05/09/2010

L’heure des faucons

L’heure des faucons
Selim K. (Extrait de "INVESTIG'ACTION")

iran_guerrej726d-60398.jpgLe parallèle est trop évident pour ne pas sauter aux yeux. La reprise économique américaine donne des signes inquiétants d’essoufflement. Dans le même temps, l’amiral Mc Mullen, chef des armées des Etats-Unis, informe benoîtement que ses stratèges ont conçu des plans de bataille contre l’Iran. Les Etats-Unis annoncent également qu’un réseau intégré de défense antimissile en Europe, en Israël et dans le Golfe, destiné à protéger ces régions de représailles iraniennes, est en voie d’achèvement.

L’activation d’un tel bouclier antimissile et d’un système de radars entourant l’Iran signifie clairement l’accélération des préparatifs d’une frappe contre le pays des ayatollahs. Le pari est immensément risqué, car nul ne peut prédire la magnitude des répliques iraniennes ni les répercussions de l’explosion d’un conflit dans une région très fragile.

L’agressivité américaine, nullement refroidie par les récents revers en Irak et en Afghanistan, est bien en quête d’un nouvel exutoire. Apparemment, les partisans d’une approche prudente cèdent le pas devant l’offensive des néoconservateurs pour qui l’Iran est une menace vitale pour Israël et les Etats-Unis. Les sous-impérialismes européens, qui n’acceptent pas la modification en cours des rapports internationaux, sont entraînés dans l’escalade belliciste. Autant que la perte de leur hégémonie conjointe, c’est la défense de la « démocratie » coloniale israélienne qui est au premier plan des préoccupations des architectes de la guerre. Pour ces milieux, un conflit de nature « civilisationnelle » pourrait escamoter des politiques publiques de plus en plus injustes et des difficultés économiques auxquelles ils ne peuvent faire face par des moyens conventionnels. La mort et la destruction sont donc tranquillement présentées par des individus très rationnels comme le moyen d’exporter la démocratie et d’asseoir la paix du monde.

Quelle différence avec des extrémistes fanatisés ? A lire les déclarations des partisans de la guerre, seule l’ampleur de leurs moyens les différencie des terroristes qu’ils prétendent combattre. Ces derniers, isolés au sein même de leurs sociétés, ne disposent pas en effet des instruments de propagande ni des capacités militaires et de manipulation de l’opinion de Washington. Les dirigeants américains, fidèles à leur tradition, n’ont jamais renié la politique de la canonnière - aujourd’hui remplacée par le porte-avions - des premiers temps de l’expansion impériale. Avec un argumentaire à peine actualisé. Mais la situation politique globale qui prévalait au dix-neuvième siècle a bel et bien changé, même si la puissance de destruction américaine a considérablement augmenté.

Le cours des événements actuels montre que la nature des orientations américaines n’évolue pas, quelle que soit la couleur politique du président et la tonalité du discours officiel. Le système politique américain, strictement verrouillé, est fondamentalement soumis à des intérêts très minoritaires. Les espoirs placés dans l’élection de Barack Obama ont rapidement laissé place au désenchantement. Le credo du changement invoqué sur tous les registres n’est au final que pur artifice. Le président, comme ses prédécesseurs, est aux ordres de ceux qui l’ont installé à la Maison-Blanche et qui encadrent strictement ses politiques.

Osera-t-il s’opposer aux faucons de mauvais augure qui l’entourent ? Il est permis d’en douter.

25/07/2010

L'origine des guerres (reflexion de Fidel Castro)

La Havane. 12 Juillet  2010

(Article extrait de "GRANMA.CU")

L’origine des guerres

Fidel Alejandro Castro Ruz (2).jpgJ’AI affirmé le 4 juillet que les Etats-Unis ne céderaient pas, et l’Iran non plus: «…les uns, par arrogance de puissants; l’autre, par la résistance au joug et par la capacité de combattre, comme cela est arrivé si souvent dans l’histoire de l’homme.»

Dans presque toutes les guerres, une des parties souhaite l’éviter, et parfois les deux. En l’occurrence, celle-ci éclaterait, même si l’une de parties ne le désire pas, comme cela arriva lors des guerres mondiales de 14-18 et de 39-45, séparées par vingt-cinq ans à peine.

La boucherie fut effroyable. Ces guerres n’auraient pas éclaté sans des erreurs de calculs préalables des deux parties qui défendaient des intérêts impérialistes et croyaient pouvoir atteindre leurs objectifs sans de si terribles coûts.

Dans le cas présent, l’une des parties défend des intérêts nationaux absolument justes; l’autre poursuit des visées illégitimes et des intérêts bassement matériels.

Quand on analyse toutes les guerres qui se sont déroulées dans les annales de l’Histoire, on constate que l’une des parties a toujours visé ces objectifs-ci.

L’illusion qu’il soit possible de les atteindre en l’occurrence sans la plus terrible de toutes les guerres est absolument vaine.

Dans l’un des meilleurs articles publiés sur le site web Global Research, le 11 avril 2010,  Rick Rozoff apporte de nombreux critères incontestables sur les visées des USA. Toute personne qui se veut bien informée doit les connaître.

Selon cet auteur, les USA pensent qu’«une guerre peut être gagnée sans même avoir été lancée. Il est possible de remporter la victoire si l’adversaire sait qu’il est vulnérable à une attaque instantanée et non détectable, écrasante et dévastatrice, sans qu’il puisse se défendre ou exercer des représailles».

C’est «un pays qui aspire à rester le seul Etat dans l’histoire à exercer une domination militaire complète sur terre, dans les airs, sur les mers et dans l’espace.»

«Qui maintient et étend des bases militaires et des troupes, des groupes de bataille formés de porte-avions et de bombardiers stratégiques sous presque toutes les latitudes et longitudes. Qui possède pour ce faire un budget de guerre record depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale: 708 milliards de dollars pour le prochain exercice fiscal»

«…le premier pays à avoir mis au point et utilisé des armes atomiques.»

«…les USA conservent 1 550 ogives nucléaires déjà déployées et 2 200 (ou 3 500 selon certains calculs) de plus entreposées, et une triade de vecteurs de lancement terrestres, aériens et sous-marins».

«Leur arsenal non nucléaire utilisé pour neutraliser et détruire les défenses aériennes et stratégiques, potentiellement toutes les forces militaires importantes d’autres nations, sera constitué de missiles balistiques intercontinentaux, de missiles balistiques adaptés pour être lancés à partir de sous-marins, de missiles de croisière et de bombardiers hypersoniques, et de bombardiers stratégiques "super-furtifs" non détectables par les radars et donc capables de déjouer les défenses terrestres et aériennes.»

Rozoff énumère les nombreuses conférences de presse, réunions et déclarations de ces derniers mois en provenance des chefs de l’état-major interarmes et de hauts fonctionnaires de l’administration étasunienne.

Il explique les engagements des USA envers l’OTAN et leur coopération renforcée avec leurs alliés du Proche-Orient, autrement dit, en premier lieu, Israël. Il écrit:

«Les USA intensifient aussi leurs programmes de guerre spatiale et cybernétique afin d’être en mesure de paralyser les systèmes de surveillance et de commandement militaires, de contrôle, de communications, d’informatique et de renseignement d’autres nations, les laissant absolument sans défense sauf au niveau tactique le plus élémentaire.»

Il rappelle que la Russie et les USA ont signé à Prague, le 8 avril dernier, le nouveau Traité START qui «ne contient aucune contrainte sur la capacité actuelle ou planifiée des USA en matière d’attaque conventionnelle globale rapide.»

Il rapporte de nombreuses nouvelles à ce sujet et donne un exemple éloquent sur les visées des USA:

« Le département de la Défense explore actuellement toute la gamme de technologies et de systèmes concernant la capacité d’attaque conventionnelle globale rapide qui pourrait offrir au président des choix plus crédibles et techniquement viables pour faire face à de nouvelles menaces en évolution.»

Je suis d’avis qu’aucun président, voire le chef militaire le plus expert, n’aurait un instant pour savoir quoi faire si cela n’était pas déjà programmé dans les ordinateurs.

Rozoff, imperturbable, rappelle l’analyse faite par Elaine Grossman sur Global Security Network dans un article intitulé  «Les essais concernant le missile d’attaque globale pourraient coûter 500 millions de dollars»:

«L’administration Obama a demandé 239,9 millions de dollars au profit des services militaires à des fins de recherche-développement sur une attaque globale instantanée pour l’exercice fiscal 2011…. Si le financement se maintient au niveau prévu dans les années à venir, le Pentagone aura dépensé quelque 2 milliards de dollars pour cette capacité d’attaque globale instantanée d’ici la fin de l’exercice fiscal 2015, selon les documents budgétaires soumis au Capitole ce dernier mois.»

«Un scénario tout aussi horrifiant au sujet des effets d’une attaque conventionnelle globale rapide, cette fois en version maritime, est apparu voilà trois ans dans la revue Popular Mechanics:

«Un sous-marin atomique classe Ohio émerge dans le Pacifique, attendant l’ordre de tir du président. Quand celui-ci arrive, le sous-marin tire un missile balistique Trident-II de 65 tonnes qui atteint en deux minutes plus de 22 000 km/heure. Il accélère au-dessus des océans et dans l’espace extra-atmosphérique sur des milliers de kilomètres.

«Au sommet de la parabole, en suspension dans l’espace, les quatre ogives du Trident se séparent et commencent à redescendre vers la planète.

«Les ogives, qui voyagent à près de 21 000 km/h, sont remplies de tringles de tungstène, un métal deux fois plus résistant que l’acier.

«Les ogives explosent juste au-dessus de l’objectif, répandant sur la zone des milliers de tringles, dont chacune est douze fois plus destructrice qu’une balle calibre 50. Tout ce qui se trouve dans un rayon de 280 m2 autour de ce tourbillon métallique est anéanti»

Rozoff explique ensuite la colonne écrite le 7 avril, sous le titre: «La surprise nucléaire d’Obama», par l’ancien chef de l’Etat-major interarmes russe, le général Leonid Ivachov, qui, après avoir fait référence au discours prononcé par le président étasunien à Prague, un an avant – «l’existence de milliers d’armes nucléaires est l’héritage le plus dangereux de la Guerre froide» – et à sa signature de START II dans cette même ville, le 8 avril dernier, affirme:

«L’histoire des USA durant le siècle dernier n’offre aucun exemple que les élites étasuniennes aient fait le moindre sacrifice pour l’humanité ou pour les peuples d’autres pays. Serait-il dès lors réaliste d’attendre que l’arrivée à la Maison-Blanche d’un président afro-étasunien change la philosophie politique de ce pays traditionnellement axée sur la domination mondiale? Ceux qui croient à quelque chose de pareil devraient alors se demander pourquoi les USA – le pays dont le budget militaire dépasse déjà celui de tous les autres pays du monde réunis – continuent de dépenser des sommes d’argent énormes pour se préparer à la guerre.»

Le général russe affirme:

«Le concept d’Attaque globale immédiate implique une frappe concentrée par des milliers d’armes conventionnelles de précision durant deux à quatre heures, qui détruirait complètement les infrastructures vitales du pays cible et le forcerait donc à capituler.»

