24/12/2009

La libéralisation des services publics

Pour en savoir plus sur les véritables tenants et aboutissants de la libéralisation des services publics, power-point du GRESEA, par Xavier Dupret. (cliquez sur ce lien)

16:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liberalisation, privatisation, profits, exploitation |  Facebook |

19/12/2009

L’UE et la Hongrie : colonisation, désindustrialisation et déstructuration

(Extrait de: LE GRAND SOIR)

Judit MORVA

arton9650-af2b8Avec l’adhésion des pays d’Europe de l’Est, les dirigeants européens, sans avertissement, ni déclaration formelle, ont modifié le projet d’intégration européenne. Au lieu de mettre en place un programme de développement et d’intégration économique avec un plan de finance à long terme, l’élargissement de l’UE a créé une division territoriale durable entre deux catégories de pays. Les pays d’Europe de l’Est - qui totalisent pourtant 100 millions de personnes - sont pris au piège en tenant le rôle de pays sous-développés.

Sans le dire ouvertement, la Commission a imposé une zone de libre-échange, et ces pays n’ont plus aucun contrôle sur leur propre évolution. Au nom de la concurrence et de l’efficacité, l’Union a exigé une privatisation rapide, l’ouverture des frontières et une politique libérale, bien au-delà de ce qui s’est produit pour les membres historiques de l’UE. Afin de décrire la situation des derniers arrivés, les mots « colonisation », « désindustrialisation » et « déstructuration » ne sont pas trop forts.

En Hongrie, l’agriculture et l’industrie ont été entièrement privatisées. Les nouveaux propriétaires - souvent des multinationales - étaient d’abord intéressés par les opportunités, non pas par la production, ce qui a conduit à la fermeture de nombreuses usines. Prenons l’exemple de la fabrication du sucre : alors que le pays comptait six usines, il n’y en a plus une seule depuis que le secteur a été privatisé. Et tout le sucre doit être désormais importé.

La situation sociale est tout aussi désastreuse. La Hongrie est un pays de dix millions d’habitants, et depuis 1990, 1,4 million d’emplois ont été supprimés, ce qui représente plus d’un quart des emplois réguliers. En retour, le travail non-réglementé représente entre un quart et un tiers de l’activité économique du pays. Des centaines de milliers de travailleurs travaillent au noir, sans aucune protection. Leurs conditions de travail et le nombre d’heures ne sont pas réglementés. Ils ne cotisent pas pour leur retraite, ni pour la sécurité sociale.

La conséquence directe est une baisse des recettes provenant de ces revenus. Le pays est dans une spirale sociale négative. Au nom des budgets équilibrés, l’UE fait pression sur la Hongrie pour réduire drastiquement les avantages acquis sous le régime socialiste et privatiser sans fin tandis que la pauvreté augmente chaque année.

La sous-traitance industrielle, qui crée une concurrence entre les travailleurs d’Europe centrale et orientale avec ceux des pays les plus anciens de l’Union, est basée sur cette combinaison de faibles salaires et de travail illégal. Les multinationales embauchent aux conditions locales, régulières, mais sur un marché du travail non-réglementé. La désindustrialisation, qui a suivi la privatisation et le démantèlement des services sociaux, a créé un environnement économique qui fait de la Hongrie un pays fournisseur de main-d’œuvre bon marché. Cela ne peut pas créer une structure industrielle viable et cohérente. Cela n’offre aucune perspective pour le peuple magyar. C’est une impasse pour le développement.

En Hongrie, l’État providence a disparu ou est en voie de disparition. La structure socio-économique est une source de tension permanente, mais aussi d’instabilité durable car cette dynamique de développement ne peut pas aider le pays sortir de cette impasse. L’écart de niveau de vie entre les deux parties de l’Europe crée des tensions et déstabilise la construction de l’Union. La crise financière aggrave encore la situation budgétaire de chaque pays sans aucune solution en vue, pas même dans le long terme. Cette crise systémique est un appel ouvert à la réflexion sur le projet même de l’Union comme région de stabilité et de bien-être.

Source : Transform Network=hungary]

07/12/2009

Fret ferroviaire belge: Une filialisation de B-Cargo est-elle vraiment nécessaire et inévitable?

 (Article extrait du blog de jean-Claude Challe)

Une filialisation de B-Cargo : Est-elle vraiment nécessaire et inévitable ?

