crise, mais la révolution qui est déjà derrière nous.
Jean-Laurent Van Lint

Taxer les grandes fortunes?
Le trou budgétaire de l'Etat belge frôle les 25 milliards €. Où les trouver? Pourquoi ne pas s'inspirer des derniers pays européens à encore appliquer l'impôt sur la fortune (France, Liechtenstein, Norvège et certaines régions suisses)? D'après une récente estimation, la Belgique compterait 59.000 millionnaires. C'est 13.000 de moins que l'année précédente, la crise a frappé partout. En moyenne, ils détiendraient chacun 2,2 millions €. Soit un total d'environ 130 milliards €. Ensemble, nos millionnaires ont donc de quoi combler plus de cinq fois le déficit de l'Etat belge. On peut rêver. Mais eux, qu'en pensent-ils?

Laurence - Fortune: entre 2,5 et 3 millions €
Un impôt exceptionnel de crise sur la fortune de Laurence (par exemple 10 %)? "Je vais répondre non. Lorsque j'étais adolescente, la mort de mes parents m'a causé énormément de difficultés. Je n'ai pas fait les études qui me permettraient d'avoir un travail intéressant financièrement. De plus, je dois "tenir" avec ce patrimoine. D'autres "riches" hériteront encore au décès de leurs parents, moi pas. Ceci étant, je suis d'accord que les très nantis contribuent plus, voire beaucoup plus. J'en connais certains qui, même si vous leur prélevez 40 % de leur patrimoine, ne verront aucune différence dans leur niveau de vie. Il y a riches et riches."

Jean-Pascal - Fortune: plusieurs dizaines de millions €
Très riche, Jean-Pascal vit entre le Brabant wallon et le sud namurois, où il possède un château. Grâce surtout à la famille de son épouse, actionnaire d'une holding de référence, ses avoirs se comptent en "plusieurs dizaines" de millions. Imposer fortement son patrimoine? La réponse à notre question est brutale: "Mais enfin non! Et l'année prochaine, et l'année suivante, si l'Etat est en déficit, on nous demandera encore de payer, si la crise est toujours là? Moi je travaille dur dans la holding, et nos filiales donnent du travail à beaucoup de gens. Et puis, toucher au patrimoine, non!"

(source: site du télémoustique)

13/09/2009

Le syndicalisme actuel peut-il stopper l'hégémonie capitaliste?

Le contexte actuel de crise structurelle du système capitaliste permet sa remise en question, certes. Les économistes de tout poil s'ingénient à publier une multitude d'ouvrages sur la question, se basant entre-autres sur des concepts tantôt marxistes, tantôt keynésiens. Les statistiques viennent aussi en aide, illustrant une analyse détaillée de la situation dans un contexte historique. Le matérialisme dialectique permet aussi un développement qualitatif, s'il est bien interprété.


A la question posée dans le titre de cet article, à savoir si la pratique actuelle du syndicalisme peut modifier favorablement le paysage de notre société actuelle, dont l'économie capitaliste montre un essoufflement, voire des limites encore jamais atteintes jusque maintenant.


Les structures syndicales ont pour but le rassemblement des forces productives, la masse salariale, les travailleurs, le prolétariat. Cela dit, les divisions de ces structures par leur démultiplication, a créé la division des travailleurs eux-mêmes. Et surtout, la collaboration de ces structures avec le politique en place, tant socio-démocrates que les autres, ont provoqué la mutation du combat syndical [de lutte] en combat syndical [de négociation]. Ce qui permet la constatation que d'une structure combattive pure, le syndicalisme est passé dans le mode réformateur, voire même de collaboration [par effet de parlementarisme] avec le patronat. Ne dit-on pas que patrons et syndicats sont des "partenaires sociaux"?


Certes, dans certains pays de l'Union Européenne, çà et là des organisations syndicales se démarquent plus que d'autres, par des actions parfois plus dures. Mais nous ne retrouvons plus ces luttes qui ont fait jadis la gloire des mouvements syndicaux dignes de ce nom (fin du 19ème siècle, années 1930, années 1960). Le mouvement ouvrier est bien loin derrière nous!


Le syndicalisme est-il devenu malade? A proprement parler, non. Mais il s'agit très certainement d'un engourdissement savamment orchestré par le pouvoir politique [soutenant l'économie de marché, donc le capitalisme] sur la chose syndicale.


