04/04/2010

Conférence-débat 26 avril - "Le parti socialiste hier et aujourd'hui: rupture ou continuité ?"

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Invitation PS VI bis

 

Invitation PS VI ter

 

 

18:46 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Politique | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : politique, socialisme, parti_socialiste, conference, debat |  Facebook |

27/02/2010

Crise économique: le pourquoi du comment


Jo Cottenier (Article original: source: "INVESTIG'ACTION"

capitalismecriseIl y a peu, des journalistes économiques ont vu « les premiers signes de rétablissement ». Mais, les bourses dégringolent à nouveau. Et ensuite ?


INTERVIEW: RUBEN RAMBOER

Fin 2008, on pensait la crise actuelle comparable à celle des années 30. Depuis peu, on parle de « vive relance économique ». Et, aujourd’hui, les économistes parlent de « double creux de vague », d’une nouvelle récession à cause des dettes des États. Qu’en est-il ?

Le capitalisme a perdu le nord. En septembre 2008, éclatement de la crise des banques et du crédit, tout le système financier s’effondre. Comme en 1929, c’était le signal de départ d’une crise profonde et sans doute longue de l’économie réelle. Fin 2009, les économistes et hommes politiques annonçent une reprise :nous, nous pensions qu’elle serait de courte durée. Aujourd’hui,c’est évident; l’État a guéri le système financier et, maintenant, c’est lui qui est gravement malade. Les marchés financiers doutent que les États puissent rembourser leurs dettes et les obligent à des efforts budgétaires extrêmes qui à leur tour hypothèquent la croissance. Ils ont aussi entamé une vague de spéculation contre quelques pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal pour les forcer à faire des efforts budgétaires et l’Union européenne (UE), elle aussi, impose des économies pour sauver l’euro. Au total, cette grosse vague d’économies va à son tour hypothéquer la fragile reprise. Et cette crainte du « deuxième creux de la vague » deviendra peut-être réalité.

Pourquoi une crise économique a-t-elle suivi une crise financière ?

En fait, c’est l’inverse.

Comment ça ?

La cause est à chercher dans la sphère de la production. À la base de toute crise, il y a un problème de surproduction. Le capitalisme, veut toujours s’accaparer les parts de marché des concurrents en produisant à meilleur marché. Ce n’est possible qu’en comprimant les coûts de production ou avec moins de main-d’œuvre, plus de machines. Inévitablement, on coupe dans le pouvoir d’achat. Ainsi naît une contradiction entre une capacité de production en hausse et un pouvoir d’achat en baisse à l’échelle mondiale. On crée une surproduction.

Pendant un temps, le crédit et la spéculation peuvent créer une demande artificielle et camoufler la crise dans la sphère de production. Mais quand le fossé entre le rêve et réalité devient trop large, les bulles financières explosent. Ceux qui prétendent qu’il ne s’agit que d’une crise financière ne vont pas au cœur du problème. Si on considère cela à plus long terme, nous voyons qu’il y a eu surcapacité et surproduction depuis la crise économique des années 1970. Et, par conséquent, le capital entame maintenant une grande « période d’assainissement », avec une destruction massive de capacité.


À partir de la fin 2009, on croyait que l’économie sortait du gouffre. La croissance économique est même redevenue positive ?

On a fait beaucoup de bruit autour de la résurrection, mais c’est surtout du blabla visant à restaurer la confiance.

Il y a eu une légère reprise en raison des plans de relance. Partout dans le monde, les gouvernements ont injecté de l’argent dans l’économie pour stimuler la demande : 800 milliards aux États-Unis, 500 milliards en Chine, 200 milliards dans l’Union européenne. Le plan allemand des vieux fers, par exemple, a stimulé la demande d’automobiles.

Mais la plupart de ces plans arrivent à leur fin et cela n’a rien d’une vraie résurrection. Celle-ci doit venir d’une réelle augmentation de la demande de marchandises et de services. Et cette demande n’existe pas. Le chômage augmente très rapidement et le pouvoir d’achat baisse. Les paiements en souffrance augmentent. Les gens sont inquiets pour l’avenir et ils économisent.


Qu’est-ce qui rend cette crise si exceptionnelle ?

Le capitalisme fonce dans une impasse et il ne trouve pas d’issue. Dans aucun secteur, il ne pointe une réelle restauration de la demande.Le secteur industriel est dans l’impasse : pas de nouveaux investissements, mais des restructurations et des licenciements, ce qui fait encore baisse le pouvoir d’achat de la population. Pendant un temps, la crise a été compensée grâce à l’emplâtre du chômage économique, mais, maintenant, nous en sommes vraiment à la phase de l’amputation. Dans le monde entier, on voit les grands monopoles utiliser la crise pour « assainir ». Le superflu doit disparaître pour pouvoir repartir avec un appareil dégraissé mais rentable. Les licenciements tombent non seulement dans les entreprises déficitaires, mais aussi dans les bénéficiaires, comme AB InBev ou encore DHL à l’aéroport. Entre faillites et reprises, les plus faibles disparaissent et les plus forts se renforcent.

Le secteur du crédit lèche ses plaies et veut accroître encore ses bénéfices. Les difficultés d’une partie de l’industrie menacent à leur tour les banques car les entreprises en faillite ne remboursent pas leurs dettes. De ce fait, les banques sont très avares dans leur crédit à l’industrie. Et, vu les dettes des gouvernements, on ne doit pas s’attendre à plus de largesse de ce côté-là.

Le capitalisme cherche de nouveaux débouchés pour croître à nouveau. L’économie verte ne peut-elle devenir le moteur d’une reprise réelle de la demande ?

C’est le deus ex machina actuellement : l’économie verte comme solution à la crise écologique et économique. À peu près tous les partis politiques, ainsi que les institutions internationales comme les Nations unies, se passionnent pour le Green Deal : donner un coup de pouce au capital afin qu’il produise durable et vert et, du coup, l’économie déniche une nouvelle locomotive. Mais c’est loin d’être aussi simple que ça.

Pourquoi pas ?

Personne ne niera que le passage à une économie durable et pauvre en carbone comporte un bouleversement phénoménal du mode de production. Pour réduire les émissions de CO2 de 30 à 40 % en 2020 et de 95 % en 2050, une réorientation gigantesque de l’économie est nécessaire. Ce sont des perspectives pour une relance, mais il ne faut rien exagérer.

Jusqu’à présent, l’emploi dans l’industrie verte est limité. L’éco-industrie et les éco-services représentent 2,2 % du PIB des 25 pays de l’Union européenne (UE). Les emplois verts sont souvent simplement le remplacement d’emplois disparus dans d’autres secteurs. Le syndicat européen a fait une étude et prévoit, par l’éco-industrie, une croissance de l’emploi de 1 à 2 %.


L’écologique, ça rapporte ?

Jouets, shampooing, panneaux solaires… Ce que produit le capitaliste et comment il le produit dépend des possibilités de profit. Le capitaliste se fout des problèmes climatiques de l’avenir. Ce qui l’intéresse, c’est le profit maintenant. Bien sûr, certains se rendent compte qu’en prenant des risques, ils s’accapareront peut-être le marché demain. Ainsi, on assiste à un certain rush du capital vers les « niches » du capitalisme vert : éoliennes, cellules solaires, voiture électrique, instruments en vue d’économiser l’énergie.

Mais sur le plan écologique, on reste loin en dessous des possibilités et besoins, car la chasse au profit est parfois un stimulant, mais peut aussi être un frein. Les inventions technologiques sont aux mains de monopoles privés et les brevets, cachés aux concurrents. La question n’est donc abordée de façon globale et efficace. Si le capital lorgne en direction de nouvelles sources d’énergie, il ne choisit pas la plus respectueuse de l’environnement, mais la plus rentable. Aujourd’hui, on reactive des centrales au charbon, vraiment très polluantes, avec la promesse que le CO2 sera stocké dans le sous-sol. Autre exemple, l’exploitation d’énormes gisements de sable bitumeux au Canada, lesquels constituent une très lourde surcharge pour l’environnement.

L’économie verte durable est très risquée pour le capital privé et, sans soutien de l’État, moins rentable que l’économie polluante. Si on ne compte que sur le capital privé pour effectuer le passage, ce passage ne se fera alors qu’au compte-gouttes.


L’État ne doit-il pas encourager d’urgence l’économie verte ?

Dans le monde entier, c’est ce que l’État essaie de faire. La stratégie 2020 de l’UE et des plans fédéraux et régionaux belges aussi. Sous la menace des catastrophes climatiques, de grosses montants des impôts seront transférés vers le capital privé. Une approche erronée car les émissions de CO2 réclame une approche globale et planifiée et ne doit donc surtout pas être géré par les lois du marché et du profit.

D’après les Nations unies, c’est en Chine qu’on trouve l’approche la plus cohérente des problèmes environnementaux. L’emprise de l’État socialiste sur les investissements verts n’y est pas étrangère. Ici, le capital décide presque seul des investissements. Les entreprises ne font du vert que lorsque ça rapporte gros et qu’elles en ont envie. Et encore, elles le font alors l’une à côté de l’autre au lieu de le faire de concert. On peut difficilement parler de cohésion.


Environnement et emploi ne vont pas toujours main dans la main. Des normes environnementales ne sont-elles pas un danger pour le secteur pétrochimique en Flandre et la sidérurgie en Wallonie ?

Lors du sommet de Copenhague, les patrons du secteur pétrochimique flamand ont sorti un manifeste disant que des normes sévères seraient une ruine pour la chimie, le port et l’économie flamande. Ils font du lobbying pour maintenir les normes des émissions le plus bas possible et avoir des réglementations les plus souples. Souvent, ils agitent la menaces de l’emploi. Mais les deux peuvent aller de pair. Une économie pauvre en carbone est parfaitement possible sur le plan technologique. Ce n’est pas un problème technique mais un problème de société. Si on laisse la reconversion au privé, cela ira de pair avec des licenciements, des fermetures et des délocalisations vers des régions où les entreprises pourront encore polluer.

Dans une approche dirigée par l’État, chaque secteur devrait fournir sa quote-part nécessaire. Progressivement, on pourrait évoluer vers une économie durable. Dans ce cas, il faudra bien la planifier et investir dans des entreprises publiques, dans l’éco-secteur et l’énergie. Au lieu de cela, on s’imagine avoir découvert l’œuf de Colomb : le commerce de CO2.


Concernant le climat, on voit aussi le marché comme LA solution ?

Ce commerce des droits d’émission est l’ultime preuve qu’on refile le problème climatique aux mains du marché. Comment cela fonctionne-t-il ? Les États reçoivent des droits d’émission qu’ils ventilent entre leurs industries les plus polluantes. Une aciérie qui a plus rejet qu’elle n’en a le droit peut faire deux choses : assainir ou acheter des droits d’émission auprès d’entreprises qui se situent sous la norme des rejets. Ainsi naît un marché des droits d’émission de CO2, dont le prix est déterminé par l’offre et la demande sur le marché. Pour l’instant, ce prix est très bas car la crise et la production plus faible créent un excédent de droits sur le marché. Les industries très polluantes accèdent ainsi aux droits à très bas prix et peuvent donc continuer à cracher leur CO2 en toute quiétude. C’est bel et bien un frein à une réduction planifiée des rejets.

Ce commerce déplace également le problème car il y s’étend aux pays en voie de développement. On peut aider à limiter les émissions là-bas – ce qui coûte moins – et recevoir en échange des droits d’émission. Et je ne parle pas des phénomènes pervers propres à de nombreux marchés. Et tout cela au détriment d’un problème grave : le réchauffement climatique.


De quels phénomènes pervers voulez-vous parler ?


La spéculation, par exemple. Le commerce des certificats carbone se mue en nouveau marché financier. Les certificats carbone sont comme des actions sur lesquelles on peut spéculer. Certains disent que ça va devenir la nouvelle bulle de savon, que ces certificats vont devenir les nouveaux crédits camelote. Le marché du carbone s’élevait à 125 milliards de dollars en 2008 et l’on prévoierait 3 000 milliards de dollars d’ici 2020.

Les marxistes pensent que le capitalisme est en train de sombrer suite à ses propres contradictions. Toutes ces crises sont-elles un signe fatidique ?

Attention, le capitalisme ne va pas s’effondrer tout seul ! La crise va laisser de lourdes traces et une période de grande incertitude nous attend car les différentes crises se renforcent l’une l’autre : financière, économique, climatique, énergétique, démographique. Ce n’est pas parce qu’il y a crise qu’il ne pourra plus y avoir de périodes de reprise. Le capitalisme cherche toujours des issues, même si, pour cela, des guerres sont nécessaires.

Les rapports de force dans le monde ont changé. La suprématie des États-Unis en a pris un coup, le dollar titube, il y a une redistribution du pouvoir à l’échelle mondiale. Nous l’avons également vu nettement au sommet de Copenhague où la Chine, l’Amérique latine et l’Afrique se sont rebiffées et ne se sont pas soumises à l’agenda de l’Occident. L’évolution de ce changement contribue également à déterminer l’issue de la crise.

C’est la force des travailleurs qui détermine l’avenir de ce système. Un signe d’espoir, en ce sens, c’est que la prise de conscience que ce système doit disparaître et faire place à une économie planifiée. Car, où que l’on se tourne, on voit clairement maintenant les ravages de la chasse au profit, le noyau même du capitalisme.

19/02/2010

Pour la Vème Internationale

Extrait de: "Legrandsoir.info"

arton9936-2dba0Le 20 novembre dernier (2009), lors d’une rencontre internationale des partis de gauche à Caracas, Hugo Chavez a appelé à la constitution d’une Vème Internationale qu’il a définie comme un « espace où les partis, les mouvements et courants à orientation socialiste pourront coordonner une stratégie commune contre l’impérialisme et pour le renversement du capitalisme par le socialisme. »

Selon lui, face aux menaces de guerre et de destruction qu’entraîne la crise du capitalisme, la création de cette Internationale nouvelle est un besoin pour répondre aux attentes des peuples et sauver la « Terre-mère ».

Tirant les leçons de l’histoire des premières Internationales (qui ont joué un rôle si important pour le développement du mouvement ouvrier et révolutionnaire des XIXème et XXème siècles mais n’ont pas accompli le programme initial résumé dans la formule célèbre « prolétaires de tous les pays, unissez-vous »), il préconise une forme d’organisation « sans manuel et sans obligation où les différences seront les bienvenues », une Internationale qui permette l’échange d’informations, la coordination des luttes et des solidarités, et l’élaboration d’un « socialisme du XXIème siècle ».

L’idée d’une Vème Internationale vient de loin… Maïakovski en avait déjà fait le titre, en 1922, d’un de ses poèmes les plus visionnaires... Plus près de nous, ces dernières années, cette idée avait été formulée en divers lieux, et en France même par des militants et des intellectuels, tels l’économiste Samir Amin… L’initiative d’Hugo Chavez qui propose une rencontre internationale pour la constituer, dès avril prochain, lui donne une impulsion décisive.

Les quatre premières Internationales ont vu le jour en Europe. Que la Cinquième soit lancée d’Amérique latine exprime les changements en cours dans le monde et le mouvement réel des peuples.

Nous appelons les organisations du mouvement ouvrier français et européen, les formations politiques qui se réfèrent au marxisme, au socialisme, au combat anticapitaliste, les militants et les intellectuels critiques, progressistes et révolutionnaires à ne pas rester sur le bord du chemin. La pensée politique ne peut pas s’enfermer dans l’eurocentrisme ni l’action dans le jeu électoral et institutionnel. Pour sauver l’avenir démocratique de l’humanité et la planète, il faut construire un autre monde et renouer avec l’internationalisme. Il n’y a d’issue possible que dans la convergence des luttes du Nord et du Sud.

Ce qui nous anime n’est pas la simple nostalgie (même si nous savons que l’imagination du futur ne peut se passer des images et des rêves du passé)… Il s’agit non seulement d’être fidèles à l’Histoire qui est la nôtre, mais aussi et surtout qu’une gauche véritable renaisse de ses cendres, en se montrant enfin à la hauteur des problèmes et des espérances d’aujourd’hui.

premiers signataires :

Francis Combes (poète et éditeur) ; Patricia Latour (journaliste, membre du conseil national du PCF) ; Pascal Acot (Historien de l’écologie scientifique) ; Jean-Louis Lippert (écrivain) ; Yvon Quiniou (philosophe) ; Yves Vargas (philosophe, communiste) ; Jean-Pierre Bastid (écrivain, cinéaste) ; Bertrand Duffort

16:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche, internationale, communisme, socialisme |  Facebook |

05/02/2010

L'argent dette

La dette des gouvernements, des entreprises et des ménages a atteint des proportions astronomiques et enfle de plus en plus démesurément de jour en jour.

D'ou vient tout cet argent ?
Comment peut-il y avoir TANT d'argent à prêter ?

 

17:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, capitalisme, socialisme, argent, economie, exploitation |  Facebook |

15/01/2010

Les péchés d'Hugo Chavez

hugochomskyEn Amérique latine, presqu’une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Au Venezuela, un homme affirme qu’on peut y mettre fin. Certains l’accusent de tous les péchés : ‘populiste’, ‘dictateur’… Michel Collon vient de publier Les 7 péchés d’Hugo Chavez et il montre pourquoi cette expérience nous concerne.

Interview: Petya Micheroux

(Article extrait du site "investig'action")

Le président vénézuélien Hugo Chavez est-il populiste ?
 Michel Collon.
La grande tarte à la crème ! Dès que quelqu'un dérange, les médias lui collent une étiquette. Qui a pour fonction d'empêcher les gens de réfléchir aux problèmes, aux conflits entre des intérêts qui s'affrontent. C’est quoi, un « populiste » ? Quelqu'un qui flatte le peuple, en lui faisant des promesses qu'il ne peut tenir. Selon moi, cette définition vaut pour Sarkozy et les autres dirigeants européens : ils font des promesses en sachant qu’ils ne les tiendront pas.

Et Chavez aurait tenu ses promesses ?
    Michel Collon.
Lorsqu’il arrive au pouvoir en 1999, deux Vénézuéliens sur trois n'avaient jamais vu un médecin de leur vie. Depuis, « Chavez le populiste » a mis en place avec l'aide de médecins cubains des maisons médicales, non seulement dans les quartiers pauvres de Caracas, mais aussi dans les campagnes et les régions les plus reculées des Andes ou de l’Amazonie. Il a aussi alphabétisé, en moins de deux ans, un million et demi de personnes. Le budget de l’éducation est passé de 3% à 9%. On a réussi à remettre aux études des gens qui avaient dû les interrompre à cause de la pauvreté. Aucun de ses prédécesseurs n'avait fait ça. A mon avis, beaucoup de peuples dans le monde aimeraient avoir de tels dirigeants populistes.
    Avant, l’argent du pétrole servait à enrichir les multinationales. Aujourd’hui, il sert à éliminer la pauvreté. Pour les riches, Chavez est donc le diable, couvert de péchés. Pour les pauvres, il incarne l’espoir.

Mais certains lui reprochent d'être trop lent, trop conciliant, de ne pas s'attaquer à la propriété capitaliste...
    Michel Collon.
Méfions-nous des « Y a qu'à ». Pour eux, tout est facile. Y a qu'à faire ceci, y a qu'à faire cela. Chavez n'a qu'à exproprier tous les capitalistes et créer un État ouvrier, exporter la révolution dans toute l’Amérique latine, et bla bla bla. Mais le Venezuela ne compte presque pas d'ouvriers, sur quelle base reposerait un « État ouvrier » ?
Non, le problème clé, celui qui bloque le développement de pays comme le Venezuela, c'est la dépendance envers les multinationales. Celles-ci déversent leurs produits subventionnés, contrôlent les politiciens et l’armée, pillent les matières premières et toutes les richesses, maintiennent les salaires au plancher et tout ça bloque le développement du tiers monde. Or, beaucoup de classes et couches sociales du tiers monde ont intérêt à ce que leur pays se libère de l’emprise des multinationales US ou européennes, et pas seulement, les classes travailleuses. Il y a donc intérêt à s’allier avec elles ou à les ménager.
Réussir cette première étape n'est pas évident. Contrairement à ces « révolutionnaires en chambre », Chavez a la responsabilité de remplir les assiettes des gens. Eliminer une forme d'économie - où il y a effectivement une exploitation capitaliste, c’est vrai - quand on n'a encore rien pour la remplacer, c’est laisser les gens crever de faim et évidemment se détourner de la révolution. Une révolution ne peut avancer ni trop vite, ni trop lentement. Il faut, au stade actuel, cibler les multinationales et ménager les autres. On ne fait pas une révolution en partant des souhaits des révolutionnaires mais en tenant compte de la situation objective, du rapport des forces et des possibilités des gens.