 

Analyse



 

Au niveau européen

 

Les différentes directives ont démontré leurs limites (renationalisation de certaines lignes et de l'infrastructure en Angleterre, stagnation du trafic sur toute l'Europe au profit de la route bien plus meurtrière et polluante, démantèlement des gares de formation et du trafic diffus, .......).


Au niveau national et régional


Suivi sans condition et application des directives européennes. Manque total d'alternative de la gauche sociale démocrate (PS/SPa) ainsi que des partis Ecolo. Pas de prise de position pour la défense des services publics, au profit de la libéralisation à outrance. Pas de  véritable défense des emplois statutaires de ces entreprises, au profit d'emplois instables. Pas de politique visant réellement à retirer les milliers de camions de nos routes, donc pas de politique réelle de réduction de CO2.


Au niveau syndical


Les différentes directions nationales des organisations syndicales, ont trop adopté une politique d'attentisme. Politique du laisser faire. Probablement liée au fait que une partie d' entre-eux sont fidèlement attaché à la politique des « partis frères ».



Par conséquent, «  J'accuse »


J'accuse


Les institutions européennes, et la plupart des partis politiques, y compris sociaux démocrates, malgré la crise évidente du système néolibéral, de persister dans une politique n'ayant  que pour seul et unique but le profit et non le bien être des citoyens européens.

 

J'accuse


Nos responsables politiques nationaux et régionaux de se diluer dans cette politique de droite liée au capital, en ce y compris les partis traditionnels de gauche (P.S. et ECOLO) et ainsi d'influencer négativement nos permanents nationaux.

 

Il est donc nécessaire de luter ouvertement contre cette politique néolibérale européenne en refusant la filialisation de B-Cargo.


De tout mettre en œuvre pour contrecarrer la filialisation de B-Cargo et le démantèlement de la SNCB en général. Les directives européennes suivantes détruiront vos ateliers et les parcours rentables en voyageurs. Pour mettre cela en œuvre vous trouverez ci-après différents arguments visant à vous aider dans cette lutte. Vos arguments et vos propositions sont bien entendus attendues avec beaucoup d'attention.



Ø   C'est une attaque contre le statut et contre le groupe SNCB: Ce qui se passe à B-cargo met en danger l'unicité de notre statut et l'avenir de notre société. Les cheminots qui travailleront dans les RCC seront soumis à un règlement spécifique (toute une série de mesures "type 1" et "type 2" sont reprises  dans le document). Le fascicule 541 ne sera donc plus d'application pour tous.


Dans ce contexte il est  à remarquer qu'une mesure de départ - uniquement pour les 22HR de plus de 55 ans qui travaillent à B-cargo - est prévue dans le texte. Ici encore on brise l'unicité des conditions de travail du groupe SNCB.


La filialisation représente un précédent dangereux pour voyageurs international, ICTRA (informatique), et à la fin aussi voyageurs international.  Des milliers d'emplois statutaires risquent d'êtres liquidés. Finalement le fonds de modernisation qui financera la reprise par la filiale des agents statutaire sera financé par la Holding. Il s'agit de 400 millions €. La Holding est déjà très endettée (2 658,9 millions d'euros). La Holding est le garant de notre statut unique. L'endettement constitue un danger réel pour l'avenir de la Holding.

 

Ø   Le plan proposé n'est pas un plan industriel. Il n'y a rien sur comment la direction va augmenter le trafic des marchandises. Le transport marchandises par le train consomme beaucoup moins d'énergie et pollue beaucoup moins que le transport routier (entre 5 à 20 fois moins de CO2 que le transport routier). Ce plan, c'est seulement pour demander plus aux travailleurs.

 

Ø   Une filiale de droit public est tout à fait possible au niveau européen. La filialisation est proposée par les lignes directrices de la commission européenne, dans le cas d'une recapitalisation par l'état. La filialisation n'est pas exigée par les directives européennes (Commission européenne, Lignes directrices communautaires sur les aides d'Etat aux entreprises ferroviaires, 2008/C, 184/07, 67). Les lignes directrices ne sont pas des obligations légales (Communication de la commission, COM (2002) 713 final, 11.12.2002, 7). Ce sont des notes explicatives de la part de la Commission Européenne. Ils ont un caractère explicatif et ne constituent pas un acte juridique contraignant. Dans la littérature juridique, les lignes directives sont classifiées comme la « soft law ». Le caractère non contraignant de la « soft law » est souligné par la Cour de Justice de l'Union Européenne (Cour de Justice, 21 janvier 1993, affaire C-188/91, "Deutsche Shell" (attendus 16 et 17) ; Cour de Justice, 14 novembre 2002, C-112/01, "SPKR" (attendu 39) ; Cour de Justice, 23 mars 2004, C-233/02,"France/Commission" (attendu 50)).