«Le concept d’Attaque globale immédiate vise à maintenir le monopole des USA dans le domaine militaire et à creuser l’écart entre eux et le reste du monde. De pair avec le déploiement de missiles de défense censés blinder les USA face à des frappes de représailles russes et chinoises, l’initiative d’Attaque globale immédiate est en train de faire de Washington le dictateur mondial de l’ère moderne.»

«Par essence, la nouvelle doctrine nucléaire est un élément de la nouvelle stratégie de sécurité étasunienne qu’on pourrait mieux décrire comme stratégie de l’impunité totale. Les USA dopent leur budget militaire, lâchent les rênes de l’OTAN comme gendarme mondial et planifient des manœuvres réelles en Iran pour tester dans la pratique cette initiative d’Attaque globale immédiate. Entre-temps, Washington parle d’un monde absolument exempt d’armes nucléaires.»

Au fond, Obama prétend leurrer le monde en parlant d’une humanité exempte d’armes nucléaires, lesquelles seraient remplacées par d’autres extrêmement destructrices, mais mieux adaptées à la volonté de terroriser les dirigeants des Etats et de garantir cette nouvelle stratégie d’impunité totale.

Les Yankees croient que la reddition de l’Iran est proche. Dans ce sens, on s’attend à ce que l’Union européenne fasse connaître son propre train de sanctions le 26 juillet.

Les 5+1 se sont réunis la dernière fois le 2 juillet, après que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a affirmé que «son pays reprendrait les négociations fin août avec la participation du Brésil et de la Turquie».

Un haut fonctionnaire de l’UE «a averti que ni le Brésil ni la Turquie ne seront invités à ces conversations, du moins pas à ce niveau».

«Le ministre des Affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, s’est déclaré partisan de défier les sanctions internationales et de continuer d’enrichir l’uranium.»

Depuis le mardi 5 juillet où l’Union européenne a réitéré qu’elle prendrait de nouvelles mesures, l’Iran a répondu qu’il ne négociera pas avant septembre.

Les possibilités de surmonter cet obstacle insurmontable diminuent de jour en jour.

Ce qui va se passer est si évident qu’on peut le prévoir d’une façon quasi exacte.

Je dois de mon côté faire mon autocritique: j’ai commis l’erreur d’affirmer dans mes Réflexions du 27 juin que le conflit éclaterait le jeudi, le vendredi ou, au plus tard, le samedi. On savait alors que des bâtiments de guerre israéliens naviguaient vers l’Iran aux côtés des forces navales yankees, et que l’ordre d’arraisonner les cargos iraniens avait déjà été donné.

J’avais toutefois négligé une étape préalable: que l’Iran refuse concrètement l’inspection de ses cargos. Analysant le langage tortueux de la résolution du Conseil de sécurité imposant des sanctions à ce pays, je n’ai pas fait attention à ce détail sans lequel le mandat de perquisition ne pouvait être pleinement valable. C’était tout ce qu’il manquait.

Le délai de soixante jours fixé par le Conseil de sécurité le 9 juin pour recevoir des informations sur la mise en œuvre de sa Résolution prendra fin le 8 août.

Mais il s’est passé en fait quelque chose de plus lamentable. J’ai travaillé à partir du dernier document élaboré sur ce thème épineux par notre ministère des Relations extérieures, lequel ne contenait pas deux paragraphes cruciaux, les derniers de cette Résolution, que voici:

«36.  Demande au Directeur général de l’AIEA de présenter dans les 90 jours au Conseil des gouverneurs de l’AIEA et parallèlement, pour examen, au Conseil de sécurité un rapport concernant la suspension complète et durable par l’Iran de toutes les activités mentionnées dans la résolution 1737 (2006) et l’application par ce pays de toutes les mesures prescrites par le Conseil des gouverneurs et des décisions énoncées dans les résolutions 1737 (2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et dans la présente résolution;

«37.  Affirme qu’il examinera les mesures prises par l’Iran au vu du rapport demandé au paragraphe 36 ci-dessus, qui doit être présenté dans un délai de 90 jours, et: a) qu’il suspendra l’application des mesures susmentionnées si l’Iran suspend, et aussi longtemps qu’il suspendra, toutes les activités liées à l’enrichissement et au retraitement, y compris la recherche-développement, sous vérification de l’AIEA, pour ouvrir la voie à des négociations de bonne foi permettant de parvenir rapidement à un résultat mutuellement acceptable; b) qu’il mettra fin aux mesures visées aux paragraphes 3, 4, 5, 6, 7 et 12 de la résolution 1737 (2006), aux paragraphes 2, 4, 5, 6 et 7 de la résolution 1747 (2007), aux paragraphes 3, 5, 7, 8, 9, 10 et 11 de la résolution 1803 (2008) et aux paragraphes 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23 et 24 ci-dessus dès qu’il aura constaté, après réception du rapport visé au paragraphe précédent, que l’Iran respecte pleinement les obligations que lui imposent ses résolutions pertinentes et se conforme aux exigences du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, et que celui-ci l’aura confirmé; c) que, au cas où  il ressortirait du rapport demandé au paragraphe 36 ci-dessus que l’Iran n’a pas appliqué les dispositions des résolutions 1737 (2006), 1747 (2007) et 1803 (2008) et de la présente résolution, il adoptera, en vertu de l’Article 41 du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, toutes autres mesures qui pourraient être requises pour  persuader l’Iran de se conformer à ces résolutions et aux exigences de l’AIEA, et  souligne que de nouvelles décisions devront être prises si de telles mesures additionnelles s’avéraient nécessaires…»

Un compagnon du ministère, sans doute épuisé par le travail de nombreuses heures consistant à faire des copies de tous les documents, s’est endormi. Si j’ai pu découvrir cet oubli, c’est parce que je désirais avoir toute l’information possible et échanger des vues sur ces questions délicates.

A mon avis, les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont dit leur dernier mot. Deux puissants Etats dotés d’autorité et de prestige n’ont pas exercé leur droit de veto pour bloquer cette résolution perfide de l’ONU. C’était pourtant là la seule possibilité de gagner du temps à la recherche d’une formule pour sauver la paix, un objectif qui leur aurait procuré plus d’autorité pour continuer de se battre en sa faveur.

Aujourd’hui, tout est suspendu à un mince fil.

J’ai cherché avant tout à mettre en garde l’opinion publique internationale sur le cours des événements.

J’y suis arrivé en partie en observant ce qu’il se passait, en ma qualité de dirigeant politique qui a affronté pendant de longues années l’Empire, ses blocus et ses crimes inqualifiables. Mais je ne le fais pas par esprit de vengeance.

Je n’hésite pas à courir le risque de compromettre ma modeste autorité morale.

Je continuerai d’écrire plusieurs autres Réflexions sur ce point en juillet et en août pour aller plus loin, sauf incident qui déclenche les armes meurtrières braquées les unes sur les autres.

J’ai beaucoup apprécié les derniers matchs de la Coupe du monde de football et les matchs de volley-ball de la Ligue mondiale où notre courageuse équipe s’est qualifiée à la tête de son groupe.

Fidel Castro Ruz

Le 11 juillet 2010

20 h 14

(Traduction ESTI)

05/07/2010

L’Otan avec Israël et contre l’Iran : Un pas de plus vers la guerre

http://www.csotan.org/


otan iran israelUn nouveau pas vient d'être franchi dans la direction de la guerre, avec la résolution 1929 du Conseil de Sécurité de l’ONU décidant d'une 4e vague de sanctions pour tenter d'asphyxier l'Iran.


Elle vient tout juste après l'attaque par Israël en eaux internationales d'une flottille civile, acte de guerre qui, lui, n'a eu droit qu'à une déclaration embarrassée du Conseil de Sécurité, - et quelques semaines après que la conférence du Traité de Non Prolifération ait appelé au démantèlement de l'arsenal nucléaire israélien, estimé à près de 200 têtes nucléaires. Mais ce sont les activités nucléaires civiles - jusqu'à preuve du contraire - de l'Iran que le Conseil de Sécurité sous pression occidentale sanctionne. On a une nouvelle démonstration de l'arrogance avec laquelle la "Communauté Internationale" autoproclamée réaffirme son droit à l'arbitraire – le droit du plus fort.


Et le président bosniaque expliquait sans ambages que son vote au Conseil de Sécurité en faveur des sanctions, était fonction de l'objectif de son pays de devenir au plus vite membre à part entière de l'Otan et de l'Union Européenne !
Contrairement à ce qui a pu être entendu, ces sanctions ne sont pas du tout "symboliques" ; elles visent en particulier à empêcher l'Iran d'acquérir les moyens d'assurer sa propre défense, alors que ce pays est sous la menace explicite d'une attaque de grande ampleur, comme l'avaient été l'Irak et l'Afghanistan avant lui. La possibilité offerte par cette résolution d’arraisonner les navires iraniens en pleine mer est un palier qualitatif très important, ouvrant la porte à toute provocation.


Ces sanctions viennent d'être complétées par l'Union Européenne, qui a voté ce 17 juin, des sanctions unilatérales qui bloquent tout investissement et transfert d'équipement dans les secteurs du pétrole et du gaz. Rien à voir avec les activités nucléaires de l'Iran, mais bien avec la préparation d'une agression, où il est important d'avoir un ennemi le plus faible et désarmé possible. On suit apparemment la stratégie adoptée avec l'Irak, qui, sanction après sanction, avait abouti à l'agression finale de ce pays rendu impuissant, après une décennie d'embargo.


L’Otan est directement partie prenante de cette agression annoncée. L'épouvantail de la menace iranienne est agité à chaque occasion par son secrétaire général, ses porte-paroles et ses "experts". ce n'est pas uniquement dans le but de vendre son projet de 'bouclier anti-missile'. Dans le document préparatoire au « nouveau concept stratégique » devant être adopté au prochain sommet de l'Otan, à Lisbonne, l'Iran figure dans le peloton de tête des "menaces" auxquelles doit se préparer l'Otan : « Les efforts que déploie l’Iran pour enrichir du combustible nucléaire, concevoir des armes nucléaires et constituer des stocks de missiles balistiques à longue portée pourraient faire naître, pour l’Alliance, une menace majeure de type article 5 dans les dix ans qui viennent. », y lit-on notamment.


Dans ce contexte, les velléités que manifeste depuis quelques temps la Turquie, membre essentiel de l'Alliance, à jouer un rôle politique indépendant, et à s'opposer à la marche vers la guerre, doivent représenter une préoccupation particulière pour l'Otan, qui a même été contrainte à un communiqué ambigu mais d'un ton inusuel, envers son allié israélien si privilégié. Il n’est pas impossible que la Turquie ait invoqué à son tour « l’Article 5 » lorsque les bateaux civils turcs ont été attaqués par l’armée israélienne, et qu’elle n’ait pas été entendue.


Pendant ce temps, nos ministres de la Défense et autres en Belgique, multiplient les déclarations de loyauté et de soumission absolue envers l’Otan : il n’est pas question de retirer nos troupes et bombardiers F-16 de la guerre d’Afghanistan ; la participation belge à la formation de l’armée irakienne mise en place par l’occupant n’est même pas un sujet de discussion ; on ne touche pas aux bombes atomiques entreposées sur notre territoire sans les instructions de l’Otan…


N’attendons pas le fait accompli d’une nouvelle guerre et mettons en œuvre une politique belge indépendante et de rupture avec l’Otan-machine de guerre.

