16/02/2010

Le stress au travail : "une maladie professionnelle" ?


Par Nadia Agsous (article original sur le site "oulala.net")

Qu’est ce que le stress ? (1)

Une transaction particulière entre la personne et l’environnement dans laquelle la situation a été évaluée par l’individu comme excédant ses ressources et pouvant menacer son bien-être (Lazarus et Folkman).

L220xH220_gif_stress-positif1-6-913f9Il intervient lorsque se manifeste un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face, écrit Elisabeth Grebot, psychologue clinicienne et chercheure en psychologie clinique à l’université Paris-Descartes, dans son dernier ouvrage qui traite du stress professionnel, de ses conséquences sur la santé physique et psychologique des salarié(e)s et des traitements adéquats pour gérer voire traiter ce phénomène considéré comme le troisième enjeu de santé au travail.

Dans cette étude documentée et détaillée de 127 pages illustrée par des études de cas, des enquêtes nationales, européennes et mondiales, l’auteure distingue trois notions définies par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (O.S.H.A) : les facteurs stressants, c’est-à-dire les situations contraignantes qui favorisent l’apparition du stress. Les réactions physiques et psychiques aux facteurs de stress. Et les effets « observables » sur les comportements et/ou sur la santé.

Le stress, une « maladie des temps modernes ? »


Selon E. Grebot, le stress n’est pas un phénomène nouveau. En 1823, le britannique Swan a parlé « d’ulcères de stress ». En 1946. le « père du stress », Hans Selve (1907-1982) a utilisé ce terme lors d’une conférence au Collège de France (Paris). En 1950, il établit une distinction entre « l’agent stressant » (« stressor ») et « la réaction d’adaptation » (stress), d’une part. Et d’autre part, entre « l’eustress » (le bon stress) et le distress » ( mauvais stress).

L’idée de bon et de mauvais stress prônée par Hans Steve qui propose une approche biologique du stress a fait l’objet d’une remise en question. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité, ((l’I.N.R.S.), scientifiquement, « il n’y a ni « bon » ni « mauvais » stress mais un phénomène d’adaptation du corps rendu nécessaire par l’environnement ». Et à l’auteure de distinguer deux états de stress : « l’état de stress aigu qui renvoie aux réponses du corps humain à des situations ponctuelles et « l’état de stress chronique » qui correspond aux réactions de l’organisme face à des situations qui s’inscrivent dans la durée.

Le stress, « une nouvelle maladie professionnelle ? »


De nos jours, il semble y avoir une confusion entre maladie et stress, phénomène qui touche de plus en plus de personnes notamment dans les sociétés industrielles. D’une manière générale, le travail est considéré comme un facteur générateur de stress. Le nombre des « fracassés du travail » (Marie Pézé, psychologue) a augmenté et les « patho-logies aiguës, psychiques et somatiques » ont multiplié. Ainsi, pour beaucoup de salarié(e)s, cadres et non cadres, le travail est synonyme de pénibilité devenant ainsi un « instrument de torture », définition qui fait référence à l’étymologie latine du mot travail (« trepalium »).

La pénibilité au travail n’est pas que d’ordre physique. Elle est également mentale, psychologique et émotionnelle. Cette nouvelle donne est la conséquence de la modification de la nature des facteurs de stress. En effet, la surcharge et l’accélération du rythme du travail, la suppression d’emplois avec les nouvelles technologies de l’information, la pression du temps et les nouvelles formes d’organisation du travail impliquent une « responsabilisation » plus importante des salarié(e)s et intensifient la charge mentale du travail engendrant ainsi une « idéologie plus individualiste, une désolidarisation des liens sociaux -et- une solitude accrue » au sein de l’entreprise (pathologie de la solitude). Cependant, il semble important de noter que le travail ne revêt pas systématiquement une connotation négative. Pour certain(e)s, l’entreprise n’est pas synonyme de stress, de souffrance et d’insatisfaction.

« Les raisons de stresser... »

Le management par le stress et la peur : une méthode stimulante ?


Dans beaucoup d’entreprises, pour des raisons d’augmentation de la productivité, les salarié(e)s se retrouvent soumis à des sollicitations de plus en plus croissantes au delà de leurs limites. Le management par le stress et la peur a des effets négatifs sur le bien-être des salarié(e)s et l’ambiance au travail et sur la productivité. Cette méthode managériale engendre une dégradation des conditions de travail, crée de la violence sur le lieu de travail, détériore les relations entre les salariés conduisant peu à peu à un épuisement notamment psychologique.