Votre livre aborde en fait tout le rapport Nord-Sud à l'échelle du continent américain. Vous parlez du Nord comme de « l'aspirateur des richesses ». Que voulez-vous dire ?
    Michel Collon.
Nous, gens du Nord (Europe et Etats-Unis), devons absolument prendre conscience du mécanisme qui explique cet écart entre le Nord riche et le Sud pauvre (même si, tout le monde n'est pas riche au Nord où les écarts s'aggravent aussi). La question est : sur le dos de qui les riches du Nord ont-ils construit leurs fortunes ? Je le rappelle dans le livre, sur base de quelques études historiques : l'Europe est devenue riche en pillant l’or et l’argent de l’Amérique latine, en massacrant les Indiens et en arrachant à l’Afrique dix millions de Noirs, transformés en esclaves et en chair à profits.



arton1139Mais le colonialisme a pris fin, non ?
    Michel Collon.
En réalité, non. Aujourd'hui, les mêmes mécanismes d'aspiration des richesses restent à l'œuvre, mais de manière beaucoup plus subtile et voilée, comme je l’explique dans le chapitre intitulé « les sept fléaux de l'Amérique latine ».
Premièrement, le pillage des matières premières. Pétrole et gaz bien sûr, mais aussi eau et biodiversité, enjeux stratégiques du 21ème siècle. Deuxièmement, le pillage de la main d'œuvre dans des usines de sous-traitance. Véritables bagnes où les syndicats sont interdits. Troisièmement, l’assassinat de l’agriculture. Les multinationales d’agrobusiness du Nord déversent leurs produits subventionnés en Amérique latine et en Afrique, ruinent les paysans locaux, les obligeant à quitter la terre et à s'amasser autour des villes.
Le quatrième fléau, c’est l’élite dirigeante des pays du Sud. Une bourgeoisie locale vendue aux intérêts étrangers et travaillant pour le compte des multinationales. Cinquième fléau : la dette. Les banques du Nord et la Banque Mondiale contrôlée par les pays riches maintiennent le chantage d’une dette déjà largement remboursée en fait. Sixième fléau : en vingt ans, les États-Unis et l'Europe ont obligé à privatiser un millier d'entreprises publiques en Amérique latine, transférant ainsi la richesse et le pouvoir économique vers le Nord. Septième fléau : le vol des cerveaux. Scientifiques, techniciens qualifiés et médecins. Le Sud dépense pour les former, mais le Nord les détourne. Voilà, l’ensemble de ces sept fléaux montre que le colonialisme et le pillage n’ont pas disparu.

Chavez réalise des choses impressionnantes. D’autres ne le font pas. Pourquoi ?
    Michel Collon.
80 années de richesse pétrolière du Venezuela ont produit un écart énorme entre riches et pauvres. Ce que Chavez a fait, c’est changer la règle du jeu. Il a récupéré l’argent du pétrole en faisant payer – enfin - les multinationales et en reprenant le contrôle de la société publique qui gérait le pétrole. Les bénéfices sont enfin versés dans le budget de l’État, permettant de s'attaquer sérieusement au problème de la pauvreté. Quand on voit la misère qui règne en Afrique et au Moyen-Orient, à côté de fortunes colossales, on se dit qu’il faudrait y exporter Chavez. Ou plutôt s’en inspirer.

D’où la colère des États-Unis ?
    Michel Collon.
Comme disait Chomsky, « peu importe où le pétrole est situé dans le monde, les États-Unis considèrent que la géographie se trompe et qu'il est situé aux États-Unis ». Chavez a refusé cette logique.

Quelles menaces font peser les Etats-Unis sur le Venezuela ?
    Michel Collon.
Trois. 1. Le financement par la CIA, à coups de centaines de millions de dollars, d’une opposition putschiste, doublée de campagnes de désinformation qu’on retrouve dans nos médias. 2. La construction de sept nouvelles bases militaires US en territoire colombien. Comme par hasard, les bases US sont toujours juste à côté des ressources naturelles stratégiques, et pour encercler les pays rebelles : Venezuela, Bolivie, Équateur, voire Brésil. 3. Washington a réactivé la 4ème flotte qui « surveille » l’Amérique latine. Utilisée contre l’Allemagne en 40-45, supprimée lorsque le continent a été jugé « sous contrôle », et aujourd’hui réactivée en plaçant à sa tête un amiral qui a fait sa carrière dans les « Forces Spéciales » (spécialisées dans les débarquements et coups d’Etat).

Votre livre analyse aussi les erreurs et les faiblesses de Chavez. Quelles sont-elles ?
    Michel Collon. Le Venezuela n'est ni l'enfer décrit par nos médias, ni le paradis. Les problèmes restent énormes. Surtout la bureaucratie. Celle héritée de l'ancien régime et qui sabote à qui mieux mieux. Mais aussi les nouveaux arrivistes. Et une corruption, qui n'est évidemment pas propre au Venezuela, mais si Chavez ne parvient pas à résoudre ce problème, la révolution perdra la confiance des gens et échouera, c'est clair. Un proche de Chavez m'a confié que 60 % des réformes décidées par lui ne sont pas appliquées. Ca donne la mesure du drame de la bureaucratie et de la corruption.

Le Venezuela, c’est loin. En quoi votre livre peut-il intéresser le lecteur belge ?
    Michel Collon.
En Europe, les victoires sont rares ces temps-ci. On rencontre beaucoup de pessimisme, de fatalisme. Par contre, l’Amérique latine nous apporte un message d'espoir. Chavez, Evo Morales et tous ces Latinos affrontent en fait les mêmes problèmes que nous : pauvreté, néolibéralisme, destruction des acquis sociaux et des services publics, pillage du travail et des ressources... Et ils arrivent à renverser la vapeur ! Non seulement ils résistent, mais ils obtiennent même des victoires, des avancées sociales pour la population.

Le Venezuela nous montre qu'un autre monde est possible ?
    Michel Collon.
On dira évidemment que la Belgique ou la France n'ont pas de pétrole, mais l'essentiel n'est pas là. Au fond, il y a plus important que le pétrole. Le « péché » le plus important de Chavez, c’est d'avoir rendu sa place au peuple. De lui avoir donné conscience qu'il est possible de prendre son destin en main. Et ça nous concerne aussi, car nous aussi on a cet écart riches-pauvres, ce pillage des fruits du travail.
Chavez et les Vénézuéliens nous montrent que d'un côté, il y a l’argent, et de l'autre côté, il y a les gens. Le plus important, ce sont les gens : ils sont l'immense majorité, ayant au fond les mêmes intérêts. Incompatibles avec ceux des multinationales.

Commander le livre sur le site de Michel Collon.

10/01/2010

Les 7 péchés d’Hugo Chavez

Les 7 péchés d’Hugo Chavez (Introduction)

(Extait du site "Investig'action")

7-peche-capitauxPourquoi les Etats-Unis s’opposent-ils à Chavez ? Pour le pétrole, on s’en doute. C’est tout ?

Les guerres du pétrole, ils sont habitués à les gagner. Mais au Venezuela, on leur tient tête. Ici, on dit qu’il est possible d’employer l’argent du pétrole de façon intelligente et utile. Pas comme à Dubaï où on construit des hôtels à vingt mille euros la nuit au milieu d’un monde arabe sous-développé. Pas comme au Nigeria où la faim tue alors que ce pays est un des plus gros exportateurs mondiaux.

Au Venezuela, un homme affirme qu’il est possible de résister aux multinationales et de vaincre la pauvreté. On l’accuse de tous les péchés : ‘populiste’, ‘dictateur’, ‘antisémite’... Mais que se passe-t-il sur le terrain ? Quels sont ses véritables péchés ?

 Le pétrole est un enjeu majeur du monde actuel et nous lèverons le voile sur les agissements secrets d’Exxon, Shell ou Total. Mais la question va plus loin que le pétrole… Quel type d’économie peut vaincre la pauvreté ? Une véritable démocratie est-elle possible ? Ces enjeux concernent toute l’Amérique latine, mais aussi le Moyen-Orient, l’Afrique et même l’Europe…

Que vaut notre info ? L’Amérique latine dans les médias, c’est très simple. Il y a le carnaval à Rio, le tango à Buenos-Aires et la drogue en Colombie. Ah oui, il y a aussi ‘Chavez le populiste’. Au lieu de cette image stéréotypée, ne pourrait-on nous montrer la vraie vie des Latinos ? Presqu’un sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Pourquoi ? Par contre, sept ou huit sont devenus multimilliardaires en quelques années. Comment ?

44% de pauvres en Amérique latine. Cessez de voir ça comme une statistique. Pourrez-vous ce soir donner quelque chose à manger à votre enfant ? Pourrez-vous lui payer l’école ? Et, s’il tombe malade, verra-t-il un médecin ? Lorsque vous vivez avec un ou deux dollars par jour, vous êtes forcé de choisir entre ces besoins vitaux. Cette angoisse est le quotidien d’une personne sur deux dans ce grand continent. Au Moyen-Orient, c’est pareil. En Afrique, c’est pire.

L’expérience du Venezuela représente-t-elle une alternative valable ? Si oui, ça nous concerne tous. Il est important de s’en informer et d’en juger de façon indépendante. Les médiamensonges ne concernent peut-être pas que l’Irak.

Face au fossé riches-pauvres, le droit à l’alternative existe-t-il ? Depuis vingt ans, je mène des investigations sur les stratégies de guerre et de domination des USA. Depuis vingt ans, j’écoute leurs victimes. Je ne peux oublier ce que m’ont dit Nasra l’Irakienne, Tomislav le Yougoslave, Mohamed le Palestinien et tant d’autres. Au fond, leurs souffrances et leurs colères sont pareilles, c’est toujours la même guerre.

Je ne peux oublier non plus leur espoir qu’il existe une issue vers un monde meilleur. C’est en pensant à eux tous que je suis allé au Venezuela : l’alternative est-elle possible ? Ecouter Chavez, écouter les gens d’en bas, écouter l’opposition de droite. Et témoigner.

Les 7 péchés d’Hugo Chavez (Table des matières)

Premier péché : il leur apprend à lire

Chapitre 1. Ce merveilleux sourire sur la figure de Carmen…

Deuxième péché : chacun a droit à la santé

Chapitre 2. Avant Chavez, deux Vénézuéliens sur trois n’avaient jamais vu un médecin

Troisième péché : chacun peut manger à sa faim

Chapitre 3. La pauvreté n’est pas une fatalité

Comprendre l’Amérique latine

Chapitre 4. Comment sont-ils devenus si pauvres ?

Chapitre 5. L’aspirateur des richesses

Chapitre 6. Un pays dévalisé en une nuit, est-ce possible ?

Chapitre 7. Les 7 fléaux de l’Amérique Latine

La bataille pour l’or noir

Chapitre 8. L’Histoire sanglante du pétrole

Chapitre 9. La bataille du pétrole au Venezuela

Chapitre 10. Les multinationales pétrolières sont-elles compatibles avec l’avenir de l’humanité ?

Quatrième péché : il change les règles entre les riches et les pauvres

Chapitre 11. Le Venezuela pourra-t-il créer une nouvelle économie ?

Chapitre 12. La Solution Chavez fonctionne-t-elle ?

Chapitre 13. Chavez trop lent et trop conciliant ?

Cinquième péché : la démocratie, c’est plus qu’un bulletin de vote

Chapitre 14. Bureaucratie et corruption : la démocratie participative est-elle la solution ?

Chapitre 15. Chavez est-il un populiste ? Les faiblesses du chavisme.

Chapitre 16. Une armée qui fait la révolution ?

Sixième péché : il ne se soumet pas au pouvoir des médias

Chapitre 17. D’où provient et que vaut notre info sur Chavez ?

Chapitre 18. Le Monde est petit

Chapitre 19. Est-il possible de réaliser une révolution sociale sans et contre les médias ?

Septième péché : l’homme qui tient tête aux Etats-Unis

Chapitre 20. Unir l’Amérique Latine et les résistances internationales

Conclusion : Chavez et nous, le droit à l’alternative


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16:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : economie, venezuela, chavez, socialisme, solidarite, politique |  Facebook |

31/12/2009

Meilleurs vœux pour 2010

Meilleurs vœux pour 2010


Meilleurs vœux, oui, meilleurs vœux pour une vie meilleure, dénuée de toute forme d’exploitation des uns par les autres. Car tant qu’existera cette constante dans l’humanité, rien ni personne ne pourra  prétendre à une vie idéale, une vie juste.


La neuvième année de ce millénaire fut riche en rebondissements politiques. Le dernier grand moment de l’année fut sans nul doute le sommet de Copenhague. Ce fut un échec, certes, mais pas pour tout le monde. Le discours de Hugo Chavez n’est pas passé inaperçu, car il met l’accent non pas sur les causes matérielles, qui amènent à la détérioration planétaire, mais bien sur LA cause fondamentale, la cause principale, l’impérialisme, le capitalisme. Ce sournois destructeur de la planète et de l'humanité.


La recherche constante du progrès technologique à seule fin d’enrichissement personnel et égoïste affecte l’être humain dans son intégrité, ce qu'il représente, dans son ensemble. La destruction de notre planète est programmée, non pas par le désir d’une majorité de notre société, mais par l’entité se trouvant au fait de l’exploitation de l’homme par l’homme, la classe de ceux qui trouvent un avantage certain à détruire la planète, la classe de ceux qui exploitent, avec le plus grand mépris des humbles, avec le plus grand mépris de ceux qui les enrichissent.


Meilleurs vœux pour 2010 certes, mais la lutte des classes se durcira, et mes meilleurs vœux sont pour la classe des exploités, la classe des travailleurs, la classe des opprimés du système, la classe majoritaire de ce monde devenu fou.


Ensemble, la classe prolétarienne doit faire face, résister, pour un jour vaincre la minorité exploiteuse. Les jours meilleurs sont devant nous, mais il faudra se battre dur, se battre très dur, pour enfin vivre dans un monde meilleur, respectueux de tous et envers tous.
Pour cela, le salut du monde ne viendra uniquement que du socialisme. Toutes et tous, nous devons en être convaincus, si notre désir est de voir un jour naître une société juste et équitable.

 

Alex

28/12/2009

Discours de Chavez à Copenhague 2/2.

27/12/2009

Discours de Chavez à Copenhague 1/2.

14/12/2009

Avenir écologique de la planète : le vrai principe de précaution, c’est le communisme !

(Article extrait du site "le grand soir")


Georges GASTAUD

arton9624-b1012Même si les recherches scientifiques sur les causes du réchauffement climatique sont loin d’être achevées, il est salutaire que les Nations-Unies se réunissent spécialement à Copenhague pour traiter de la sauvegarde écologique de la planète.

Il est vrai que depuis des siècles, «  le capitalisme ne crée la richesse qu’en épuisant ses deux sources, la Terre et le travailleur » (Marx). Depuis longtemps d’ailleurs, le capitalisme ne développe plus qu’en surface les forces productives : entré depuis la fin du 19ème siècle dans sa phase monopoliste, dans laquelle Lénine plaçait le moteur de l’impérialisme moderne, le capitalisme pourrit sur pied depuis plus d’un siècle : derrière la clinquante « modernité » du portable, du baladeur et du clavardage généralisé, casse industrielle et parasitisme financier battent leur plein dans les pays de la Trilatérale impérialiste USA/Japon/U.E. ; des millions de prolétaires y sont réduits au chômage ou aux petit boulots ; dans les pays du Sud, dans les ex-pays socialistes détruits par la contre-révolution, règnent misère de masse et surexploitation. Pendant qu’explose le nombre de milliardaires en dollars, la barre du milliard d’affamés vient d’être franchie en 2009 : champagne bio pour tout le monde ! Ces meurt-la-faim sont les victimes systémiques de la spéculation des « marchés » sur les céréales et de la destruction organisée des cultures vivrières sous l’égide des trusts agroalimentaires comme Monsanto, et des appareils d’Etat à leur dévotion, comme l’Union européenne.

Et partout, avec la crise systémique du capitalisme qui n’en finit pas, des millions de chômeurs supplémentaires viennent chaque mois s’ajouter à la liste des licenciés pour cause de profits insuffisants. Ainsi le libre-échangisme sélectif piloté par les USA (qui savent protéger leur marché intérieur et interdire les importations françaises quand bon leur semble !) est-il en passe d’araser l’industrie indigène des pays du Sud et de l’Est. En France, l’euro-libre-échangisme vient symboliquement d’obtenir coup sur coup la liquidation des usines Amora de Dijon et la fermeture de la maison de Haute-Couture Christian Lacroix ; quant à la casse des usines d’équipement automobile, elle bat son plein : avec la mise à mort programme du « produire en France », il faudra donc importer, et importer encore sur mer, par air et sur route, tout ce qui était auparavant produit sur place et en permettant aux gens de gagner leur vie. C’est le règne absurde du « flux tendu » et du « juste à temps », c’est le yaourt faisant deux fois le tour du monde avant d’atterrir sur les tables, avec derrière lui une impressionnante traînée de C.O. - et de gens jetés à la rue...

Cela n’empêche par M Borloo de poser à l’écologiste distingué dans les médias pendant que son compère Cohn-Bendit parade sur les sarko-médias dans l’espoir d’exploser une « gauche établie » déjà passablement discréditée. Etranges « écolos », dont le premier rêve de faire rouler des camions de vingt-cinq mètres sur nos autoroutes ; quant au second, il a soutenu la constitution européenne et son principe de « concurrence libre et non faussée », synonyme de délocalisation généralisée, donc de transport de marchandises « made in ailleurs » par super-tankers mazoutant les mers et par super-camions enfumant nos bronches. D’ailleurs, si la France tente un jour de taxer la pollution produite par le transport routier, première cause de pollution atmosphérique bien avant nos usines aux deux-tiers délocalisées, la « verte » Europe de Bruxelles lui infligerait aussitôt d’énormes amendes avec le soutien zélé de « Dany le Vert », chantre bien connu de la lutte anti-« protectionniste »... C’est d’ailleurs ce même Cohn-Bendit qui, à l’unisson de Jean-Paul Huchon, président du conseil général francilien, voudrait privatiser et démanteler Electricité de France, comme si l’exigence de sécurité ne commandait pas au contraire de revenir au monopole de l’Etat sur l’énergie nucléaire, quitte à braver pour cela le veto de Bruxelles et à sortir la France de cette prison des peuples qu’est l’Europe du Traité de Lisbonne...

Dans ces conditions, il est rassurant que les travailleurs retrouvent le chemin du combat de classe. Soutien total, donc aux routiers et aux cheminots de France qui, en posant, chacun de son côté (hélas !), le problème des bas salaires et de la dangereuse euro-déréglementation des transports ferroviaires, maritimes, aériens et routiers, peuvent forcer les capitalistes et leur Etat-UMP à mettre la main à la poche, les empêchant ainsi de suivre leur pente « naturelle » : celle du profit immédiat, qui est aussi souvent celle de la plus grande pollution sociale et écologique possible...

Combat déterminé également, contre l’exterminisme, cette tendance lourde du capitalisme en phase dégénérative, à préférer l’intérêt immédiat de l’oligarchie financière à l’avenir à long terme des êtres vivants en général et de l’humanité en particulier. Soutien aussi à tous ceux qui luttent en France et ailleurs pour démanteler la dictature européenne, cette déclinaison sous-continentale de la monstrueuse mondialisation capitaliste : car là et nulle part ailleurs sont les facteurs structurels de la destruction de la planète.

Aucun soutien en revanche aux bobos anticommunistes d’Europe-Ecologie, dont le souci premier est de créer sur fonds publics un marché capitaliste du « bio » et de l’écologie, de faire diversion à la question sociale pourtant indissociable du combat écologique, voire d’accompagner idéologiquement la casse industrielle de la France et le déclassement des prolétaires en col bleu et aux idées rouges qui en résulteŠ alors que les délocalisations sont un facteur exponentiel d’aggravation des pollutions. Mais qu’importe à nos « bourgeois bohèmes » des centre-villes, qui palabrent sur l’écologie tout en vivant largement de la « com », de la « pub », des médias abrutisseurs, de « services » financiers et d’autres « produits de première nécessité », alors que la majorité des humains n’accède toujours pas à l’électricité, à l’eau potable, à l’école et aux soins médicaux...

Quant aux communistes, il leur revient d’en finir avec la « repentance » et l’auto-flagellation perpétuelles auxquelles les ont condamnés depuis des décennies les dirigeants opportunistes qui ont aidé à saborder les partis, les acquis et les Etats ouvriers. Certes l’URSS et les pays socialistes, qui ont dû à la fois, dans un court laps de temps, construire leur industrie et résister aux agressions constantes d’un capitalisme plus développé, sont loin d’avoir toujours pu porter toute l’attention nécessaire aux questions écologiques. Notons toutefois qu’il est malhonnête de mettre au compte du « système soviétique » la catastrophe de Tchernobyl : celle-ci résulta au contraire du démantèlement de la planification socialiste par Gorbatchev et de l’irresponsable basculement qui s’ensuivit des centrales nucléaires soviétiques à l’autonomie financière totale au détriment des investissements de sécurité. L’exemple de Cuba, dont les résultats écologiques sont parmi les meilleurs au monde, montre au contraire ce que peut le socialisme quand il met en pratique ses principes humanistes de démocratie populaire et de responsabilité partagée.

Mais surtout, il faut aller au fond du débat : à l’heure où l’exigence de planifier les rapports entre industrie humaine et environnement naturel devient une question vitale, l’issue est moins que jamais à l’irrationalisme, à la mise en accusation de la science et de la technique, à la « décroissance », à l’anti-humanisme comme si « l’Homme » en général, et non l’exploitation capitaliste, était la cause des désastres écologiques . L’heure est au contraire à l’investissement public massif dans la science, et notamment à l’investissement dans la recherche fondamentale. C’est indispensable pour obtenir le progrès du savoir et la nécessaire accélération de la révolution technologique. Ainsi pourra redémarrer l’essor des forces productives repensées à partir des besoins humains et non en fonction du profit d’une poignée de richards prêts à asphyxier la planète pour exhiber leur Rollex. Car à l’époque de la mondialisation des échanges, la propriété privée des grands moyens de production devient un luxe mortel pour l’humanité. Oui la jungle capitaliste du libre-échange sauvage parrainé mondialement par les « socialistes » Pascal Lamy (directeur de l’OMC) et D. Strauss-Kahn (directeur du FMI) mène l’humanité à sa perte en suscitant une « guerre de tous contre tous » insupportable avec à la clé, le gaspillage insoutenable des uns et le sous-développement durable des autres. L’avenir du monde n’est-il pas plutôt à la coopération entre Etats progressistes, comme celle que dessine l’ALBA en Amérique latine ? N’est-il pas plutôt à la planification démocratique du développement, à la gestion collective et coordonnée des ressources humaines et naturelles. D’ailleurs, ni la nature ni a fortiori les hommes ne sont des « ressources » contrairement à ce que voudrait nous faire croire une idéologie capitaliste qui ne valorise choses et gens qu’en les immergeant dans ce que Marx appelait « les eaux glacées du calcul égoïste »

Cette perspective de mondialisation communiste faisant litière de la mondialisation capitaliste appelle plus que jamais, dans un premier temps, une phase historique incompressible de révolution et de construction socialiste impliquant à la fois la souveraineté de chaque peuple et sa coopération égalitaire et planifiée avec tous les autres, comme s’y essaient déjà les pays de l’ALBA. Ainsi et ainsi seulement pourra-t-on progressivement éliminer les contradictions de classe et de nationalité qui déchirent l’humanité pour permettre à l’humanité de mettre vraiment en commun les acquis scientifiques, les savoir-faire, et pour planifier rationnellement et à long terme la production et les échanges dans le respect de « la Terre et du travailleur ».