21:30 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, usa, iran, nucleaire, otan, israel |  Facebook |

12/02/2010

La répression de Haïti par les États-Unis se poursuit

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Project Censored   

(Article original sur le site INVESTIG'ACTION de Michel Collon)

Le gouvernement américain prévoit d’exproprier et de démolir les logements de centaines de Haïtiens dans le bidonville de Cité Soleil afin d’agrandir la base militaire des forces occupantes de l’ONU.


NB: Le Project Censored est un livre reprenant certains articles censurés. "La répression de Haïti par les Etats-Unis se poursuit" fait partie de ce projet. Datant de 2008, l'article qui suit se présente dans son intégralité puis est accompagné de mises à jour.



L’entreprise du gouvernement américain, DynCorp International (DCI), un bras quasi officiel du Pentagone et de la CIA, est responsable de l’expansion de la base. La base hébergera les soldats de la mission de stabilisation de Haïti de l’ONU (MINUSTAH).

Cité Soleil est le champ de bataille le plus truffé de balles de l’occupation militaire étrangère, qui a débuté après que les Forces spéciales américaines ont kidnappé et exilé le président Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004. Depuis lors, des citoyens ont été victimes de massacres réitérés des œuvres de la MINUSTAH.

Les contrats de DCI, portant sur 5 millions de dollars, comprennent l’expansion de la base principale, la reconstruction du poste de police de Cité Soleil et de deux autres postes militaires avancés, de même que l’aide à la formation et la livraison d’équipements.
 Selon le maire de Cité Soleil, Charles Joseph, et un responsable de DCI sur le site, c’est l’US Agency for International Development (USAID) du département d’État se charge du financement de l’expansion de la base – une façon guère orthodoxe de se servir de l’aide au développement.

L’avocat Evel Fanfan, président de l’Action des unités motivées pour une Haïti de droit (AUMOHD) déclare qu’environ 155 constructions seront rasées au moment où l’expansion de la base devra aller de l’avant. En mars 2009, quatre-vingts habitations avaient déjà été démolies. La plupart des bâtiments visés sont des habitations, mais il y a également une église.
 « Ils ont commencé les travaux sans dire quoi que ce soit aux personnes qui vivaient là », a déclaré Fanfan. « Les autorités ne leur ont pas dit ce qu’on allait faire, ni si elles allaient être relogées, ni comment elles allaient être dédommagées ni même si elles allaient être dédommagées du tout. »

Inquiets, des résidents de la zone ont constitué le Comité pour les maisons devant être démolies (KODEL), qui a contacté l’AUMOHD. Fanfan a rédigé un communiqué de presse et le KODEL a tenu une conférence de presse.
 « Les soldats de la MINUSTAH sont venus à notre conférence de presse et nous ont dit d’envoyer un avocat discuter avec l’ambassade des États-Unis, parce que c’est celle-ci qui est responsable des travaux », a déclaré la pasteur auxiliaire Eddy Michel.
 « Légalement, le gouvernement haïtien n’a autorisé personne à faire quoi que ce soit », a expliqué Fanfan. « Le maire de Cité Soleil, est supposé avoir autorisé la construction, mais il n’y a ni papier, ni décret, ni ordre qui l’autorise. »

Le 25 mars 2009, l’ambassadrice des États-Unis à Haïti, Janet Sanderson, a été rejointe par le chef de la MINUSTAH, Hedi Annabi, au cours de la cérémonie d’inauguration de la remise en état de la base, qui hébergera trente-deux policiers haïtiens, y compris une unité de contre-insurrection spécialisée dans la lutte contre les émeutes, de même qu’un contingent plus important de troupes des Nations unies.

Un communiqué de presse de DCI, daté du 31 mars 2008, expliquait : « Conformément au devis  des tâches de l’Initiative de stabilisation de Haïti, DCI fournit une aide à la formation de 444 membres de la Police nationale de Haïti. Le devis comprend la livraison par DCI aux forces de police haïtiennes d’équipements de base et d’équipements spécialisés non mortels, de véhicules et d’appareils de communication. La valeur de ce travail est de 3 millions de dollars. DCI a également été chargé de remettre à neuf le poste de police principal de Cité Soleil. Ce poste fonctionnera en tant que base principale de cette nouvelle unité spécialisée. Les travaux de remise à neuf s’élèveront à plus de 600.000 dollars. »

Des preuves similaires de graves ingérences américaines dans la souveraineté et les processus démocratiques de Haïti ont fait surface le 23 juin 2008 quand les groupes pour les droits de l’homme Zamni Lasante (partenaires du plus important programme de santé à Haïti), le Centre des droits et l’homme et la justice dans le monde et le Centre du Mémorial Robert F. Kennedy pour les droits de l’homme (Centre RFK) ont publié un rapport révélant que l’administration Bush bloquait une aide « potentiellement vitale » à Haïti afin de s’ingérer dans les affaires politiques de cette nation appauvrie.

En plus d’être la nation la plus pauvre de l’hémisphère occidental, Haïti est également l’un des pays les plus pauvres en eau potable dans le monde, et figure même en dernière place de l’Indice de pauvreté en eau.
Le 4 août 2008, le Centre RFK a rendu publics des documents internes du département américain du Trésor, dénonçant ainsi des actions du gouvernement américain, motivées politiquement et visant à bloquer la ventilation de 146 millions de dollars en prêts que la Banque interaméricaine de développement (IDB) avait approuvés pour Haïti. L’IDB avait d’abord approuvé ces prêts en juillet 1998, y compris 54 millions de dollars pour des projets de nécessité urgente tournant autour de l’eau et des conditions sanitaires.

Toutefois, les documents montrent que les responsables de l’IDB et du département américain du Trésor ont cherché des moyens de lier la livraison des prêts à des conditions politiques sans rapport auxquelles le gouvernement américain voulait soumettre le gouvernement haïtien. Cette intervention constituait une violation directe de la charte de l’IDB qui interdit à la banque de faire dépendre ses décisions des affaires politiques de ses États membres.
 « Après plusieurs années d’enquête sur la rétention de ces prêts, nous disposons aujourd’hui de preuves claires et détaillées des interventions remarquables du gouvernement américain et de l’IDB pour bloquer les fonds ‘vitaux’ destinés à Haïti », a déclaré Monika Kalra Varma, directrice du Centre RFK. « Du fait que leurs transgressions ont été rendues publiques, ils doivent tenir compte de l’appel au contrôle et à la transparence.

Nous les pressons de faire appliquer les mécanismes de contrôle nécessaires afin d’empêcher que se reproduisent ces actes malveillants en coulisse et, par-dessous tout, nous les invitons instamment à remplir leurs obligations vis-à-vis du peuple haïtien, »

Mise à jour de Cyril Mychalejkou

Quand l’administration Bush a retenu l’aide à Haïti destinée à financer des projets concernant l’eau potable et les conditions sanitaires et destinés à améliorer « la qualité de la vie – particulièrement pour les femmes et les enfants – et à réduire l’incidence de la maladie et de la mortalité infantile », elle l’a fait dans un pays où, selon International Action, dont le siège est à Washington, DC, « l’eau est la principale cause de la mortalité infantile et des maladies des enfants (…) Haïti a actuellement le taux de mortalité infantile le plus élevé de l’hémisphère occidental (…) et plus de la moitié des décès à Haïti étaient dus à des maladies gastro-intestinales apportées par l’eau. »

En dépit du rapport publié en juin par le Centre RFK et qualifiant l’action comme « l’un des exemples les plus remarquables de malfaisance de la part des États-Unis ces dernières années » et en dépit également des documents du département américain du Trésor rendus publics en août qui prouvent que le blocage du prêt obéissait à une motivation politique, il y a eu un black-out médiatique virtuel sur ces découvertes.

Le New York Times a publié un article de 487 mots (« Des groupes des droits de l’homme attaquent les États-Unis pour avoir retenu l’aide à Haïti pour des motivations politiques », 24 juin 2008) qui couvrait la publication du rapport, mais n’a jamais donné de suivi à la chose. Et en dépit d’avoir reconnu que l’administration Bush n’était pas du tout satisfaite de l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide et que le président Bush avait encouragé le coup d’État qui devait éloigner Aristide du pouvoir en 2004, le NYT a, soit été incapable, soit refusé de reconnaître que le blocage de l’aide aurait pu avoir été une action délibérée en vue de créer un climat susceptible de provoquer des troubles politiques et sociaux – des conditions qui pouvaient encourager certaines parties de la population haïtienne à accepter un renversement de leur gouvernement démocratiquement élu.

Mais ce fut quelque chose que Jeffrey Sachs, ancien conseiller au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale, reconnut bel et bien. Dans un article du Los Angeles Times (« Dès son premier jour au pouvoir, Bush était prêt à déloger Aristide », 4 mars 2004, Sachs écrivait : « Les responsables américains savaient certainement que l’embargo sur l’aide allait se traduire par une crise dans la balances des paiements, une hausse de l’inflation et un effondrement du niveau de vie, et tous ces éléments alimentèrent la rébellion. » (1)


Le fait que l’administration Bush peut avoir causé la mort de milliers de Haïtiens en bloquant l’aide dans des buts politiques cyniques et auto-intéressés n’était pas une histoire digne d’être couverte par les médias traditionnels américains. Pas plus que le rôle de l’administration Bush dans le violent coup d’État qui éloigna la président Aristide ou que le fait qu’octroyer sélectivement ou retenir l’aide est utilisé comme outil en politique étrangère afin d’influencer, de déstabiliser et de renverser des gouvernements.  Mais il y a des organes médiatiques et des organisations auxquels les lecteurs peuvent s’adresser s’ils veulent suivre les développements de ce genre d’affaires.

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07/02/2010

Etats-Unis : la prise de contrôle de la démocratie par les corporations (Noam Chomsky)

7 février 2010
Etats-Unis : la prise de contrôle de la démocratie par les Corporations (In These Times)

Noam CHOMSKY (Article traduit et paru sur le site "LEGRAND SOIR.INFO")


noam_chomsky_human_rightsDésormais les dirigeants des corporations (*) pourront acheter directement les élections sans passer par des intermédiaires. La Cour Suprême des Etats-Unis vient d’augmenter considérablement le pouvoir d’une petite minorité de la population qui contrôle l’économie.

Le 21 janvier 2010 entrera dans l’histoire comme une journée noire pour la démocratie aux Etats-Unis et le début de son déclin.

Ce jour-là, la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu un jugement qui précise que le gouvernement n’a pas le droit d’empêcher les corporations d’investir directement dans les élections – une décision qui affectera profondément la politique du gouvernement, aussi bien intérieure qu’extérieure.

Cette décision annonce un renforcement de la mainmise des Corporations sur le système politique des Etats-Unis.

Selon les éditorialistes du New York Times, la décision « frappe au coeur même de la démocratie » en « ouvrant la voie aux Corporations qui pourront consacrer leurs vastes trésoreries à noyer les campagnes électorales et intimider les élus à défendre leurs intérêts. »

Désormais les dirigeants des Corporations pourront acheter les élections directement, sans passer par des moyens indirects plus compliqués. On sait que les contributions des Corporations, parfois présentées sous des emballages complexes, peuvent faire basculer une élection et décider de la politique. La Cour vient d’augmenter considérablement le pouvoir d’une petite minorité de la population qui contrôle l’économie.

La « théorie d’investissement en politique » de l’économiste politique Thomas Ferguson est un très bon outil de prédiction de la politique à long terme du gouvernement. Cette théorie considère que les élections sont des occasions offertes au secteur privé pour nouer des alliances et investir dans la prise de contrôle de l’état.