         Le gouvernement belge n'est pas obligé de suivre l'interprétation de la commission. L'état belge peut recapitaliser B-Cargo sans filialiser ou peut créer une entreprise publique autonome, comme la SNCB. Dans ce dernier cas, la SNCB Holding peut rester l'employeur du personnel et le « plan industriel » pour B-Cargo ne sera pas limité à une diminution des coûts du personnel. La direction et l'état belge seraient obligés de chercher de vraies mesures industrielles pour développer le transport fret ferroviaire en Belgique. Si la commission ne serait pas d'accord, elle devra introduire un recours devant la Cour de Justice. C'est la Cour qui tranche la question, en se basant sur les directives européennes.

 

Ø   Si on dit « non » à ce plan ? C'est la catastrophe ? Le texte contient de nombreuses zones d'ombre (sur le transfert du personnel dans la filiale, sur l'unicité du statut, etc.). Accepter serait signer un chèque en blanc.


On n'est pas au bout de toutes les actions syndicales. Alors que le statut de tous est en danger, on n'a à peine fait une journée de grève... On pourrait faire une journée par district, puis une nationale.

         La date buttoir du 31 décembre pour une éventuelle recapitalisation de l'Etat, c'est faux. C'est présent dans les lignes directrices, qui n'ont pas valeur de loi.

         Filialiser ne changera rien d'un point de vue économique à B-Cargo. Il s'agit d'un simple changement de statut juridique qui n'est pas obligatoire par l'Europe. L'Europe exige simplement une indépendance comptable et de la direction. La filialisation n'a pour but que d'attaquer le statut des cheminots. La direction dit qu'elle est attachée au dialogue social. Refuser ce texte les obligera à revoir leur copie.

         Il est impossible que B-Cargo soit en faillite. Le port d'Anvers serait paralysé. C'est impossible que le politique laisse aller jusque là, les enjeux économiques sont trop importants.

         Les concurrents sont incapables de reprendre le trafic diffus de B-Cargo. Crossrail  est en difficultés. SNCF et Véolia font de graves pertes... Le syndicat ne doit pas être mêlé dans la combine de la direction qui consiste à faire disparaître notre statut !


Ø   Pourquoi ne pas faire reprendre les gares de triage et le personnel par Infrabel ? Cela constitue 50% des pertes de b-cargo.

 

Ø   C'est une menace à terme contre la cgsp. Avec des contrats privés, c'est bientôt la fin de la cgsp dans les marchandises cargo, puis pour les autres services (-3000 personnes en moins = combien de permanents en moins?!). A ABX, la CGSP n'a plus rien à dire.

 

Ø   Si le trafic diffus disparait: c'est 300 000 camions en plus. En 2009, 40 millions de tonnes ont été transportées. 30% vient du trafic diffus. 1 camions transporte 40 tonnes. Cela fait donc 300 000 camions en plus sur les routes...

 

Ø   Il n'y a pas de garanties fermes que la filiale continuera à terme à utiliser les ateliers SNCB. Si demain des concurrents travailleront plus bon marché que les ateliers SNCB la filiale ira vers les concurrents.

 

Ø   Lors de chaque crise, ce sont les services publics qui ont pu amortir le choc. Et ce grâce aux grand nombre de travailleurs qui consomment, payent leur impôts, etc. Dès lors, l'effet « tampon » du point de vue pertes d'emplois par les services publics en cas de crise économique majeure n'existe plus. C'est d'ailleurs reconnu par l'OCDE pour la Belgique !




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RENDEZ-VOUS A LA MANIFESTATION EUROPEENNE DES CHEMINOTS
CE 17 DECEMBRE 2009 dans le cadre du Conseil Européen des Ministres des transports.

Le « wagon isolé » a de l'avenir, il doit être déclaré « d'utilité publique » et donc subsidié !
Plus d'infos sur les modalités de l'action dans les jours à venir.