Ce second âge du socialisme n’aura rien de commun, faut-il le dire, avec l’instauration d’une prétendue « gouvernance » capitaliste mondiale qui aggraverait le mal en soumettant directement toute la planète à la dictature éco- et anthropocidaire de la Trilatérale impérialiste. Tout au contraire, l’issue progressiste aux désordres sociétaux et écologiques créés par le capitalisme en putréfaction, doit être cherchée dans la transition révolutionnaire au communisme, cette société sans classes, sans armes et sans oppression où « le développement de chacun devient la clé du développement de tous » (Marx/Engels). Seule en effet une société communiste pourra pleinement réconcilier l’homme avec la nature en réconciliant enfin Prométhée et ce que l’Indien Evo Morales nomme la Pacha Mama, la Terre-Mère : car l’enjeu profond de la lutte, ô combien « finale », qu’engagera tôt ou tard le 21ème siècle entre l’exterminisme capitaliste et un Mouvement communisme international revivifié, sera d’éliminer ou pas, au sein même de la société, « l’état de nature » et la « loi de la jungle » que signifie l’anachronique survivance du système capitaliste en tant qu’il est fondé sur la concurrence aveugle, sur la dictature des marchés et sur l’exploitation du travail d’autrui : l’humanité ne réussira pas en effet à gérer rationnellement ses relations avec la nature, - à coup sûr l’un des axes structurants d’un futur mode de production communiste mondialisé - sans éliminer la domination de l’état de nature au sein même de la société, aujourd’hui présente sous la forme périmée et omni-destructive de la propriété privée des grands moyens de production. De l’issue de ce combat titanesque entre le capitalisme exterministe et la tendance irrépressible des opprimés à lutter pour la société sans classes, dépend l’avenir de l’humanité au 21ème siècle : c’est ce qui donne tout son sens vital et humaniste à la noble devise de Fidel Castro : le socialisme ou la mort !

On mesure donc à quel point est fausse la thèse, récemment défendue en commun sur France-Inter par Cohn-Bendit et par son nouvel ami Mélenchon, à savoir que « l’écologie dessine désormais un intérêt humain universel », sous-entendu, un intérêt « au-dessus des classes » qui transcenderait à la fois l’antagonisme Capital-Travail et la contradiction Impérialisme-Peuples opprimés. Au contraire, la prise en otage écocidaire de l’humanité par le grand capital exterministe impose plus que jamais d’en finir de manière révolutionnaire avec l’anachronique propriété privée des grands moyens de production, avec ce scandale que constitue la privatisation croissante des fruits du travail humain et du savoir scientifique, à une époque où la production et l’échange tendent à s’universaliser. Et symétriquement, la tendance du capitalisme à imposer sa « mauvaise fin » exterministe de l’histoire, celle d’une nouvelle guerre mondiale inter-impérialiste qui signerait l’arrêt de mort de l’humanité ou celle d’une destruction lente de l’humanité par écocide ou par la déshumanisation rampante de toutes les relations sociales, impose à l’humanité pensante, et spécialement au camp des travailleurs, de lutter pour la « bonne fin » de l’histoire : celle d’une collectivisation rationnelle et démocratiquement planifiée des travaux humains : le communisme pour le monde.

Si donc, un peu d’écologisme « bobo » éloigne du combat de classe anticapitaliste, un engagement écologique responsable et conséquent invite au contraire à mettre en chantier, si possible avant que ne s’écoule un nouveau siècle de déprédations capitalistes, une société sans classes, sans saccage de la planète bleue pour le profit de quelques irresponsables, une société révolutionnant la science, le pouvoir politique et les rapports de propriété pour collectiviser au profit de chacun les savoirs et les productions humaines : en un mot, une société communiste.

Georges GASTAUD

19:22 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : communisme, ecologie, humanite, avenir, socialisme |  Facebook |

13/11/2009

Le capitalisme, une parenthèse dans l'histoire.

«Marx n’a jamais été aussi utile»
Samir Amin   (source: Investig'Action, le site de Michel Collon)

La crise économique mondiale est une crise du capitalisme. Ce n'est pas la première, bien sûr, mais pour l'économiste Samir Amin, elle pourrait être l'occasion de remettre en cause les fondements-même du capitalisme. Pour sortir, non pas de la crise du capitalisme, mais du capitalisme en crise.

LE CAPITALISME, UNE PARENTHÈSE DANS L’HISTOIRE

Le principe de l’accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l’avait compris, imaginait qu’un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l’un ni l’autre n’était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s’imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait par contre imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd’hui dans les mains de l’oligarchie.

L’accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s’exprime principalement par le contraste grandissant entre l’opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l’axe central de l’alternative « socialisme ou barbarie ».

Le capitalisme historique « réellement existant » est associé à des formes successives d’accumulation par dépossession, non pas seulement à l’origine (« l’accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l’a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système.

Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s’imposer d’une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l’histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l’Asie et de l’Afrique qui ont fait l’histoire du XXème siècle – la première vague de luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.

L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.

Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIème siècle.  La dépossession des paysanneries (d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l’accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro-carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l’avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l’humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.

Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale.  Dans cet esprit la « crise de l’énergie » n’est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates. Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l’impérialisme collectif de s’assurer le monopole de l’accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s’approprier la rente impérialiste, quand bien même l’utilisation de ces ressources demeurerait ce qu’elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.

D’UNE LONGUE CRISE À L’AUTRE

La crise actuelle n’est donc ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.

Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l’initiative au capital des oligopoles ?

Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXème siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.

Le capitalisme industriel triomphant du XIXème siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s’effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d’expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus-value générée par l’exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d’une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l’époque font l’éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social-démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.

Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le «  maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l’origine de l’effondrement financier de 1929 et de la dépression qu’elle va entraîner jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Le « long XXème siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant ( au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d’une première vague triomphante de révolutions anti-capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti-impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique.

La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971, avec l’abandon de la convertibilité or du dollar, presqu’exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d’investissement, et de croissance s’effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. Mêmes discours d’accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c’est la « fin de l’histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s’est accompagnée dès le début par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990.  Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné 1929, la seconde a produit 2008. Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D’autant que les pouvoirs en place n’envisagent rien d’autre que la restauration du système tel qu’il était avant son effondrement financier.

L’analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.

SORTIR DE LA CRISE DU CAPITALISME OU SORTIR DU CAPITALISME EN CRISE?

Derrière la crise financière, la crise systémique du capitalisme des oligopoles.

Le capitalisme contemporain est d’abord et avant tout un capitalisme d’oligopoles au sens plein du terme (ce qu’il n’était qu’en partie jusqu’ici). J’entends par là que les oligopoles commandent seuls la reproduction du système productif dans son ensemble. Ils sont « financiarisés » dans le sens qu’eux seuls ont accès au marché des capitaux. Cette financiarisation donne au marché monétaire et financier – leur marché, celui sur lequel ils se concurrencent entre eux – le statut de marché dominant, qui façonne et commande à son tour les marchés du travail et d’échange de produits.

Cette financiarisation mondialisée s’exprime par une transformation de la classe bourgeoise dirigeante, devenue ploutocratie rentière. Les oligarques ne sont pas russes seulement, comme on le dit trop souvent, mais bien davantage étatsuniens, européens et japonais. Le déclin de la démocratie est le produit inévitable de cette concentration du pouvoir au bénéfice exclusif des oligopoles.

La forme nouvelle de la mondialisation capitaliste, qui correspond à cette transformation, par opposition à celle qui caractérisait la première « belle époque », est elle également importante à préciser. Je l’ai exprimé dans une phrase : le passage de l’impérialisme conjugué au pluriel (celui des puissances impérialistes en conflit permanent entre elles) à l’impérialisme collectif de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon).

Les monopoles qui émergent en réponse à la première crise du taux de profit se sont constitués sur des bases qui ont renforcé la violence de la concurrence entre les puissances impérialistes majeures de l’époque, et conduit au grand conflit armé amorcé en 1914 et poursuivi à travers la paix de Versailles puis la seconde guerre jusqu’en 1945. Ce que Arrighi, Frank, Wallerstein et moi même avons qualifié dés les années 1970 de « guerre de trente ans », terme repris depuis par d’autres.

Par contre la seconde vague de concentration oligopolistique, amorcée dans les années 1970, s’est constituée sur de toutes autres bases, dans le cadre d’un système que j’ai qualifié « d’impérialisme collectif » de la triade ( Etats-Unis, Europe et Japon). Dans cette nouvelle mondialisation impérialiste, la domination des centres ne s’exerce plus par le monopole de la production industrielle (comme c’était le cas jusqu’ici), mais par d’autres moyens (le contrôle des technologies, des marchés financiers, de l’accès aux ressources naturelles de la planète, de l’information et des communications, des armements de destruction massive). Ce système que j’ai qualifié « d’apartheid à l’échelle mondiale » implique la guerre permanente contre les Etats et les peuples des périphéries récalcitrantes, guerre amorcée dès 1990 par le déploiement du contrôle militaire de la planète par le Etats-Unis et leurs alliés subalternes de l’OTAN.

La financiarisation de ce système est indissociable, dans mon analyse, de son caractère oligopolistique affirmé. Il s’agit là d’une relation organique fondamentale. Ce point de vue n’est pas celui qui domine, non seulement dans la littérature volumineuse des économistes conventionnels, mais encore dans la plupart des écrits critiques concernant la crise en cours.

C’est ce système dans son ensemble qui est désormais en difficulté.

Les faits sont déjà là : l’effondrement financier est déjà en passe de produire non pas une « récession » mais une véritable dépression profonde. Mais au-delà, d’autres dimensions de la crise du système ont émergé à la conscience publique avant même l’effondrement financier. On en connait les grands titres – crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques – et de nombreuses analyses de ces aspects des défis contemporains sont produites quotidiennement, dont quelques unes de la plus grande qualité..

Je reste néanmoins critique à l’endroit de ce mode de traitement de la crise systémique du capitalisme, qui isole trop les différentes dimensions du défi. Je redéfinis donc les « crises » diverses comme les facettes du même défi, celui du système de la mondialisation capitaliste contemporaine (libérale ou pas) fondé sur la ponction que la rente impérialiste opère à l’échelle mondiale, au profit de la ploutocratie des oligopoles de l'impérialisme collectif de la triade.

La vraie bataille se livre sur ce terrain décisif entre les oligopoles qui cherchent à produire et reproduire les conditions qui leur permettent de s’approprier la rente impérialiste et toutes leurs victimes – travailleurs de tous les pays du Nord et du Sud, peuples des périphéries dominées condamnées à renoncer à toute perspective de développement digne de ce nom.

Je proposais donc une conceptualisation des formes nouvelles de domination des centres impérialistes fondée sur l’affirmation de modes nouveaux de contrôle se substituant au monopole ancien de l’exclusive industrielle, ce que la montée des pays qualifiés depuis « d’émergents » a confirmé. Je qualifiais la nouvelle mondialisation en construction « d’aparheid à l’échelle mondiale », appelant la gestion militarisée de la planète, perpétuant dans des conditions nouvelles la polarisation indissociable de l’expansion du « capitalisme réellement existant ».

LA SECONDE VAGUE D’ÉMANCIPATION DES PEUPLES: UN «REMAKE» DU XXÈME SIÈCLE OU MIEUX?

Le monde contemporain est gouverné par des oligarchies. Oligarchies financières aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, qui dominent non seulement la vie économique, mais tout autant la politique et la vie quotidienne. Oligarchies russes à leur image que l’Etat russe tente de contrôler. Statocratie en Chine. Autocraties (parfois cachées derrière quelques apparences d’une démocratie électorale « de basse intensité ») inscrites dans ce système mondial ailleurs dans le reste de la planète.

La gestion de la mondialisation contemporaine par ces oligarchies est en crise.

Les oligarchies du Nord comptent bien rester au pouvoir, le temps de la crise passé. Elles ne se sentent pas menacées. Par contre la fragilité des pouvoirs des autocraties du Sud est, elle, bien visible. La mondialisation en place est, de ce fait, fragile. Sera-t-elle remise en question par la révolte du Sud, comme ce fut le cas au siècle passé ? Probable. Mais triste. Car l’humanité ne s’engagera sur la voie du socialisme, seule alternative humaine au chaos, que lorsque les pouvoirs des oligarchies, de leurs alliés et de leurs serviteurs seront mis en déroute à la fois dans les pays du Nord et dans ceux du Sud.

Le capitalisme est « libéral » par nature, si l’on entend par « libéralisme » non pas ce joli qualificatif que le terme inspire, mais l’exercice plein et entier de la domination du capital non pas seulement sur le travail et l’économie, mais sur tous les aspects de la vie sociale. Il n’y a pas « d’économie de marché » (expression vulgaire pour dire capitalisme) sans « société de marché ». Le capital poursuit obstinément cet objectif unique. L’Argent. L’accumulation pour elle-même. Marx, mais après lui d’autres penseurs critiques comme Keynes, l’ont parfaitement compris. Pas nos économistes conventionnels, ceux de gauche inclus.

Ce modèle de domination exclusive et totale du capital avait été imposé avec obstination par les classes dirigeantes tout au long de la longue crise précédente jusqu’en 1945. Seule la triple victoire de la démocratie, du socialisme et de la libération nationale des peuples avait permis, de 1945 à 1980, la substitution à ce modèle permanent de l’idéal capitaliste, de la coexistence conflictuelle des trois modèles sociaux régulés qu’ont été le Welfare State de la social-démocratie à l’Ouest, les socialismes réellement existants à l’Est et les nationalismes populaires au Sud. L’essoufflement puis l’effondrement de ces trois modèles a par la suite rendu possible un retour à la domination exclusive du capital, qualifiée de néo-libérale.

Les désastres sociaux que le déploiement du libéralisme – « l’utopie permanente du capital » ai-je écrit – n’allait pas manquer de provoquer ont inspiré bien des nostalgies du passé récent ou lointain. Mais ces nostalgies ne permettent pas de répondre au défi. Car elles sont le produit d’un appauvrissement de la pensée critique théorique qui s’était progressivement interdit de comprendre les contradictions internes et les limites des systèmes de l’après seconde guerre mondiale, dont les érosions, les dérives et les effondrements sont apparus comme des cataclysmes imprévus.

Néanmoins, dans le vide créé par ces reculs de la pensée théorique critique, une prise de conscience de dimensions nouvelles de la crise systémique de civilisation a trouvé le moyen de se frayer la voie. Je fais référence ici aux écologistes. Mais les Verts, qui ont prétendu se distinguer radicalement et tout également des Bleus (les conservateurs et les libéraux) et des Rouges (les Socialistes) se sont enfermés dans l’impasse, faute d’intégrer la dimension écologique du défi dans une critique radicale du capitalisme.

Tout était en place donc pour assurer le triomphe – passager en fait, mais qui s’est vécu comme « définitif » - de l’alternative dite de la « démocratie libérale ». Une pensée misérable – une véritable non pensée – qui ignore ce que pourtant Marx avait dit de décisif concernant cette démocratie bourgeoise qui ignore que ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés par ces décisions. Ceux qui décident, jouissent de la liberté renforcée par le contrôle de la propriété, sont aujourd’hui les ploutocrates du capitalisme des oligopoles et les Etats qui sont leurs débiteurs. Par la force des choses les travailleurs et les peuples concernés ne sont guère que leurs victimes. Mais de telles billevesées pouvaient paraître crédibles, un court moment, du fait des dérives des systèmes de l’après-guerre, dont la misère des dogmatiques ne parvenait plus à comprendre les origines. La démocratie libérale pouvait alors paraître le « meilleur des systèmes possibles ».

Aujourd’hui les pouvoirs en place, qui eux n’avaient rien prévu, s’emploient à restaurer ce même système. Leur succès éventuel, comme celui des conservateurs des années 1920 – que Keynes dénonçait sans trouver d’écho à l’époque – ne pourra qu’aggraver l’ampleur des contradictions qui sont à l’origine de l’effondrement financier de 2008.

La récente réunion du G20 (Londres, avril 2009) n’amorce en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n’est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l’OTAN, le bras armé de l’impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer.

On savait déjà que les gouvernements de la triade – Etats-Unis, Europe et Japon – poursuivent l’objectif exclusif d’une restauration du système tel qu’il était avant septembre 2008. Plus intéressant est le fait que les leaders des « pays émergents » invités ont gardé le silence. Une seule phrase intelligente a été prononcée au cours de cette journée de grand cirque, par le Président chinois Hu Jintao, qui a fait observer « en passant », sans insister et avec le sourire (narquois ?), qu’il faudra bien finir par envisager la mise en place d’un système financier mondial qui ne soit pas fondé sur le dollar. Quelques rares commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement  - correct – avec les propositions de Keynes en 1945.

Cette « remarque » nous rappelle à la réalité : que la crise du système du capitalisme des oligopoles est indissociable de celle de l’hégémonie des Etats-Unis, à bout de souffle. Mais qui prendra la relève ? Certainement pas « l’Europe » qui n’existe pas en dehors de l’atlantisme et ne nourrit aucune ambition d’indépendance, comme l’assemblée de l’OTAN l’a démontré une fois de plus. La Chine ? Cette « menace », que les médias invoquent à satiété (un nouveau « péril jaune ») sans doute pour légitimer l’alignement atlantiste, est sans fondement. Les dirigeants chinois savent que leur pays n’en a pas les moyens, et ils n’en ont pas la volonté. La stratégie de la Chine se contente d’oeuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats-Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable.

Les chances donc d’un développement possible allant dans ce sens reposent encore intégralement sur les pays du Sud. Et ce n’est pas un hasard si la Cnuced est la seule institution de la famille des Nations Unies qui ait pris des initiatives fort différentes de celles de la commission Stiglitz. Ce n’est pas un hasard si son directeur, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, considéré jusqu’à ce jour comme un parfait libéral, ose proposer dans le rapport de l’organisation intitulé « The Global Economic Crisis », daté de mars 2009, des avancées réalistes s’inscrivant dans la perspective d’un second moment de « l’éveil du Sud ».

La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’OTAN.

L’assemblée de l’OTAN, réunie dans la même foulée en avril 2009, a entériné la décision de Washington, non pas d’amorcer son désengagement militaire, mais au contraire d’en accentuer l’ampleur.

UN NOUVEL INTERNATIONALISME DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES EST NÉCESSAIRE ET POSSIBLE

Le capitalisme historique est tout ce qu’on veut sauf durable. Il n’est qu’une parenthèse brève dans l’histoire. Sa remise en cause fondamentale - que nos penseurs contemporains, dans leur grande majorité, n’imaginent ni « possible » ni même « souhaitable » – est pourtant la condition incontournable de l’émancipation des travailleurs et des peuples dominés (ceux des périphéries, 80 % de l’humanité). Et les deux dimensions du défi sont indissociables. Il n’y aura pas de sortie du capitalisme par le moyen de la seule lutte des peuples du Nord, ou par la seule lutte des peuples dominés du Sud. Il n’y aura de sortie du capitalisme que lorsque, et dans la mesure où, ces deux dimensions du même défi s’articuleront l’une avec l’autre. Il n’est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la planète. Le scénario d’un « remake » possible du XXème siècle restera donc en deçà des exigences d’un engagement de l’humanité sur la longue route de la transition au socialisme mondial. Le désastre libéral impose un renouveau de la critique radicale du capitalisme. Le défi est celui auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique.

La construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant la perspective d'un dépassement du capitalisme.

Dans les pays du Sud le combat des Etats et des nations pour une mondialisation négociée sans hégémonies – forme contemporaine de la déconnexion – soutenu par l'organisation des revendications des classes populaires peut circonscrire et limiter les pouvoirs des oligopoles de la triade impérialiste. Les forces démocratiques dans les pays du Nord doivent soutenir ce combat. Le discours « démocratique » proposé, et accepté par la majorité des gauches telles qu’elles sont, les interventions « humanitaires » conduites en son nom comme les pratiques misérables de « l'aide » écartent de leurs considérations la confrontation réelle avec ce défi.

Dans les pays du Nord les oligopoles sont déjà visiblement des « biens communs » dont la gestion ne peut être confiée aux seuls intérêts particuliers (dont la crise a démontré les résultats catastrophiques). Une gauche authentique doit avoir l'audace d'en envisager la nationalisation, étape première incontournable dans la perspective de leur socialisation par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies en place.