Le remède, pour en revenir à un syndicalisme globalement plus efficace et digne de ce nom, serait de recréer cette indépendance politique réformatrice, pour en revenir à des concepts plus révolutionnaires (dans le sens péjoratif du terme). C'est-à-dire un syndicalisme qui ose proposer des modifications structurelles profondes, soutenu en cela par la force de travail, la masse des travailleurs, qui constituent la toute grande majorité des populations (lesquelles populations, exploitées par ce système capitaliste décadent). Le syndicalisme doit-il donc se désolidariser de la politique? Non, car un support philosophique à l'origine d'une politique doit être à la base de tout mouvement syndical, afin de pouvoir fédérer les masses tout en ayant une structure homogène le permettant. Et donc plus que certainement, le syndicalisme devrait se tourner vers des politiques plus adaptées aux luttes qu'il devrait mener, qu'il est censé mener.


Ce petit mot ne donne évidemment pas tous les éléments nécessaires, dont l'analyse pourrait faire l'objet de bouquins entiers, mais jette les bases d'une pensée, d'une réflexion, que toutes et tous nous devrions avoir, pour sortir notre société du marasme dans lequel l'économie capitaliste est capable de jeter des peuples entiers, pour la seule satisfaction d'une petite poignée de nantis exploiteurs; ces gens peu scrupuleux, bien capables de provoquer les guerres les plus atroces et les plus destructrices, pour leur seul et unique bonheur égoïste.

Alex 

23/03/2008

Reflexion

 Minute de réflexion : 

Pour toutes les 'vaches à lait de Belgique, de France' mais aussi de toute l’Europe. 

1° un peu d'histoire:

En l'an de grâce 2000 après JC  
nous avions  1 Dollar à 1.2 Euros et 1 Baril de Pétrole à 60 Dollars 
        soit le Baril à 72 Euros 
        et on payait 0,82 Euro / litre de gasoil 

2° de nos Jours à la mi-mars 2008 après JC (toujours encore):

Nous avons 1 Dollar à 0.65 centimes d'Euro et 1 Baril de pétrole qui a explosé dernièrement à plus de 110 Dollars. 
        soit le Baril à 70,1 Euros (Oups ??!!) 
             et on paye 1.25 Euros / litre de gasoil....


Et là, très chères 'Vaches à lait' 
On se pose la question suivante: 

Si le Baril est moins cher pour nous en Europe qu'en 2000.... 
Pourquoi le gasoil est-il minimum 50% plus cher qu'en 2000 ?? 

Il y en a qui doivent solidement se remplir les poches !! 

Alors très chères 'Vaches à lait' continuons à travailler sagement et fermons les yeux, mais le jour viendra ou le dollar remontera et là je ne vous dis même pas ! 

Faites suivre à un maximum de personnes 
il faut que tous le monde le sache et comprenne. 

              On est des'Vaches à lait'  
            mais on n’est pas con !!!!!!

01:01 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : economie, exploitation, capitalisme, plus_value |  Facebook |

29/10/2007

Le prix de l'énergie en hausse? Réunion d'information.

Le prix de l'énergie est sans cesse en hausse, ... et ce n'est pas fini ; on annonce de véritables catastrophes et une pénurie d'approvisionnement en Belgique, ... le bon prétexte qui fera encore grimper les prix.

Solution du politique: "consommez moins" (!!!)

Réunion d'information à Quaregnon le 16 novembre prochain, cliquez sur le lien ci-dessous pour en savoir plus:

Réunion d'information à Quaregnon (à 4 Km de Mons), cliquez sur ce lien pour lire l'affiche et la télécharger (Format PDF).

Télécharger en format "WORD"

11:46 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exploitation, augmentations, politique, economie, energie, gaz, electricite, prix, hausse |  Facebook |

Sauvons la solidarité !

 SLS

11:18 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : solidarite, separatisme, regions, economie, belgique |  Facebook |

13/08/2007

Là où nous nous dirigeons!

……Vers la famine et la pauvreté?
Le peuple crevant de faim n’a plus les moyens de se payer à manger, ne sait plus se chauffer convenablement en hiver, ne sait plus se soigner correctement faute des coûts médicaux élevés et les plus démunis ne savent même plus se loger; une affabulation ….. ou bientôt la triste vérité ?