 

15/10/2009

La marchandisation du courrier postal

(Source: gresea.be)

Le gouvernement travailliste britannique cherche un preneur privé pour entrer dans le capital de la Royal Mail et la "moderniser". Des fonds spéculatifs, tels CVC Capital, déjà présent dans La Poste belge, se sont montrés intéressés. D'où débrayage des postiers britanniques (ils sont 150.000). Ils n'ignorent pas que le but de la manoeuvre est de transférer au privé le sale travail (restructuration radicale, licenciements massifs) dont le gouvernement, soumis à la censure de l'opinion publique, préfère ne pas assumer la responsabilité. Maintenant, moderniser pourquoi? Un argument entendu est qu'il est aberrant de laisser les postiers trier, chaque matin, à la main et pendant des heures, les lettres qu'ils vont ensuite distribuer. Il y a des machines pour cela. Un raisonnement semblable est présent en France où une privatisation larvée est censée résoudre les problèmes de productivité des quelque 180.000 postiers français: le courrier, entend-t-on ici, est une activité de main-d'oeuvre "dont la rentabilité est directement fonction du poids de leur sacoche", celle des postiers, donc. Là, des machines peuvent difficilement remplacer. Mais on peut réduire la fréquence des distributions, en augmenter le prix, peut-être supprimer aussi les "clients" peu rentables, ruraux, trop éloignés... Dans son édito, le journal financier Les Echos a un petit sursaut, il se permet une pensée subversive. N'y aura-t-il pas lieu, dit-il, de "réinventer un avenir" à La Poste en admettant que celui-ci "ne passera pas uniquement par le marché, mais aussi par une redéfinition en profondeur du service public". Voilà qui va contre tout ce que le dogme dominant de la classe politique toute entière ne cesse de crier sur les toits. Casser le service public postal. Le moderniser. En faire une affaire rentable, un business comme un autre. Des postiers qui perdent leur temps – prennent plaisir à leur travail – en triant à la main le courrier: obsolète! Des bureaux de postes accessibles où la population – et d'abord les plus vulnérables, les vieux, les gagne-petit – peut trouver un guichet à visage humain: ringard! On en connaît le résultat en Belgique. Libéralisation oblige, les postiers sont passés de 42.000 à 32.000 en cinq ans (2002-2007) et les bureaux de poste, rabotés de 1.300 à 655 (2005-2013). Aux Pays-Bas, où la libéralisation totale du courrier est effective depuis le 1er avril 2009, le résultat ne s'est pas fait attendre. Faute d'avoir obtenu des postiers un accord sur une réduction salariale de 15%, l'opérateur privé, TNT, a annoncé le renvoi de 11.000 travailleurs, le plus important licenciement collectif depuis la fermeture des mines dans les années septante. Evolution inéluctable? L'exemple chinois y apporte comme un démenti. Par une nouvelle loi postale adoptée le 24 avril 2009 confirmant le monopole de China Post, ce secteur, jugé vital pour le développement de l'économie rurale, a été fermé à la concurrence des opérateurs étrangers, au grand dam d'UPS, DHL, TNT et FedEx. Affaire de volonté politique...

Souce: The Economist du 2 mai 2009, The Observer du 14 juin 2009, Syndicats du 13 mars 2009,
Les Echos du 26 juin 2009 et NCR Handelsblad du 2 juillet 2009.

Traitement Gresea: 06 juillet 2009.

21/09/2009

PRIVE DE PUBLIC

Privé de publicExtraits choisis du livre "Privé de public" de Gérard de Selys, paru aux éditions Aden, en 1995.
(Notez la justesse des propos qui, malgré la publication de l'ouvrage en 1995, ont une faculté analytique qui est encore actuelle telle que présentée, quinze ans plus tard, démonstration que les choses ne sont pas prêtes de changer dans cette société basée uniquement sur l'exploitation des travailleurs, dans le contexte public/privé. Le livre contient beaucoup d'exemples d'époque, auxquels depuis le temps, nous pourrions en ajouter une multitude, ce qui, plus que certainement, doublerait actuellement le volume de l'ouvrage.  Notez bien, les [ ] contiennent des éléments ajoutés par le blogueur à des fins soit d'actualisation des propos à notre époque, soit pour des précisions de compréhension, ces mots ne figurent donc pas dans l'édition originale.)