La première vague de luttes pour le socialisme, celle du XXème siècle, a démontré les limites des social-démocraties européennes, des communismes de la troisième internationale et des nationalismes populaires de l'ère de Bandoung, l'essoufflement puis l'effondrement de leurs ambitions socialistes. La seconde vague, celle du XXIème siècle, doit en tirer les leçons. En particulier associer la socialisation de la gestion économique et l'approfondissement de la démocratisation de la société. Il n'y aura pas de socialisme sans démocratie, mais également aucune avancée démocratique hors de la perspective socialiste.

Ces objectifs stratégiques invitent à penser la construction de « convergences dans la diversité » (pour reprendre l'expression retenue par le Forum Mondial des Alternatives) des formes d'organisation et de luttes des classes dominées et exploitées. Et il n'est pas dans mon intention de condamner par avance celles de ces formes qui, à leur manière, renoueraient avec les traditions des social-démocraties, des communismes et des nationalismes populaires, ou s'en écarteraient.

Dans cette perspective il me paraît nécessaire de penser le renouveau d'un marxisme créateur. Marx n’a jamais été aussi utile, nécessaire, pour comprendre et transformer le monde, aujourd’hui autant et même plus encore qu’hier. Etre marxiste dans cet esprit c'est partir de Marx et non s'arrêter à lui, ou à Lenine, ou à Mao, comme l'ont conçu et pratiqué les marxismes historiques du siècle dernier. C'est rendre à Marx ce qui lui revient : l'intelligence d'avoir amorcé une pensée critique moderne, critique de la réalité capitaliste et critique de ses représentations politiques, idéologiques et culturelles. Le marxisme créateur doit poursuivre l'objectif d'enrichir sans hésitation cette pensée critique par excellence. Il ne doit pas craindre d'y intégrer tous les apports de la réflexion, dans tous les domaines, y compris ceux de ces apports qui ont été considérés, à tort, comme « étrangers » par les dogmatiques des marxismes historiques du passé.

Note

Les thèses présentées dans cet article ont été développées par l'auteur dans son ouvrage sur la crise, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).

Samir Amin Samir Amin dirige le Forum Tiers Monde : http://www.forumtiersmonde.net/fren/index.php

06:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : economie, capitalisme, marx, socialisme, crises, keynes |  Facebook |

01/11/2009

L'histoire des Cinq Cubains telle qu’on ne vous l’a jamais racontée

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Ricardo ALARCÓN DE QUESADA

I. Les héros interdits

« Dans ce pays-ci, mets-toi ça dans la tête, tu dois courir aussi vite que tu peux pour rester à la même place »

Lewis Carroll
Alice au pays dess merveilles

Vous souvenez-vous d’Elián ?

L’affaire Elián González, un garçon de six ans, retenu par la force par des inconnus contre la volonté de son père, dans un défi ouvert à la loi US et à la décence, avait été largement rapportée par les médias dans le monde entier. Miami, le lieu de la séquestration, s’était transformée en une sorte de ville sécessionniste US, lorsque le maire, le chef de la police, les politiques, tous les quotidiens et les commentateurs de radios et de télévisions, de concert avec les institutions religieuses et patronales, s’étaient unis avec certains groupes violents des plus notoires obéissant aux ordres des groupes terroristes et violents pour s’opposer à l’ordre des tribunaux et du gouvernement de libérer le garçon.

Il avait fallu envoyer une équipe des forces spéciales de Washington DC, pour lancer une opération secrète et rapide afin d’occuper plusieurs maisons, désarmer les individus qui étaient fortement armés et cachés dans le quartier, sauver le garçon et restaurer la loi. Tout le monde avait suivi l’information. Jour après jour.

Mais presque personne ne savait, qu’au même moment, exactement au même endroit – à Miami- cinq autres jeunes Cubains avaient été arbitrairement privés de leur liberté et subissaient une grande injustice.

Gerardo Hernández, Ramón Labañino, Antonio Guerrero, Fernando González et René González avaient été arrêtés très tôt le matin du samedi 12 septembre 1998, et emprisonnés pour 17 mois, seuls, dans des cellules punitives. Depuis le début de l’instruction jusqu’au jugement, le principal chef d’accusation qu’avaient retenus les procureurs et le juge, était que les cinq jeunes Cubains avaient infiltré, pacifiquement et sans armes les groupes terroristes anti-Cubains dans le but d’informer Cuba sur leurs plans criminels.

Avec ce genre d’accusation, était-il concevable que qu’un quelconque révolutionnaire cubain puisse obtenir un jugement objectif à Miami ? Cela aurait-il été possible pendant la séquestration d’Elián, dans l’ambiance de violence, de haine et de peur qui régnait ?

Pour les services du Procureur, c’était parfaitement possible. Selon ses termes, « Miami est une communauté très grande, diverse et hétérogène » capable de traiter n’importe quel sujet sensible, y compris ceux qui impliquent la révolution cubaine. C’est cette phrase que les procueurs ont répété pour rejeter plus de dix motions présentées par les avocats de la défense demandant de délocaliser le procès.

Le même gouvernement qui avait été obligé de traiter Miami comme une sorte de ville rebelle et d’envoyer secrètement des forces pour restaurer la légalité, a menti plusieurs fois sur la question du lieu du procès en refusant aux prévenus le droit que les Usaméricains respectent tant, il a rejeté la requête de délocalisation du procès vers la ville voisine de Fort Lauderdale, située à une demi-heure de Miami. Ironiquement, quelques années après, en 2002, quand le gouvernement avait été poursuivi au civil pour une affaire administratif de moindre importance, résolue par la suite par un accord hors du tribunal, et liée indirectement au cas d’Elián, le gouvernement demanda un changement de lieu vers Fort Lauderdale, en affirmant qu’à Miami, il était impossible de juger avec objectivité une quelconque affaire en relation avec Cuba (Ramírez vs. Ashcroft, 01-4835 Civ-Huck, 25 juin 2002).

Cette contradiction flagrante, qui est la preuve claire d’un mauvais comportement du tribunal, d’un réel abus , a été l’un des facteurs principaux sur lesquels a été fondée la décision unanime de la Cour d’Appel, en 2005, pour annuler les condamnations des Cinq et décider un nouveau jugement (Court of Appeals for the Eleventh Circuit, No. 01-17176, 03-11087).

Cette décision historique fut ensuite infirmée par la majorité du tribunal sous la pression du Procureur Général (ministre fédéral de la Justice) Alberto Gonzales dans une action contraire à ce que supposerait la pratique courante du droit aux USA. Le succès de cette manœuvre de M. Gonzales, démonstration de sa philosophie juridique particulière, rendit impossible une résolution juste de cette affaire qui aurait honoré les USA.

La décision de la cour, un document solide de 93 pages qui décrivait des faits irréfutables de la guerre terroriste menée depuis un demi-siècle contre Cuba, reste un document extraordinaire l’histoire US et qui restera un texte que les professeurs et les étudiants en droit analyseront avec respect.

Mais ceci est un autre chapitre dans la longue saga des Cinq.

Quant à Elián González, il est sur le point d’achever son lycée et continue d’attirer l’attention des médias étrangers et des visiteurs qui se rendent à Cárdenas, le joli village dans lequel il vit. Lorsqu’ils se endent à la maison d’Elián, ils sont surpris par des affiches qui réclament la liberté des Cinq jeunes dont les visiteurs n’avaient certainement pas entendu parler jusqu’alors.

Commentaire de Leonard Weinglass:
« Le procès a été tenu secret par les médias US. Il est inconcevable que le procès le plus long des USA jusqu’au jour de son verdict, n’ait été couvert que par la presse locale de Miami, alors que notamment des généraux, un amiral ainsi qu’un conseiller de la Maison Blanche avaient été appelés à témoigner par la défense. Où étaient alors les médias US pendant ces six mois ? Non seulement ce procès avait été le plus long, mais il traitait une affaire qui impliquait des questions importantes de politique étrangère et de terrorisme international. C’est aux médias US qu’il faut poser la question, car ils continuent à refuser de couvrir un cas dans lequel il y a eu tant de violations de droits fondamentaux, et y compris des violations des droits humains des prisonniers. » (Réponse de Leonard Weinglass, au Forum organisé par http://www.antiterroristas.cu , le 12 septembre 2003).

Ce qui a sauvé Elián c’est le fait que les Usaméricains étaient a courant de son cas et qu’ils s’étaient impliqués pour que la justice triomphe. Les Cinq sont toujours emprisonnés – cela fera 11 ans en septembre prochain – victimes d’une terrible injustice, car on ne permet pas aux Usaméricains d’en prendre connaissance. Les Cinq sont punis cruellement parce qu’ils ont combattu le terrorisme. Ils sont des héros, mais des héros interdits.


II. La justice aux Pays des merveilles

« La sentence d’abord… le verdict ensuite! »


Lewis Caroll
Alice au pays des merveilles

Une fois écartée la question de la délocalisation du procès, le résultat du procès des Cinq était déjà prédéterminé. Il suivait strictement la prophétie de la Reine.

Les médias US ont joué un rôle très important dans deux directions. En dehors de Miami c’était un silence total ; comme l’avocat Leonard Weinglass l’a très habilement décrit, leur rôle contrastait avec celui qu’ils avaient joué dans le Comté de Dade, offrant tous deux, les médias et la cour, offrant un show impressionnant de discipline.

Les médias locaux ne se sont pas contentés de couvrir intensivement l’affaire , mais ils y sont également intervenus, comme s’ils avaient fait partie de l’accusation. Les Cinq avaient été condamnés par les médias avant même d’être accusés.

Le samedi 12 septembre 1998, très tôt le matin, tous les médias de Miami diffusaient sans discontinuer des flashes sur la capture de « terrifiants » agents cubains, « prêts à détruire les USA » (c’était la phrase que le Procureur adorait et qu’il a répété maintes et maintes fois durant tout le procès). Ce matin-là, le titre de Une fut : « Des espions parmi nous ». Simultanément, et fort à propos, le chef du FBI à Miami recontrait Lincoln Díaz Balart et Ileana Ros-Lehtinen, les représentants de la vieille garde de Batista au Congrès.

Une campagne de propagande sans précédent fut lancée contre cinq individus qui ne pouvaient pas se défendre, car ils étaient totalement isolés du monde extérieur, jour et nuit, pendant un an et demi, dans ce qu’on appelle dans l’argot de la prison « le trou ».

Un cirque médiatique a entouré les Cinq depuis leur arrestation jusqu’à aujourd’hui. Mais seulement à Miami. Sur le reste du territoire des USA, c’est le silence radio sur leur dure situation. Le reste du pays n’est pas très au courant de cette affaire, et on le maintient dans l’ignorance, comme si tout le monde acceptait l’idée que Miami – cette « communauté très diverse et extrêmement hétérogène », selon la description du Procureur – appartiendrait effectivement à une autre planète.

Cela aurait pu être une proposition raisonnable, si quelques faits honteux n’avaient pas récemment été découverts. Certaines personnes des médias impliquées dans la campagne à Miami – « journalistes » et autres – avaient été payées par le gouvernement US, elles figuraient sur leurs listes de personnel en tant qu’employés dans la machine de propagande anti-cubaine à la radio et la télévision, une campagne qui a coûté plusieurs centaines de millions de dollars aux contribuables usaméricains.

De fait, les Usaméricains se sont vus obligés d’être très généreux, sans le savoir. Il y a une longue liste de « journalistes » de Miami qui ont couvert l’intégralité du procès des Cinq, tout en recevant des chèques fédéraux bien juteux (pour en savoir plus sur le « travail » de ces « journalistes », consulter le site web http://www.freethefive.org).

En 2005, La décision de la Cour d’Appel a offert également un bon résumé de la campagne propagandiste, avant et durant le procès. C’est une des raisons pour lesquelles la Cour avait été amenée à « invalider les sentences et ordonner un nouveau jugement ». Miami n’était pas un lieu pour rendre la justice. Comme les juges l’avaient dit « les preuves présentées [devant le Tribunal de Miami] pour appuyer les requêtes de délocalisation étaient massives » (Court of Appeals for the Eleventh Circuit, No. 01-17176, 03-11087).

Clarifions un point. Nous ne parlons pas ici de journalistes, au sens où les Usaméricains en dehors de Miami peuvent l’entendre. Nous nous référons aux « journalistes » de Miami, c’est une chose très différente.

Leur rôle n’était pas de publier des informations, mais plutôt de créer un climat qui assure les condamnations. Ils ont même appelé à des manifestations publiques à l’extérieur des bureaux dans lesquels se réunissait la défense et ont harcelé les membres potentiels du jury pendant la phase précédant le procès. Le tribunal lui-même a exprimé sa préoccupation face la «quantité formidable de demande sà connaître les d’avance les questions qui seraient posées aux candidats-jurés, apparemment afin d’informer les auditeurs et téléspectateurs, et parmi eux les personnes sélectionnées comme candidats, sur les questions que leur poserait le tribunal. »

Nous parlons d’un groupe d’individus qui ont harcelé les jurés, en les poursuivant dans la rue, caméra au poing, filmant leurs plaques d’immatriculation et les montrant à la télévision; Ils les poursuivaient jusqu’à l’intérieur du Palais de Justice, jusque devant la porte de la salle des jurés, et cela durant les sept mois de procédures préliminaires du procès procès, du premier au dernier jour.

Plus d’une fois la juge Leonard a protesté et supplié le gouvernement d’arrêter une mascarade si déplorable. Elle l’avait réclamé du début à la fin du procès et à plusieurs occasions. Elle n’a jamais été entendue (Official transcripts of the trial, p. 22, 23, 111, 112, 625, 14644-14646).

Le gouvernement n’était pas intéressé par la tenue d’un procès juste. Au cours du processus de sélection du juré, le Procureur était avide d’exclure la majorité des membres afro-usaméricains, tout comme il avait exclu les trois individus qui n’avaient pas montré de forts sentiments anticastristes.

À cette date Elián González avait été récupéré, et il occupait toujours l’esprit des jurés. Comme le dit l’un d’eux pendant la procédure de sélection : «Je serais préoccupé par les réactions qu’il pourrait y avoir…je ne veux pas que des émeutes éclatent ou des trucs du genre de ce qui s’est passé dans l’affaire Elián ». Ou bien un autre, je cite : «Pour vous dire la vérité…je deviendrais une vrai loque nerveuse, j’aurais peur pour ma propre sécurité si je ne revenais pas avec un verdict favorable à la communauté cubaine [de Miami] ».

C’est dans cette atmosphère de peur qu’avait débuté le plus long procès à ce jour dans l’histoire des USA, ce procès que les grands médias avaient « choisi » d’ignorer.

Source : Counterpunch Forbidden Heroes & Justice in Wonderland”
Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice
Article original publié les 11 et 12/8/2009

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05:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans manipulation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuba, socialisme, prisonniers, sequestration_arbitraire, cubains |  Facebook |

29/10/2009

Cuba : Ce que les médias ne vous diront jamais

(Extrait du site de Michel Collon)

 

Salim Lamrani    

couverture_salim_lamrani0001-2f0feA l'occasion de la sortie de son cinquième ouvrage, voici une interview exclusive de Salim Lamrani  pour Cuba Sí France suivie d'un chapitre du livre intitulé: "Les mercenaires de la Maison-Blanche".



Cuba Sí : Vous venez de publier un nouveau livre. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Salim Lamrani : Ce livre traite de la désinformation médiatique en Occident au sujet de Cuba et illustre le gouffre énorme qui existe entre la représentation faite de Cuba par notre presse et la réalité de ce pays. Cet ouvrage permet également de questionner le rôle des médias : sont-ils chargés de fournir une information fiable et objective aux citoyens ou bien s’évertuent-ils à défendre l’ordre politique, économique et social établi ?

Cuba Sí : Quels en sont les principales problématiques ?


Salim Lamrani : Il en a plusieurs mais j’évoque surtout celles que les médias occidentaux traitent en général, à savoir la question des droits de l’homme, l’opposition cubaine, l’émigration, et le futur de Cuba.
 
Cuba Sí : Votre ouvrage comporte un prologue de Nelson Mandela.
 
Salim Lamrani : Nelson Mandela est un personnage extraordinaire qui est une source d’inspiration pour tous ceux qui luttent contre l’injustice et en faveur d’un monde meilleur. Il m’a fait l’immense honneur de lier sa plume à mon livre et j’ai à son égard une dette de gratitude infinie.

 


 

Extrait du chapitre 4: "les mercenaires de la Maison Blanche"


La dissidence cubaine jouit d’une couverture médiatique exceptionnelle en Occident, largement disproportionnée par rapport à sa taille et son influence. Aucune opposition latino-américaine n’est autant choyée par les transnationales de l’information. D’après la presse, elle serait sauvagement réprimée par les autorités cubaines et ne disposerait d’aucun espace d’expression. Pourtant, il ne se passe pas une semaine sans que les médias occidentaux ne publient des interviews de ces fameux opposants censés être muselés par le « régime castriste ». Sont-ils représentatifs de la société cubaine ? Sont-ils indépendants de toute influence étrangère ?


1. Les « opposants »


L’opposition cubaine dispose d’un statut particulier. D’une part, elle est extrêmement prisée par la presse occidentale. En effet, aucun groupe d’opposants en Amérique latine, hormis peut-être l’opposition vénézuélienne, ne bénéficie d’une telle aura médiatique. D’autre part, elle reçoit des financements colossaux de la part des Etats-Unis, dont les médias ne disent mot, et jouit d’une liberté d’agir qui scandaliserait les procureurs du monde entier.

Le 21 juin 2007, la Chambre des Représentants étasunienne a décidé de voter le budget de 45,7 millions de dollars pour l’année 2007-2008, présenté par le président Bush, à destination des dissidents cubains. Ainsi, 254 congressistes, dont 66 démocrates, ont approuvé la stratégie de la Maison-Blanche destinée à renverser le gouvernement cubain. Le législateur de Floride, Lincoln Díaz-Balart, descendant direct de l’ancien dictateur Fulgencio Batista, s’est réjoui de cette aide. « Cette victoire constitue un soutien pour l’opposition politique interne » cubaine, a-t-il souligné. « L’aide aux opposants n’est pas symbolique mais concrète », a-t-il ajouté. Il a également rendue publique une lettre de certains éminents dissidents cubains qui affirment que l’aide étasunienne « est un élément vital pour la survie des militants (1) ».

Pour l’année 2007-2008, la Chambre a également alloué une somme de 33,5 millions de dollars (6 millions de plus qu’en 2006) à Radio et TV Martí. Ces deux médias étasuniens diffusent illégalement des émissions subversives en direction de Cuba dans le but d’inciter la population à renverser l’ordre établi (2).

Ce même jour, le 21 juin 2007, le chef de la diplomatie étasunienne à La Havane, Michael Parmly, a reçu en grande pompe les célébrissimes dissidents René Gómez Manzano, Félix Bonne, Martha Beatriz Roque et Vladimiro Roca dans sa somptueuse résidence personnelle. Ces derniers étaient venus remercier leur précieux mécène pour sa générosité (3) .

Les médias occidentaux, pourtant si prolixes à l’égard de Cuba, sont restés étrangement silencieux sur ces deux évènements. Les raisons en sont relativement simples. Les personnages qu’ils s’évertuent à présenter depuis des années comme de valeureux militants à la recherche de la démocratie ne sont en réalité que de vulgaires mercenaires qui se vendent au plus offrant. Le mot mercenaire n’est pas un terme hors de propos ou exagéré. Selon le Littré, il s’agit de tout individu « qui travaille pour de l’argent, à qui l'on fait faire tout ce qu'on veut pour de l'argent (4)». Manzano, Bonne, Roque et Roca entrent pleinement dans cette définition.

Pourtant, il n’y a rien de nouveau à tout cela. Depuis des décennies, les Etats-Unis tentent par tous les moyens de fabriquer et de diriger une opposition interne à Cuba, afin de mettre un terme au processus révolutionnaire cubain. Les archives étasuniennes sont éloquentes à cet égard. Par ailleurs, de nombreux documents étasuniens, officiels et publics, attestent de cette réalité qu’aucun journaliste ou analyste politique digne de ce nom ne peut ignorer. La loi Torricelli de 1992, et plus particulièrement l’article 1705, stipule que « les Etats-Unis fourniront une assistance, à des organisations non gouvernementales appropriées, pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba (5) ». La loi Helms-Burton de 1996 prévoit, à l’article 109, que « le Président [des Etats-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba (6) ».

Le premier rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre, adopté le 6 mai 2004, envisage la mise en place d’un « solide programme de soutien favorisant la société civile cubaine ». Parmi les mesures préconisées, un financement à hauteur de 36 millions de dollars est destiné au « soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante (7) ». Le second rapport de la même Commission, rendu public le 10 juillet 2006, prévoit également un budget de 31 millions de dollars pour financer davantage l’opposition interne (8).

En 2003, la justice cubaine avait condamné 75 personnes stipendiées par les Etats-Unis, suscitant une réprobation médiatique internationale. Dans n’importe quel autre pays du monde, des individus tels que Manzano, Bonne, Roque et Roque se trouveraient actuellement derrière les barreaux (9). Ricardo Alarcón, président de l’Assemblée nationale cubaine a averti les membres de la « dissidence » du fait que ceux qui conspireraient avec Washington et accepteraient ses émoluments devront en « payer les conséquences (10)».

« Tant que cette politique existera, il y aura des personnes qui se trouveront impliquées […]. Elles conspireront avec les Nord-américains [et] accepteront l’argent. Cela est un délit selon les lois cubaines. Je ne connais aucun pays qui ne classe pas une telle activité comme un délit », a souligné Alarcón. « Imaginez que quelqu’un aux Etats-Unis soit soutenu, entraîné, équipé et conseillé par un gouvernement étranger. Cela est un délit en soi. C’est un délit très grave aux Etats-Unis et cela peut coûter de nombreuses années en prison, beaucoup plus que ce que l’on peut risquer ici à Cuba », a-t-il conclu (11).