La décision du 21 janvier ne fait que renforcer les moyens consacrés au sabotage de la démocratie.

Le contexte est très révélateur. Dans son exposé, le juge John Paul Stevens a admis que « depuis longtemps nous avons reconnu que les Corporations étaient protégées par le Premier Amendement » - l’article de la Constitution qui garantit la liberté d’expression, ce qui inclut le soutien de candidats aux élections.

Au début du 20eme siècle, les théoriciens et les tribunaux ont appliqué la décision de 1886 qui considère que les Corporations – ces « entités légales collectivistes » - ont les mêmes droits que les personnes physiques.

Cette attaque contre le libéralisme classique a été sévèrement condamnée par une espèce de conservatisme en voie de disparition. Christopher G. Tiedeman a décrit ce principe comme « une menace pour les libertés individuelles et pour la stabilité des états américains en tant que gouvernements populaires ».

Morton Horwitz écrit dans son histoire de la justice que le concept de personnification des Corporations a évolué lorsque le pouvoir s’est déplacé des actionnaires vers les dirigeants, pour finalement aboutir à la doctrine selon laquelle « les pouvoirs du conseil d’administration sont identiques à ceux de la corporation ». Quelques années plus tard, les droits des Corporations ont été étendus bien au-delà de ceux des personnes physiques, notamment par les mal nommés « accords de libre échange ». Selon ces accords, par exemple, si General Motors monte une usine au Mexique, elle peut exiger d’y être traitée comme n’importe quelle entreprise mexicaine (« traitement national ») – contrairement à un Mexicain fait de chair et de sang qui chercherait un « traitement national » à New York, ou même un minimum de respect pour les droits de l’homme.

Il y a un siècle, Woodrow Wilson, à l’époque un universitaire, a décrit une Amérique dans laquelle « un petit groupe d’hommes, » des dirigeants d’entreprises, « détiendraient un tel pouvoir de contrôle sur la santé et l’économie de leur pays » qu’ils en deviendraient « les concurrents directs du gouvernement ».

En réalité, ces « petits groupes » sont devenus de plus en plus des maîtres de gouvernements. Le dernier jugement rendu par la Cour Suprême leur offre encore plus de perspectives.

La décision du 21 janvier est tombée trois jours après une autre victoire des riches et puissants : l’élection d’un candidat Républicain Scott Brown en remplacement du feu sénateur Edward M. Kennedy, le « lion libéral » du Massachusetts. L’élection de Brown a été décrit comme un « soulèvement populiste » contre les élites libérales qui dirigent le gouvernement.

L’examen du vote raconte une toute autre histoire.

Le taux de participation a été élevé dans les beaux quartiers et faible dans les quartiers à majorité Démocrate. « 55% des électeurs républicains se sont déclarés « très intéressés » par l’élection, » a révélé un sondage du Wall Street Journal/NBC, « contre 38 % des Démocrates. »

Les résultats constituent donc bien un soulèvement, mais un soulèvement contre la politique du Président Obama : selon les riches, il n’en faisait pas assez pour les enrichir encore plus tandis que selon les pauvres, il en faisait justement trop dans ce sens.

La colère populaire est compréhensible, si on considère que les banques prospèrent, grâce aux sauvetage, alors que le taux de chômage a grimpé à 10%

Dans l’industrie, un travailleur sur six est sans emploi – le même niveau de chômage que pendant la Grande Dépression. Avec une financiarisation croissante de l’économie et un décroissement de l’industrie productive, les perspectives de retrouver les emplois perdus sont faibles.

Brown s’est présenté comme le 41eme vote contre l’assurance santé – c’est-à-dire la voix qui pouvait renverser la majorité du Sénat.

Il est vrai que le programme d’assurance santé d’Obama a été un facteur important dans l’élection du Massachusetts. Les titres des journaux sont corrects lorsqu’ils annoncent une désaffection du public pour ce programme.

Les sondages expliquent pourquoi : la loi ne va pas assez loin. Le sondage Wall Street Journal/NBC a trouvé qu’une majorité d’électeurs désapprouvaient la gestion de la santé à la fois par les Républicains que par Obama.

Ces chiffres confirment ceux de sondages nationaux récents. Respectivement 56% et 64% des sondés se sont déclarés en faveur de deux mesures importantes du projet d’assurance santé, mesures qui ont pourtant été abandonnées (« public option » et « Medicare buy-in at 55 » - NdT).

85% pensent que le gouvernement devrait avoir le droit de négocier le prix des médicaments, comme cela se pratique dans d’autres pays ; Obama a rassuré la Grande Industrie Pharmaceutique qu’il abandonnerait cette mesure.

Des larges majorités se sont déclarées en faveur des réductions de coûts, ce qui est logique : la santé coûte par habitant aux Etats-Unis environ le double que dans les autres pays industrialisés alors que sa qualité se situe tout en bas de l’échelle.

Mais une réduction des coûts ne peut pas être sérieusement envisagée lorsque les compagnies pharmaceutiques bénéficient de telles largesses, et que l’assurance santé se trouve virtuellement entre les mains d’un secteur privé déréglementé – un système coûteux particulier aux Etats-Unis.

La décision du 21 janvier pose de nouveaux obstacles sur le chemin d’une véritable assurance santé, ou d’une véritable politique de l’environnement ou de l’énergie. Le fossé entre l’opinion publique et le monde politique ne fait que se creuser. Et l’ampleur du coup qui vient d’être porté à la démocratie américaine est difficile à imaginer.

Noam Chomsky

08:59 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme, liberalisme, corporatisme, exploitation, chomsky, imperialisme, usa |  Facebook |

28/01/2010

La Navy a installé une de ses prisons secrètes au large d’Haïti

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(Article extrait de "Voltairenet.org")

Alors que le déploiement de plus de 10 000 soldats états-uniens en Haïti a été qualifié par de nombreux leaders latino-américains d’invasion et d’occupation sous couvert d’aide humanitaire, on ne peut que s’interroger sur l’arrivée de l’USS Bataan.

Ce bâtiment de la Navy a été transformé au cours des dernières années en prison secrète flottante. Ses cales à fond plat, conçues pour abriter des troupes en vue d’un débarquement, ont été aménagées avec des cages. Les détenus y sont soumis aux mêmes expériences qu’à Guantanamo [1].

Après avoir longtemps nié cette réalité, le Pentagone a admis que l’USS Bataan avait effectivement été utilisé comme prison en décembre 2001, mais qu’il avait été rendu à son usage normal dès janvier 2002, ce que contestent de nombreux spécialistes selon lesquels il a conservé sa mission de prison off shore.

Il paraît impossible que les prisonniers aient été transférés ailleurs depuis le tremblement de terre haïtien et que le navire ait été réaménagé pour le transport de troupes.

10:31 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Médiamensonges | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : imperialisme, invasion, mensonges, haiti, usa, prisons, capitalisme |  Facebook |

23/01/2010

Haïti : au-delà des effets d’annonce

Haïti : au-delà des effets d’annonce

par Eric Toussaint*, Sophie Perchellet*

(Article extrait de "Voltairenet.org")

Alors que les Etats-Unis profitent du chaos consécutif au tremblement de terre pour envahir et occuper Haïti, comme ils le firent de 1915 à 1934, la presse internationale présente la misère qui frappe ses habitants comme une fatalité comparable au séisme. Sophie Perchellet et Eric Toussaint rappellent qu’il n’en est rien. Depuis le XIXe siècle, lorsque les esclaves durent indemniser leurs maîtres, jusqu’aux oukazes du FMI, la pauvreté est le fruit de l’exploitation.

Haïti a besoin de notre aide.


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L’une des plus grandes opérations d’aide de l’histoire risque fort de ressembler à celle de l’après tsunami de 2004 sauf si un modèle de reconstruction radicalement différent est adopté. Haïti a été partiellement détruit suite à un violent séisme de magnitude 7. Chacun y va de sa larme et les médias, en nous abreuvant d’images apocalyptiques, relayent les annonces d’aides financières que les généreux Etats vont apporter. On entend qu’il faut reconstruire Haïti, ce pays où la pauvreté et « la malédiction » s’abattent. Aujourd’hui donc, on s’intéresse à Haïti. Les commentaires ne vont pas au-delà du terrible tremblement de terre. On nous rappelle précipitamment que c’est l’un des pays les plus pauvres de la planète mais sans nous en expliquer les causes. On nous laisse croire que la pauvreté est venue comme ça, que c’est un fait irrémédiable : « c’est la malédiction qui frappe ».

Il est indiscutable que cette nouvelle catastrophe naturelle entraîne des dégâts matériels et humains tout autant considérables qu’imprévus. Une aide d’urgence est donc nécessaire et tout le monde est d’accord sur ce point. Pourtant, la pauvreté et la misère ne trouvent pas leurs sources dans ce tremblement de terre. Il faut reconstruire le pays parce que celui-ci a été dépossédé des moyens de se construire. Haïti n’est pas un pays libre ni même souverain. Au cours des dernières années, ses choix de politique intérieure ont été réalisés par un gouvernement qui est constamment sous la pression d’ordres venus de l’extérieur du pays et des manœuvres des élites locales.

Haïti est traditionnellement dénigré et souvent dépeint comme un pays violent, pauvre et répressif dans le meilleur des cas. Peu de commentaires rappellent l’indépendance acquise de haute lutte en 1804 contre les armées françaises de Napoléon. Plutôt que de souligner la démarche humaine et le combat pour les Droits de l’Homme, la sauvagerie et la violence seront les caractéristiques assimilées aux Haïtiens. Edouardo Galeano parle de la « malédiction blanche » : « A la frontière où finit la République dominicaine et commence Haïti, une grande affiche donne un avertissement : El mal paso - Le mauvais passage. De l’autre côté, c’est l’enfer noir. Sang et faim, misère, pestes. » [1]

Il est indispensable de revenir sur la lutte d’émancipation menée par le peuple haïtien, car en représailles à cette double révolution, à la fois anti-esclavagiste et anti-coloniale, le pays a hérité de « la rançon française de l’Indépendance » correspondant à 150 millions de francs or (soit le budget annuel de la France de l’époque). En 1825, la France décide que « Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse fédérale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité. » [2]
Cela équivaut à environ 21 milliards de dollars d’aujourd’hui. Dès le départ, Haïti doit payer le prix fort, la dette sera l’instrument néo-colonial pour entretenir l’accès aux multiples ressources naturelles de ce pays.

Le paiement de cette rançon est donc l’élément fondateur de l’Etat haïtien et a débouché sur la constitution d’une dette odieuse. En termes juridiques, cela signifie qu’elle a été contractée par un régime despotique et utilisée contre les intérêts des populations. La France puis les Etats-Unis, dont la zone d’influence s’élargit à Haïti, occupée par les marines états-uniens dès 1915, en sont pleinement responsables. Alors qu’il aurait été possible de faire face aux douloureuses responsabilités du passé en 2004, le rapport de la Commission Régis Debray préfère écarter l’idée d’une restitution de cette somme en prétextant qu’elle n’est pas « fondée juridiquement » et que cela ouvrirait la « boîte de Pandore » [3]. Les requêtes du gouvernement haïtien en place sont rejetées par la France : pas de réparations qui tiennent. La France ne reconnaît pas non plus son rôle dans l’ignoble cadeau qu’elle fît au dictateur « Baby Doc » Duvalier en exil en lui offrant le statut de réfugié politique et donc l’immunité.