Certain(e)s sont plus sensibles au stress que d’autres ?

Certains traits de personnalité comme le pessimisme, l’anxiété et l’affectivité négative, c’est-à-dire la prédisposition à être sujet aux émotions négatives telles que la honte, la colère, l’agressivité ont tendance à accentuer la fragilité émotionnelle et le désarroi psychologique. D’autre part, l’optimisme et l’affectivité positive, c’est-à-dire l’aptitude à faire face aux situations difficiles avec vitalité en ayant recours à des stratégies qui s’appuient sur des ressources internes jouent un rôle important dans la prévention et la gestion du stress professionnel.

Selon E. Grebot, le stress, c’est dans la tête. Dit autrement, c’est l’idée que chaque individu se fait d’une situation qui crée le stress ou pas. A la lumière de cette définition, elle distingue, d’une part, « le stress perçu » qui renvoie à l’évaluation subjective d’une situation et ainsi la signification que chaque individu se fait d’un événement donné. Et d’autre part, « le contrôle perçu », c’est-à-dire la certitude qu’un individu contrôle le cours de l’événement qui se présente à lui.

Un sentiment de contrôle élevé est un facteur aidant dans la perception positive d’une situation et la consolidation du sentiment de compétence. Lorsque le sentiment de « soutien perçu » est élevé, il contribue à la diminution du sentiment de stress et de fatigue professionnelle et consolide le sentiment d’appartenance à un groupe solidaire.

Les effets du stress sur la santé physique et psychologique...

Dans cette partie de l’ouvrage, l’auteure souligne l’existence d’un lien entre le stress professionnel et les risques d’accidents cardio-vasculaires. En effet, l’état de stress permanent est susceptible de générer des déréglements métaboliques qui sont autant de risques pour le système cardio-vasculaire.

Les symptômes somatiques et psychologiques liés au travail se manifestent sous diverses formes : maux de tête, migraines, crispations, découragement, douleurs de dos et des membres … Et selon le Ministère du travail, les maladies diffèrent selon l’activité professionnelle. Les agriculteurs, les ouvriers et les artisans ont plus souvent des problèmes musculo-squelletiques. Pour les cadres, le stress professionnel engendre des troubles psychologiques comme la dépression.. Selon l’Organisation de la Santé, la France occupe la troisième place mondiale pour les dépressions liées au travail.

Le « burnout » ou l’épuisement professionnel est définie comme une « pathologie d’allure dépressive qui se manifeste sous forme de lassitude émotionnelle » qui se caractérise par un désinvestissement dans le travail, une perte d’enthousiasme, une fatigue au travail, une perte de confiance en soi, une diminution de l’estime de soi et une hantise du sentiment d’échec. Le lien entre le burnout et le suicide est très étroit. Selon E. Grebot, « c’est le stade final d’une rupture d’adaptation qui résulte d’un déséquilibre à long terme entre les exigences professionnelles et les ressources de l’individu ».

Comment prévenir et traiter le stress professionnel...


Selon le Code du travail (art. L. 230-2), les employeurs ont obligation d’assurer la sécurité physique et mentale des travailleurs de l’établissement. Par ailleurs, les Accords européens sur le stress, le harcèlement et la violence au travail mettent l’accent sur l’obligation de l’employeur de prévoir des mesures préventives sur le lieu de travail. Cependant, ces dispositions réglementaires ne sont pas toujours suivies d’effet. L’auteure note l’existence d’un écart entre l’« intention » et l’« application ».

Afin d’agir efficacement au sein d’une entreprise, E. Grebot préconise l’intervention des professionnels en gestion du stress ayant des compétences en psychologie et en psychologie des organisations. Cette action comprend des mesures préventives qui consistent à faire un diagnostic du stress en procédant à une identification, évaluation et analyse des facteurs stressants. Cette phase de l’intervention organisationnelle doit aboutir à l’élaboration d’un plan d’action. Cette action doit favoriser la participation des salariés. La présence d’un intervenant extérieur est vivement recommandée.