Il en est de même en France comme le stipule l’article 411-4 du code pénal et une affaire survenue en 2004 illustre éloquemment cette réalité. Le 28 décembre 2004, les autorités françaises ont procédé à l’arrestation de Philippe Brett et Philippe Evanno, deux collaborateurs de M. Julia. Ils avaient été à l’origine d’une tentative infructueuse destinée à libérer les deux otages français en Irak, Christian Chesnot et Georges Malbrunot en septembre 2004. Ces deux personnes ont été mises en examen pour « intelligence avec une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Ils ont été présentés aux juges antiterroristes Jean-Louis Bruguière et Marie-Antoinette Houyvet, qui s’occupent des affaires ayant trait à la sûreté de l’Etat. Ils ont été accusés d’avoir pris contact avec la résistance iraquienne et d’avoir reçu une assistance logistique de la Côte-d’Ivoire. Brett et Evanno étaient passibles de dix ans de réclusion criminelle et de 150 000 euros d’amende. M. Julia a échappé à la justice grâce à son immunité parlementaire. La gravité des charges retenues contre eux n’a suscité aucun émoi au sein de la presse occidentale (12).

Le rapport de 2006 prévoit également 24 millions de dollars additionnels pour Radio et TV Martí, afin d’amplifier les transmissions de programmes subversifs vers Cuba, en violation de la législation internationale. Les membres de la « dissidence » cubaine disposent d’une partie de cette somme pour acquérir et distribuer des équipements radiophoniques et télévisuels permettant de capter les programmes émis depuis les Etats-Unis. D’autres pays sont invités à transmettre des émissions subversives vers Cuba. Le rapport prévoit également « d’entraîner et d’équiper des journalistes indépendants de la presse écrite, radiophonique et télévisuelle à Cuba (13)».

La presse occidentale, qui a censuré cette réalité, avait stigmatisé l’action des autorités cubaines, en dénonçant les sanctions prises à l’encontre de « militants pacifiques et de journalistes indépendants ». Selon elle, les inculpés auraient été châtiés pour avoir ouvertement exprimé leur désaccord avec la ligne officielle et avoir publié des articles diffamatoires dans la presse d’extrême droite de Miami (14).

Il sied de s’arrêter un instant sur ces accusations. Les deux « dissidents » cubains qui disposent de l’influence médiatique la plus importante au niveau international, qui lancent les invectives les plus acerbes contre la Révolution cubaine et qui jouissent de la bienveillance la plus soutenue auprès des extrémistes d’origine cubaine de Miami sont Oswaldo Payá et Elizardo Sánchez (15). Face à eux, Raúl Rivero passe pour un opposant relativement modéré et frileux (16). Or ce dernier avait été condamné à une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Payá et Sánchez n’ont eu aucun ennui avec la justice, alors que leurs écrits politiques sont beaucoup plus virulents que ceux de Rivero. L’explication est assez simple: Payá et Sánchez ont, jusqu’à présent, toujours refusé le financement généreusement offert par Washington, tandis que Rivero a commis l’erreur de profiter des largesses financières de l’administration Bush. C’est cela qui a été condamné, et non la production littéraire ou politique supposément hétérodoxe.

Intégrer l’univers de la « dissidence » est un juteux commerce. Les avantages économiques de cette profession sont conséquents et attisent la convoitise d’individus peu scrupuleux. Les 75 personnes condamnées n’exerçaient aucun métier et vivaient des émoluments offerts par les autorités étasuniennes, en échange des tâches réalisées. Les appointements considérables pour le niveau de vie de la société cubaine ont conduit certains personnages à amasser de petites fortunes personnelles, s’élevant jusqu’à 16 000 dollars en liquide, alors que le salaire moyen oscille entre quinze et vingt dollars par mois (17). Ils menaient ainsi un train de vie largement supérieur à celui des Cubains, et profitaient également des incomparables privilèges que procure le système social cubain.

Pour évaluer précisément l’importance d’une telle somme, il convient de appeler la valeur du dollar à Cuba. Pour l’équivalent d’un dollar, un Cubain peut s’offrir au choix : cent quatre litres de lait, quarante-cinq kilos de riz, vingt-six tickets pour des matchs de base-ball, entre cinq et vingt-six places de théâtre ou de cinéma, 5200 kilowatts d’électricité ou cinq cours d’anglais télévisés de cent soixante heures chacun. Tous les autres aliments de première nécessité (pain, haricots, huile.) sont dans le même ordre de prix. A cela s’ajoute la gratuité des services d’éducation et de santé. Etant donné que 85% des citoyens cubains sont propriétaires de leur logement, ils ne payent aucun loyer. De plus, l’impôt n’existe pas à Cuba. Autre fait unique au monde : les médicaments achetés dans les pharmacies coûtent deux fois moins cher que ce qu’ils valaient il y a cinquante ans (18). Tout cela est possible grâce aux subventions octroyées annuellement par l’Etat cubain, tant vilipendé par les mêmes « dissidents » qui ne manquent pas de profiter des conditions de vie avantageuses qu’offre la société cubaine.

Suite à l’intervention diplomatique de l’Espagne, plusieurs personnes incarcérées depuis mars 2003, dont Raúl Rivero, ont été libérées fin novembre 2004 pour des raisons humanitaires (19). Il convient de souligner que Rivero a profité d’une médiatisation internationale uniquement parce qu’il était, avec Oscar Elias Biscet, le seul individu écroué sur les 75 à avoir réellement exercé le métier de journaliste. Son cas est intéressant dans la mesure où il jette une lumière sur l’ampleur de la campagne de désinformation lancée contre Cuba. Dans une interview accordée à Reporters sans frontières, Blanca Reyes, femme de Rivero, affirmait que celui-ci se trouvait dans des « conditions de détention infrahumaines et inacceptables ». Elle ajoutait par la même occasion qu’il avait perdu quarante livres (19,5 kilos). « [Il] a faim. Je veux que l’on sache [que] Raúl Rivero souffre de la faim », déplorait-elle dans un élan mélodramatique de circonstances (20). Cette information avait été reprise en grande pompe par l’ensemble de la presse internationale.

Or, lors de sa sortie de prison, Rivero est apparu en excellente santé, avec un embonpoint notable, comme l’illustres les photos prises par la presse et comme n’ont cessé de le clamer les autorités cubaines (21). Alors que Washington et ses relais dénonçaient avec une remarquable répercussion médiatique les « effroyables conditions de vie » des prisonniers, Rivero lui-même avoua avoir eu un accès sans restrictions à la lecture et avoir dévoré avec avidité le dernier roman de l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, Historias de mis putas tristes, ouvrage difficile à trouver dans les librairies françaises à l’époque (22). Rivero n’a pas vécu dans un hôtel quatre étoiles, certes, mais pas dans un « goulag tropical » non plus comme les âmes bienséantes se plaisent à qualifier les prisons cubaines, comme si les pénitenciers du reste du monde étaient des lieux de villégiature (23).

Sans doute, les prisons d’Abu Ghraïb en Irak, où la torture de prisonniers de guerre a été institutionnalisée par Washington, sont-elles plus confortables. Que dire des geôles de Guantanamo, zone de non droit où la torture appliquée aux détenus est telle que de nombreuses tentatives de suicide ont eu lieu chez des personnes très pieuses pour qui le fait de mettre un terme à ses jours constitue le pire des pêchés (24) ? Dans tous les cas, très peu de réclusionnaires peuvent se vanter d’avoir eu accès au dernier roman de García Márquez, avant même certaines librairies européennes spécialisées.

Mais cela n’est guère nouveau. En effet, la transformation de criminels en « dissidents » ne date pas d’aujourd’hui. L’histoire d’Armando Valladares, le « poète paralytique condamné pour délit d’opinion », selon la propagande de Washington, est riche d’enseignements. Arrêté en 1960 pour terrorisme, cet ancien officier de police de la dictature de Batista reçut le soutien d’une grande campagne internationale lancée par l’extrême droite cubaine de Floride au début des années 80. Après des tractations effectuées par le gouvernement français de François Mitterrand, sous l’égide de Régis Debray, le prisonnier fut libéré et perdit, par la même occasion, ses talents de poètes et son hémiplégie. Par contre, il conserva soigneusement ses aptitudes de comédien et, ayant obtenu la nationalité étasunienne, il s’engagea auprès du gouvernement de Ronald Reagan, devenant ambassadeur auprès des Nations unies. Dépité, Régis Debray avait écrit dans son livre Les Masques : « L’homme n’était pas poète, le poète n’était pas paralytique, et le Cubain est aujourd’hui américain (25) ».

Luis Ortega Sierra est un journaliste cubain qui s’est exilé aux Etats-Unis en 1959, au triomphe de la Révolution. C’est un farouche adversaire du gouvernement de La Havane comme l’illustrent ses écrits. Il était lié à l’ancien dictateur cubain Fulgencio Batista qui finançait ses activités. Dans une lettre du 22 septembre 1961 à l’ancien homme fort de Cuba, Ortega avait exprimé sa « sympathie » et son « admiration » à son égard (26).

A propos des opposants cubains, Ortega déclare la chose suivante :

Les dissidents à Cuba sont des gens sans importance politique et tout le monde partage cet avis, même ceux qui vivent à leurs dépens. Ce sont des marionnettes de la mafia de Miami. Ils sont au service de la Section d’Intérêts des Etats-Unis qui les balade d’un endroit à un autre […].
Ce sont des gens qui reçoivent un salaire et une orientation idéologique du gouvernement américain. Cela n’est un secret pour personne. C’est le gouvernement nord-américain qui leur octroie de l’argent pour financer les activités de ces messieurs dans l’île. Penser que cet élément puisse représenter un mouvement puissant d’opposition au gouvernement est une bêtise (27).

Si l’Iran ou la Chine finançaient des opposants aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en France, ces derniers tomberaient immédiatement sous le coup de la loi. Si les médias occidentaux étaient intellectuellement libres, ils n’utiliseraient qu’un seul terme pour se référer à ceux qui se présentent comme des opposants au gouvernement cubain : mercenaires.

Notes

(1) Wilfredo Cancio Isla, « La Cámara da sólido apoyo a la democracia en Cuba », El Nuevo Herald, 22 juin 2007.

(2) Ibid.

(3) Andrea Rodriguez, « Disidentes cubanos usan casa de diplomático de EEUU », The Associated Press, 21 juin 2007.

(4) Le Littré, V. 1.3.

(5) Cuban Democracy Act, Titre XVII, Section 1705, 1992.

(6) Helms-Burton Act, Titre I, Section 109, 1996.

(7) Colin L. Powell, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, mai 2004). www.state.gov/documents/organization/32334.pdf (site consulté le 7 mai 2004), pp. 16, 22.

 

(8)Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 20.

(9) Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006).

(10)BBC, « Cuba Warns Dissidents Over US Aid », 12 juillet 2006.

(11)Ibid.

(12)Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis, op. cit.

(13)Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, (Washington : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 22.

(14)Reporters sans frontières, « Un an après l’arrestation de 75 dissidents, Reporters sans frontières mobilise l’Europe contre la répression à Cuba », 18 mars 2004. www.rsf.org/article.php3?id_article=9547 (site consulté le 20 mars 2004).

(15)Oswaldo Paya, « Mensaje de Oswaldo Paya Sardiñas a Vaclav Havel, Presidente de la República checa en su visita a la ciudad de Miami, Florida », 23 septembre 2002. www.pdc-cuba.org/paya_havel.htm (site consulté le 25 septembre 2004) ; El Nuevo Herald, « Piden a Europa más firmeza contra el régimen », 7 octobre 2004. www.miami.com/mld/elnuevo/news/world/cuba/9853178.htm (site consulté le 8 octobre 2004).

(16)Raúl Rivero, « El cartel del queso blanco », Luz Cubana, Janvier/Février 2003, n°1 : 9-10.

(17)Felipe Pérez Roque, « Conferencia a la prensa nacional y extranjera », MINREX, 25 mars 2004 : 5-7.

(18) Gouvernement révolutionnaire de Cuba, « Documents », 18 avril 2003. www.cuba.cu/gobierno/documentos/2003/fra/n180403f.html (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(19) Andrea Rodríguez, « En libertad el poeta y disidente cubano Raúl Rivero », El Nuevo Herald, 30 novembre 2004. www.miami.com/mld/elnuevo/news/world/cuba/10303056.htm (site consulté le 1 décembre 2004).

 

(20) Reporters sans frontières, « La mujer del periodista encarcelado Raúl Rivero denuncia unas condiciones de detención ‘inaceptables’ », 5 août 2003. www.rsf.org/imprimir.php3?id_article=7698 (site consulté le 17 décembre 2004).

 

(21) Nancy San Martin, « Cubans Tell Rivero to Consider Leaving », The Miami Herald, 1 décembre 2004. www.miami.com/mld/miamiherald/10308130.htm?1c (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(22) Nancy San Martin, « Cubans Tell Rivero to Consider Leaving », The Miami Herald, 1 décembre 2004. www.miami.com/mld/miamiherald/10308130.htm?1c (site consulté le 2 décembre 2004).

 

(23) Olivier Languepin, « Dans les prisons de Castro », Le Monde, 31 décembre 2004.

(24) Robert Scheer, « A Devil’s Island for Our Times », Los Angeles Times, 28 décembre 2004.

(25) Gianni Miná, Un Encuentro con Fidel (La Havane : Oficina de Publicaciones del Consejo de Estado, 1987), pp. 43-60 ; Jean-Marc Pillas, Nos Agents à La Havane. Comment les Cubains ont ridiculisé la CIA (Paris : Albin Michel, 1995), pp. 145-51.

(26) Ivette Leyva Martínez, « Despierta singular interés vida y obra de Batista », El Nuevo Herald, 3 mai 2008.

(27) Luis Ortega Sierra, « Fidel rebasó la historia », in Luis Báez, Los que se fueron (La Havane : Casa Editora Abril, 2008), p. 221.

23:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuba, socialisme, mediamensonges |  Facebook |

28/10/2009

Egoïsme et solidarité - Une histoire pour illustrer les antagonismes


"L'homme est égoïste! Il en veut toujours plus pour lui! L'homme est naturellement contre le partage… C'est pour ça que le communisme ne peut marcher!" Voilà ce que j'ai déjà souvent entendu autour de moi. De cette question est née une petite histoire…

Benjamin Pestieau | 30 mars 2007


Pierre et Jacques - deux égoïstes aux destinées différentes…

Par une belle journée ensoleillée, le jour se lève sur la ville Méson-En-Veupluce. Il est 6h00, Pierre et Jacques se réveillent. Pierre habite dans une maison de rangée et Jacques dans une superbe villa. Pierre est ouvrier dans l'usine Onsue. Jacques est patron de la même usine.

Ce matin-là il fait chaud dans la maison de Pierre, très chaud. L'été est particulièrement sec. Pierre voudrait améliorer l’isolation de sa maison pour y garder la fraîcheur. Il voudrait aussi installer une piscine dans son jardin pour que ses enfants puissent profiter des vacances. La voiture de Pierre devient également vieille, surtout que ses enfants ont grandit et qu'il n'est plus possible de partir camper avec la famille dans sa petite Clio 3 portes. L’aîné des enfants doit faire des travaux pour l’école. Tous les jours c’est la même rengaine : «Papa, c’est quand que tu m’achètes un ordinateur? C’est pour l’école je te jure.»

Pierre est également passionné de photo. Il est secrétaire du club de photo de sa commune. La lumière de l'été est particulièrement propice pour qu'il développe tout son talent derrière l'objectif. Récemment, il a vu le dernier réflexe numérique de chez Canon. Un bijou. Accessible financièrement mais pas pour cette année car Pierre doit également profiter de l’été pour réparer le toit de sa maison. Une priorité avant que l'automne et ses pluies abondantes n’arrivent…

"Ah, si je pouvais avoir une augmentation salariale! Ca m'aiderait à répondre à mes besoins. En plus ce serait bien légitime, l'usine a fait des milliards de bénéfices cette année. C'est sûr, dès que j'arrive à l'usine, je vais chez mon patron… Jacques, lui demander une augmentation. Il est sympa Jacques."

Jacques lui ce matin, n'a pas beaucoup dormi. Il a sabré le champagne la veille avec les actionnaires et les cadres supérieurs de la société. Les résultats semestriels sont excellents! Le manque de sommeil ne l'atteint pas tellement, les résultats financiers l'enthousiasment. En effet, grâce à ceux-ci, il recevra une prime alléchante exceptionnelle de 250.000 euros qui lui permettra d'acheter une Ferrari GT. Jacques s'est découvert une nouvelle passion pour la marque au cheval cabré en rencontrant Michaël Schumacher dans les paddocks du grand prix de Francorchamp 2005. Il avait reçu une place VIP parce que les usines Onsue sponsorisaient le Grand Prix.

Ce n'est pas tout, grâce à ces résultats, de belles perspectives de croissance s'ouvre à Onsue. D'un côté, l'entreprise pourra racheter les usines Onap-Erdu. Celles-ci n'ont pas été assez productives et les prix qu'elles pratiquaient sur le marché étaient bien trop hauts. Pas ce problème chez Onsue, grâce au dernier plan de restructuration, ils ont gagné 20% sur la masse salariale et écrasé la concurrence des usines Onap-Erdu. En plus, les beaux résultats actuels permettent à Onsue d'acheter de nouvelles machines qui permettront d'accélérer la chaîne de production…

Arrêtons-nous sur la situation...


- Pierre en veut plus pour lui. Pierre est ouvrier
- Jacques en veut plus pour lui. Jacques est Patron

Un dialogue intéressant...

Revenons maintenant à Pierre. Il arrive un peu plus tôt ce jour-là à l'usine. Il a décidé d'aller trouver Jacques pour lui demander une augmentation. Jacques est un patron moderne, il reçoit directement Pierre dans son bureau. Il s'en suit le dialogue suivant:

- Ecoute Jacques, je voudrais une augmentation. Je dois faire face à de nouvelles dépenses et une augmentation serait plus que la bienvenue. J’en ai besoin pour moi. Ca ne devrait pas être trop difficile pour toi vu les bénéfices de l’entreprise…
- Ecoute Pierre, je te comprends mais je ne peux t'accorder cela. Si je te donne plus à toi et je voudrais vraiment bien le faire, tes collègues vont rappliquer demain pour avoir plus aussi. Ben oui, à travail égal - salaire égal comme on dit dans ton syndicat. En plus, si je te donne plus pour toi et tes collègues, j'aurai moins pour moi. C'est direct, je te paie plus, je fais moins de profit. C'est aussi fort que les vases communicants. Si je te paie plus et que je ne veux pas perdre, ça veut dire que je dois vendre les produits Onsue plus chers. Or tu sais que notre devise, c'est "Avec Onsue, la qualité au meilleur prix." Si je ne respecte pas notre devise, on perdra des parts de marché et on devra fermer l'usine. Ecoute, Pierre, je ne peux vraiment pas t'augmenter. Si je t'augmente je perds et on ne sera plus au top pour affronter la concurrence…
- Mais mais…
- D'ailleurs, j'allais vous proposer de travailler une heure de plus par semaine sans augmentation salariale pour rester compétitif. Et comme ça les actionnaires et moi, nous aurons des meilleurs dividendes. On aura plus et on investira plus dans l’entreprise. Si on a moins on ne reste pas car on peut avoir plus dans d’autres pays. Tout comme moi, je suis sûre que tu ne voudrais pas non plus que notre usine délocalise dans un autre pays, non?
- Mais mais…
- Pierre, si tu veux vraiment avoir plus, l’usine propose parfois de faire des heures supplémentaires. Profites-en !
- Ecoute Jacques, tu sais bien qu’on travaille déjà à pause à l’usine : parfois le matin, parfois l’après-midi, parfois la nuit. Mon organisme ne me permet pas de faire des heures supplémentaires comme cela. En plus, il faut bien que je puisse voir un peu mes enfants, non ?
- Oui je comprends mais c’est à toi de choisir. Voilà, je te propose de clôturer notre entretien car j'ai du travail. Allez bon boulot…

Pierre est furieux et se sent impuissant. Que peut-il faire? Jacques semble pouvoir ne rien entendre. Mais, mais…Jacques a donné une idée à Pierre….

Pierre a une idée…

Lors de la pause, Pierre discute avec ses collègues sur le fait qu'il n'arrive pas à acheter tout ce dont il a besoin car le salaire ne suit pas. Et ses collègues lui disent: «Mais nous aussi Pierre, on a le même problème. En plus ce n'est pas normal, Jacques, il nous raconte qu'il ne peut pas donner plus mais il se fait des couilles en or pendant qu'on sue à la chaîne. Demander quelque chose tout seul à Jacques, tu ne l'obtiendras jamais, Pierre. Si tu veux avoir quelque chose, il faut faire pression.»

« Oui mais comment ? »


«Il faut menacer Jacques de grève. C'est seulement comme ça que Jacques devra lâcher quelque chose. Ensemble on peut bloquer la production et donc les profits de Jacques. Sans profit, sans nous, Jacques n'est rien et ne gagne rien.» Ainsi l'idée que Pierre avait à la fin de la discussion avec Jacques se confirme: s'il veut plus d'argent pour lui, ça passera par plus d'argent pour lui et tous ses collègues…

Arrêtons-nous sur la situation...