Les prix du pain, du lait, des pâtes, de la viande, du gaz, des produits pétroliers et bien d’autres encore sont en nette augmentation ces derniers temps, pourquoi ?
Notre société est basée sur une économie à politique dite "capitaliste", et donc très tributaire des marchés, tant nationaux qu'internationaux, ce qui fait qu'un déséquilibre provoqué de l'autre côté de la planète se répercutera immanquablement sur notre économie; c'est d'ailleurs dans cette optique que l'on a justifié les augmentations de produits pétroliers durant cet été par les départs en vacances massifs des Américains, entre-autre; mais aussi cette économie capitaliste dépend des capitaux investis en bourse et donc de leur fluctuation; car même ce que nous avons dans notre assiette tous le jours, quoique l'on dise ou que l'on en pense, dépend indirectement du bon vouloir des riches bourgeois investisseurs qui se "sucrent" sur notre dos!

Pour en savoir plus, cliquez ici!

23/07/2007

En Grande-Bretagne ...comme il va en être bientôt partout ailleurs!

Grande-Bretagne: le fossé entre riches et pauvres se creuse:

 

Ce fameux modèle social anglais qui plait tant à Mr Sarkosy

Selon une étude de la Fondation Joseph Rowntree, le fossé entre les riches et les pauvres n'a jamais été aussi profond depuis 40 ans en Grande-Bretagne, alors qu'un nombre croissant de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté.

La part de la richesse nationale détenue par les plus riches a augmenté : en 1991, 1 % des Britanniques les plus riches détenaient 17 % de la richesse nationale, un chiffre passé à 24 % en 2002.

 

A contrario, entre 1990 et 2005, le nombre de ménages pauvres a augmenté, même si celui des très pauvres a baissé.

 Dans certaines villes, près de la moitié des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté.

(source: UGICT-CGT)

 

05/03/2007

Un autre monde est possible!

Une certitude, un fait.

 

L’asservissement des peuples par le « Grand-Capital » conduit inéluctablement ceux-ci dans un esclavagisme sournois par les capitalistes, le patronat ; et c’est inéluctable, tant que la classe dominée ne réagira pas en conséquence ! L’unique réaction permettant d’inverser le cours des choses, stopper cette astreinte, c’est la révolte ! La démocratie telle qu’elle est appliquée chez les occidentaux, les soi-disant « pays riches », n’est qu’un leurre imposé par le patronat pour mieux imposer sa loi et profiter sur le dos du peuple ; la bourgeoisie prenant de l’ampleur n’a plus aucun frein à ses desseins, c’est l’effet « boule de neige ».

 

Afin de détourner notre attention sur ce fait, la classe dominante nous anesthésie par des plaisirs matériels (confort relatif, outils technologiques divers, opportunité de voyages à l’étranger, bien-être relatif) qui ne nous appartiennent pas ; mais sont l’unique propriété des banques, de l’argent prêté par ceux qui nous dominent, afin de mieux nous faire taire. Il suffit d’imaginer ne plus avoir d’emprunt du tout, qu’auriez-vous actuellement ??? RIEN !!!

 

D’où la déduction logique : « Rien ne nous appartient ! » .actuellement !

 

Mais où est donc passé le fruit de notre travail ?

 

A contrario, regagner notre indépendance –financière et matérielle- ne nous rendrait pas seulement notre liberté mais aussi nous revaloriserait à la juste mesure de notre qualité humaine. Ce n’est pas chose impossible mais ce sera certainement très difficile dans notre position de « produits» manipulés et endoctrinés depuis des décennies, nous sommes appris par le « capital » à jouir de biens futiles destinés à mieux nous « acheter »; car il suffirait pour nous de ne plus dépendre de ce système dans lequel nous avons été placés à notre insu, pour y arriver. .Et ce n’est pas utopique, quoiqu’on en dise !

 

Une mère donne à son enfant un bisou dans le creux de l’oreille ;

Une mère offre à son enfant un petit jouet ;

Quel est le plus beau des cadeaux ?

 

Pour vivre dans la dignité, des efforts devront être consentis par tous, mais finalement ces efforts ne seront pas vains car ils nous apporteront plus que ce qu’ils nous coûteront !

 

marx--mod

13:56 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Philo Marxiste-léniniste | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : social, conseils, utiles, economie, liberte |  Facebook |