Le second type de mesures d’ordre essentiellement individuel consistent à faire intervenir des psychologues sur le lieu de travail notamment en cas de passages à l’acte suicidaire. Elles visent à prévenir l’apparition des symptômes post traumatiques par des soins « immédiats » « defusing » ou « décrochage » prenant la forme de rencontres proposée aux salariés soit en groupe soit en individuel. Par ailleurs, des actions de prévention primaires « simples » peuvent être organisées. L’objectif étant d’informer sur les signes précurseurs du suicide, privilégier la parole, renforcer le système de solidarité entre collègues et les liens sociaux dans l’entreprise.

Le recours à des techniques de restructuration cognitive permet d’apprendre à s’affirmer, à s’opposer et d’avoir cette « capacité d’exister, de défendre son point de vue sans l’imposer de manière autoritaire… ».

Pour conclure, il semble important de souligner que le travail a tendance a devenir un lieu de souffrance physique et psychologique pour beaucoup. Nous assistons à une multiplication et une diversification des facteurs de stress professionnel : hausse de la pression, augmentation du rythme de travail, diminution des délais, de l’autonomie, gestion par la peur, La somme de ces facteurs ont des répercussions négatives sur la santé physique et mentale des salarié(e)s, sur la productivité, la qualité du travail…

Le stress professionnel touche le secteur privé et le secteur public, les salarié(e)s, les étudian(e), les jeunes, les adultes. Il est cependant plus élevé pour les femmes, les ouvriers et les employés. Pour prévenir le stress, il est important d’ améliorer les conditions de travail, de la communication et de favoriser l’accompagnement individuel par des psychologues. Cette tâche incombe aux employeurs et aux partenaires qui ont la responsabilité d’assurer le bien-être sur le lieu professionnel.

Et si le travail a tendance à être la source majeure du stress dans les sociétés contemporaines, il n’en demeure pas moins que la perte d’emploi, un licenciement et la recherche d’un empoi constituent autant de facteurs générateurs de stress.

A lire cet ouvrage qui intéressera les salarié(e)s, les employeurs et toute personne intéressée par la question du stress professionnel, et d’une manière plus large, par la psychologie sociale et la psychologie de la santé.

Notes

1) Le terme stress est le diminutif du mot « distress » (détresse). En langue latine, le mot « stringere » signifie « mettre en tension », « serrer », « étreindre ».

16:00 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Vie sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, maladie_professionnelle, exploitation, corveabilite, stress |  Facebook |

18/09/2009

France Télécom prié de s'expliquer après une série de 23 suicides

France Télécom prié de s'expliquer après une série de 23 suicides

14/09/2009

Le gouvernement français a décidé d'intervenir dans la crise que traverse le géant des technologies France Télécom, frappé par une série de 23 suicides en 18 mois parmi ses salariés, attribuée par les syndicats au stress et à la dureté des restructurations.

Le PDG du groupe Didier Lombard a été convoqué par le ministre du Travail, Xavier Darcos. Il sera reçu mardi, et le gouvernement lui a demandé de convoquer un conseil d'administration consacré à cette série de suicides, "incroyable dans une seule entreprise", selon l'expression du ministre du Budget Eric Woerth.
Une "scène d'une violence absolue".

Lundi, une minute de silence devait être observée sur tous les sites de France Télécom à la mémoire d'une salariée qui s'est jetée vendredi de la fenêtre de son bureau. Elle est décédée après deux heures d'agonie, une "scène d'une violence absolue", selon le syndicat CGC-UNSA.

Selon la direction de France Télécom, la jeune femme "venait d'apprendre qu'elle changeait de chef d'équipe".

Les syndicats imputent la série de suicides aux méthodes de management dans ce groupe, géant mondial des technologies et employant environ 100.000 personnes dans le pays. Avec une participation de 26%, l'Etat est le principal actionnaire du groupe privatisé en 1997.

Ceux qui étaient salariés au moment de l'ouverture du capital ont conservé leur statut de fonctionnaire. Ils représentent aujourd'hui 65% des effectifs d'un groupe devenu en quelques années un géant de la technologie, après avoir été pendant des décennies le monopole public du téléphone.

Les 23 suicides de salariés "c'est 23 histoires individuelles certainement, mais c'est dans une même entreprise et bien souvent avec l'expression d'un grand désarroi et d'une grande solitude dans l'entreprise", a estimé la ministre de l'Economie Christine Lagarde.