- Jacques en veut plus. Pour avoir plus, il faut que Pierre en ait moins, d'une manière ou d'une autre. Il n'y a pas d'autres possibilités. Pour en avoir plus, il ne faut pas seulement que Pierre en ait moins mais tous les collègues de Pierre. Plus pour Jacques (une personne) c'est moins pour Pierre et tous ses collègues (des milliers de gens).
- Pierre en veut plus. Il a essayé d'aller chez Jacques pour lui demander une augmentation salariale. Il s'est fait jeter. En effet, si Pierre en a plus, Jacques en aura moins. Ce qui n'est pas du tout pour plaire à Jacques.
- Par contre Pierre se rend compte que son SEUL moyen pour en avoir plus, c'est d'en demander plus avec ses collègues. S'il en veut plus pour lui, ça veut dire plus pour ses collègues, ses milliers de collègues et moins pour Jacques et ses quelques actionnaires principaux. Donc plus pour Pierre, c'est plus pour TOUS les collègues de Pierre (des milliers de gens) et un peu moins pour Jacques (une à quelques personnes).
- Il est possible que Jacques arrive à diviser Pierre et ses collègues par le racisme (le problème c’est les étrangers) ou le nationalisme (flamands – wallons). Il est possible que Pierre et ses collègues ne comprennent pas que leur force réside dans leur nombre, dans leur unité et la solidarité. Mais alors, ils seront condamnés à ne rien obtenir.

Morale de l'histoire…

Si Pierre veut assouvir ses besoins personnels, ses besoins comme individu, ses besoins égoïstes… il sera obligé d'agir collectivement. Son bonheur passera par le bonheur de ses milliers de collègues. Il n'y a pas d'autres choix. Son problème, c'est aussi celui de ses collègues. Sa force réside dans la force collective qu'il peut exercer avec ses collègues. Sa force réside dans le fait qu’il contrôle, avec tous ses collègues, la production, source du profit. C'est une réalité objective. Bien entendu Pierre peut décider de ne pas se solidariser avec ses collègues, il peut décider d'agir seul. Mais on a vu qu'il n'obtiendra rien pour lui en suivant cette voie…

Par contre pour Jacques la situation est inverse. S'il en veut plus pour lui, il doit en donner moins à des milliers d'autres. Son bonheur à lui passe par le malheur de milliers d'autres hommes. Son bonheur comme individu passe par le malheur de la collectivité.

En plus s’il veut empêcher que les travailleurs s’unissent, il doit tout faire pour les diviser, d’une manière ou d’une autre : racisme, nationalisme, organiser la production en évitant les contacts entre les travailleurs, etc.

Voilà, Jacques et Pierre ne sont pas nés égoïstes ou généreux. C'est leur position respective dans la société, leur position dans la production qui peut développer en eux des valeurs de solidarité ou d'individualisme. Celles-ci ne leur sont pas venues du néant…

19/10/2009

Albert Einstein: "Pourquoi le socialisme?"

Pourquoi le socialisme?
Albert Einstein
1949

halsman-philippe-albert-einstein-7200016.1239054611Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme? Pour de multiples raisons je crois que oui.

Considérons d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine soi-disant civilisée a été — comme on le sait bien — largement influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social.

Mais la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous n’avons dépassé ce que Thorstein Veblen appelait "la phase de rapine" du développement humain. Les faits économiques qu’on peut observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme est de dépasser la phase de rapine du développement humain et d’aller en avant, la science économique dans son état actuel peut projeter peu de lumière sur la société socialiste de l’avenir.

En second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts mêmes sont conçus par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et — si ces buts ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux — sont adoptés et portés en avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent la lente évolution de la société.

Pour ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devrions pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société.

D’innombrables voix ont affirmé, il n’y a pas longtemps, que la société humaine traverse une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence ou, même, prennent une attitude hostile à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement en danger l’existence de l’humanité, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : "Pourquoi êtes-vous si sérieusement opposé à la disparition de la race humaine ?"

Je suis sûr que, il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une affirmation de ce genre. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir de réussir. C’est l’expression d’une solitude et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ?

Il est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d’y répondre avec tant soit peu de certitude. Je vais néanmoins essayer de le faire dans la mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples.

L’homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l’hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement. Le concept abstrait de "société" signifie pour l’individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société — dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle — qu’il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. C’est la "société" qui fournit à l’homme la nourriture, les vêtements, l’habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de "société".

Il est, par conséquent, évident que la dépendance de l’individu de la société est un fait naturel qui ne peut pas être supprimé — exactement comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changement. La mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la littérature, dans la science, dans les réalisations de l’ingénieur et dans les œuvres d’art. Ceci explique comment il arrive que l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite et comment, dans ce processus, la pensée et le désir conscients peuvent jouer un rôle.

L’homme possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et par beaucoup d’autres moyens d’influence. C’est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine, à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société. L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter de grandes différences, étant donné qu’il dépend des modèles de culture dominants et des types d’organisation qui prédominent dans la société. C’est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : les êtres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire mutuellement ou à être à la merci d’un sort cruel qu’ils s’infligent eux-mêmes.

Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, la nature biologique de l’homme n’est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles ont créé des conditions qui doivent continuer. Chez des populations relativement denses, qui possèdent les biens indispensables à leur existence, une extrême division du travail et une organisation de production très centralisée sont absolument nécessaires. Le temps, qui, vu de loin, paraît si idyllique, a pour toujours disparu où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes. On n’exagère pas beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire de production et de consommation.

Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance de la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production — c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital — pourraient légalement être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de certains individus.

Pour des raisons de simplicité je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler "ouvriers" tous ceux qui n’ont point part à la possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production est en état d’acheter la capacité de travail de l’ouvrier. En se servant des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propriété du capitaliste. Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est "libre", ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport entre le nombre d’ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre d’ouvriers qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut comprendre que même en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de son produit.

Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société qui a une organisation politique démocratique. Ceci est vrai, puisque les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature. La conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des moins Privilégiés. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

La situation dominante dans une économie basée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes importants: premièrement, les moyens de production (le capital) sont en possession privée et les possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, une société capitaliste pure dans ce sens n’existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers, après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de "contrat de travail libre". Mais, prise dans son ensemble, l’économie d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme "pur".

La production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une "armée" de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour conséquence de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut.

Je considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’un façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle.

Il est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une telle économie pourrait être accompagnée d’un complet asservissement de l’individu. La réalisation du socialisme exige la solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment serait-il possible, en face d’une centralisation extrême du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute-puissante et présomptueuse ? Comment pourrait-on protéger les droits de l’individu et assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la bureaucratie ?

10:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Morale | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : philosophie, morale, socialisme, societe, einstein |  Facebook |

10/10/2009

Ce n'est pas le paradis, mais bien Cuba

Article extrait de INTAL.BE

sept21andresOpinion d'Andres Gómez, journaliste cubain à Miami. Invité international Che Presente 2009.

Miami - Un temps caniculaire cet été 2009 à Cuba. La majorité des cubains, a vécu le mois de juillet le plus chaud jamais connu. La population y voit pour cause la crise environnementale mondiale. Pourtant, ces dernières semaines, la presse nationale a déclaré que ces températures égalent celles endurées au cours du mois de juillet 1941. Voyons voir...


Puisque l'immense majorité de la population cubaine n'était pas née en 1941, il y a 68 ans, et qu'il est peu probable que les personnes âgées de 68 ans aujourd'hui se rappellent de la chaleur endurée pendant cet été là, les cubains ne se trompent pas dans leur appréciation en disant que cet été a été le plus chaud qu’ils aient jamais vécu.

Récemment, lors d'un séjour de plusieurs semaines à Cuba, principalement à La Havane, alors que je restais informé de l'actualité via internet - par obligation professionnelle, bien que je doive admettre aussi un peu de masochisme – j'ai pris conscience de la vision délirante de la presse de Miami à cerner la réalité cubaine. La vision que crée cette presse de la réalité de l'île est complètement « fantasmagorique », « déconnectée de la réalité » comme l'indique le dictionnaire. Une vision tronquée qui a pour but de discréditer le peuple cubain, son gouvernement, et son indéniable travail pour construire, avec l'appui de l'immense majorité et, envers et contre tout, une société meilleure.

À La Havane, malgré la chaleur, la vie s’est déroulée tranquillement. Dans toute l'île, la majorité de la population était en vacances à partir la mi-juillet -presque tradition cubaine. Ceux qui n’ont pu prendre congé ont, bien malgré eux, dû continuer à travailler tandis que les plus jeunes, en grand nombre, flânaient dans les rues et les parcs.

Les gens se rendaient au marché, chez l'épicier et à la boulangerie pour faire leurs achats. Aux marchés agricoles, dans les marchés étatiques et autres, le riz, le maïs, les haricots, l'oignon, l'ail, bref presque tous les légumes et les fruits de saison, étaient présents en abondance et à des prix contrôlés par l'État. Les bananes qui avaient disparu des étalages l'an passé après les deux terribles cyclones étaient belles, et les grosses mangues étaient sucrées et délicieusement savoureuses. Le pain, les gâteaux, les « palitroques » et les « dulcecitos » n'ont pas manqué non plus, notamment, grâce aux machines récemment installées.

La viande de porc et de mouton étaient en vente mais comme toujours à des prix exorbitants. Les œufs s'obtenaient avec le carnet de rationnement. Ils étaient aussi en vente libre dans les établissements étatiques ou sur quelques marchés en CUC. Le carnet de rationnement permettait de se procurer du poulet, également en vente sur des marchés en CUC ou sur le marché noir qui traduit littéralement de l'espagnol se dit « par la gauche » en français. Tout est considéré comme de gauche là-bas, même si ce n'est pas toujours le cas…

Certains produits normalement disponibles en CUC ne l'étaient pas cette année. Fort heureusement, il ne s'agissait pas de produits de première nécessité. Toutefois dans la majorité des marchés, on ne trouvait pas de papier toilette ni de dentifrice. Et la viande de bœuf, normalement disponible à prix très élevé – luxe inabordable pour la grande majorité de la population- était quasi inexistante, mais au fond personne ne s'en est rendu compte.

Malgré les restrictions imposées dans les frais de combustibles ainsi que l'augmentation du nombre de passagers en été, les bus déservaient toute la capitale. Les transports publics à destination des plages étaient très satisfaisant. Les plages ainsi que tout le tronçon de la côte métropolitaine, y compris el Malecon, étaient bondées de cubains profitant d'une eau à température agréable.

De retour à Miami, je ne peux terminer cet article sans parler du concert  du chanteur Colombien Juanes le 20 septembre à La Havane. (1) Un scandale aussi ridicule que dangereux inventé par la droite contre-révolutionnaire de Miami et sa presse qui démontre, une fois de plus, son caractère réactionnaire, agressif, insolent, sa banqueroute et son impuissance politique.
A Cuba, Juanes est un chanteur de plus qui fait preuve de courage personnel et professionnel autant que de bonne volonté envers le peuple cubain, un peuple reconnaissant qui estime l'intégrité et le courage. Mais le dernier mot du public sur ce concert, à La Havane et sur le reste de l'île, portera certainement davantage sur la qualité du chant et de la musique. Un réel défi, puisqu'à Cuba, nous sommes habitués à la bonne musique!

Andres Gómez est un merveilleux orateur. Vous désirez l'écouter? Venez à l'évènement Che Presente, le samedi 24 octobre 2009 à Bruxelles. Initiative Cuba Socialiste organise pour la 16ème fois une grand fête de solidarité pour Cuba. Pour plus d'infos sur le programme, adresse, pré-ventes: www.cubanismo.net

(1) Star de la musique pop, connu pour son engagement pacifiste et humanitaire, le Colombien Juanes s'est attiré les foudres des exilés cubains de Miami, pour avoir prévu d'organiser un grand concert gratuit à La Havane, dimanche 20 septembre. Des anticastristes déchaînés ont détruit ses disques en public, l'accusant de "cautionner le régime communiste".http://www.lemonde.fr

Article extrait de INTAL.BE

02:08 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : socialisme, cuba |  Facebook |

21/09/2009

PRIVE DE PUBLIC

Privé de publicExtraits choisis du livre "Privé de public" de Gérard de Selys, paru aux éditions Aden, en 1995.
(Notez la justesse des propos qui, malgré la publication de l'ouvrage en 1995, ont une faculté analytique qui est encore actuelle telle que présentée, quinze ans plus tard, démonstration que les choses ne sont pas prêtes de changer dans cette société basée uniquement sur l'exploitation des travailleurs, dans le contexte public/privé. Le livre contient beaucoup d'exemples d'époque, auxquels depuis le temps, nous pourrions en ajouter une multitude, ce qui, plus que certainement, doublerait actuellement le volume de l'ouvrage.  Notez bien, les [ ] contiennent des éléments ajoutés par le blogueur à des fins soit d'actualisation des propos à notre époque, soit pour des précisions de compréhension, ces mots ne figurent donc pas dans l'édition originale.)

En couverture: "Les privatisations ne sont pas l'effet du hasard. C'est au début des années quatre-vingt que les grandes multinationales, conscientes de la gravité de la crise et effrayées par les perspectives de guerre concurrentielle ont commencé à lorgner en direction du secteur public. S'approprier ce secteur, assurant parfois jusqu'au cinquième  du produit intérieur brut d'un pays, était leur seule chance d'expansion. Une véritable guerre de conquête  a suivi, mûrement réfléchie et minutieusement préparée par les dirigeants de multinationales soutenues activement par les grandes institutions internationales."

Public ou privé, le profit d'abord.

Avant de se demander pourquoi ce gigantesque mouvement a lieu aujourd'hui et par qui il a été lancé, il faut comprendre pour quelles raisons, depuis deux siècles, l'économie capitaliste, l'économie qualifiée aujourd'hui "d'économie de marché" par pudibond néologisme, a régulièrement eu recours au processus inverse, c'est-à-dire la nationalisation. On ne peut répondre à cette question qu'en invoquant la première loi du capitalisme: le profit. Que l'on nationalise ou que l'on dénationalise, le but est toujours d'accroitre le profit. Contrairement à ce qui se passe dans une économie de type socialiste "planifiée" dans laquelle il s'agit de collectiviser  tous les moyens de production pour les placer au service de l'amélioration des conditions de vie et de travail de la population et sous le contrôle de celle-ci, les nationalisations opérées sous "économie de marché" ont pour but essentiel d'améliorer les possibilités d'augmentation de profit exigées par les, néologisme honteux oblige, "propriétaires privés des moyens de production" (autrement dit: les capitalistes).

Contrairement à ce qu'ils affirment, les propriétaires privés des moyens de production craignent prendre des risques. Surtout lorsqu'il s'agit de mettre en œuvre des nouvelles technologies requérant d'importants investissements de lancement. Des technologies promettant toutefois un développement de la production et du commerce. ….

…. De même qu'ils répugnent de prendre des risques en investissant dans de nouvelles technologies, les propriétaires privés des moyens de production peuvent confier à l'état qu'ils contrôlent la mission de gérer temporairement de vastes secteurs de l'économie nationale pour faire face à des situations de crise et mobiliser plus intensément l'effort de production. C'est dans ce cas, par exemple, en temps de guerre. ….

…. En outre, très conscients des limites et des dangers de l'économie de marché, les propriétaires privés des moyens de production (au 19ème siècle, grâce au suffrage censitaire, ils s'accordaient à eux seuls les instruments de la démocratie) ont toujours attribué un rôle de garde-fou aux institutions de leur état. ….

…. Les mêmes propriétaires des moyens de production répugnent à investir leurs profits dans des secteurs dont la rentabilité est lente, aléatoire et médiocre et confient à l'impôt public, c'est-à-dire la collectivité, le soin de financer, d'entretenir et de faire fonctionner les grandes infrastructures dont ils sont pourtant les premiers bénéficiaires. ….

…. Parfois, c'est la complète et très coûteuse désorganisation provoquée par la concurrence, ou les abus générés au contraire par la disparition de toute concurrence, auxquels il s'agit de mettre fin par la nationalisation. ….

…. Il arrive aussi qu'on nationalise un secteur connaissant un déficit chronique, donc non générateur de profits pour le secteur privé, mais dont la suppression poserait des problèmes économiques graves à ce même secteur privé. C'est le cas des chemins de fer à la fin du XIXème siècle. C'est le cas des mines de charbon en Grande-Bretagne et en France après la seconde guerre mondiale. C'est le cas aussi de la sidérurgie en Belgique. Ce sont parfois des mesures transitoires. On injecte des capitaux publics, on rationalise la production, on remet en état et on cède à nouveau au secteur privé.
Il arrive qu'on nationalise pour assurer des services bon marché aux entreprises privées. …..

C'est la crise. Sus au public!


Si la nationalisation et le secteur public ne sont pas incompatibles avec l'économie de marché, si même souvent ils ont été utiles aux propriétaires privés des moyens de production et le sont encore, il n'est pas inintéressant de constater que la même raison fondamentale qui les poussait à nationaliser les incite aujourd'hui à dénationaliser ou privatiser. Il s'agit toujours d'augmenter leurs profits. Quatre raisons essentielles expliquent leur changement de stratégie.

Premièrement: la crise. La crise entraîne une chute du taux de profit des entreprises dont les productions trouvent moins d'acquéreurs et dont les capacités de production sont donc sous-utilisées. ….
Deuxièmement, les progrès technologiques spectaculaires en matière de télécommunications et d'ingénierie financière. Les découvertes et l'application de nouvelles technologies (transistors, satellites, puces, circuits intégrés, fibre optique, ordinateurs, etc.…) simultanément dans les domaines de l'informatique et des télécommunications vont littéralement faire exploser les transactions financières et boursières spéculatives.  ….
Troisièmement, dans la foulée de l'acquisition de leur indépendance, payée souvent dans le sang, puis plus tard, dans le cadre de l'organisation des pays non alignés ou du "groupe des 77", les pays du tiers-monde avaient nationalisé leurs ressources naturelles, mines et gisements, et comptaient bien, à l'instar des pays exportateurs de pétrole, en revoir les prix à la hausse. Quelle présomption! On chargera donc le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM), USAID, le Fonds Européen de Développement (FED) et d'autres organismes de leur faire entendre raison. ….
Quatrièmement, les entreprises et services publics emploient de grandes quantités de travailleurs bien organisés syndicalement et ayant obtenu, grâce à leur poids,  leur force sociale et leur combativité, mais aussi en échange de salaires moindres, de meilleurs statuts et de meilleures conditions de travail que dans le secteur privé. Le monde entier avait les yeux rivés sur la grande grève déclenchée par les postiers et les cheminots belges contre la "loi unique" en hiver 1960-1961. Et ni les patrons ni les gouvernants n'ont oublié que, malgré la mobilisation des réservistes de l'armée, la grève générale avait fait tomber le gouvernement et reculer l'application de cette "loi inique" profondément antisociale. ….

…. Les travailleurs des entreprises publiques représentent donc une force considérable. Or, la guerre concurrentielle que se livrent les entreprises des trois grands pôles économiques mondiaux devant mobiliser le plus de revenus possibles pour le secteur privé, il s'agit aussi de réduire le plus possible les coûts du travail et les budgets publics affectés à la sécurité sociale tout en introduisant de nouvelles formes de travail particulièrement pénibles et sous-payées: le travail dit "flexible", les emplois dits "atypiques", le travail partiel, le travail précaire, le télétravail.
Pas question d'appliquer ces panacées aux secteurs publics. Les syndicats veillent (…). Veillent du moins à ne pas perdre l'essentiel. Privatiser, c'est-à-dire appliquer la filialisation systématique et la sous-traitance, ce n'est pas seulement briser les statuts de fonctionnaires ou d'agents de l'état, c'est aussi diviser les travailleurs en unités plus petites, moins soudées, moins facilement mobilisables. C'est démanteler les puissants derniers bastions qui pourraient s'opposer à trop de destruction sociale, aussi bien dans les secteurs publics que privés. ….

La propagande [patronale] mine la lutte [ouvrière].

La propagande massive assénée par les milieux patronaux et par une partie majoritaire du personnel politique des pays occidentaux ainsi que le matraquage continu de la plupart des médias en faveur du secteur privé et de l'économie de marché ont eu raison de beaucoup. Aussi bien dans le public qu'au sein de nombreuses organisations syndicales, on a fini par intégrer ce discours et par croire qu'effectivement, la dette de l'état et le déficit public étaient à mettre sur le compte d'un "Etat providence" qui aurai gaspillé follement ses ressources à choyer des hordes de travailleurs fainéants, ire-au-flanc, profiteurs ou incompétents et qu'il fallait rembourser la première et réduire le second au plus vite au prix d'"inévitables" sacrifices. Très souvent on a fini par accepter, pièce par pièce, tous les éléments mis en place par les "propriétaires privés des moyens de production" pour mettre la main sur le gâteau public: signatures de "contrats de gestion" ou de "contrats de plan", transformation des services publics en "entreprises publiques autonomes", conclusions d'alliances "stratégiques", filiations, sous-traitance, remplacement de la notion de service public par celle de "service universel", augmentation de productivité des travailleurs, changement des statuts de personnels ou "adaptation" des règlements de travail. Le discours dominant a eu l'effet pervers de faire croire à de nombreux dirigeants syndicaux, en toute bonne foi, que l'autonomie de gestion qu'on proposait aux services publics permettait aux travailleurs de ceux-ci de prouver enfin qu'ils étaient en mesure de faire concurrence efficacement au secteur privé. Que les "contrats de gestion" leur permettaient de mettre en valeur leur saine gestion. C'était, dans leur esprit, le meilleur moyen de mettre un terme aux privatisations. ….