Le règne des Duvalier commence avec l’aide des Etats-Unis en 1957 : il durera jusqu’en 1986, date à laquelle le fils « Baby Doc » est chassé du pouvoir par une rébellion populaire. La violente dictature largement soutenue par les pays occidentaux a sévi près de 30 ans. Elle est marquée par une croissance exponentielle de sa dette. Entre 1957 et 1986, la dette extérieure a été multipliée par 17,5. Au moment de la fuite de Duvalier, cela représentait 750 millions de dollars. Ensuite elle monte, avec le jeu des intérêts et des pénalités, à plus de 1 884 millions de dollars [4]. Cet endettement, loin de servir à la population qui s’est appauvrie, était destiné à enrichir le régime mis en place : il constitue donc également une dette odieuse. Une enquête récente a démontré que la fortune personnelle de la famille Duvalier (bien à l’abri sur les comptes des banques occidentales) représentait 900 millions de dollars, soit une somme plus élevée que la dette totale du pays au moment de la fuite de « Baby Doc ». Un procès est en cours devant la justice suisse pour la restitution à l’Etat haïtien des avoirs et des biens mal acquis de la dictature Duvalier. Ces avoirs sont pour l’instant gelés par la banque suisse UBS qui avance des conditions intolérables quant à la restitution de ces fonds [5]. Jean-Bertrand Aristide, élu dans l’enthousiasme populaire puis accusé de corruption avant d’être rétabli au pouvoir comme marionnette de Washington et finalement d’en être chassé par l’armée états-unienne, n’est malheureusement pas innocent en ce qui concerne l’endettement et les détournements de fonds. Par ailleurs, selon la Banque mondiale, entre 1995 et 2001, le service de la dette, à savoir le capital et les intérêts remboursés, a atteint la somme considérable de 321 millions de dollars.

Toute l’aide financière annoncée actuellement suite au tremblement de terre est déjà perdue dans le remboursement de la dette !

Selon les dernières estimations, plus de 80 % de la dette extérieure d’Haïti est détenue par la Banque Mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID) à hauteur de 40 % chacune. Sous leur houlette, le gouvernement applique les « plans d’ajustement structurel » remaquillés en « Documents Stratégiques pour la Réduction de la Pauvreté » (DSRP). En échange de la reprise des prêts, on concède à Haïti quelques annulations ou allégements de dette insignifiants mais qui donnent une image bienveillante des créanciers. L’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PTTE) dans laquelle Haïti a été admise est une manœuvre typique de blanchiment de dette odieuse comme cela été le cas avec la République démocratique du Congo. On remplace la dette odieuse par de nouveaux prêts soi-disant légitimes. Le CADTM considère ces nouveaux prêts comme partie prenante de la dette odieuse puisqu’ils servent à payer cette antique dette. Il y a continuité du délit.

En 2006, quand le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris acceptèrent que l’initiative PPTE s’élargisse à Haïti, le stock de la dette publique extérieure totale était de 1.337 millions de dollars. Au point d’achèvement de l’initiative (en juin 2009), la dette était de 1.884 millions. Une annulation de dette d’un montant de 1.200 millions de dollars est décidée afin de « rendre la dette soutenable ». Entre temps, les plans d’ajustement structurel ont fait des ravages, notamment dans le secteur agricole dont les effets ont culminé lors de la crise alimentaire de 2008. L’agriculture paysanne haïtienne subit le dumping des produits agricoles étasuniens. « Les politiques macro-économiques soutenues par Washington, l’ONU, le FMI et la Banque mondiale ne se soucient nullement de la nécessité du développement et de la protection du marché national. La seule préoccupation de ces politiques est de produire à bas coût pour l’exportation vers le marché mondial [6] ». C’est donc scandaleux d’entendre le FMI dire qu’il « se tient prêt à jouer son rôle avec le soutien approprié dans ses domaines de compétence ». [7]

Comme le dit le récent appel international « Haïti nous appelle à la solidarité et au respect de la souveraineté populaire » : « Au cours des dernières années et aux côtés de nombreuses organisations haïtiennes, nous avons dénoncé l’occupation du pays par les troupes de l’ONU et les impacts de la domination imposée par les mécanismes de la dette, du libre-échange, du pillage des ressources naturelles et de l’invasion par des intérêts transnationaux. La vulnérabilité du pays aux catastrophes naturelles – due en grande partie aux ravages causés à la nature, à l’inexistence d’infrastructures de base, et à l’affaiblissement de la capacité d’action de l’Etat – ne devrait pas être considérée comme étant sans lien avec ces politiques qui ont historiquement sapé la souveraineté du peuple. »

Il est maintenant temps que les gouvernements qui font partie de la MINUSTAH [Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), site officiel.]], des Nations unies et en particulier la France et les Etats-Unis, les gouvernements latino-américains, revoient ces politiques qui s’opposent aux besoins élémentaires de la population haïtienne. Nous exigeons de ces gouvernements et organisations internationales qu’ils substituent à l’occupation militaire une véritable mission de solidarité, et qu’ils agissent pour l’annulation immédiate de la dette qu’Haïti continue de leur rembourser. » [8]

Indépendamment de la question de la dette, il est à craindre que l’aide prenne la même forme que celle qui a accompagné le tsunami qui a frappé, fin décembre 2004, plusieurs pays d’Asie (Sri Lanka, Indonésie, Inde, Bangladesh) [9] ou encore l’après-cyclone Jeanne en Haïti en 2004. Les promesses n’ont pas été tenues et une grande partie des fonds ont servi à enrichir des compagnies étrangères ou les élites locales. Ces « généreux dons » proviennent pour la majorité des créanciers du pays. Plutôt que de faire des dons, il serait préférable qu’ils annulent les dettes d’Haïti à leur égard : totalement, sans conditions et immédiatement. Peut-on vraiment parler de don quand on sait que cet argent servira en majeure partie soit au remboursement de la dette extérieure soit à l’application de « projets de développement nationaux » décidés selon les intérêts de ces mêmes créanciers et des élites locales ? Il est évident que, sans ces dons dans l’immédiat, il ne serait pas possible de faire rembourser cette dette dont la moitié au moins correspond à une dette odieuse. Les grandes conférences internationales d’un quelconque G8 ou G20 élargi aux IFI ne feront pas avancer d’un iota le développement d’Haïti mais reconstruiront les instruments qui leur servent à asseoir le contrôle néo-colonial du pays. Il s’agira d’assurer la continuité dans le remboursement, base de la soumission, tout comme lors des récentes initiatives d’allégement de la dette.

Au contraire, pour qu’Haïti puisse se construire dignement, la souveraineté nationale est l’enjeu fondamental. Une annulation totale et inconditionnelle de la dette réclamée à Haïti doit donc être le premier pas vers une démarche plus générale. Un nouveau modèle de développement alternatif aux politiques des IFI et aux accords de partenariat économique (APE signé en décembre 2009, Accord Hope II …), est nécessaire et urgent. Les pays les plus industrialisés qui ont systématiquement exploité Haïti, à commencer par la France et les Etats-Unis, doivent verser des réparations dans un fonds de financement de la reconstruction contrôlé par les organisations populaires haïtiennes.
    Eric Toussaint

Président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008.

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15/01/2010

Les péchés d'Hugo Chavez

hugochomskyEn Amérique latine, presqu’une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Au Venezuela, un homme affirme qu’on peut y mettre fin. Certains l’accusent de tous les péchés : ‘populiste’, ‘dictateur’… Michel Collon vient de publier Les 7 péchés d’Hugo Chavez et il montre pourquoi cette expérience nous concerne.

Interview: Petya Micheroux

(Article extrait du site "investig'action")

Le président vénézuélien Hugo Chavez est-il populiste ?
 Michel Collon.
La grande tarte à la crème ! Dès que quelqu'un dérange, les médias lui collent une étiquette. Qui a pour fonction d'empêcher les gens de réfléchir aux problèmes, aux conflits entre des intérêts qui s'affrontent. C’est quoi, un « populiste » ? Quelqu'un qui flatte le peuple, en lui faisant des promesses qu'il ne peut tenir. Selon moi, cette définition vaut pour Sarkozy et les autres dirigeants européens : ils font des promesses en sachant qu’ils ne les tiendront pas.

Et Chavez aurait tenu ses promesses ?
    Michel Collon.
Lorsqu’il arrive au pouvoir en 1999, deux Vénézuéliens sur trois n'avaient jamais vu un médecin de leur vie. Depuis, « Chavez le populiste » a mis en place avec l'aide de médecins cubains des maisons médicales, non seulement dans les quartiers pauvres de Caracas, mais aussi dans les campagnes et les régions les plus reculées des Andes ou de l’Amazonie. Il a aussi alphabétisé, en moins de deux ans, un million et demi de personnes. Le budget de l’éducation est passé de 3% à 9%. On a réussi à remettre aux études des gens qui avaient dû les interrompre à cause de la pauvreté. Aucun de ses prédécesseurs n'avait fait ça. A mon avis, beaucoup de peuples dans le monde aimeraient avoir de tels dirigeants populistes.
    Avant, l’argent du pétrole servait à enrichir les multinationales. Aujourd’hui, il sert à éliminer la pauvreté. Pour les riches, Chavez est donc le diable, couvert de péchés. Pour les pauvres, il incarne l’espoir.

Mais certains lui reprochent d'être trop lent, trop conciliant, de ne pas s'attaquer à la propriété capitaliste...
    Michel Collon.
Méfions-nous des « Y a qu'à ». Pour eux, tout est facile. Y a qu'à faire ceci, y a qu'à faire cela. Chavez n'a qu'à exproprier tous les capitalistes et créer un État ouvrier, exporter la révolution dans toute l’Amérique latine, et bla bla bla. Mais le Venezuela ne compte presque pas d'ouvriers, sur quelle base reposerait un « État ouvrier » ?
Non, le problème clé, celui qui bloque le développement de pays comme le Venezuela, c'est la dépendance envers les multinationales. Celles-ci déversent leurs produits subventionnés, contrôlent les politiciens et l’armée, pillent les matières premières et toutes les richesses, maintiennent les salaires au plancher et tout ça bloque le développement du tiers monde. Or, beaucoup de classes et couches sociales du tiers monde ont intérêt à ce que leur pays se libère de l’emprise des multinationales US ou européennes, et pas seulement, les classes travailleuses. Il y a donc intérêt à s’allier avec elles ou à les ménager.
Réussir cette première étape n'est pas évident. Contrairement à ces « révolutionnaires en chambre », Chavez a la responsabilité de remplir les assiettes des gens. Eliminer une forme d'économie - où il y a effectivement une exploitation capitaliste, c’est vrai - quand on n'a encore rien pour la remplacer, c’est laisser les gens crever de faim et évidemment se détourner de la révolution. Une révolution ne peut avancer ni trop vite, ni trop lentement. Il faut, au stade actuel, cibler les multinationales et ménager les autres. On ne fait pas une révolution en partant des souhaits des révolutionnaires mais en tenant compte de la situation objective, du rapport des forces et des possibilités des gens.