En couverture: "Les privatisations ne sont pas l'effet du hasard. C'est au début des années quatre-vingt que les grandes multinationales, conscientes de la gravité de la crise et effrayées par les perspectives de guerre concurrentielle ont commencé à lorgner en direction du secteur public. S'approprier ce secteur, assurant parfois jusqu'au cinquième  du produit intérieur brut d'un pays, était leur seule chance d'expansion. Une véritable guerre de conquête  a suivi, mûrement réfléchie et minutieusement préparée par les dirigeants de multinationales soutenues activement par les grandes institutions internationales."

Public ou privé, le profit d'abord.

Avant de se demander pourquoi ce gigantesque mouvement a lieu aujourd'hui et par qui il a été lancé, il faut comprendre pour quelles raisons, depuis deux siècles, l'économie capitaliste, l'économie qualifiée aujourd'hui "d'économie de marché" par pudibond néologisme, a régulièrement eu recours au processus inverse, c'est-à-dire la nationalisation. On ne peut répondre à cette question qu'en invoquant la première loi du capitalisme: le profit. Que l'on nationalise ou que l'on dénationalise, le but est toujours d'accroitre le profit. Contrairement à ce qui se passe dans une économie de type socialiste "planifiée" dans laquelle il s'agit de collectiviser  tous les moyens de production pour les placer au service de l'amélioration des conditions de vie et de travail de la population et sous le contrôle de celle-ci, les nationalisations opérées sous "économie de marché" ont pour but essentiel d'améliorer les possibilités d'augmentation de profit exigées par les, néologisme honteux oblige, "propriétaires privés des moyens de production" (autrement dit: les capitalistes).

Contrairement à ce qu'ils affirment, les propriétaires privés des moyens de production craignent prendre des risques. Surtout lorsqu'il s'agit de mettre en œuvre des nouvelles technologies requérant d'importants investissements de lancement. Des technologies promettant toutefois un développement de la production et du commerce. ….

…. De même qu'ils répugnent de prendre des risques en investissant dans de nouvelles technologies, les propriétaires privés des moyens de production peuvent confier à l'état qu'ils contrôlent la mission de gérer temporairement de vastes secteurs de l'économie nationale pour faire face à des situations de crise et mobiliser plus intensément l'effort de production. C'est dans ce cas, par exemple, en temps de guerre. ….

…. En outre, très conscients des limites et des dangers de l'économie de marché, les propriétaires privés des moyens de production (au 19ème siècle, grâce au suffrage censitaire, ils s'accordaient à eux seuls les instruments de la démocratie) ont toujours attribué un rôle de garde-fou aux institutions de leur état. ….

…. Les mêmes propriétaires des moyens de production répugnent à investir leurs profits dans des secteurs dont la rentabilité est lente, aléatoire et médiocre et confient à l'impôt public, c'est-à-dire la collectivité, le soin de financer, d'entretenir et de faire fonctionner les grandes infrastructures dont ils sont pourtant les premiers bénéficiaires. ….

…. Parfois, c'est la complète et très coûteuse désorganisation provoquée par la concurrence, ou les abus générés au contraire par la disparition de toute concurrence, auxquels il s'agit de mettre fin par la nationalisation. ….

…. Il arrive aussi qu'on nationalise un secteur connaissant un déficit chronique, donc non générateur de profits pour le secteur privé, mais dont la suppression poserait des problèmes économiques graves à ce même secteur privé. C'est le cas des chemins de fer à la fin du XIXème siècle. C'est le cas des mines de charbon en Grande-Bretagne et en France après la seconde guerre mondiale. C'est le cas aussi de la sidérurgie en Belgique. Ce sont parfois des mesures transitoires. On injecte des capitaux publics, on rationalise la production, on remet en état et on cède à nouveau au secteur privé.
Il arrive qu'on nationalise pour assurer des services bon marché aux entreprises privées. …..

C'est la crise. Sus au public!


Si la nationalisation et le secteur public ne sont pas incompatibles avec l'économie de marché, si même souvent ils ont été utiles aux propriétaires privés des moyens de production et le sont encore, il n'est pas inintéressant de constater que la même raison fondamentale qui les poussait à nationaliser les incite aujourd'hui à dénationaliser ou privatiser. Il s'agit toujours d'augmenter leurs profits. Quatre raisons essentielles expliquent leur changement de stratégie.