…. [Les exemples vécus depuis les années quatre-vingt] montrent que les syndicats ont, pour la plupart, intégré les critiques du patronat selon lesquelles les services publics fonctionnement mal, coûtent cher, sont peu "performants" et que seul le secteur privé peut rendre de meilleurs services à la société. La plupart des syndicats sont tombés dans le panneau du "contrat de gestion" et de "l'autonomie" des services publics. Aucun, ou presque, n'y a vu une tactique patronale soigneusement élaborée avant d'être appliquée dans le monde entier. ….

Les luttes [ouvrières] minent la propagande [patronale].

Les possédants ont peur de ceux qu'ils exploitent. Ils ont peur des travailleurs. Ils ont peur de la grève. [Les exemples historiques ne manquent pas pour le démontrer]. ….

…. S'il faut s'opposer aux privatisations ou dénationalisations, ce n'est pas parce que les nationalisations ou le maintien des entreprises et des services publics nous rapprochent d'une société dans laquelle appareils de production et services appartiendraient à la collectivité et seraient utilisés pour accroître le bien-être du plus grand nombre. On a vu que les propriétaires privés des moyens de production pouvaient eux-mêmes confier à leur Etat la gestion de services, d'infrastructures ou d'entreprises pour leur seul profit. La mainmise de l'Etat sur tout ou partie de certains secteurs de production ou de services ne signifie nullement que cet Etat ait des buts sociaux. Tout dépend de qui dirige l'Etat. Le plus grand nombre ou le plus petit. S'il faut s'opposer aux privatisations, c'est d'abord parce qu'elles signifient destruction sociale, appauvrissement général, misère, anéantissement culturel et, à terme, aggravation de la crise économique avec risque de guerre. Il faut s'y opposer parce que les privatisations constituent une arme redoutable contre les syndicats, c'est-à-dire contre les acquis, la culture, la solidarité et les capacités de mobilisation des travailleurs, aussi bien dans les secteur public que dans les secteur privé. [Plusieurs centaines de milliers d'emplois ont été perdus en Europe depuis les années quatre-vingt, par les privatisations].
Cela fait autant de travailleurs désormais isolés et dans l'incapacité de se mobiliser. Les luttes que mènent les agents ou employés des entreprises et services publics pour la sauvegarde de l'emploi sont aussi justifiées que celles qui se mènent pour la même raison dans une entreprise privée. Il faut s'opposer aux privatisations, enfin, parce qu'elles constituent un vol de ce qui appartient à la collectivité au seul profit de l'enrichissement rapide des nantis dans un monde déjà profondément inégalitaire. Il ne faut pas seulement s'opposer aux privatisations. Il faut exiger la restitution immédiate de ce qui a été accaparé. La reconstruction de ce qui a été détruit. Il faut revendiquer la renationalisation des entreprises et services publics privatisés.

Pour mener la lutte déterminée et difficile que demandera la défense des entreprises et services publics, l'information et une arme essentielle. Savoir quels sont exactement les mécanismes mis en place, quelles est exactement la stratégie cynique déployée méthodiquement depuis bientôt trente ans [comptés depuis nos jours, en 2009] par les nantis pour s'approprier les biens publics jusqu'au dernier sou, connaître le rôle tenu par chacun, y compris par les médias, est indispensable pour s'opposer avec succès au processus de privatisation.

20/09/2009

Et si les riches payaient la crise?

Récupération d'une revendication du Parti du Travail de Belgique?

On dirait bien, car un article publié dans le dernier n° du télémoustique fait mention d'une meilleure taxation des super-riches. Serait-elle donc enfin envisageable dans un avenir proche ? Prendrait t'on enfin conscience, dans cette société capitaliste, à fortiori essentiellement basée sur l'exploitation des travailleurs, que rétablir un équilibre dû à l'exagération spéculative de la minorité profiteuse, permettrait à la majorité de la population de ne pas plonger dans la précarité et la pauvreté ?

Alex

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(Extrait de l'article paru dans le magazine télémoustique, semaine du 16/09/2009)


cover_4364_small_rdax_142x193Les responsables du krach sont les premiers à renouer avec les bénéfices. Pendant ce temps le déficit se creuse et le chômage explose.
En 2010, alors que d'autres commenceront à se relever, la Belgique commencera à souffrir.

Première loi de l'économie: "Pour tout économiste, il existe un économiste d'avis contraire." Seconde loi de l'économie: "Ils ont tous les deux tort." Ce qui suit serait donc une bonne nouvelle: depuis le début du mois de septembre - soit très exactement un an après le krach du siècle -, les experts sont unanimes. Nous entrevoyons la fin du tunnel, la reprise s'annonce, le plus fort de la crise est derrière nous.

A la Sonaca aussi, on est unanime, quoique moins enthousiaste. Ici, la reprise, on n'en verra pas la couleur. Environ 440 employés de la société aéronautique viennent de s'entendre dire qu'ils seront bientôt virés. Malentendu ou mauvais timing, sans doute. A la faveur de ce rebond économique, leur direction devrait décider de ne pas leur envoyer leurs C4. Ou, au pire, les réengagera bientôt. Non? Non. Reprise ou pas, ils rejoindront les 125.000 Belges promis au chômage d'ici fin 2011, si on en croit le Bureau du Plan. Troisième loi de l'économie: "Pour un économiste, la vie réelle est une exception statistique."

Blague à part, cette crise va définitivement nous fâcher avec les chiffres. Il y a un peu plus d'un an, la maison Fortis évoquait des pertes "virtuelles". Quelques semaines plus tard, l'épargnant était réellement ruiné. Aujourd'hui, la presse financière titre: "Les Bourses en pleine euphorie." Car, c'est vrai, comme l'ont observé les experts, plusieurs indicateurs ont repris des couleurs: depuis l'été, la croissance renoue avec des chiffres positifs. Faibles, mais positifs. En Bourse, les titres du Bel 20 repartent. Ils ont gagné plus de 50 % ces derniers mois, à mi-chemin des cours record de l'été 2007. Dans les banques, l'octroi de crédit - le nerf de la guerre - est reparti à la hausse. Globalement, donc, cela va mieux que prévu. Et pourtant, c'est pire.

La reprise bikini
Cette reprise est en fait une reprise bikini. Elle suscite quelques ardeurs, mais elle cache l'essentiel: pour la plupart, le plus dur reste à venir. Pour l'instant, les chiffres du chômage n'ont pas encore explosé. Entre 2008 et aujourd'hui, ils ont progressé d'un seul pour cent. Attention, c'est une nouvelle ruse. Plus que d'autres, la Belgique est exposée à "l'effet retard". Le paradoxe sera cruel. Cette année, au plus fort de la crise, nous avons pu en limiter les effets. En 2010, alors que d'autres commenceront à se relever, nous commencerons à souffrir.

Pourquoi cette exception belge? Dans un pays comme le nôtre, où l'emploi est relativement protégé, le gouvernement a pris des mesures pour élargir le chômage dit "économique" aux employés, histoire qu'ils ne perdent pas leur emploi. Du moins pas tout de suite. Ensuite, quand bien même les entreprises finissent par renvoyer du personnel, les préavis et autres procédures légales postposent le moment où les infortunés s'inscrivent réellement au chômage, bons pour l'inventaire. Bref, des mauvaises nouvelles, il y en aura. Mais nous les apprendront plus tard que d'autres.
[...]

Une révolution manquée
Faire banquer les nantis suffira-t-il à les assagir? On peut ne pas partager l'optimisme tout neuf de Didier Reynders. Avant tout le monde, la finance a déjà renoué avec les profits, comme le prouvent les milliards actuellement provisionnés par les banques pour offrir de faramineux bonus à leurs dirigeants (voir ci-dessous). Chez ceux qui criaient au naufrage il y a quelque mois encore prévaut aujourd'hui le "tout va bien", drapé dans un sentiment d'impunité.

"Les banquiers ont fini par croire qu'on leur viendrait toujours en aide, quelles que soient les bêtises qu'ils puissent commettre, se désole Eric De Keuleneer, professeur à Solvay. Les banques belges appliquent très bien le principe du "too big to fail" ("trop grand pour échouer"). Elles savent que, à la moindre difficulté, elles peuvent prendre les pouvoirs publics en otage en leur faisant craindre la faillite." De l'autre côté de l'Atlantique, le prix Nobel d'économie Paul Krugman tire le même constat: "Tout va recommencer." Peut-être avons-nous sauvé l'économie trop tôt, "avant qu'une volonté politique en faveur d'une réforme fondamentale n'ait été suffisamment forte pour susciter des changements". Malheureusement, ce n'est sans doute pas la crise, mais la révolution qui est déjà derrière nous.
Jean-Laurent Van Lint

Taxer les grandes fortunes?
Le trou budgétaire de l'Etat belge frôle les 25 milliards €. Où les trouver? Pourquoi ne pas s'inspirer des derniers pays européens à encore appliquer l'impôt sur la fortune (France, Liechtenstein, Norvège et certaines régions suisses)? D'après une récente estimation, la Belgique compterait 59.000 millionnaires. C'est 13.000 de moins que l'année précédente, la crise a frappé partout. En moyenne, ils détiendraient chacun 2,2 millions €. Soit un total d'environ 130 milliards €. Ensemble, nos millionnaires ont donc de quoi combler plus de cinq fois le déficit de l'Etat belge. On peut rêver. Mais eux, qu'en pensent-ils?

Laurence - Fortune: entre 2,5 et 3 millions €
Un impôt exceptionnel de crise sur la fortune de Laurence (par exemple 10 %)? "Je vais répondre non. Lorsque j'étais adolescente, la mort de mes parents m'a causé énormément de difficultés. Je n'ai pas fait les études qui me permettraient d'avoir un travail intéressant financièrement. De plus, je dois "tenir" avec ce patrimoine. D'autres "riches" hériteront encore au décès de leurs parents, moi pas. Ceci étant, je suis d'accord que les très nantis contribuent plus, voire beaucoup plus. J'en connais certains qui, même si vous leur prélevez 40 % de leur patrimoine, ne verront aucune différence dans leur niveau de vie. Il y a riches et riches."

Jean-Pascal - Fortune: plusieurs dizaines de millions €
Très riche, Jean-Pascal vit entre le Brabant wallon et le sud namurois, où il possède un château. Grâce surtout à la famille de son épouse, actionnaire d'une holding de référence, ses avoirs se comptent en "plusieurs dizaines" de millions. Imposer fortement son patrimoine? La réponse à notre question est brutale: "Mais enfin non! Et l'année prochaine, et l'année suivante, si l'Etat est en déficit, on nous demandera encore de payer, si la crise est toujours là? Moi je travaille dur dans la holding, et nos filiales donnent du travail à beaucoup de gens. Et puis, toucher au patrimoine, non!"

(source: site du télémoustique)

01/08/2009

Marx - Les crises du capitalisme

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Livre :: Marx nous explique les crises actuelles

La chasse aux sorcières, les dévoiements du capitalisme étatique de certains pays dits communistes, le triomphe du libéralisme… ont relégué certaines des analyses économiques des plus pertinentes sous prétexte d’une orientation idéologique de leur auteur. Marx a naturellement été la victime de cette catégorisation qui balaie toute possibilité d’honnêteté intellectuelle permettant la reconnaissance de l’acuité d’une analyse. Mais dans la crise actuelle, un retour aux préceptes marxistes de l’économie peut être particulièrement éclairant. Pour lui, les crises sont une matière inhérente au capitalisme, qui à la recherche incessante du profit incite à produire toujours plus dans un contexte de consommation limitée. Lorsque la surproduction apparaît, on réduit alors la production et impose le chômage partiel et les licenciements. La conflagration suit : faillites, chute des actions, misère sociale… Revenir à des analyses passées permet parfois de bien mieux comprendre le présent.

Karl Marx, les crises du capitalisme, texte inédit, Demopolis, 2009, 14€

La crise du système

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 La crise secoue bien des certitudes. Chassé des universités, Marx est aujourd’hui, à la faveur de la crise, en train de faire un come-back remarquable. Même – ou est-ce surtout ? – des économistes en plein désarroi le redécouvrent.


Certains ne l’avaient jamais oublié. Depuis le krach de la bulle informatique en 2001, l’économiste marxiste Henri Houben ne cesse de répéter que le système économique international se fragilise de plus en plus, que les États-Unis n’ont guère de marge de manœuvre et qu’un nouveau krach, de l’ampleur au moins de celui de 1929, est inévitable. Avec Jo Cottenier, il décrypte la crise actuelle, en préparation depuis trente-cinq ans, et montre en quoi il s’agit d’une véritable « crise du système », ayant pour fondement la manière même de fonctionner du capitalisme.

François Ferrara analyse le rôle croissant du crédit, dont l’effet est de spolier une deuxième fois les travailleurs.

Dans sa contribution sur l’intervention de l’État, Herwig Lerouge passe au crible la tonitruante critique des fervents du marché libre qui tout d’un coup ont découvert les avantages de la nationalisation, injectant même de l’argent dans le secteur bancaire et créant ainsi une sorte de « socialisme pour les riches ».

Le socialisme comme solution de rechange au capitalisme, que les nouveaux marxistes à la mode préfèrent oublier, est par contre au cœur du débat mené par les quatre auteurs. Que ce numéro d’Études marxistes incite à (re)découvrir Marx, le vrai.

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22:41 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, analyse, social, socialisme, crise, societe |  Facebook |

Lecture - Priorité de gauche (Peter Mertens & Raoul Hedebouw)

Priorité de gauche rectoPeter Mertens, Président du PTB, et Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB et Président du PTB-Liège, ont assurément fait mouche avec ce livre, "priorité de gauche" (voir l'image en fin d'article).
Ecrit avec simplicité, ce livre explique la crise actuelle et la situation désastreuse dans laquelle s'enlise notre société, tout en argumentant par des exemples concrets de la vie de tous les jours. L'ultralibéralisme qui a dominé le monde politique ces cinquante dernières années, plonge actuellement la grande majorité de la population belge dans le marasme et la précarité.


Vit-on un scénario identique à celui de 1929 ? Non, je crois plutôt que la situation est bien pire encore. Les fermetures d'usines (il y en a tous les jours), et l'augmentation du nombre de chômeurs qui les accompagne, ne fait que débuter les répercussions de cette crise, que nous paierons à coup sûr si nous laissons faire les politiques tratitionnels, à la botte du système capitaliste et néo-libéral.
Ce livre donc, superbement bien écrit, lance des pistes de solutions à cette crise. Ce livre ne fait pas que dénoncer ou répéter ce que de nombeux autres ouvrages ont déjà effectué sous la plume d'économistes chevronnés, mais il donne de l'espoir aux gens, espoir fondé sur des propositions de solutions, qui font partie intégrante du programme du Parti du Travail de Belgique.
Des solutions sont donc apportées dans ce livre, non pas sous forme de fausses promesses, comme les autres partis les plus en vue ont coutume de le faire, mais bien des pistes concrètes et très facilement réalisables dans la pratique.
J'éprouve bien des difficultés à faire la promotion de ce livre sans en citer quelques passages, concernant par exemple le modèle kiwi pour la gratuité des médicaments,  le meilleur financement de l'éducation (qui doit être gratuite), le maintien des services publics, la création d'une banque publique, la taxation des biens de première nécessités comme le prix de l'énergie à 6% au lieu de 21%, une meilleure imposition sur les grosses fortunes, etc etc. Et donc je vais m'arrêter là, vous laisser vous procurer ce bouquin, et ensuite le dévorer (par la lecture, naturellement) comme je l'ai moi-même fait.

Bonne lecture.
________________


Priorité de gauche :: Un livre concoté aux piquets de grève et dans les salles populaires


Peter Mertens, président du PTB et Raoul Hedebouw, porte-parole, ont coécrit l’édition francophone de Priorité de gauche (éd. Aden). Ils présenteront leur livre en exclusivité le 22 mars. Solidaire vous en donne un avant goût.
David Pestieau
Peter Mertens


Depuis le congrès de mars 2008, Peter Mertens et Raoul Hedebouw ont voyagé à travers le pays : « Un vendredi soir à Liège, où nous sommes restés très longtemps chez des sidérurgistes. Un dimanche matin vers Gand pour un brunch avec des syndicalistes. Dans une salle populaire à Charleroi ou au piquet de grève dans la zone du port d’Anvers. Nous sommes surtout venus pour les écouter. Et nous avons entendu des voix qui ne trouvent jamais d’échos à la rue de la Loi. Les voix de ceux qui vivent la crise dans leur chair. Or, beaucoup de politiciens mènent une vie complètement étrangère à celle de l’homme de la rue. Ils ne savent pas ce que c’est d’avoir des difficultés à payer la facture d’énergie à la fin du mois. Ces politiciens ne subissent pas cette crise. Elle est portée par les gens normaux. »
Ainsi est né l’idée du livre Priorité de gauche, mais pas n’importe lequel : « Ce n’est pas une encyclopédie ou une brique. Pour ça, il y a des livres bien plus intéressants. Sur les nouvelles évolutions en Amérique Latine, en Inde et en Chine. Sur le rôle déclinant des Etats-Unis. Sur les contradictions croissantes au sein de l’Union Européenne où les grands pays lèvent à nouveau le drapeau du protectionnisme. Non, ce livre n’est pas l’alfa et l’oméga de la crise. Il s’agit tout simplement d’une première étape pour le débat. Pas un point final, mais un commencement. Il nous était difficile de ne pas partager ce que nous avions entendu lors de nos tournées à travers le pays. »


Vaches sacrées


Le livre prend comme point de départ les conséquences pour les gens des trois dernières décennies assombries par le néolibéralisme. Ces années où il n’y en avait que pour les partisans du marché libre : moins de contrôle, plus de privatisations, plus de cadeaux aux entreprises. La libéralisation de l’énergie, la privatisation de La Poste, les pensions et la santé vendues au privé, la vente de la CGER. Mais la crise financière a renversé ces vaches sacrées. Aujourd’hui, banques et entreprises font la quête pour recevoir l’aide de l’Etat. Après que les bénéfices aient été privatisés, les pertes sont maintenant nationalisées. Voilà pour la première partie.


Les gens d’abord, pas le profit


Aujourd’hui, la Fédérations des Entreprises de Belgique demande de nouvelles baisses des allocations pour les retraités et les sans-emplois, de nouvelles économies dans le secteur de la santé : plus de flexibilité, moins de services publics, un démantèlement de la sécurité sociale. Comme s’il fallait appliquer les mêmes recettes après la crise, qu’avant… Il est temps de proposer autre chose.
Aussi dans la deuxième partie du livre, Peter Mertens expose des mesures simples mais bien argumentées : une banque publique, une interdiction de licenciements pour les entreprises qui font des profits, une baisse de la TVA sur le gaz et l’électricité, une offre publique d’achats pour les médicaments (le modèle kiwi).
Des initiatives à la mesure des gens, pas à celle du profit.


L’orchestre du Titanic


Chaque jour on annonce de nouveaux licenciements et de nouvelles fermetures. La liste devient longue. Pour notre pays, on parle de cent mille licenciements cette année. En 2009, les Etats-Unis risquent de perdre quatre millions d’emplois.
Cette crise du système est le thème de la troisième partie, l’orchestre du Titanic. Il y a des centaines de milliers de SDF aux Etats-Unis et des millions d’habitations vides. On n’a jamais produit autant de nourriture, mais une crise d’alimentation mondiale s’annonce. Il y a des centaines de milliers de tonnes d’acier en trop alors que des paysans dans le Sud doivent encore travailler la terre à main nue.
Il y a une surcapacité toujours plus grande et une consommation en baisse. La crise va plus loin qu’une « crise de confiance morale » comme le prétendent certains. « N’en faisons pas un débat idéologique », a encore lancé un ministre récemment. « Une idéologie est une certaine vision de la société et il me semble justement qu’on n’en parle pas assez », pointe Peter Mertens.
Aussi, il démonte, décortique dans un langage simple, les origines de la crise, revient sur la crise bancaire. Et argumente en profondeur contre les dogmes de la pensée unique qui prétendent que le marché est le chemin à suivre, l’objectif à atteindre, la solution.


L’avenir commence maintenant


Mais  Priorité de gauche  ne se contente pas de faire une critique du capitalisme. Il se propose de changer radicalement de priorité pour emprunter d’autres pistes. Des pistes rouges qui partent des besoins des gens. Des pistes rouges aussi pour aller vers le socialisme.
Des pistes rouges pour que le monde du travail retrouve confiance en lui, pour que le monde sorte de la logique que « l’homme est un loup pour l’homme ». Un développement collectif et social peut amener de véritables progrès. La planification peut etre envisagée à nouveau. Une véritable démocratie peut pleinement se développer sous le socialisme.


Les maux bleus du Parti socialiste


Enfin dans la dernière partie, Raoul Hedebouw, porte-parole revient sur les « maux bleus du Parti socialiste », un parti qui affirme souvent représenter à lui tout seul la gauche au sud du pays. Et qui est au pouvoir de manière ininterrompue depuis vingt ans. Une critique nécessaire pour que la gauche puisse repartir à l’offensive dans les années à venir.

______________


Priorité de gauche :: Cinq questions express aux auteurs


Raoul Hedebouw et Peter Mertens pendant la manifestation pour le pouvoir d’achat. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)


Pourquoi avoir écrit un livre maintenant ?
Peter Mertens. Pour certains, cette crise n’est apparemment qu’une simple crise de confiance. Selon eux, il suffirait que les gens aient à nouveau confiance dans les banques, les conseils d’administration des multinationales ou dans le gouvernement. Il s’agit là bien sûr d’une manœuvre qui leur permet de poursuivre sur leur voie, comme ils le faisaient avant la crise. La crise a renversé pas mal de tabous mais le gouvernement continue comme si de rien n’était. C’est incroyable. Ce livre a pour but de renverser le débat et d’y apporter une série de réponses socialistes.