Votre livre aborde en fait tout le rapport Nord-Sud à l'échelle du continent américain. Vous parlez du Nord comme de « l'aspirateur des richesses ». Que voulez-vous dire ?
    Michel Collon.
Nous, gens du Nord (Europe et Etats-Unis), devons absolument prendre conscience du mécanisme qui explique cet écart entre le Nord riche et le Sud pauvre (même si, tout le monde n'est pas riche au Nord où les écarts s'aggravent aussi). La question est : sur le dos de qui les riches du Nord ont-ils construit leurs fortunes ? Je le rappelle dans le livre, sur base de quelques études historiques : l'Europe est devenue riche en pillant l’or et l’argent de l’Amérique latine, en massacrant les Indiens et en arrachant à l’Afrique dix millions de Noirs, transformés en esclaves et en chair à profits.



arton1139Mais le colonialisme a pris fin, non ?
    Michel Collon.
En réalité, non. Aujourd'hui, les mêmes mécanismes d'aspiration des richesses restent à l'œuvre, mais de manière beaucoup plus subtile et voilée, comme je l’explique dans le chapitre intitulé « les sept fléaux de l'Amérique latine ».
Premièrement, le pillage des matières premières. Pétrole et gaz bien sûr, mais aussi eau et biodiversité, enjeux stratégiques du 21ème siècle. Deuxièmement, le pillage de la main d'œuvre dans des usines de sous-traitance. Véritables bagnes où les syndicats sont interdits. Troisièmement, l’assassinat de l’agriculture. Les multinationales d’agrobusiness du Nord déversent leurs produits subventionnés en Amérique latine et en Afrique, ruinent les paysans locaux, les obligeant à quitter la terre et à s'amasser autour des villes.
Le quatrième fléau, c’est l’élite dirigeante des pays du Sud. Une bourgeoisie locale vendue aux intérêts étrangers et travaillant pour le compte des multinationales. Cinquième fléau : la dette. Les banques du Nord et la Banque Mondiale contrôlée par les pays riches maintiennent le chantage d’une dette déjà largement remboursée en fait. Sixième fléau : en vingt ans, les États-Unis et l'Europe ont obligé à privatiser un millier d'entreprises publiques en Amérique latine, transférant ainsi la richesse et le pouvoir économique vers le Nord. Septième fléau : le vol des cerveaux. Scientifiques, techniciens qualifiés et médecins. Le Sud dépense pour les former, mais le Nord les détourne. Voilà, l’ensemble de ces sept fléaux montre que le colonialisme et le pillage n’ont pas disparu.

Chavez réalise des choses impressionnantes. D’autres ne le font pas. Pourquoi ?
    Michel Collon.
80 années de richesse pétrolière du Venezuela ont produit un écart énorme entre riches et pauvres. Ce que Chavez a fait, c’est changer la règle du jeu. Il a récupéré l’argent du pétrole en faisant payer – enfin - les multinationales et en reprenant le contrôle de la société publique qui gérait le pétrole. Les bénéfices sont enfin versés dans le budget de l’État, permettant de s'attaquer sérieusement au problème de la pauvreté. Quand on voit la misère qui règne en Afrique et au Moyen-Orient, à côté de fortunes colossales, on se dit qu’il faudrait y exporter Chavez. Ou plutôt s’en inspirer.

D’où la colère des États-Unis ?
    Michel Collon.
Comme disait Chomsky, « peu importe où le pétrole est situé dans le monde, les États-Unis considèrent que la géographie se trompe et qu'il est situé aux États-Unis ». Chavez a refusé cette logique.

Quelles menaces font peser les Etats-Unis sur le Venezuela ?
    Michel Collon.
Trois. 1. Le financement par la CIA, à coups de centaines de millions de dollars, d’une opposition putschiste, doublée de campagnes de désinformation qu’on retrouve dans nos médias. 2. La construction de sept nouvelles bases militaires US en territoire colombien. Comme par hasard, les bases US sont toujours juste à côté des ressources naturelles stratégiques, et pour encercler les pays rebelles : Venezuela, Bolivie, Équateur, voire Brésil. 3. Washington a réactivé la 4ème flotte qui « surveille » l’Amérique latine. Utilisée contre l’Allemagne en 40-45, supprimée lorsque le continent a été jugé « sous contrôle », et aujourd’hui réactivée en plaçant à sa tête un amiral qui a fait sa carrière dans les « Forces Spéciales » (spécialisées dans les débarquements et coups d’Etat).

Votre livre analyse aussi les erreurs et les faiblesses de Chavez. Quelles sont-elles ?
    Michel Collon. Le Venezuela n'est ni l'enfer décrit par nos médias, ni le paradis. Les problèmes restent énormes. Surtout la bureaucratie. Celle héritée de l'ancien régime et qui sabote à qui mieux mieux. Mais aussi les nouveaux arrivistes. Et une corruption, qui n'est évidemment pas propre au Venezuela, mais si Chavez ne parvient pas à résoudre ce problème, la révolution perdra la confiance des gens et échouera, c'est clair. Un proche de Chavez m'a confié que 60 % des réformes décidées par lui ne sont pas appliquées. Ca donne la mesure du drame de la bureaucratie et de la corruption.

Le Venezuela, c’est loin. En quoi votre livre peut-il intéresser le lecteur belge ?
    Michel Collon.
En Europe, les victoires sont rares ces temps-ci. On rencontre beaucoup de pessimisme, de fatalisme. Par contre, l’Amérique latine nous apporte un message d'espoir. Chavez, Evo Morales et tous ces Latinos affrontent en fait les mêmes problèmes que nous : pauvreté, néolibéralisme, destruction des acquis sociaux et des services publics, pillage du travail et des ressources... Et ils arrivent à renverser la vapeur ! Non seulement ils résistent, mais ils obtiennent même des victoires, des avancées sociales pour la population.

Le Venezuela nous montre qu'un autre monde est possible ?
    Michel Collon.
On dira évidemment que la Belgique ou la France n'ont pas de pétrole, mais l'essentiel n'est pas là. Au fond, il y a plus important que le pétrole. Le « péché » le plus important de Chavez, c’est d'avoir rendu sa place au peuple. De lui avoir donné conscience qu'il est possible de prendre son destin en main. Et ça nous concerne aussi, car nous aussi on a cet écart riches-pauvres, ce pillage des fruits du travail.
Chavez et les Vénézuéliens nous montrent que d'un côté, il y a l’argent, et de l'autre côté, il y a les gens. Le plus important, ce sont les gens : ils sont l'immense majorité, ayant au fond les mêmes intérêts. Incompatibles avec ceux des multinationales.

Commander le livre sur le site de Michel Collon.

03/01/2010

Un nouvel abandon de la souveraineté européenne

Affaire Swift


Un nouvel abandon de la souveraineté européenne


par Jean-Claude Paye*

( Extrait de voltairenet.org)

Une fois de plus l’Union européenne cède aux exigences de Washington sans contrepartie : les États-Unis auront légalement accès aux informations bancaires des Européens, dès que le Traité de Lisbonne sera entré en vigueur et que le Parlement européen aura avalisé le nouvel accord. Au demeurant, avant même le vote parlementaire, ces dispositions sont déjà appliquées. Jean-Claude Paye analyse cette nouvelle concession.

Ces dernières années, l’Union européenne et les États-Unis ont signé un ensemble d’accords en matière de remise des données personnelles : informations PNR des passagers aériens [1], données financières dans le cadre de l’affaire Swift [2]. Un projet de transfert général est en préparation. Il s’agit de remettre, en permanence aux autorités américaines, une série d’informations privées, telles le numéro de la carte de crédit, les détails des comptes bancaires, les investissements réalisés, les connexions internet, la race, les opinions politiques, les moeurs, la religion [3].

Progressivement, l’Union transforme sa propre légalité, afin de permettre au droit états-unien de s’appliquer directement sur son territoire. Chaque nouvel accord constitue un nouvel abandon de souveraineté des pays membres de l’Union européenne. Le texte qui vient d’être signé entre l’UE et les USA, en matière de saisie des données financières, en est un exemple éclairant.


L’affaire Swift

Ce 30 novembre 2009, le Conseil des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne a avalisé le projet d’accord établi par la Commission, qui permet aux autorités US de se saisir, sur les serveurs de la société Swift placés sur le sol européen, des données personnelles financières des citoyens des pays membres de l’Union. Cette ratification par le Conseil est la dernière étape du processus destiné à mettre fin au scandale de l’affaire Swift et à toute contestation du droit que se sont octroyé les États-Unis de se saisir des informations financières concernant les ressortissants européens.

L’affaire Swift avait éclaté lorsque, en 2006, la presse états-unienne avait révélé que cette société avait, depuis les attentats du 11 septembre 2001, transmis clandestinement, au Département du Trésor US, des dizaines de millions de données confidentielles concernant les opérations de ses clients. Swift, société américaine de droit belge, gère les échanges internationaux de quelques 8 000 institutions financières situées dans 208 pays. Elle assure le transfert de données relatives aux paiements, mais ne fait pas transiter d’argent.

Malgré la violation flagrante des droits, européen et belge, de protection des données personnelles, ce transfert n’a jamais été remis en cause. Au contraire, l’UE et les USA ont signé plusieurs accords destinés à légitimer cette capture.

Tous ont été justifiés par la lutte contre le terrorisme. La saisie par les autorités US était rendue possible par la particularité du système Swift. En effet, toutes les données contenues par le serveur européen, installé à La Haye, étaient également placées sur un second serveur placé aux États-Unis. Ce qui permettait aux douanes états-uniennes d’en prendre possession, le droit américain autorisant cette saisie.


Un nouvel accord UE-USA

Toutefois, depuis juin 2007, il a été prévu que les données Swift inter-européennes ne soient plus transférées aux USA, mais sur un second serveur européen. Cette nouvelle procédure s’avère formellement plus conforme au droit européen et supprimerait la possibilité des autorités états-uniennes de se saisir de ces informations. Ce nouveau serveur placé à Zurich est opérationnel depuis novembre de cette année.

Suite à cette réorganisation et contrairement à ce qui était affirmé lors des précédents accords, le Commissaire européen à la Justice Jacques Barrot a expliqué que les Vingt-Sept souhaitent donner, aux enquêteurs du Trésor américain, accès aux centres d’opérations européens gérés par Swift. Il a déclaré que « ce serait extrêmement dangereux à ce stade de cesser la surveillance et le contrôle de ces flux d’informations » [4] et affirmé que les opérations américaines sur le serveur américain de Swift s’étaient révélées « un outil important et efficace ». Il a simplement repris les déclarations du juge Brugière, la « personnalité éminente » [5] désignée par la Commission pour « contrôler » l’utilisation américaine des dizaines de millions de données transférées chaque année. Ce dernier avait prétendu que cette saisie avait « permis d’éviter un certain nombre d’attentats ». Aucun exemple, permettant de vérifier ces allégations, n’a été avancé. L’énonciation du caractère indispensable de la capture des données financières devient la preuve du succès de cette politique dans la lutte contre le terrorisme. Une identité est établie entre le mot et la chose.