Il faut "tout mettre en oeuvre pour aller à la racine de ces problèmes et comprendre si ce sont les restructurations, les changements de métier" qui en sont à l'origine, a-t-elle insisté.

Les 23 cas, "ce n'est pas que des drames personnels", a répondu le secrétaire général du syndicat CFDT, François Chérèque car "le suicide, c'est tout un certain nombre de difficultés personnelles, mais passer à l'acte sur son lieu de travail, c'est un appel sur un problème qui est directement lié au lieu où on passe à l'acte". Il a demandé un moratoire sur les restructurations.
Le malaise au travail et la pression sur les salariés.

Depuis plusieurs années, les syndicats déplorent le malaise au travail et la pression sur les salariés, notamment pour les inciter à partir dans le cadre d'un plan de départs volontaires qui a permis de se séparer en trois ans de 22.000 salariés (pour 5.000 embauches).

Pour eux, ce sont les méthodes de management qui sont à l'origine de la série de suicides observée depuis février 2008, soit une moyenne de 5,4 suicides par an pour 100.000 salariés contre 1,6 pour 100.000 pour le reste de la populaton active en France.

Le suicide est une "affaire trop grave, trop personnelle pour qu'on puisse réduire ce phénomène que l'on constate chez France Télécom à un problème d'organisation de l'entreprise", a estimé de son côté le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, plus proche collaborateur du président Nicolas Sarkozy. Mais il a appelé France Télécom à venir "au secours de ceux qui sont dans la difficulté".

La direction du groupe a proposé la semaine dernière de suspendre provisoirement les mobilités au sein du groupe. Elle a aussi annoncé des négociations sur le stress dès le 18 septembre et le recrutement de 100 spécialistes des ressources humaines de proximité ainsi que de médecins du travail.

Levif.be avec Belga

19:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stress, suicides, exploitation, travail, capitalisme |  Facebook |

17/09/2009

De plus en plus de suicides sur le lieu de travail!

De plus en plus de suicides sur le lieu du travail
10.09.09 - Source RTBf

La journée mondiale de prévention du suicide ce jeudi est l'occasion de lever le voile sur un phénomène qui prend de l'ampleur: le suicide au travail. Chez France Telecom par exemple, 22 personnes se sont donnés la mort depuis février 2008.

Dernière tentative en date: mercredi, un employé s'est blessé d'un coup de poignard lors d'une réunion de travail. Il avait été informé d'un changement de secteur d'activité récemment. Mais, selon la direction, rien ne laissait présager cet acte désespéré. A aucun moment, l'employé n'avait manifesté son désaccord.

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à faire appel à des associations spécialisées dans la prévention du suicide.

Le nombre de cas de suicides au travail est en augmentation. C’est la loi des séries dans plusieurs entreprises: un opérateur français de téléphonie, un constructeur automobile français, certaines zones de police en Belgique.

Le passage à l'acte résulte non pas d'un, mais le plus souvent de plusieurs facteurs, personnels, professionnels. Le responsable, c'est l'acteur lui-même. La question est cependant posée: l'entreprise elle a-t-elle sa part de responsabilité?

6 suicides par jour en Belgique

Beatrix Lequeux, qui travaille au centre de prévention du suicide et répond aux appels de collaboration des sociétés, explique que l’entreprise est responsable des conditions de travail qu’elle offre à son employé: "elle ne va pas être responsable du suicide directement, mais elle aura une responsabilité dans ce qu’elle aura mis en place".

Dans 85% des cas, la tentative de suicide est annoncée, au détour d'une conversation et souvent dans le milieu professionnel. Au Centre de prévention du suicide, Paulette Duhaut accompagne la personne qui a survécu à une tentative de suicide. Selon elle, "c’est évident que si l’entourage direct, par exemple au travail, est rejetant, ridiculise ou n’entend pas, ça va ajouter à la détresse de la personne".

Le Centre de prévention installe le suicide comme un enjeu majeur de santé publique: six Belges se suicident chaque jour, pour des tentatives vingt fois plus nombreuses.

(D. Delhalle)

14:38 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suicides, travail, exploitation, stress, depression, capitalisme |  Facebook |