Pourquoi un livre personnel, écrit à la première personne ?

Peter Mertens. Ce sont les éditeurs qui m’en ont persuadé (il rit). « Peter, m’ont-ils dit, si tu veux toucher un public plus vaste, tu dois oser écrire à la première personne. » J’ai donc tenté le coup. Bien sûr, cela n’empêche pas qu’un grand nombre de personnes ont collaboré à la rédaction de ce livre, trop nombreuses d’ailleurs pour que je puisse toutes les remercier ici personnellement.
Raoul Hedebouw. Dans la partie que j’ai écrit sur le Parti socialiste, j’ai eu la même démarche. Le mélange d’expériences vécues et d’analyse politique n’est pas un exercice facile mais je crois, au final, vraiment réussi, du moins je l’espère… (il rit).


D’où vient le titre Priorité de gauche. Pistes rouges pour sortie de crise ?

Raoul Hedebouw. Avec notre éditeur Gilles Martin d’Aden, nous avons mis du temps à trouver ce titre. J’ai fait appel à pas mal d’amis pour trouver un titre qui « claque » comme le dit Gilles.
Priorité de gauche est un chouette jeu de mots qui montre qu’on veut faire changer la priorité de la société. Qu’on veut donner la priorité aux plus de dix millions d’habitants de notre pays, et pas aux 72 000 millionaires de ce pays. Le livre reprend d’ailleurs plusieurs dizaines de témoignages de la vie quotidienne qui démontrent que ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise. C’est là un des principes du livre.
Et avec le sous-titre, on voulait surtout montrer notre livre n’est pas seulement un livre de dénonciation du capitalisme mais qu’on proposait aussi des alternatives. Notre livre parle de notre vision d’une société socialiste où seules les choses qui comptent réellement importent et non la soif de profit maximum d’un petit groupe d’actionnaires.


Quel était le défi le plus difficile du livre?
Peter Mertens. Le plus difficile a été de trouver le bon ton. Généralement, l’analyse politique avait déjà été élaborée par le bureau d’étude du parti. Les fidèles lecteurs de Solidaire s’en apercevront. Néanmoins, la manière de présenter les choses est aussi très importante. Il faut que cela soit abordable, il faut donner au livre un certain rythme et que le tout soit facile et agréable à lire. J’ai donc travaillé et retravaillé le style. D’un autre côté, j’ai aussi beaucoup bûché sur le contenu. Moi-même j’ai appris un tas de choses en l’écrivant.


Ce livre est-il plutôt wallon ou flamand ?

Raoul Hedebouw. (Étonné) Un livre wallon ou flamand, c’est quoi ? Le chômage économique touche aussi bien les travailleurs wallons de Caterpillar à Gosselies que les flamands de Volvo à Gand. Et les pensionnés qui vivent sous le seuil de pauvreté - un quart des pensionnées du pays - vivent aussi bien à Liège qu’à Anvers. Tous ces exemples sont aussi repris dans le livre.
Peter Mertens. De même, les remèdes ne sont pas régionaux, et c’est justement ce que les nationalistes de tout poil tentent de nous faire croire. Une banque publique par exemple, cela ne s’organise pas à l’échelle régionale mais à l’échelle nationale, ou à une échelle plus vaste encore. Le livre soulève également d’autres aspects. Raoul a adapté la version francophone d’une façon remarquable en y ajoutant des débats et exemples spécifiques. La seule grande différence entre l’édition francophone et la néerlandophone c’est que Raoul a écrit une annexe sur le Parti socialiste tandis que dans la version néerlandaise, j’ai écrit une annexe sur le programme de la Liste Dedecker, un parti de droite qui monte au Nord du pays.

 

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22:38 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche, ptb, socialisme, livre, social |  Facebook |

08/06/2009

MERCI !

Merci aux électeurs qui donné leur voix à une politique réellement de gauche, merci à toutes celles et ceux qui ont voté PTB+.

Comparé aux dernières élections régionales de 2004, la progression du PTB dans tout le pays est multipliée par 1,5 X en moyenne, la région liègeoise marque une très nette avancée par un triplement de l'électorat.

Cependant les grands partis s'en sortent relativement bien, l'heure n'est pas au pessimisme au PTB, mais il faut tout de même préciser qu'en ne modifiant que très peu leurs habitudes électorales, les belges se réveilleront après ce scrutin avec un paysage politique qui aura été très peu modifié, si ce n'est qu'avec de nouvelles coalitions avec les verts à la région, nous ne sommes pas prêts à voir l'ultralibéralisme quitter les rangs du pouvoir.

Encore une fois, merci aux fidèles du PTB, merci pour avoir soutenu une politique qui est plus en rapport avec le socialisme réel.

02:10 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, elections, socialisme, social |  Facebook |

06/06/2009

Le bon choix!

Le bon choix, pour une société plus juste, plus équitable et plus sociale.

Marre du bourbier politique actuel. Assez des chamailleries improductives, impliquant les « affaires » ou le régionalisme communautaire. Abandon des vraies responsabilités, quand à l’avenir du paysage économique et surtout qui subira les conséquences de la crise. Bref, stop au cirque politique !

Au désarroi se mêlent la confusion et le scepticisme de toute une population complètement désorientée, mais comment pourrait-il en être autrement ?

On ne voit, on n’entend, que les quatre partis s’octroyant le monopole du pouvoir, tantôt exercé par l’un, tantôt par l’autre, coalitions et divorces bidons ; jeu de chaises musicales, jeu de duperies dont nous sommes les éternelles victimes ….parce que nous le voulons bien !

Le PS, avec son Di Rupo en tête, y va de ses diatribes prometteuses et ses slogans surfaits, avec des solutions toutes faites, vielles recettes qui ont toujours dupé tout le monde, surtout la plèbe que nous sommes. Mais chaque fois que çà ne fonctionne pas, et rien ne va jamais comme ils l’annoncent de toutes façons, et là çà ne vient jamais d’eux, alors qu’ils ont le pouvoir, en s’y trouvant, au pouvoir.

Le CDH, fait pratiquement pareil, on ne sait d’ailleurs pas situer exactement ce parti, tantôt au centre, tantôt à droite, tantôt encore plus à droite, comme le PS d’ailleurs. La harangue prometteuse, le  langage nuancé, et eux aussi avec les vielles rengaines, qui n’ont pas fini de duper leur monde.

Le MR, mouvement des riches, promet toujours moins de taxes, moins d’impôts, en somme un bon détricotage de la sécurité sociale par un plus mauvais financement. Suppression progressive des impôts sur les plus riches ; d’où l’appauvrissement d’un peuple entier et cette poignée de riches encore et toujours plus riche. Rentabilité, productivité, compétitivité ; toujours les mêmes rengaines et surtout les actes ad hoc pour toujours mieux nous exploiter.

ECOLO, transformant l’éthique en TOC (trouble obsessionnel compulsif), d’un blanc immaculé, apparut soudain comme une solution à tous les maux. Sauf qu’on ne devrait pas oublier les écotaxes, les taxes égales pour tous revenus, le pauvre payant autant que les ultra richissimes pour les poubelles, les taxes sur l’énergie qu’ils veulent maintenir à 21%, taxe de luxe sur un produit de première nécessité, etc. Pollueur payeur, çà non plus on n’y échappera pas. Prêts à se coaliser avec le diable (bleu) si nécessaire, pour accéder au pouvoir. C’est l’électeur qui décidera ….ou les sondages pré-électoraux ?

Mais tous les quatre se trouveront confrontés à la problématique de la crise actuelle, qu’il faudra faire payer par quelqu’un, l’arbre-à-fric n’existant pas encore jusqu’à présent. Et qui seront les conchons-payeurs ?

Bref, nous ne devons pas nous laisser démonter par ce fouillis amplement perturbateur, mais au contraire garder toute lucidité et se convaincre que la gouvernance de notre pays dépend des gens que nous mettons en place par nos choix.

Votons en citoyens responsables ce dimanche 7 juin, donnons plus de voix aux gens qui sont les plus proches des problèmes du peuple, plus à l’écoute aussi ; donnons-leur de la voix pour une société plus sociale, plus solidaire et moins individualiste, faites le bon choix, celui du PTB+, la liste n°18.

10:23 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : justice, social, elections, societe, scrutin, votes, choix, ptb, ptb, socialisme, equite, europe, regions |  Facebook |

01/06/2009

Stop au cirque politique!

L'exclusion sociale, la précarité, l'incertitude future, autant d'hésitations que de désarroi face à la politique actuelle menée par les partis les plus en vue.

Autant la sympathie peut être source de confiance, autant la tromperie peut susciter la méfiance collective.

A coup sûr, des changements profonds seront visibles lors des élections du 7 juin. Le paysage politique sera quelque peu modifié, mais pas en profondeur. Non. Le gouvernement belge sera toujours dirigé par la coalition élue il y a deux ans. Les pratiques douteuses seront toujours présentes.

Ces élections seront toutefois interprétées comme baromètre électoral, mais au mépris pur et simple, dans la plus pure abnégation des responsabilités des 4 grands partis, ceux les plus en vue, ceux qui sont si médiocrement omniprésents, ceux qui ne tiennent pas compte, ou si peu, de l'électorat qui les a placés.

Les citoyens belges auront, le 8juin prochain, une fois de plus, le sentiment d'avoir été grugés, meurtris dans leur soi-disant liberté d'opinion, de cette soi-disant démocratie, celle qui leur impose la loi des "grands", au service des "très grands", au service d'un système qui a montré de quoi il est capable, ses limites dépassées, sa faillite, tout simplement.

Comme en 1929, la crise actuelle ne se répercutera pas tout de suite sur les gens, sur monsieur et madame tout-le-monde. Non, car en fait plusieurs phases seront exécutées préalablement. Notamment le renflouement des banques privées par les deniers publics, l'argent du contribuable. Ensuite, cet argent, il faudra le rembourser, et qui va payer selon vous?

Comme dans toute grosse crise structurelle du système capitaliste, les gens qui constituent la majorité de la société, les travailleurs, les salariés ou les indépendants, les allocataires sociaux, etc.. paieront, et paieront même très cher cette crise qui n'est pas la leur, mais bien celle des capitalistes, la crise du système.

A coup sûr, des changements peuvent être faits, dans le paysage politique, en leur montrant qui nous sommes, le 7 juin, en votant pour un parti qui n'est pas de cette majorité écrasante et oppressante, toute dévouée à l'exploitation, notre exploitation.

Ce blog n'est pas neutre, ce blog est politique, c'est sûr, et donc il est lié à une opinion, l'opinion du blogueur, fatalement. Cette opinion est bien à gauche, et non de cette gauhe-caviar qui n'a plus de socialiste que le nom, mais un vrai parti de gauche, un parti qui crie haut et fort, qu'il est grand temps de mettre fin à tout ce cirque politique, pour les gens du peuple d'abord, et surtout pas pour le profit d'une minorité exploiteuse.

Le Parti du Travail de Belgique (PTB+) est un bon choix, et j'espère que ce sera également le votre, c'est la liste 18, n'oubliez surtout pas, car vous aussi, vous avez le droit de dire "STOP AU CIRQUE POLITIQUE".

03:22 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ptb, socialisme, capitalisme, marx, crise, travail, travailleurs |  Facebook |

23/05/2009

Vidéos très intéressantes

08:18 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Economie-politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : societe, ptb, politique, elections, socialisme, social, democratie |  Facebook |

02/01/2008

Message de Nouvel-An 2008

Bonjour,

 

Recevez mes meilleurs vœux pour 2008; et surtout meilleurs vœux de courage pour se battre contre l'ennemi du peuple, contre le Grand-Capital exploiteur.

 

Un message de Nouvel-An, un message d'espoir, un message à l'intention de celles et ceux qui n'ont sûrement pas les moyens de lire ce message, pour que nous pensions à eux, plus particulièrement.

 

Ils vivent dans la rue, ils n'ont pas les moyens de se vêtir convenablement, de se loger décemment, de se nourrir et se chauffer comme il se doit.

 

Ayons une pensée pour eux, et aidons-les comme nous le pouvons, dans la solidarité; et luttons pour que la pauvreté grandissante ne devienne pas le fléau du peuple.

Peuple assassiné en bonne et due forme, en toute légalité, par la bourgeoisie, par la minorité profiteuse.

 

La pauvreté ne devrait pas exister, la pauvreté n'a aucune raison d'être, à notre époque, et pourtant, vous qui lisez ce message et moi qui l'écrit, nous serons peut-être demain dans la rue, avec les exclus.

 

Ensemble, luttons, pour que cesse cette exploitation !

 

Nous vivons une ère de régression sociale sans précédent. Tout ce que nos arrière-grands-parents et grands-parents ont obtenu en luttant parfois jusqu'à la mort, nous sommes occupés de tout perdre en quelques années seulement. On ne compte plus les entreprises qui ferment, souvent sans raison valable, si ce n'est que pour la recherche d'un profit toujours grandissant, au seul bénéfice de cette minorité exploiteuse. Les entreprises privées, mais aussi publiques sont touchées de plein fouet par les manigances spéculatives des gens qui nous dirigent réellement, le patronat, les investisseurs, la bourgeoisie, le Capital.

 

Tout coûte de plus en plus cher, tout augmente, sauf nos salaires.

 

Nous sommes en guerre, le peuple est en guerre, une guerre perpétuelle contre la bourgeoisie. C'est la lutte des classes. Malheureusement une majorité d'entre-nous est anesthésiée par le superficiel, l'individualisme, le confort personnel, l'autosatisfaction.

 

Il n'existe aucune baguette magique permettant de gagner ces batailles; non, aucune recette-miracle non plus, mais seulement un concept, une idéologie, le socialisme, le socialisme vrai, et surtout ce  qui peut se résumer en un mot:

 

LA SOLIDARITE

12:28 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Morale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : socialisme, bourgeoisie, pauvrete, nouvel-an, exploitation, capitalisme, societe |  Facebook |

17/12/2007

La manifestation de samedi 15 décembre 2007 - La vidéo.

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La vidéo de la manif

18:02 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exploitation, ptb, manifestation, pouvoir_d achat, socialisme, solidarite |  Facebook |

25/11/2007

Syndicalisme

 

Le droit de grève en questions - Le service minimum.

Dampremy PCB-CGSP 22-11-2007 008

Pourquoi ce double titre pour un sujet qui n'est pas forcément identique ?

Ce jeudi dernier, le 22 novembre, nous avons pu assister à une séance d'information sur l'initiative collégiale des Camarades du Parti Communiste de Charleroi, voir le bulletin d'informations sur le site de Robert Tangre "L'Etincelle - Bulletin électronique de la Fédération de Charleroi ". Lesquels ont aimablement invité le Président de la CGSP Cheminots, Gérard Gelmini; Alain Semal, secrétaire permanent intersectoriel CGSP de Charleroi; Claude Poitoux, secrétaire régional du secteur Tram Bus Métro de Charleroi CGSP; et Etienne Libert, secrétaire permanent CGSP Cheminots à Charleroi.

La trentaine de militants et sympathisants ont pu bénéficier du discours des intervenants, dont les sujets ne pouvaient qu'être d'actualité.

Dampremy PCB-CGSP 22-11-2007 001

Tentative de réponse à la question posée en premier:

La situation chaotique de la politique menée dans notre si petit pays ne laisse présager rien de bon socialement, tant pour les actifs que pour tous les autres. Le gouvernement qui s'annonce est d'orientation de droite, que l'on pourrait même qualifier de droite pure. La politique menée ces derniers temps se repose trop sur l'excuse d'une adaptation un peu trop forcée à une Europe en pleine évolution (...), mais une évolution pour qui?

Celle des patrons, celle de cette poignée d'actionnaires, d'investisseurs peu scrupuleux du bien-être d'autrui; ces vautours assoiffés de pouvoir. Mais pas n'importe quel pouvoir; celui de l'argent, l'argent gagné sur le compte de la sueur et du sang du travailleur!

Le service minimum est un jalon; un début; une séquestration des principes de défense du travailleur, "vos grèves? On en a rien à cirer, le service minimum permettra de se passer de vos services, vous n'êtes plus indispensables. Le service minimum nous permettra, à nous, patrons, de ne plus être obligés de satisfaire à vos exigences. Basta les syndicalistes du dimanche, le pouvoir nous appartient vraiment, désormais, à nous, les Rois-décideurs-tout-puissants!". Le patronat fait fi des droits de l'ouvrier, du cadre, du salarié; qui n'a plus qu'à se voir perdre ce qui a été acquis de dure lutte durant des décennies, des siècles même.

Ainsi donc, la corrélation est faite entre le service minimum et le droit de grève.

Mais ne nous leurrons pas sur les intentions de nos politicards de droite; museler le syndicat par une limitation drastique des droits à la grève ne peut signifier qu'à court terme, la perte d'autres droits sociaux paraît une incontournable évidence. On bâillonne, puis on tue!

Les Français en font actuellement les frais avec "Sarko-le-dépeceur-du-droit-social".

La contre-offensive ne saura être permise qu'avec le consentement, le rapprochement des forces de gauche.

La grève, même si l'orientation des médias pousse l'opinion publique à la prétendre néfaste; la grève est nécessaire, nécessaire pour se faire entendre du patronat qui joue à la sourde-oreille; nécessaire pour toutes et tous, même celles et ceux qui n'y croient pas, ou qui ne croient pas que dans un avenir très proche, ils perdront le peu auquel ils se raccrochent, leur bien-être, leurs rêves.

La prise de conscience de toutes et tous doit s'effectuer aussi sur le plan médiatique, sur le terrain conquis par nos décideurs, nos bourreaux.

Nous devons nous apprêter à vivre des heures sombres, et nous devons toutes et tous en avoir conscience, et pour çà, nous devons nous remettre en questions, et accepter de perdre un peu, pour ne pas devoir tout perdre.

La grève est un choix, le bon choix, pour que la lutte aboutisse à un monde meilleur, un monde plus équitable, notre monde des travailleurs, notre communauté solidaire.

21:54 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : greve, droits, social, socialisme |  Facebook |

30/08/2007

Pauvre PS, tu n'as plus de socialisme que le nom!

rudy02

De François F., Liège, le 30 août 2007 : 

Bonjour, 

Voici la lettre ouverte que j'ai écrite ce matin à Demotte. Elle est publiée sur le bog de sud presse, sur rtl info et sur mon blog perso. Je l'ai aussi envoyée à 5 quotidiens francophones. 

Lien RTL info : http://www.rtlinfo.be/news/article/28311/0/?#BLOC_show_co...

Lien Sud presse : http://blog.sudpresse.be/redaction/2007/08/29/3785/#comme...

Blog perso : http://lesgensdabord.skynetblogs.be/ 

"Lettre ouverte à M Demotte", 

Cher M. le ministre-président, 

A la question "C'est du libéralisme, ça?" vous répondez "Je suis un socialiste moderne".

J'y vois un superbe aveu de la position actuelle du PS : abandon des travailleurs au profit du grand capital. Je ne vois dans votre pacte aucunes mesures d'améliorations pour ceux qui travaillent et qui contribuent à la sueur de leur front à enrichir vos camarades capitalistes.

Vous êtes pour limiter le droit de grève alors que votre propre parti à construit toute sa puissance, dans le passé, sur le combat des travailleurs "grévistes". Un peu d'histoire : Savez-vous combien de travailleurs belges (à ce moment-là nous étions encore unis) sont morts dans les rues et au piquet de grève pour arracher les acquis sociaux et de démocratie qui ont fait de vous un ministre-président?

La grève, M. Le ministre, est le garant ultime des libertés. Savez-vous que la première chose interdite par Hitler et Mussolini fut justement la grève. Depuis 1973, date du 1er choc pétrolier, date à laquelle il y avait 80000 chômeurs, les travailleurs ont subis mesures d'austérité sur mesures d'austérité et le résultat est que nous avons maintenant 600.000 chômeurs et 13 % des belges vivent sous le seuil de pauvreté.

Il est clair que "se serrer la ceinture" ne concerne que ceux qui alimentent le gâteau de la richesse et non ceux qui le mangent. Le leitmotiv actuel est "des riches toujours plus riches et des pauvres toujours plus pauvres". A la force de diminuer le pouvoir d'achat des travailleurs, il viendra le moment où nous ne pourrons plus acheter les biens produits et ce sera la crise profonde avec les pires conséquences pour les travailleurs. A terme cette politique n'est plus tenable. Nous, les travailleurs, nous savions depuis longtemps que les libéraux favorisaient le grand capital et maintenant, nous savons que les socialistes aussi. Toucher au droit de grève, quelque soit sa forme, est une atteinte profonde aux libertés démocratiques et un oubli inacceptable aux générations de travailleurs qui se sont battus pour les acquérir. Je suis sûr qu'ils doivent se retourner dans leurs tombes. Il y a cent ans, les travailleurs n'avaient aucuns droits, avec vous, nous sommes sur le chemin pour perdre ce qui nous restent d'acquis sociaux et démocratiques.

"Qui ne connaît l'histoire est appelé à la revivre". Et si vous pensiez aux gens d’abord, avant le profit …" 

Avec mes amitiés combatives,François

François F. 


Au cas où vous auriez des difficultés à accéder à l'interview de Demotte, cliquez sur http://www.archive-host2.com/membres/up/1469707911/Demott...


15:54 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : politique, syndicalisme, socialisme, actualite, greve |  Facebook |

21/08/2007

François F., un Camarade au coeur bien à gauche.

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18:31 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Philo Marxiste-léniniste | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : che, solidarite, socialisme |  Facebook |