Premièrement: la crise. La crise entraîne une chute du taux de profit des entreprises dont les productions trouvent moins d'acquéreurs et dont les capacités de production sont donc sous-utilisées. ….
Deuxièmement, les progrès technologiques spectaculaires en matière de télécommunications et d'ingénierie financière. Les découvertes et l'application de nouvelles technologies (transistors, satellites, puces, circuits intégrés, fibre optique, ordinateurs, etc.…) simultanément dans les domaines de l'informatique et des télécommunications vont littéralement faire exploser les transactions financières et boursières spéculatives.  ….
Troisièmement, dans la foulée de l'acquisition de leur indépendance, payée souvent dans le sang, puis plus tard, dans le cadre de l'organisation des pays non alignés ou du "groupe des 77", les pays du tiers-monde avaient nationalisé leurs ressources naturelles, mines et gisements, et comptaient bien, à l'instar des pays exportateurs de pétrole, en revoir les prix à la hausse. Quelle présomption! On chargera donc le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM), USAID, le Fonds Européen de Développement (FED) et d'autres organismes de leur faire entendre raison. ….
Quatrièmement, les entreprises et services publics emploient de grandes quantités de travailleurs bien organisés syndicalement et ayant obtenu, grâce à leur poids,  leur force sociale et leur combativité, mais aussi en échange de salaires moindres, de meilleurs statuts et de meilleures conditions de travail que dans le secteur privé. Le monde entier avait les yeux rivés sur la grande grève déclenchée par les postiers et les cheminots belges contre la "loi unique" en hiver 1960-1961. Et ni les patrons ni les gouvernants n'ont oublié que, malgré la mobilisation des réservistes de l'armée, la grève générale avait fait tomber le gouvernement et reculer l'application de cette "loi inique" profondément antisociale. ….

…. Les travailleurs des entreprises publiques représentent donc une force considérable. Or, la guerre concurrentielle que se livrent les entreprises des trois grands pôles économiques mondiaux devant mobiliser le plus de revenus possibles pour le secteur privé, il s'agit aussi de réduire le plus possible les coûts du travail et les budgets publics affectés à la sécurité sociale tout en introduisant de nouvelles formes de travail particulièrement pénibles et sous-payées: le travail dit "flexible", les emplois dits "atypiques", le travail partiel, le travail précaire, le télétravail.
Pas question d'appliquer ces panacées aux secteurs publics. Les syndicats veillent (…). Veillent du moins à ne pas perdre l'essentiel. Privatiser, c'est-à-dire appliquer la filialisation systématique et la sous-traitance, ce n'est pas seulement briser les statuts de fonctionnaires ou d'agents de l'état, c'est aussi diviser les travailleurs en unités plus petites, moins soudées, moins facilement mobilisables. C'est démanteler les puissants derniers bastions qui pourraient s'opposer à trop de destruction sociale, aussi bien dans les secteurs publics que privés. ….

La propagande [patronale] mine la lutte [ouvrière].

La propagande massive assénée par les milieux patronaux et par une partie majoritaire du personnel politique des pays occidentaux ainsi que le matraquage continu de la plupart des médias en faveur du secteur privé et de l'économie de marché ont eu raison de beaucoup. Aussi bien dans le public qu'au sein de nombreuses organisations syndicales, on a fini par intégrer ce discours et par croire qu'effectivement, la dette de l'état et le déficit public étaient à mettre sur le compte d'un "Etat providence" qui aurai gaspillé follement ses ressources à choyer des hordes de travailleurs fainéants, ire-au-flanc, profiteurs ou incompétents et qu'il fallait rembourser la première et réduire le second au plus vite au prix d'"inévitables" sacrifices. Très souvent on a fini par accepter, pièce par pièce, tous les éléments mis en place par les "propriétaires privés des moyens de production" pour mettre la main sur le gâteau public: signatures de "contrats de gestion" ou de "contrats de plan", transformation des services publics en "entreprises publiques autonomes", conclusions d'alliances "stratégiques", filiations, sous-traitance, remplacement de la notion de service public par celle de "service universel", augmentation de productivité des travailleurs, changement des statuts de personnels ou "adaptation" des règlements de travail. Le discours dominant a eu l'effet pervers de faire croire à de nombreux dirigeants syndicaux, en toute bonne foi, que l'autonomie de gestion qu'on proposait aux services publics permettait aux travailleurs de ceux-ci de prouver enfin qu'ils étaient en mesure de faire concurrence efficacement au secteur privé. Que les "contrats de gestion" leur permettaient de mettre en valeur leur saine gestion. C'était, dans leur esprit, le meilleur moyen de mettre un terme aux privatisations. ….