Des justifications en trompe l’œil

L’énonciation de la lutte contre le terrorisme suffit à justifier la capture des données financières. Cependant, la réalité nous montre que les attentats sont généralement sont peu coûteux et ne nécessitent aucun déplacement important d’argent. . La raison invoquée prend un caractère surréaliste quand on sait que la commission officielle d’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 n’a pas voulu investiguer sur les mouvements de capitaux suspects, enregistrés les jours précédents les attentats. Pourtant, juste avant les attaques du 11 septembre, le 6, 7 et 8, il y a eu des options de vente exceptionnelles sur les actions des 2 compagnies aériennes [Americain et United Airlines] qui furent détournées par les pirates, ainsi que sur Merril Lynch, l’un des plus grands locataires du World Trade Center. Ces informations ont été révélées notamment par Ernst Welteke, président de la Deutsche Bank à l’époque, qui a aussi déclaré qu’il y avait beaucoup de faits qui prouvent que les personnes impliquées dans les attaques profitèrent d’informations confidentielles afin de réaliser des opérations suspectes [6]. Tous ces éléments, le fait qu’un attentat terroriste ne nécessite pas d’importants transferts de fonds et la volonté politique de ne pas enquêter sur les transferts financiers suspects, nous indiquent que la capture des données financières des citoyens est bien un objectif en soi.


Souveraineté états-unienne sur le sol européen

La Commission a voulu d’abord signer un accord transitoire, qui a pris effet dès la mise en route du serveur de Zurich. Le processus de décision a été confié à la présidence suédoise et au Conseil, rejetant ainsi toute possibilité de décision partagée avec le Parlement. Cela a toute son importance car le Conseil suit quasiment toujours les positions des fonctionnaires permanents et ceux-ci, se révèlent, le plus souvent, être de simples relais des négociateurs américains. Le commissaire Jacques Barrot affirme réaliser un accord équilibré, mais il a dû reconnaître que le texte actuel n’inclut pas l’accès des autorités européennes aux transactions bancaires états-uniennes [7].

À cet accord transitoire doit succéder un texte définitif, tout aussi unilatéral. Il s’agirait, après 9 mois, de « renégocier » ce qui a été accepté dans l’urgence. Cet accord devrait être avalisé par le Parlement européen, quand le Traité de Lisbonne, qui donne à cette assemblée plus de pouvoirs en matière de police et de Justice, sera d’application. La volonté affichée d’attendre la ratification du Traité indique qu’il s’agit de faire reconnaître, par le Parlement, un droit permanent des autorités américaines de se saisir, sur le sol européen, des données personnelles des citoyens de l’Union. Les nouveaux « pouvoirs » accordés au Parlement trouvent leur raison d’être dans la légitimation des transferts de souveraineté de l’UE vers les USA.

Cette position a le mérite d’être transparente, de présenter le Traité, non pas comme un texte constitutionnel interne à l’Union, mais comme un acte d’intégration de l’UE dans une entité supranationale sous souveraineté états-unienne. Ce nouvel accord qui permet aux autorités US de capturer, sur le sol européen et sans aucune réciprocité, des données personnelles des citoyens de l’Union, représente un nouveau pas dans l’exercice de la souveraineté directe des institutions étasuniennes sur les populations européennes.


Une structure impériale asymétrique

La capture US des informations sur les citoyens européens, surtout celles relatives à leur transactions financières, doit être replacée dans le cadre de la formation du futur grand marché transatlantique à l’horizon 2015

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10:45 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, domination, imperialisme, ue, capitalisme, lisbonne, usa |  Facebook |

16/11/2009

Le dessous du prix Nobel de la paix 2009

Le dessous du prix Nobel de la paix 2009
Thierry Meyssan (source: Voltairenet.org

Si l’attribution du prix Nobel de la paix a donné lieu à un concert de louanges parmi les dirigeants de l’alliance atlantique, elle a aussi suscité le scepticisme dans le monde. Plutôt que de débattre des bonnes raisons qui pourraient a posteriori justifier ce choix étonnant, Thierry Meyssan expose la corruption du Comité Nobel et les liens unissant son président, Thorbjørn Jagland, aux collaborateurs d’Obama.

« Ce matin, en écoutant les nouvelles, ma fille est entrée et m’a dit : “Papa, tu es Prix Nobel de la paix” » [1]. Telle est la touchante histoire que le président des États-Unis a raconté à des journalistes complaisants pour attester qu’il n’avait jamais souhaité cette distinction et en était le premier surpris. Sans chercher plus loin, ceux-ci ont immédiatement titré leurs journaux sur « l’humilité » de l’homme le plus puissant du monde.

À vrai dire, on ne sait ce qui doit le plus surprendre : l’attribution d’une si prestigieuse distinction à Barack Obama, la mise en scène grotesque qui l’accompagne, ou encore la méthode utilisée pour corrompre le jury et détourner ce prix de sa vocation initiale.

En premier lieu, rappelons que, selon le règlement du Comité Nobel, les candidatures sont présentées par des institutions (des parlements nationaux et des académies politiques) et par des personnalités qualifiées, principalement des magistrats et les anciens récipiendaires. En théorie, une candidature peut-être présentée sans que le candidat en ait été averti. Cependant, lorsque le jury prend sa décision, il établit un lien direct avec l’impétrant de sorte qu’il en soit informé une heure avant la conférence de presse. Pour la première fois de son histoire, le Comité Nobel aurait omis cette courtoisie. C’est, nous assure son porte-parole, qu’il n’osait réveiller le président des États-unis en pleine nuit. Peut-être ignorait-il que des conseillers se relayent à la Maison-Blanche pour recevoir les appels d’urgence et réveiller le président si nécessaire. Au demeurant, le comité Nobel avait au moins informé le journaliste Gerhard Helsok qui avait annoncé la nouvelle la veille sur la chaîne norvégienne TV2.

La gentille saynète de la petite fille annonçant le Prix Nobel à son papa ne suffit pas à dissiper le malaise provoqué par cette distinction. Selon le vœux d’Alfred Nobel, le prix récompense « la personnalité ayant [au cours de l’année précédente] le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Dans l’esprit du fondateur, il s’agissait de soutenir une action militante et non de décerner un brevet de bonnes intentions à un chef d’État. Les lauréats ayant parfois bafoué le droit international postérieurement à la réception de leur prix, le Comité Nobel a décidé, il y a quatre ans, de ne plus récompenser un acte particulier, mais de n’honorer que des personnalités ayant consacré leur vie à la paix. Ainsi, Barack Obama aurait été le plus méritant des militants de la paix en 2008 et n’aurait commis aucune atteinte majeure au droit international en 2009. Sans parler des personnes toujours détenues à Guantanamo et Bagram, ni des Afghans et des Irakiens confrontés à une occupation étrangère, qu’en pensent les Honduriens écrasés par une dictature militaire ou les Pakistanais dont le pays est devenu la nouvelle cible de l’Empire ?

Venons-en au cœur du propos, à ce que la « communication » de la Maison-Blanche et les médias anglo-saxons veulent cacher au public : les liens sordides entre Barack Obama et le Comité Nobel.

En 2006, l’European Command (c’est-à-dire le commandement régional des troupes US dont l’autorité couvrait alors à la fois l’Europe et l’essentiel de l’Afrique) sollicita le sénateur d’origine kenyane Barack Obama pour participer à une opération secrète inter-agences (CIA-NED-USAID-NSA). Il s’agissait d’utiliser son statut de parlementaire pour mener une tournée en Afrique qui permettrait à la fois d’y défendre les intérêts des groupes pharmaceutiques (face aux productions hors brevets) et de repousser l’influence chinoise au Kenya et au Soudan [2]. Seul l’épisode kenyan nous intéresse ici.

La déstabilisation du Kenya

Barack Obama et sa famille, accompagnés d’un attaché de presse (Robert Gibbs) et d’un conseiller politico-militaire (Mark Lippert), arrivent à Nairobi dans un avion spécial affrété par le Congrès. Leur appareil est suivi d’un second avion, celui-ci affrété par l’US Army, et transportant une équipe de spécialistes en guerre psychologique commandée par le général prétendument à la retraite J. Scott Gration. 
Le Kenya est alors un plein boom économique. Depuis le début de la présidence de Mwai Kibaki, la croissance est passée de 3,9 à 7,1 % du PIB et la pauvreté a reculé de 56 à 46 %. Ces résultats exceptionnels ont été obtenus en réduisant les liens économiques post-coloniaux avec les Anglo-Saxons et en leur substituant des accords plus équitables avec la Chine. Pour casser, le miracle kenyan, Washington et Londres ont décidé de renverser le président Kibaki et d’imposer un opportuniste dévoué, Raila Odinga [3]. Dans cette perspective, la National Endowment for Democracy a suscité la création d’une nouvelle formation politique, le Mouvement orange, et complote une « révolution colorée » à l’occasion des prochaines élections législatives de décembre 2007.

Le sénateur Obama est accueilli comme un enfant du pays et son voyage est hyper-médiatisé. Il s’ingère dans la vie politique locale et participe aux meetings de Raila Odinga. Il appelle à une « révolution démocratique », tandis que son « accompagnateur », le général Gration, remet à Odinga 1 million de dollars en liquide. Ces interventions déstabilisent le pays et suscitent les protestations officielles de Nairobi auprès de Washington. 
À l’issue de cette tournée, Obama et le général Gration vont au rapport chez le général James Jones (alors patron de l’European Command et suprême commandeur de l’OTAN) à Stuttgart, avant de retourner aux États-unis.

L’opération continue. Madeleine Albright, en qualité de présidente du NDI (la branche de la National Endowmement for Democracy [4] spécialisée dans le traitement des partis de gauche) fait le voyage de Nairobi où elle supervise l’organisation du Mouvement orange. Puis John McCain, en qualité de président de l’IRI (la branche de la National Endowmement for Democracy spécialisée dans le traitement des partis de droite) vient compléter la coalition d’opposition en traitant de petites formations de droite [5]. 
Lors des élections législatives de décembre 2007, un sondage financé par l’USAID annonce la victoire d’Odinga. Le jour du vote, John McCain déclare que le président Kibaki a truqué le scrutin en faveur de son parti et qu’en réalité, c’est l’opposition conduite par Odinga qui a gagné. La NSA, de concert avec des opérateurs locaux de téléphonie, adresse des SMS anonymes à la population. Dans les zones peuplées par des Luos (l’ethnies d’Odinga), ils disent « Chers Kenyans, les Kikuyus ont volé l’avenir de nos enfants… Nous devons les traiter de la seule manière qu’ils comprennent… la violence ». Tandis que dans les zones peuplées par des Kikuyus, ils sont rédigés ainsi : « Le sang d’aucun Kikuyu innocent ne sera versé. Nous les massacrerons jusqu’au cœur de la capitale. Pour la Justice, établissez une liste de Luos que vous connaissez. Nous vous enverrons les numéros de téléphone où transmettre ces informations ». En quelques jours, ce pays paisible sombre dans les violences communautaires. Les émeutes font plus de 1 000 morts et 300 000 déplacés. 500 000 emplois sont détruits. 
Madeleine Albright est de retour. Elle propose sa médiation entre le président Kibaki et l’opposition qui tente de le renverser. Avec finesse, elle s’écarte et place sur le devant de la scène l’Oslo Center for Peace and Human Rights. Le directoire de cette ONG respectée est nouvellement présidé par l’ex-Premier ministre de Norvège, Thorbjørn Jagland. Rompant avec la tradition d’impartialité du Centre, il dépêche deux médiateurs sur place, dont tous les frais sont pris en charge par le NDI de Madeleine Albright (c’est-à-dire in fine sur le budget du département d’État des États-Unis) : un autre ancien Premier ministre norvégien, Kjell Magne Bondevik, et l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan (le Ghanéen est très présent dans les États scandinaves depuis qu’il a épousé la petite nièce de Raoul Wallenberg). 
Obligé pour rétablir la paix civile d’accepter le compromis qu’on lui impose, le président Kibaki accepte de créer un poste de Premier ministre et de le confier à Raila Odinga. Celui-ci entreprend immédiatement de réduire les échanges avec la Chine.