…. [Les exemples vécus depuis les années quatre-vingt] montrent que les syndicats ont, pour la plupart, intégré les critiques du patronat selon lesquelles les services publics fonctionnement mal, coûtent cher, sont peu "performants" et que seul le secteur privé peut rendre de meilleurs services à la société. La plupart des syndicats sont tombés dans le panneau du "contrat de gestion" et de "l'autonomie" des services publics. Aucun, ou presque, n'y a vu une tactique patronale soigneusement élaborée avant d'être appliquée dans le monde entier. ….

Les luttes [ouvrières] minent la propagande [patronale].

Les possédants ont peur de ceux qu'ils exploitent. Ils ont peur des travailleurs. Ils ont peur de la grève. [Les exemples historiques ne manquent pas pour le démontrer]. ….

…. S'il faut s'opposer aux privatisations ou dénationalisations, ce n'est pas parce que les nationalisations ou le maintien des entreprises et des services publics nous rapprochent d'une société dans laquelle appareils de production et services appartiendraient à la collectivité et seraient utilisés pour accroître le bien-être du plus grand nombre. On a vu que les propriétaires privés des moyens de production pouvaient eux-mêmes confier à leur Etat la gestion de services, d'infrastructures ou d'entreprises pour leur seul profit. La mainmise de l'Etat sur tout ou partie de certains secteurs de production ou de services ne signifie nullement que cet Etat ait des buts sociaux. Tout dépend de qui dirige l'Etat. Le plus grand nombre ou le plus petit. S'il faut s'opposer aux privatisations, c'est d'abord parce qu'elles signifient destruction sociale, appauvrissement général, misère, anéantissement culturel et, à terme, aggravation de la crise économique avec risque de guerre. Il faut s'y opposer parce que les privatisations constituent une arme redoutable contre les syndicats, c'est-à-dire contre les acquis, la culture, la solidarité et les capacités de mobilisation des travailleurs, aussi bien dans les secteur public que dans les secteur privé. [Plusieurs centaines de milliers d'emplois ont été perdus en Europe depuis les années quatre-vingt, par les privatisations].
Cela fait autant de travailleurs désormais isolés et dans l'incapacité de se mobiliser. Les luttes que mènent les agents ou employés des entreprises et services publics pour la sauvegarde de l'emploi sont aussi justifiées que celles qui se mènent pour la même raison dans une entreprise privée. Il faut s'opposer aux privatisations, enfin, parce qu'elles constituent un vol de ce qui appartient à la collectivité au seul profit de l'enrichissement rapide des nantis dans un monde déjà profondément inégalitaire. Il ne faut pas seulement s'opposer aux privatisations. Il faut exiger la restitution immédiate de ce qui a été accaparé. La reconstruction de ce qui a été détruit. Il faut revendiquer la renationalisation des entreprises et services publics privatisés.

Pour mener la lutte déterminée et difficile que demandera la défense des entreprises et services publics, l'information et une arme essentielle. Savoir quels sont exactement les mécanismes mis en place, quelles est exactement la stratégie cynique déployée méthodiquement depuis bientôt trente ans [comptés depuis nos jours, en 2009] par les nantis pour s'approprier les biens publics jusqu'au dernier sou, connaître le rôle tenu par chacun, y compris par les médias, est indispensable pour s'opposer avec succès au processus de privatisation.

10/02/2008

Table ronde le 19 février 2008 - La libéralisation des services publics.

 

Table ronde:

Après la Poste… La libéralisation des services publics, le nouveau traité européen veut-il «sans privé»?

Date et lieu:

Le mardi 19 février 2008, à 19h30 précises
À la Maison du Peuple de Dampremy, rue Jules Destrée, 11

Orateurs:

Pierre Eyben (membre du Bureau politique du Parti Communiste)
Michel Laurent (CGSP Poste Charleroi)
François Schreuer (Ancien président de la FEF, journaliste au journal Politique, fondateur du portail mouvements.be)
Jean-Marc Lauwers (Attac – CGSP Ministère)
Francis Dewalque (Forum Social de Belgique – groupe services publics)

Modérateur:

Maurice Magis (Journaliste au Journal du Mardi)

Une organisation de l'ASBL Le Progrès

21/08/2007

La privatisation du bien commun - 1

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La privatisation du bien commun - 2

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02/04/2007

La privatisation du bien commun

La privatisation des biens collectifs ... en images