Petits cadeaux entre amis


Si l’opération kenyane s’arrête là, la vie des protagonistes continue. Thorbjørn Jagland négocie un accord entre la national Endowment for Democracy et l’Oslo Center, qui est formalisé en septembre 2008. Une fondation jointe est créée à Minneapolis qui permet à la CIA de subventionner indirectement l’ONG norvégienne. Celle-ci intervient pour le compte de Washington au Maroc et surtout en Somalie [6]. 
Obama est élu président des États-Unis. Odinga proclame plusieurs jours de fête nationale au Kenya pour célébrer le résultat de l’élection aux États-Unis. Le général Jones devient conseiller de sécurité nationale. Il prend Mark Lippert comme chef de cabinet et le général Gration comme adjoint. 
Durant la transition présidentielle aux USA, le président de l’Oslo Center, Thorbjørn Jagland, est élu président du Comité Nobel, malgré le risque que représente pour l’institution un politicien aussi retors [7]. La candidature de Barack Obama au Prix Nobel de la paix est déposée au plus tard le 31 janvier 2009 (date limite réglementaire [8]), soit douze jours après sa prise de fonction à la Maison-Blanche. De vifs débats animent le Comité qui ne parvient toujours pas à s’accorder sur un nom début septembre, comme le prévoir le calendrier habituel [9]. Le 29 septembre, Thorbjørn Jagland est élu secrétaire général du Conseil de l’Europe à la suite d’un accord en sous-main entre Washington et Moscou [10]. Ce bon procédé en appelait un autre en échange. Bien que la qualité de membre du Comité Nobel soit incompatible avec une fonction politique exécutive majeure, Jagland ne démissionne pas. Il argue du fait que la lettre du règlement interdit le cumul avec une fonction ministérielle et ne dit rien du Conseil de l’Europe. Il rentre donc à Oslo le 2 octobre. Le jour-même, le Comité désigne le président Obama, Prix de la paix 2009.

Dans son communiqué officiel, le Comité déclare sans rire : « Il est très rare qu’une personne, à l’instar d’Obama, ait réussi à captiver l’attention de tous et leur donner l’espoir d’un monde meilleur. Sa diplomatie est basée sur le concept que ceux qui dirigent le monde doivent le faire sur un socle de valeurs et de comportements partagés par la majorité des habitants de la planète. Pendant 108 ans, le comité du prix Nobel a cherché à stimuler ce type de politique internationale et ces démarches dont Obama est le principal porte-parole » [11].

De son côté, l’heureux lauréat a déclaré : « Je prends la décision du comité Nobel avec surprise et une profonde humilité (…) J’accepterai cette récompense comme un appel à l’action, un appel lancé à tous les pays pour qu’ils se dressent face aux défis communs du XXIe siècle ». Ainsi donc, cet homme « humble » estime incarner « tous les pays ». Voilà qui n’augure rien de pacifique.

[1] « Déclaration de Barack Obama à l’annonce du prix Nobel de la paix 2009 » , Réseau Voltaire, 9 octobre 2009.
[2] Sur le détail de cette opération, voir Le Rapport Obama, par Thierry Meyssan, à paraître.
[3] Raila Odinga est le fils de Jaramogi Oginga Odinga, qui eut pour principal conseiller politique le père de Barack Obama.
[4] « La NED, nébuleuse de l’ingérence "démocratique" », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 janvier 2004.
[5] Jadis les États-Unis avaient créé un parti à eux au kenya, dirigé par Tom Mboya. Il s’agissait à l’époque de lutter contre l’influence russe et —déjà— chinoise.
[6] L’Oslo Center a également participé à la déstabilisation de l’Iran, lors de l’élection présidentielle, en acheminant des fonds vers l’ancien président Khatami.
[7] Vice-président de l’Internationale socialiste, Thorbjørn Jagland est un fervent partisan de l’OTAN et de l’entrée de la Norvège dans l’Union européenne. Il fréquente les élites mondialistes et a participé aux travaux du Council on Foreign Relations, de la Commission trilatérale et du Groupe de Bilderberg. Son bilan politique a été entaché par plusieurs scandales de corruption touchant ses proches, notamment son ami et ministre du Plan Terje Rød Larsen (l’actuel coordinateur de l’ONU pour les négociations au Proche-Orient).
[8] 205 candidatures ont été déposées. Mais, conformément au règlement seules 199 ont été jugées recevables. Ce chiffre ayant été atteint, le Comité Nobel n’avait pas la possibilité d’ajouter des noms supplémentaires au cours de ses délibérations.
[9] Le prix devait être décerné le 9 octobre. Pour des raisons d’organisation, le lauréat aurait dû être déterminé au plus tard au 15 septembre.
[10] Bien que les États-Unis ne soient pas membres du Conseil de l’Europe, ils y ont une grande influence. Moscou ne tenait pas à Jagland, mais voulait faire barrage au Polonais Wlodzimierz Cimoszewicz.
[11] « Communiqué du Comité Nobel norvégien sur le prix de la Paix 2009 », Réseau Voltaire, 9 octobre 2009.

15:15 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kenya, obama, domination, armees, nobel, mensonges, usa |  Facebook |

09/02/2008

Pink - Dear Mr Président

10:17 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Morale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chanson, guerre, pauvrete, usa, bush |  Facebook |

30/09/2007

Crime de guerre USA en Irak

19:16 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : guerre, irak, usa, crimes |  Facebook |

11/02/2007

La vérité sur ce qui se passe en Irak!

Le film « Rêves »  de Mohamed Al Daradji.

 

Samedi 10 février a eu lieu à Mons la diffusion « en première » du film « rêves » (Ahlaam), Le film de Mohamed Al Daradji est un des rares longs métrages à avoir été tourné au cœur de la Guerre en Irak. Après la libération du pays, de Saddam Hussein, le réalisateur retourne sur sa terre natale où il trouve un chaos déchirant et de nombreux patients psychiatriques à soigner.bush_down Réalisé dans des circonstances très dangereuses et menaçantes, Rêves retrace l'histoire d'une jeune femme, Ahlaam, qui, lors de l’explosion d’une bombe le jour de son mariage, se retrouve seule dans les rues, en proie aux multiples dangers.

 

La séance a été suivie d’un débat auquel a participé activement Mr Michel Collon (vous pouvez voir le lien vers son site dans la catégorie correspondante,  dans la colonne de gauche de ce TERREUSAblog).

 

Une fois encore, une importance toute particulière a été portée sur le fait des mensonges perpétrés non seulement par les médias Américains, mais également les Européens, qui ont une propension à s’aligner sur leurs cousins d’outre-Atlantique.

 

Il a été rapporté dans ce débat :

 

-          Le véritable but de cette guerre est une véritable invasion coloniale d’un pays possédant des richesses naturelles non négligeables, en l’occurrence le pétrole.

 

-          Les prétextes invoqués pour cette invasion, donc la possession par l’Irak d’armes de destruction massive et la libération d’un peuple oppressé par la dictature de Saddam Hussein n’ont été qu’un leurre, un mensonge destiné à nous ‘endormir’, nous faire accepter, ou plutôt nous imposer la mainmise des USA, non seulement sur ce pays, mais il est bien évident que les States veulent être les maîtres du monde !

 

-          Il n’y a aucune guerre civile, quoiqu’on essaie de nous le faire croire par les médias actuellement. Les musulmans à tendance chiites et ceux à tendance sunnites ne sont aucunement en conflit ; certaines familles sont par ailleurs issues de couples originaires de ces deux tendances ; vous pensez bien qu’ils ne vont pas s’autodétruire au sein même de leur propre famille !!

 

-          Les attentats perpétrés sont tout bonnement orchestrés (donc dirigés intentionnellement) à seule fin de meilleure domination du peuple Irakien par les Etats-Unis ; tout simplement en appliquant le précepte « diviser pour mieux régner », il suffit de comptabiliser le nombre de victimes chez les Irakiens, en comparaison avec celles des soldats envahisseurs.

 

-          Les soldats US s’enlisent dans cette guerre, tout comme ils l’ont fait au Vietnam, leur désir est de se retirer, mais non sans y pratiquer la politique de « la terre brûlée », c’est-à-dire que, lors de la guerre du Vietnam par exemple, les Américains se sont retirés en y créant de nouveaux conflits, de nouvelles divisions (Laos, Cambodge), rejoignant de nouveau l’application du précepte « diviser pour mieux régner », il est utile de savoir toutefois que le chaos engendré ne sera profitable par  après qu’à ces Américains, et dans une moindre importance leurs alliés.

 

-          Les Irakiens sont les plus grandes victimes de cette invasion, car s’il n’est pas faux que Saddam Hussein n’ait commis d’actes répréhensible envers une minorité de son peuple, ce n’est rien en comparaison de ce que vit la population Irakienne entière depuis 2003 (il suffit de voir les victimes journalières de ces soi-disant attentats, ce sont Mr et Mme tout le monde, des gens comme vous et moi); alors qu’à contrario, l’un des buts supposés de l’occupation Bushienne est d’instaurer la démocratie, un comble lorsqu’on constate la véritable boucherie dont il est l’instigateur. Mais là aussi, ce qu’il faut préciser, et dit lors du débat, G. W. Bush n’est pas le seul à qui il faut faire porter le chapeau, car il faut savoir que lui-même est dominé par les financiers, les pontes, les grands patrons, bref le « grand capital » Américain ; un peu comme la politique chez nous est dominée par cette même classe minoritaire patronale !

 

Enfin et pour conclure, il est des plus utiles de voir absolument ce film (Rêves –Ahlaam- de Mohamed Al Daradji) afin de se rendre compte du véritable but, de ce que l’on nous cache depuis toujours, de cette boucherie, de ces atrocités « à l’Américaine », et d’en parler le plus possible afin de rétablir cette vérité si bien cachée par nos médias occidentaux.

 

LADEMOCRACYARRIVEAFALLUJAH

 

15:01 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Médiamensonges | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irak, democratie, usa, colonisation, mondialisation |  Facebook |

 Questions sur la domination mondiale par les USA!

CARTOONBushmaximoprofit

 

Questions cruciales et fondamentales:

- Va t'on encore (*) longtemps jouer le rôle de "corne d'abondance" pour les Etats unis?

- Les USA sont de véritables prédateurs pour le reste du monde, mais eux-mêmes sont menés, comme partout, par les grands patrons, les multinationales, "le grand capital". Karl Marx voit véritablement la classe destinée à renverser l'ordre des choses, la classe révolutionnaire, chez les ouvriers (ou plus précisément tous ceux qui ne font pas partie de la classe dominante); comment se fait-il que les Etats Unis eux-même ne font pas l'objet d'un soulèvement révolutionaire de SA classe ouvrière?

 

(*) Tous les pays du tiers-monde, les pays exploités, les pays faisant l'objet d'une guerre de "colonialisme" par les USA, les pays occidentaux voulant rivaliser avec les USA.

04:46 Écrit par Socialisme-Solidarit dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, domination, mondialisation, socialisme |  Facebook |